Les écrivains à l’honneur dans les musées de la ville de Paris, Baudelaire et surtout WILDE <3

Ces dernières semaines furent très littéraire pour moi. J’ai eu l’occasion de visiter deux expositions organisées par des musées de la ville de Paris (Petit Palais et Vie Romantique) avec pour thème deux grands écrivains du XIXème siècle : Oscar Wilde et Charles Baudelaire.

L’exposition consacrée à Charles Baudelaire au musée de la Vie Romantique a pour ambition de mettre en rapport les œuvres que le poète a pu apprécier ou commenter et ses textes. Les textes autographes sont d’ailleurs le principal intérêt de cet exposition. Voir l’écriture nerveuse de l’auteur des Fleurs du mal est un plaisir, mais pour le reste je l’ai trouvé assez difficile à appréhender. Et en lisant le livre d’or je n’ai pas l’air d’être la seule.
Il s’agit de présenter Baudelaire comme le critique d’art qu’il était, dans la lignée de Diderot ; de présenter ses goûts et ceux de la société à une époque où les mouvements s’enchainent à une certaine vitesse, du Romantisme au Réalisme jusqu’à l’Impressionnisme.

Certes je n’ai pas bien lu tous les textes de l’exposition, notamment leurs petits blocs de planches, mais ceux qui me connaissent un peu savent que je ne vais pas dans les expositions pour lire, lire et encore lire. Cela a tendance à m’ennuyer plus rapidement que je le voudrais. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas tout saisi. Heureusement le dossier de presse est là pour combler ma fainéantise.

Vous l’aurez donc compris ce n’est pas vraiment une exposition grand public. Elle est destinée à un public avisé qui saura apprécier leur juste valeur des œuvres peu connues qui témoignent de l’éclectisme du XIXème siècle et du goût pointu de Charles Baudelaire.

Mais venons-en à l’exposition qui m’a fait chavirée, car elle concerne l’un de mes écrivains préférés, peut-être mon écrivain préféré, Oscar Wilde.

WP_20161011_11_49_11_Pro_LI.jpgLe Petit Palais lui consacré une exposition quasi-parfaite, qui nous renseigne sur sa vie, son œuvre et sur son regard sur l’art à travers des peintures qu’il admira, des écrits, des caricatures, des photographies, des lettres, des citations etc.

Souvent considéré comme un grand écrivain anglais, Oscar Wilde est en réalité irlandais. Il arrive à 20 ans en 1874 au Magdalen College d’Oxford où il suit avec enthousiasme les cours de Walter Pater et John Ruskin qui développent la sensibilité esthétique d’un dandy en pleine construction qui ne cessera de s’affirmer avec les années,  gagnant en notoriété.

On découvre ensuite le Wilde critique d’art, se délectant devant les œuvres présentées dans la Grosvenor Gallery. S’attachant surtout aux sujets mythologiques ou d’histoire ancienne, Oscar Wilde admire la peinture d’Edward Burne-Jones et reproche à William Blake Richmond son manque de vraisemblance dans les costumes de ses peintures. L’intérêt de l’exposition c’est de voir  en même temps que les critiques, les tableaux en question et ainsi d’apprécier à la fois la peinture anglaise de ce dernier tiers du XIXème siècle et l’avis d’Oscar Wilde concernant la composition des uns, la maitrise de la couleur des autres, la réalité historique d’un décor etc.

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Entrer une légende

John Roddam Spencer Stanhope (1829-1908), L’Amour et la jeune fille, 1877. Crédit : Fine Arts museum de San Francisco Achat du musée, du European Art Trust Fund, du Grover A. Magnin Besquest Fund and du Dorothy Spreckels Munn Bequest Fund

 

Fort de sa nouvelle réputation Oscar Wilde s’embarque en 1882 pour les Etats Unis d’Amérique ou il est mandaté pour faire une tournée de conférences à travers tout le pays, de New York à la côte Ouest devant des indiens, des mineurs ou  des mormons. Il expose sa vision de l’esthétisme mais aussi des sujets plus concrets comme « Les Arts décoratifs ». C’est de cette époque que date la fameuse série de photographies de Napoléon Sarony où on le voit avec ses bas de soie et son veston de velours prenant ses fameuses poses qui sont rentrées dans la légende. La confrontation Wilde/Amérique telle qu’elle nous l’est présentée dans l’exposition est amusante. D’un côté les impressions du poète sur le nouveau monde où tous les habitants lui semblent pressé et de l’autre la flopée d’images le représentant de manière souvent précieuse, dont cette étonnante caricature de Sir Max Berrbohm avec son lys et son brushing.Afficher l'image d'origine

