Hergé

Avec les fêtes qui approchent, on retourne en enfance cette semaine. Il y a deux expositions qui s’y prêtent Disney au musée des Arts Ludiques et Hergé au Grand Palais et c’est justement là que nous allons.

Tout le monde connaît Tintin et  le nom de son créateur en est indissociable et est tout aussi célèbre, fait relativement rare dans le monde de la bande dessiné.

Bienvenue à Moulinsart et par mille millions de mille sabords en avant.

L’exposition est franchement bien. On ne s’ennuie pas et pourtant j’ai l’ennui facile. On découvre toutes les facettes de ce grand dessinateur belge, les étapes de créations, ses autres œuvres, son travail publicitaire et le tout de manière très joyeuse.

On rencontre ainsi Georges Remi, le vrai nom d’Hergé (1907-1983), collectionneur et amateur d’art, amateur d’histoire et de sciences. Au fil des années, il se créé une réserve d’images dans laquelle il plonge régulièrement pour illustrer ses cases d’art moderne auquel il s’est initié avec plaisir se créant une collection personnelle.

Il est très intéressant de voir comment se construit petit à petit une bande dessinée. Il y a d’abord l’importance du texte, puis le dessin vient mettre en scène ce dernier, avec d’abord les esquisses, puis les épreuves à l’encre de chine avant le rajout des couleurs. Un petit reportage de Michel Drucker de 1978 avec Hergé et Yves Robert explique sous forme d’un cours d’école toute la conception d’une planche.

http://www.ina.fr/video/I08312557

Et bien sûre Hergé ne se réduit pas à Tintin, il y a aussi Jo, Zette et la publicité qu’il pratique avant de devenir célèbre.

En dehors de l’aspect purement créatif, il est aussi intéressant de plonger dans l’histoire qui touche de plein fouet Tintin, la Seconde Guerre mondiale ! Hergé dans un premier temps apparaît contre la guerre à travers les aventures de Monsieur Bellum.

Mais la guerre éclate et Bruxelles passe sous contrôle allemand. LA situation de Hergé se précarise et il accepte de travailler pour Le Soir, journal ouvertement collaborationniste, ce qui lui vaudra des problèmes à la fin de la guerre. Il faudra attendre 1946 pour qu’il soit définitivement blanchi.

Je vous conseille vraiment cette exposition toute en couleurs qui a le mérite de pouvoir se faire avec les enfants. Vous pourrez lire des planches et des planches, replonger dans l’enfance, voir une maquette géante de la fusée et une autre du château de Moulinsart. Du fun et en cette période de fêtes, c’est ce qu’on cherche.

Commissaires : Jérôme Neutres, directeur de la stratégie et du développemen108276220_ot à la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais / Le musée Hergé, avec le soutien de Moulinsart.

Au Grand Palais jusqu’au 15 janvier 2017

 

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Carambolage…ou pas. Faut voir !

carambo_page_expoEn ce moment, il y a une drôle d’exposition au Grand Palais, Carambolage. Je ne sais pas si vous l’avez visitez ou si vous hésitez, mais ce que je peux déjà vous dire c’est que c’est vraiment une étrange expérience. Elle ne reprend aucun des codes classiques d’une expo normale. Pas d’artistes majeurs, pas de thème porteur, ni même de textes explicatifs ou de cartels. Rien, à part vous-même pour décoder ces 185 œuvres issues de tous styles et toutes époques, de l’art contemporain à l’art le plus primitif.

Jean-Hubert Martin, son concepteur est un historien d’art, conservateur, directeur d’institution et commissaire d’exposition français qui a déjà essayé de faire renaitre le principe des cabinets de curiosités et qui a toujours pensé que toutes les formes d’art devaient être placées sur un pied d’égalité. De même il veut à travers cette exposition débarrassé l’art de tous ses discours compliqués, de ses débats sans fin, et le décloisonner complètement de toute vision muséale. D’où l’absence de tout, à part les règles du jeu en début de parcours.

Chaque œuvre ou objet répond d’une manière ou d’une autre à la précédente et c’est à vous de deviner le lien. Ce dernier peut-être thématique (maternité, sexualité, sens, religion) ou formel. Il faut chercher, je n’ai personnellement pas toujours trouvé.