De retour de ce périple, Oscar Wilde se marie pour satisfaire sa mère avec Constance Lloyd avec qui il a deux garçons, Cyril et Vyvyan. Il se rend également à Paris où il rencontre Victor Hugo, Maurice Rollinard, Pau Verlaine,  Edmond e Goncourt et Stéphane Mallarmé qu’il admire. Il sera même peint par Henri de Toulouse Lautrec dans l’une de ses toile représentant La Goulue au à la Foire du Trône.
Son travail d’écriture se développe, il écrit des pièces et devient rédacteur d’un magazine dédié aux femmes qu’il rebaptise Woman’sWorld.

Puis vient l’année 1891, l’année où est publié son seul roman, un chef-d’œuvre de la littérature fantastique et philosophique : The Picture of Dorian Gray. L’histoire de ce beau jeune homme qui se fait portraiturer et dont le portrait justement absorbe tous les vices et méfaits de son double de chair qui de son côté ne vieillit pas jusqu’à la fin tragique. Ce roman est une critique de la société, il reflète les considérations de Wilde sur l’art et l’esthétisme et il y inclut tous les thèmes qui lui sont chers : la morale, la beauté, l’hédonisme. Que c’est magique de pouvoir admirer ses pages manuscrites, son écriture ronde, les ouvrages dédicacés…

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Les années 1890-95 sont des années créatives. C’est en 1895 qu’il créé au St. James Theatre, L’Importance d’être constant. Sa pièce la plus célèbre. En 1893 c’est Salomé qui est écrite à Paris et en français pour Sarah Bernhardt. L’actrice ne jouera jamais le rôle et la pièce est interdite en Angleterre mais elle inspira de nombreux artistes dont Aubrey Beardsley qui fut chargé d’en réaliser les illustrations.
C’est également dans ses années qu’il rencontre Lord Alfred Douglas, âgé de 21 ans alors qu’il a lui-même la quarantaine. Cette relation passionné transforme sa vie tout entière et le mènera à sa perte quand il s’oppose au père du jeune homme, le marquis de Queensberry. Les choses se retournent contre lui et il finit par être jugé pour outrage à la pudeur. Nous sommes dans l’Angleterre très puritaine et hypocrite de la reine Victoria où il ne faut pas montrer les scandales. Oscar Wilde est donc condamné à la prison pour ce qu’il est. Durant ses années très dures pour lui, il écrit son De Profundis, longue lettre destinée à Alfred. Il retrouve malgré tout son amant à sa libération en 1897 et ils voyagent ensemble en Italie. Il mourra en 1900 à Paris, loin de chez lui, un peu oublié mais en 1909, le sculpteur Jacob Epstein lui édifie un tombeau en forme de sphinx qui aujourd’hui encore accueillent ses admiratrices et admirateurs venus du monde entier.Afficher l'image d'origine

J’ai adoré cette exposition, voir ces peintures anglaises, les manuscrits d’Oscar Wilde, les photos, les caricatures qu’on faisait de lui où il apparaissait comme un ogre dévorant la vie à pleine dent. C’est vraiment une très belle exposition qui rend parfaitement hommage à ce grand bonhomme sensible qu’était Wilde.

Bravo !

Petit Palais
Oscar Wilde
L’impertinent absolu

Du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017
COMMISSAIRES : Dominique Morel : conservateur en chef au Petit Palais
Merlin Holland : conseiller scientifique

 

Musée de la Vie romantique
‘L’oeil de Baudelaire’ / 20 septembre 2016 – 29 janvier 2017

COMMISSAIRES : Robert Kopp,  professeur à l’université de Bâle,Suisse, correspondant à l’Institut
Charlotte Manzini, docteur en littérature
Jérôme Farigoule, directeur du musée de la Vie romantique
Sophie Eloy, directrice adjointe, musée de la Vie romantique

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L’effroi sublimé au Musée de la vie Romantique