Par contre ne cherchez pas d’œuvres majeures ici même si certains noms sont connus, encore une fois ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le jeu ! Aussi beaucoup d’œuvres ont un côté amusant, comme le double portrait de Jean Boinard, Anatomie trans-schizophrène » (1999), de Gilles Barbier qui reflète les pensées profondes d’un homme, ou le diptyque flamand qui fait l’affiche et qui est…comment dire ? Particulier !

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Gilles Barbier, Anatomie trans-schizophrène, 1999, Paris, courtoisie galerie G.-R. et N. Vallois 

La presse est assez dure avec cette exposition. C’est vrai qu’il faut aimer, c’est un peu bizarre et je ne suis pas sûre d’avoir toujours bien compris, mais comme à priori ce n’est pas grave car le but c’est de faire à sa sauce, je le vis bien. Disons que l’avantage c’est qu’on ne sort pas avec une migraine à cause de trop d’explications et qu’on peut le faire avec les enfants car ça ne prend pas trop de temps du coup, après quand on regarde le prix des expositions, je ne vous cache pas qu’on peut se demander : « tout ça, pour ça ? ».  Donc pour une fois, je ne prends pas de risque à vous conseiller vivement de la faire, c’est trop spéciale comme démarche pour plaire à tout le monde et il faut en être conscient. Mais si vous êtes désireux de vivre une expérience originale qui sort des sentiers battues, des expos traditionnelles que certains jugent planplan, alors oui, c’est fait pour vous.

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© Tête changeante, 1683, huile sur toile, H. 67; L. 55 cm, Le Mans, musée de Tessé, inv. 

Commissaire de l’exposition : Jean-Hubert Martin

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais Jusqu’au 4 juillet 2016

Avec le soutien de la MAIF, mécène d’honneur de la Rmn-Grand Palais et le généreux concours de la Fondation LUMA, la Fondation Etrillard, agnès b., la Fondation Scaler, la Fondation Clarence Westbury et de Jean-Yves Mock.

– See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/carambolages#sthash.LC9mXkvO.dpuf

 

 

Elisabeth Louise Vigée Lebrun, la peinture faite femme

VIGEE-LE-BRUN-GRAND-PALAIS_3165950067978316385Avant les fêtes, je voulais vous parler d’une exposition que j’ai beaucoup aimée, celle consacrée à Elisabeth Louise Vigée-Lebrun.

Bon après, il faut aimer les portraits car à de très rares exceptions, il n’y a que ça, mais moi j’adore, c’est comme rencontrer plein de personnes qui vous parlent depuis le passé, et à travers elles découvrir tout une époque, sa mode et sa culture.

Quel destin extraordinaire que celui de cette femme, fille de peintre, épouse de marchand d’art, amie des plus grands et admirée par toutes les cours d’Europe, qui a connu à la fois l’Ancien Régime, l’exil de la Révolution et l’essor de l’Empire. C’est un petit bout de son parcours que vous propose de découvrir le Grand Palais à travers  le regard de toutes ces figures qu’elle a croisé au cours de son existence, ces princes et ces princesses, ces duchesses, ces reines.

Fille de Louis Vigée, pastelliste, membre de l’Académie de Saint Luc, c’est à ses côtés qu’elle commence à se former puis au décès de ce dernier auprès d’un ami de la famille, Gabriel-François Doyen.  Elle prend également des leçons dans les ateliers de Blaise Bocquet, Pierre Davesne et Gabriel Briard et reçoit les précieux conseils de Joseph Vernet qui la soutiendra pour son entrée à l’Académie Royale de peinture, quelques années plus tard en 1783. Son style s’inspire à la fois de Rubens, Van Dyck  ou Greuze. Ses premiers modèles sont les membres de sa famille, son frère, sa belle-sœur, sa mère et ses amies.
Son époux Jean-Baptiste Lebrun, participe également par ses connaissances en tant que grand marchand d’art à l’épanouissement de la carrière de sa femme même si leur union n’est pas vraiment heureuse.

Louise_Elisabeth_Vigée-Lebrun_-_Marie-Antoinette_de_Lorraine-Habsbourg,_reine_de_France_et_ses_enfants_-_Google_Art_ProjectPeu à peu les talents de Vigée Lebrun la font connaître de la cour, elle fait le portrait du comte et de la comtesse de Provence puis en 1778 elle devient peintre de la reine Marie-Antoinette. L’amitié qui unit ses deux femmes est très forte, elles se comprennent, et nulle autre qu’Elisabeth Louise sait mieux portraiturer la reine avec naturelle. Parmi ses œuvres les plus célèbres, « Marie Antoinette en grand habit de cour » du  Kunsthistorisches Museum, « Marie Antoinette en robe de gaulle » qui fit tant scandale et le touchant  « Marie-Antoinette et ses enfants » qui montre la reine dans son intimité de mère.