Afficher l'image d'origineJe pensais avoir fait le tour de la plupart des expositions en attendant la nouvelle fournée qui commence essentiellement en mars, mais j’avais oublié le Musée de la Vie Romantique et son exposition sur les « Visages de l’effroi ». A une semaine de sa clôture, je me suis donc dépêchée de m’y rendre et j’ai plus que bien fait. Le musée d’Orsay avait déjà mis en lumière ces œuvres torturées du XIXème siècle, tournées vers l’obscurité de l’âme et les drames historiques et mythiques dans « Crime et Châtiments » et « l’Ange du bizarre ». L’intérêt ici ce sont les œuvres uniquement françaises, des œuvres moins connues d’artistes moins célèbres du courant néoclassique ou romantique.
Les néoclassiques en tant que témoins des troubles révolutionnaires et des guerres napoléoniennes ont une vision très froide de l’horreur, les romantiques de leurs côtés façonnement une nouvelle esthétique, crépusculaire, aux frontières du fantastique.
Le parcours est construit autour de 4 thèmes : La chute des héros, Martyrs profanes, martyrs chrétiens, Violences et réalités et Les affres de l’Au-delà.

La chute des héros fait référence à cette période révolutionnaire et postrévolutionnaire où la conscience d’un monde en plein changement, et que plus rien ne sera comme avant  habite les artistes. Les néoclassiques tentent de renouveler les thèmes en puisant dans l’Histoire antique des sujets héroïques. Pour ces héros d’un autre temps, la violence est brute et vertueuse et contribue au sublime. Chez les romantiques, avec le salon de 1824, Delacroix, Boulanger et Devéria font fi des convenances et peignent une violence sans fard. Les œuvres sont poignantes, les héros de ces toiles se tordent de douleurs et le sang coule à flot quand ce n’est pas la misère sordide et froide du quotidien qui est mise en avant.

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Cette Révolution qui sacrifie tant et tant d’êtres pas forcément coupables alimente une esthétique nouvelle. Les héros révolutionnaires deviennent des saints martyrisés, comme Marat dans sa baignoire. La Restauration redonne sa place d’honneurs aux œuvres religieuses mais la façon de peindre a changé et l’héritage reste. Cette mère terrorisée peinte par Cogniet pour son « Massacre des Innocents » en 1824 est criante de réalité. Sa douleur est réelle et la violence qui se prépare est presque palpable.
Avec la presse qui se développe, la grande nouveauté pour ces peintres c’est la possibilité de peindre des affaires contemporaines toutes aussi sordides les unes que les autres. Les journaux sont une bible d’histoires sans cesse renouvelées. La terrible affaire Fualdès, ancien procureur impérial Fualdès égorgé dans la nuit du 19 au 20 mars 1817 à Rodez inspire à Géricault une série d’esquisses préparatoires en vue d’un grand tableau monumental qu’il ne réalisera pas au profit du Radeau de la Méduse, autre fait contemporain.
La littérature elle aussi en pleine mutation continue à être une source d’inspiration pour tous ces peintres en quêtes d’histoires nouvelles, ainsi La fiancée de Lammermoor de Walter Scott donne à Emile Signol « La folie de la fiancée de Lammermoor » où la malheureuse Lucy Ashton se tient recroquevillée dans sa cheminée, les yeux remplit de folie.
La dernière partie est consacrée au Romantisme noir et porte sur toute cette production irrationnelle, sombre et fantastique avec une large part consacrée au mythe d’Ossian, invente entre 1760 et 1773 par James Macpherson qui constitue une nouvelle mythologie.

 

C’est une exposition extraordinaire avec sa part d’ombre comme je les aime. J’avais déjà aimé toutes les précédentes sur le sujet. Ces œuvres sont un volet important de l’Histoire de l’art du XIXème siècle, et c’est toujours très intéressant de les retrouver et d’admirer comment tous ces artistes ont retranscrit la violence de leur époque, une violence qu’on oublie souvent quand on pense au XIXème siècle.

Je sais que je m’y prends tard, mais en cette semaine de vacances, si vous pouvez y faire un petit tour, n’hésitez pas.

 

VIOLENCE ET FANTASTIQUE DE DAVID À DELACROIX

Musée de la Vie romantique

3 novembre 2015- 28 février 2016

 

 

Allons au Théâtre romantique à Paris.

Après avoir été tant charmée par l’exposition sur la Comédie Française au Petit Palais il y a quelques mois, j’étais plus que tentée par l’affiche montrant Rachel qui invite à venir voir dans un autre et non moins charmant musée parisien, le musée de la vie romantique, une exposition sur le Théâtre romantique.

Bienvenue donc dans cette charmante demeure nichée au pied de Montmartre, dans le quartier de la Nouvelle Athènes, qui fut autrefois la maison d’Ary Scheffer, où Georges Sand passa de nombreuses heures et où les murs ont gardé l’odeur des vieilles choses.

120 œuvres issues du Musée Carnavalet sont présentées pour nous faire découvrir toute l’effervescence d’un monde, celui du théâtre parisien, à un moment crucial de son histoire. Tous les genres sont évoqués, le vaudeville, l’opéra, le mélodrame, le mime, le ballet ; les plus grands noms sont cités, Talma et Rachel que j’ai déjà eu l’occasion de vous faire découvrir mais également le mime Deburau, Maria Malibran Fanny Elssler ou la charmante Marie Taglioni ; les sublimes décors et costumes sont aussi évoqués. Alors venez, entrez et regardez derrière le rideau, à travers une exposition conçue en trois parties : le grand et le petit théâtre, la naissance du ballet romantique et le décor de théâtre.

Adolphe Martial Potémont (1828-1883)
Les Théâtres du boulevard du Temple, 1862 © Musée Carnavalet/Pierre Antoine-Paris Musées

Le XIXe siècle voit naître de grands changements dans le monde du spectacle, que ce soit le théâtre ou l’opéra. Paris devient la capitale européenne de cet univers foisonnant en renouvellement complet.
C’est ici, dans la ville pas encore lumière qu’est concentré le plus grand nombre de salles en Europe, privées ou subventionnées. Et c’est sur toutes ces scènes que s’opèrent les changements à travers notamment la redécouverte d’auteurs comme Shakespeare qui incarne par sa faculté à traiter tous les genres et à toucher tous les publics cette nouveauté recherchée.

Théâtre des variétés, source gallica/bnf

Stendhal grand admirateur du dramaturge britannique dans Racine et Shakespeare (1823-25) tend à prouver que ce dernier est supérieur à Racine et exprimer son désir de voir abolir la versification pour une représentation plus proche de la réalité, pour former au théâtre une illusion parfaite.

Jean-Baptiste Singry, 
Alexandrine Saint-Aubin en‘Cendrillon’ vers 1810 ©Carnavalet/Roger-Viollet

Victor Hugo, le chantre du drame Romantique avec la célèbre bataille d’Hernani en 1830, le définit dans la Préface de Cromwell (1827) comme une somme de toutes choses, un mélange de genre, d’action, de pensées ou de registres. Il l’oppose à la tragédie classique en reniant la règle d’or de l’unité (unité de lieu, de temps et d’action). Hugo impose cinq lignes directrices au drame romantique :

– reproduire  la vie réelle (mélange des genres)
– rejeter le classicisme à travers le refus des 3 unités ou de la bienséance qui empêche le réalisme.
– rechercher la liberté créatrice et l’invention totale
– maintenir la versification
– peindre une « couleur locale »

La première salle de l’exposition évoque tous ces acteurs qui ont contribués à révolutionner le théâtre dans leurs manières de jouer avec une série de petits bustes de Jean-Pierre Dantan qui portraiture toute la société de son temps ; mais aussi de beaux portraits.

Louis Hersent (1777-1860) Talma en costume de scène, 1811© Daniel Couty

Regardez Talma sur cette petite toile de Louis Hersent, le regard fier et frondeur dans son costume antique. Talma (1763-1826), acteur préféré de Napoléon et talent incontestable renouvelle le costume accompagné du peintre David. Ensemble ils cherchent le réalisme historique dans la manière de s’habiller pour un rôle. Plus question de jouer dans des costumes de son temps, s’il doit jouer dans Brutus, il sera habiller en romain, même si les bras et les jambes nues peuvent choquer. Talma renouvelle aussi le jeu même du comédien, qui est d’avantage mis en valeur en tant qu’artiste et plus simplement en dicteur de textes. « Avec [la mort de] Talma, toute tragédie est descendue dans la tombe. La France croyait encore à la tragédie ; lui mort, la tragédie a été mise au rang des croyances abolies »  disait Jules Janin, écrivain et critique dramatique.