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Julie Le Brun Wrightsman Collection

C’est également une peintre de l’enfance excellente, elle peint les bébés, genre qui se développe à l’époque, avec douceur et tendresse. Sa propre fille, Julie, lui servira plusieurs fois de modèles.

Cette proximité la menace quand la révolution éclate, elle est alors obligée de fuir avec Julie dans la nuit du 6 octobre 1789. Commence alors un long exil à travers les cours européennes où sa réputation lui amène multitude de commandes qu’elle exécute avec brio, la conduisant de Rome à Naples, puis à Vienne et enfin à Saint Pétersbourg à la cour de Catherine II où elle demeure 6 ans.

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Varvara Ivanovna Narychkine, née Ladomirsky (1785-1840) (1800), Columbus Museum of Art.

l lui faudra attendre 12ans pour retourner à Paris où son nom est toujours apprécié. Elle y retrouve son époux, sa famille et ses amis peintres, comme Hubert Robert dont elle fit le portrait. La famille impériale pose pour elle, notamment Caroline Murat avec qui les relations furent…compliquées.

Les 150 œuvres qui jalonnent le parcours sont autant de rencontres merveilleuses avec les modèles que Vigée Lebrun sait parfaitement sublimer, avec l’artiste elle-même, l’une des plus demandées du XVIIIème siècle et avec ses contemporains. On découvre le talent de cette belle virtuose et à travers elle la vie d’une femme artiste avant la Révolution, car Vigée Lebrun n’est pas un cas à part. D’autres femmes peintres sont présentées, notamment Adélaïde Labille-Guiard qui est reçu avec elle à l’Académie, mais aussi Adèle Romany, Anne-Rosalie Bocquet, Marie Guillemine Le Roulx de La Ville ou Marie Victoire Lemoine.

Personnellement j’aime beaucoup le style d’Elisabeth Louise Vigée Lebrun. Sa douceur à la fois dans la touche et le coloris. C’est d’une féminité absolu. Cette femme  était  à n’en point douter extraordinaire en plus d’être très belle comme le prouve les portraits faits d’elle, et elle méritait une rétrospective de ce type. L’exposition consacrée à Marie Antoinette l’avait mise en lumière, là elle brille de mille feux.

Sur ce, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes de fin d’année.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun 1755-1842 23 septembre 2015 – 11 janvier 2016
Grand Palais
commissaires : Joseph Baillio, historien de l’art, Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine, directeur du département des Arts graphiques du musée du Louvre scénographie : Loretta Gaïtis

 

 

Picasso.Mania. L’expo qui fait parler

affiche_picasso_page_expo_0Art Contemporain toujours, le Grand Palais séduit les foules en ce moment avec Picasso Mania. Quelques années après Picasso et ses maîtres, voici Picasso et ses suiveurs. L’exposition est non pas consacrée à Picasso en personne comme on pourrait le penser mais plutôt à son influence sur l’art du XXème et XIXème siècle et sa présence non négligeable  dans la culture contemporaine. Ainsi autour d’une centaine de ces œuvres, gravitent encore plus d’œuvres d’une variété stylistique très nette.

Intéressant, coloré et pas du tout ennuyeux.

Je ne vais pas vous résumer l’exposition, car elle est tellement variée et un peu folle que ce serait très difficile, mais une chose est sûre, même si vous n’êtes pas particulièrement amateur d’art contemporain, vous devriez quand même trouver des œuvres qui vous parlent.

9843493_origL’art du monde entier est représenté comme preuve de l’’universalité de la figure de Pablo Picasso. L’artiste espagnol a de son vivant transcendé le temps et l’espace pour devenir une icône de ce que doit être un artiste dans notre monde actuel, jusqu’à être une marque en soi et pas seulement une à travers une série de voiture.
Dès les années 60, les artistes du pop art s’emparent de son œuvre, puis en 1971 pour les 90 ans du peintre, le critique autrichien Wieland Schmied commande un portfolio réalisé par 150 artistes pour lui rendre hommage. Depuis on ne compte plus les références riches et diverses : Le cubisme réalisé avec un polaroïd de David Hockney, les Demoiselles d’Avignon vue par Jeff Koons, Sigmar Polke ou Richard Prince, Guernica revisité de manière époustouflante et dérangeante par Adel Abdessemed, les silhouettes de l’œuvre de Picasso qui errent dans les Quatre saisons de Jasper Johns ou la décomposition un peu étrange des corps de George Condo etc.