Frédérique 0′ Connel, Rachel dans le rôle de Phèdre, 1850 ©Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Mais le 12 juin 1838,  une comédienne va apparaître sur la scène du Théâtre-français en Camille d’Horace pour redonner vie à la Tragédie et en devenir la reine incontestable. Cette comédienne c’est Rachel (1821-1858) dont on peut voir le magnifique portrait d’O’connel d’elle dans le  rôle de Phèdre. Quelle intensité dans le regard, ce n’est pas Rachel, mais Phèdre qui est devant nous sous les traits de Rachel, la plus grande tragédienne du XIXème siècle qui est évoquée de nombreuses fois dans l’exposition notamment à travers ses accessoires de scène, ses bijoux ou ses petits souliers de soie.

Les grands tragédiens ne sont pas les seuls à l’honneur. Les différentes « stars » des nombreuses salles parisiennes sont évoquées, car elles étaient nombreuses. Alors certes, le mot est anachronique mais à notre époque où tout le monde revendique la célébrité mais ou peu peuvent se prétendre star au sens le plus pure, je le trouvais plutôt

Le Mime Charles Deburau en costume de Pierrot de Jean Pezous ©Musée CarnavaletRoger-Viollet

parlant. Les mimes Deburau, père et fils ont par exemple une belle part à travers un portrait de dos, du mime se regardant dans le miroir. Deburau fils ne se destinait pas du tout à ce genre, il se rêvait tragédien. Mais à la mort de son père, alors qu’il n’a lui-même que 17ans, la ressemblance physique, les mêmes grandes jambes, les mêmes grands bras,  le pousse sur le devant de la scène du Théâtre des Funambule puis aux Délassements-Comiques, ressuscitant ainsi son père devant une foule en liesse et devenant à son tour un Pierrot légendaire.

Au-delà des acteurs ce sont aussi leurs costumes qui sont mis à l’honneur à travers l’exposition de nombreuses illustrations dues pour la plupart à  Louis Maleuvre, Joly, Auguste Raffet, Paul Gavarni et Carle Vernet (c’est amusant de voir qu’il ne fait pas que des scènes de chasse d’ailleurs). On retrouve notamment la Petite galerie dramatique ou recueil des différents costumes d’acteurs des théâtres de la capitale publiée en 1796 par Aaron Martinet qui représente les acteurs dans les costumes de leurs rôles les plus célèbres. Elle va se perpétuer sous divers noms jusqu’à la fin du XIXème siècle : la galerie théâtrale en 1844 et la nouvelle galerie dramatique en 1872 formant un tout de 2930 planches qui sont un témoignage précieux sur l’évolution du costume.

Victor Darjou (1804-1877) L’acteur Hugues Bouffé (1800-1888),
représenté dans ses principaux rôles, Salon de 1848 ©musée Carnavalet/Roger-Viollet

Preuve que tous les genres sont ici traités, nous quittons le théâtre pour rejoindre l’Opéra. Après la destruction par Louis XVIII de l’Opéra de la rue de Richelieu et avant la construction de l’opéra Garnier, c’est la salle  Le Peltier conçu pour être temporaire, qui va accueillir entre 1821 et 1873 les plus grands opéras de son temps, la sublime voix de la célèbre Maria Malibran ou de Marietta Alboni mais aussi la naissance du ballet romantique à travers ses plus fameuses ballerines. C’est cet opéra que l’on retrouve notamment chez Degas dans ses peintures de petites danseuses.

Jules Arnout, Intérieur de la salle Le Peletier pendant une représentation de ‘Robert le Diable’, vers 1854 © MuséeCarnavalet/ Roger-Viollet

Deux d’entre- elles ont particulièrement fait battre le cœur de leurs contemporains : Marie Taglioni et Fanny Elssler au point de mener la passion qu’elles déchainèrent à une lutte enflammée entre Taglionistes et Elsseleristes.

Le Grand Pas de Quatre
Carlotta Grisi (1819-1907) à gauche, Marie Taglioni (1804-1864) au centre, Lucille Grahn (1819-1907) au fond à droite, et Fanny Cerrito (1817-1819) devant à droite (Gravure de Thomas Herbert Maguire, d’après une aquarelle d’Alfred Edward Chalon)

Marie Taglioni est la fille d’un chorégraphe italien et d’une danseuse suédoise. Elle incarne le changement et devient la première ballerine moderne, la première en tutu, grâce au premier ballet romantique créé en 1832 pour elle par son père qui adapte la chorégraphie à sa technique et à sa morphologie, la sylphide.