WP_20151030_002J’ai lu beaucoup de critiques négatives sur l’exposition (Libération, Télérama, Economie Matin, Marianne) qui lui reprochent grosso-modo de s’intéresser surtout à la marque Picasso et à le transformer en objet de consommation (l’affiche où il est torse-nu m’a fait tiquer genre pub pour parfum), d’avoir un parcours sans queue ni tête ou encore de ne pas faire références aux plus grands suiveurs de Picasso qui sont Bacon, De Kooning ou Pollock.

C’est sans doute vrai, mais je confesse une trop faible connaissance dans l’art du XXème siècle pour pouvoir avoir un avis éclairé. Oui parce que je ne suis pas de ceux qui donnent leurs avis sur tout et n’importe quoi et surtout ce qu’ils ne connaissent pas vraiment. Donc je vous dirais juste que oui c’est un peu fouillis dans la succession des thèmes mais j’ai surtout ressenti l’ensemble comme une exposition résolument ancrée dans une pop culture très colorée. Les visiteurs avec leurs Google glasses donnaient d’ailleurs à tout cela un côté un peu rdv de geeks branchouilles mais c’était sympa. Je ne me suis pas ennuyé et j’ai tout compris aux propos donnés, ce qui est déjà bien.

En résumé si vous voulez une exposition pointue consacrée à Picasso et ses suiveurs, passez votre chemin mais si vous avez une dizaine d’euros dans votre poche et que vous voulez voir de l’art contemporain avec un propos sympa autour d’une icône de l’art alors c’est pour vous.

 © Rmn-Grand Palais Photo Didier Plowy /Paris 2015 /ADAGP

© Rmn-Grand Palais Photo Didier Plowy /Paris 2015 /ADAGP

07 Octobre 2015 – 29 Février 2016

Grand Palais, Galeries nationales

Commissaire général : Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’Art moderne – Centre Pompidou
Commissaires : Diana Widmaier-Picasso, historienne de l’art ; Emilie Bouvard, conservatrice au Musée national Picasso-Paris
Scénographie : agence bGc Studio

Gaultier c’est terrible mais dans le bon sens

Après le chic Lanvin voici l’excentrique Gaultier. Le créateura partagé le Grand Palais avec Vélasquez et règne désormais seul jusqu’au 03 aout avec son univers loufoque et transgressif qui ne s’interdit rien.

« L’enfant terrible de la mode » a su inspirer une exposition aussi terrible que lui où on ne s’ennuie pas une seule seconde,  mais où au contraire on attend d’être surpris encore et encore comme avant un défilé à se demander ce que nous réserve le créateur.

WP_20150720_004[1]La première partie est une plongée dans l’intimité de Jean-Paul Gaultier : son enfance dans une famille modeste de la région parisienne évoquée par ses photos de famille, sa passion pour le cinéma et les variétés, notamment le film  Falbalas, de Jacques Becker avec Micheline Presle qui détermine sa vocation ou encore ses premières créations essayées sur son ours en peluche Nana et ses débuts dans la maison Cardin.
Après ce prélude qui laisse deviner un enfant déjà hors du commun on plonge dans le vif du sujet avec sa première collection présentée en 1976 au Planétarium du Palais de la Découverte.

WP_20150720_007[1]La suite de l’exposition présente de manière harmonieuse à la fois les créations qui se succèdent et les sources d’inspirations très hétéroclites qui ont guidées Jean-Paul Gaultier jusqu’au sommet de la mode mondiale. La scénographie a de fantasque qu’elle donne des visages animés aux mannequins via un système de projection vidéo. Ces derniers vous regardent, sourient, chantent ou parlent, l’un d’ailleurs a le visage du créateur en personne.
WP_20150720_005[1]On commence le voyage dans le monde marin, « l’Odyssée » avec ces sirènes envoutantes et le fameux marin dont le pull à rayures devient presque une signature en soit pour Gaultier, un classique indémodable selon ses dires.
La partie Punk Cancan est comme son nom l’indique un mixte entre le classique à la française, béret et tour Eiffel et le punk anglais avec son cuir, ses crêtes et son tartan. Le point de rencontre entre ses deux cultures est l’un des leitmotivs de Gaultier, un savoureux mélange de provocation et de classique, comme ces robes tour Eiffel ou le tailleur pour femme dont la veste se porte entièrement devant et laisse le dos nu. La mise en scène de cette pièce est particulièrement soignée. D’un côté une série de punk aux grandes crêtes de cheveux dans un style très David Bowie, sur un podium défilent différents mannequins avec il m’a semblé la voie de Catherine Deneuve pour les présenter et de l’autre, des mannequins aux allures et aux looks des vedettes amies et fidèles de Gaultier : Inès de la Fressange, Conchita Wurst, Rosy de Palma, Catherine Deneuve et autres.

WP_20150720_011[1]Gaultier se démarque de ses collègues créateurs par son goût très prononcé pour l’anticonformisme. Il choisit très souvent pour ses défilées des « mannequins » loin des canons habituels, les plus connues étant Conchita Wurst ou Beth Dito par exemple mais aussi des tops transgenres comme Andrej Pejic. Parfois il organise même des castings sauvages pour compléter sa gamme.
Ces choix donnent aux défilés de Gaultier un goût savoureux et unique et animent les créations d’une autre manière. Il fait souffler sur la Haute-couture un vent de fraicheur, de modernisme mais surtout de tolérance absolue, déliée de toutes formes de tabous.

Et que serait une exposition sur Gaultier sans ses fameux corsets et bien sûre Madonna qui les porte. Il réinvente complétement le concept, le dégage de son image de carcan pour femme mais au contraire en fait un instrument de sensualité qui se montre en se portant sur les vêtements à l’image d’un veston.

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Ses collections où se mêlent les éléments sexuels et presque sadomasochistes sont une autre facette de sa conception du vêtement.  La matière devient une seconde peau et son style transgressif transforme la femme en amazone moderne.

Enfant de son siècle, Jean-Paul Gaultier va s’approcher d’autres formes d’art, intégrant la mode dans un spectacle plus vaste qu’est le cinéma. Il créé ainsi les costumes du Cinquième élément, de la Cité des enfants perdus ou de La mauvaise éducation parmi d’autres. Son amour du cinéma fera de lui le premier couturier à devenir jury au festival de Cannes en 2012. Il va également explorer le monde du théâtre, de la danse et collabore avec de nombreuses stars aussi différentes qu’Yvette Horner, Mylène Farmer ou Lady Gaga. Cet homme n’a ni frontières, ni limites. Il touche à tous et tout le monde et avec génie.

Ce multiculturalisme, cette fascination pour différents arts, différentes personnes, le pousse parfois à créer des vêtements comme des carrefours culturels, des hybrides créatifs. La dernière partie de l’exposition mêle l’art espagnol, les capuches Inuits, le treillis militaires et les fleurs chinoises et que dire de cette robe de mariée mi indienne des plaines-mi baroque à perles ?

WP_20150720_022[1]Cette exposition est vraiment géniale, je vous la conseille même si elle s’achève très rapidement. C’est à la fois une ode à la créativité mais aussi à la tolérance et à l’ouverture d’esprit. A voir, à voir, à voir mais pensez à préréserver car il y a du monde au portillon.

 

L’astre espagnol brille au Grand Palais. Vélasquez : « peintre des peintres »

velazquez-expo-affiche-francesoir_5C’est une saison faste pour les amateurs de Vélasquez,  le  « Peintre des peintres » selon Manet, trône de tout son talent sur Paris et impose son génie dans un pays qui possède peu de ses toiles.
Cette exposition que l’on doit à la RMN-Grand Palais, au Louvre, au Kunsthistorisches museum de Viennes et aux prêts du Prado est une pépite précieuse et rare. La plupart des œuvres du maitre de la peinture espagnole sont en effet au Prado qui a pour règle de ne jamais se déposséder de plus de 7 toiles du peintre. Ainsi réunir 64 œuvres relève presque de l’exploit. Il faut donc les savourer malgré l’absence des Ménines et de la Reddition de Breda. Le Pape Innocent X, «Troppo vero!» au regard intense et la Vénus au miroir toute en mystère et sensualité vous consoleront.

Vénus au miroir, 1647-1651  National Gallery

Le parcours est ici essentiellement chronologique, de ses débuts à Séville où il naît en 1599, à ses successeurs les Vélasqueños, avec quelques apartés thématiques, l’art profane et sacré, les portraits de cour et ceux de l’infant Baltasar Carlos.

Il naît donc à Séville, ville riche, puissante, foyer religieux et artistique de l’Espagne du Siècle d’or. Il commence à se former chez Francisco de Herrera le Vieux puis Francisco Pacheco qui devient son beau-père.

Sa peinture devient rapidement très réputée notamment dans le genre des bodegónes (les natures mortes, scènes de caves). Il se plait dans ce style très naturaliste, représentant les humbles gens qu’on appelle les picaros. Il faut dire que depuis le milieu du XVIème siècle, la littérature picaresque est elle-même très en vogue en Espagne.

Arrivée une première fois à Madrid, il s’ouvre à des influences très variées et son art évolue. Il découvre notamment le caravagisme qui inonde l’Europe dont l’Espagne via des peintres comme Jusepe de Ribera, Juan Bautista Maino et Bartolemeo Cavarozzi.
Même s’il ne se fait pas reconnaitre tout de suite, il est appelé par le comte d’Olivares pour exécuter un portrait du souverain Philippe IV. C’est un succès, il est nommé peintre du roi le 6 octobre 1623.
Les vieux peintres académiques en place eurent du mal à l’accepter, le considérant comme un provincial peintre de nature morte, ils organisèrent donc un concours pour la décoration du Grand salon de l’Alcazar. Il remporta ce concours dont les membres du jury étaient essentiellement des italiens et cette victoire impose la modernité de Vélasquez à la cour d’Espagne.
Grâce à cette fonction de peintre du roi, il rencontre de grands noms dont le gouverneur des Pays- Bas, le peintre Paul Rubens avec qui il se lie d’amitié et qui lui conseille vivement le voyage en Italie. Il en fera deux, un vers 1630 et l’autre vers 1650. Il y découvre notamment l’art du Tintoret, Le Guerchin, Giorgione, Raphaël et tant d’autres.

Portrait de l’infant Baltasar Carlos sur son poney 1634-1635 Musée du Prado

En tant que peintre du roi, l’essentiel de sa production est constituée de portraits. Philippe IV apparait en grand habit, en costume de chasse, en buste, en pied ou à cheval, jeune puis moins jeune etc. Ses filles les infantes Marie-Thérèse et Marguerites grandissent sous son pinceau tout comme l’héritier Baltasar Carlos. Ce dernier décède à seulement 16 ans et n’accède pas au trône mais grâce à Vélasquez il est resté dans la postérité. Les représentations qu’en fait le peintre, font partie des plus célèbres peintures d’enfant roi. Le petit prince chevauche un poney comme un destrier de guerre, il est en tenue de chasse comme son père, ou encore plus jeune il tient des jouets comme des insignes royaux. On sent à la fois toute l’affection de l’enfance mais aussi les espoirs dynastiques qui reposent sur ses petites épaules.
Enfin comment parlé des portraits de cour de Vélasquez sans parler de ses portrais de nains, comédiens et autres bouffons de cour qui animent singulièrement ses œuvres et qui ont contribués à son succès.

Portrait du pape Innocent X 1650 Huile sur toile, 140 x 120 cm Rome, Galeria Doria Pamphilj © Amministrazione Doria Pamphilj srl

Les deux chef-d’ œuvres de l’exposition à savoir Innocent X et la Vénus au miroir furent réalisés durant son second voyage en Italie. Ces deux peintures sont considérées chacune dans leurs genres respectifs comme des œuvres absolument majeures et encore aujourd’hui on ne peut que les admirer. Francis Bacon réalisa ainsi 45 variations du portait du pape. Ce portrait se situe dans la grande tradition des portraits papaux, dans la lignée des Raphaël ou Titien. Vélazques cherche à dégager à son tour la force du souverain pontife à travers un regard particulièrement expressif et une touche vif et libre.

La fin de l’exposition mentionne ses dernières années, les portraits des infantes notamment avec la multiplication des portraits de Marie-Thérèse pour son mariage avec Louis XIV. Puis se sont ses successeurs qui sont à l’honneur. Peu nombreux car Vélasquez n’avait pas d’école à proprement parlé. L’exposition aurait presque pu aller jusqu’au XIX et XXème siècle pour montrer l’extraordinaire postérité de ce peintre auprès d’artistes non moins talentueux comme Goya et Manet, Dali et Picasso.

L’Infante Marie-Thérèse Vers 1652 Huile sur toile, 34,3 × 40 cm Metroplitain museum of art
L’Infante Marie-Thérèse
Vers 1652
Huile sur toile, 34,3 × 40 cm
Metroplitain museum of art

Vous l’aurez compris c’est une exposition riche en matière qui nous ai proposé ici. La qualité supplante la quantité et ce n’est pas plus mal. Munissez-vous d’un peu de patience car le bouche à l’oreille fonctionne à merveille et la foule se presse devant les portes du Grand Palais.

Il vous reste un peu moins d’un mois, entonces enviamos…

La magie Lumière

lumiereIl vous reste un peu moins d’une semaine pour découvrir l’épopée fascinante de la famille Lumière au Grand Palais.

Je me suis retrouvée dedans un peu par hasard pour être honnête mais quel enchantement et quelle poésie dans cette exposition. Conçue pour célébrer les 200 du Cinématographe avec la première séance payante organisée au Salon Indien du Grand Café le 28 décembre 1895, cette exposition nous plonge dans la magie créative et géniale des frères Louis et auguste Lumière. Et quel lieu pour l’accueillir ! Ce Grand palais majestueux, construit pour l’Exposition universelle de 1900 où les frères présentèrent leurs films en 75mm. Un juste retour des choses avec justement une reconstitution plus vraie que nature du salon indien.

Les vieilles machines qui ont précédé le cinématographe sont là, on peut « jouer » avec un plaisir d’enfant en animant les différents mécanismes. On pose ses yeux dans le kinétoscope de Thomas Edison, on regarde les pantomimes lumineuses de Charles Emile Reynaud, le  phénakistiscope de Joseph Plateau, les lanternes magiques ou encore le fusil photographique d’Emile-Jules Marey. C’est génial. Je ne vois pas d’autres mots.

C’est l’Histoire de cette invention qui fait partie de notre quotidien qui nous est expliquée, les premières machines, les brevets, les pellicules, les contemporains des frères Lumière, Charles Pathé, Léon Gaumont et Georges Méliès qui vont influencer le monde du cinéma eux aussi. On pénètre également dans l’intimité de la famille Lumière car ils filment leurs femmes, leurs enfants. C’est très émouvant.

Et que serait le cinéma sans films justement. Plusieurs écrans interactifs vous permettent de voir et revoir de nombreuses petites scénettes venus d’un passé qui semble à la fois si loin et si proche. On découvre notamment les premières comédies, comme « l’arroseur arrosée » réalisé par Louis. Dans le fond vous verrez un écran géant où vous pourrez au choix choisir un extrait à visionner et où s’affichent des dizaines et des dizaines de petites vidéos.

s,600,400-457391Pour filmer le monde, les Lumière envoient dans de nombreux pays des explorateurs preneurs de vues, dont le plus célèbre Gabriel Veyre, rapportent des vues exotiques d’Afrique ou encore du Mexique.

La photographie tient aussi une place importante dans le parcours. Antoine, leur père était lui-même photographe et a eu une grande influence sur la carrière de ses fils les poussant à la créativité et l’ingéniosité. Louis et Auguste ont donc aussi cet héritage de photographe qu’ils vont révolutionner, par l’invention du photorama d’une part en 1901 ( » premier procédé de photographie panoramique permettant la projection dans une rotonde d’un cliché unique représentant un tour d’horizon, soit 360° ») puis surtout l’ Autochrome en 1903, la première photographie couleurs.

L’art du cinéma est toujours en mouvement, en quête de nouveauté et pour rappeler ce lien si fort entre passé et future, vous pouvez rentrer dans un film des frères Lumière via le procédé de la 3D, puis en fin de parcours des cinéastes contemporains (Tarentino, Almodovar, Dolan etc.) réinterprètent à leurs manières l’un des films les plus emblématiques des frères Lumière, « la sortie d’usine ».
Un joli passage de témoin…

Jusqu’au 14 juin 2015
Exposition conçue et produite par l’Institut Lumière Commissaires Thierry Frémaux et Jacques Gerber Scénographie Agence NC – Nathalie Crinière Conception audiovisuelle Harouth Bezdjian