Achille Devéria,Fanny Elssler en Florinda dansant La Cachucha dans le ballet Le Diable boiteux 1836, ©Carnavalet/Roger-Viollet

L’autrichienne Fanny Elssler fut engagée à Paris en 1834 et s’impose comme une grande danseuse grâce à son interprétation accompagnée de castagnettes de la cachuta dans le Diable Boiteux en 1836 où elle devient l’incarnation fougueuse même de cette danse comme Marie Taglioni était l’éthérée sylphide. La cachuta marque aussi l’entrée dans les chorégraphies de danses plus exotiques.

Avec Carlotta Grisi, Taglioni et Elssler forment les trois grâces du ballet romantique. Grisi a pour sa part créé le rôle de Giselle 1841, considéré comme l’apothéose du ballet romantique. Elle était aussi une amie et une muse de Théophile Gautier dont sa sœur était la compagne.

La période du ballet romantique traditionnellement retenue se situe entre 1827 et 1845-1850 et se caractérise par un style éthéré, des histoires inspirées des mythologies nordiques pleine de fées et de trolls, une nature enchanteresse et du surnaturelle plus présents. Sylphide, présenté en 1832 est considéré comme le premier des ballets romantiques même si d’autres lui avaient ouvert la voie, notamment  Flore et Zéphire, présenté en 1815 à Paris. Giselle en 1841 en est un archétype parfait dans le mélange des genres et son histoire d’amour surpassant la mort, thème fort apprécié.

Lejeune (Emile ?) Les Trois Grâces, 1844 ©Carnavalet/Roger-Viollet

La ballerine devient le centre du ballet, elle qui n’était qu’un faire-valoir pour le danseur. Les techniques de pointe et des jambes deviennent plus importantes dans la chorégraphie et attirent les regards grâce au tutu qui fait son apparition. La technique et la difficulté doit pourtant s’effacer derrière une impression de légèreté et de grâce qui caractérise le ballet romantique.

Philippe Chaperon(1823-1907) Decor de l’acte IV du Roi s’amuse au théâtre français, 1882 ©musée Carnavalet/Roger-Viollet

La scène de théâtre ou d’opéra change aussi et ses décors constituent la troisième partie de l’exposition. A l’image de la diction ou du costume, la décoration tend aussi vers un réalisme plus profond qui fait voyager au premier coup d’œil. La recherche d’une réalité historique n’est pas que dans le fond, elle touche aussi la forme.

La somptuosité déployée est telle qu’elle éclipse parfois tout le reste. L’éclairage au gaz permet de rendre des ambiances plus profondes, plus réelle. C’est l’une des grandes innovations du XIXème siècle. Louis Daguerre à l’Ambigu comique est une figure fondamentale de l’évolution de la mise en scène avec ses inventions telles le cyclorama ou le diorama (1822) qui tentent de reproduire des phénomènes naturels comme un lever de soleil ou la lumière de la lune.

Maquette de décor pour « Robert le Diable », de Meyerbeer, 1831. Il s’agit du « Ballet des Nonnes », où figurait pour la première fois la danseuse Marie Taglioni. 1831.©musée Carnavalet/Roger-Viollet

L’une des plus belles salles de l’exposition est celle où sont montrées les décors peints par Cicéri ou Chaperon. Le ballet Robert le diable, dont les décors sont conçus par Cicéri a profondément marqué les esprits par la beauté de ces derniers, notamment le troisième acte où le spectateur rentre littéralement dans le cloître de Sainte-Rosalie. C’est un voyage dans milles lieux et milles temps à travers ses décors qui s’offre à nous.

Esther de Racine
Ibravo, Julia Grisi

Cette exposition tient donc toutes ses promesses, une petite parenthèse enchanteresse, dans un lieu qui ne l’est pas moins. Un voyage au pays du théâtre et des tutus, une immersion dans un monde mystérieux et fascinant plein de légendes qui ont gravées leurs noms dans la pierre et conditionnées le monde du spectacle actuel.
En conclusion, j’aime toujours autant les expositions sur ce thème !

                                                                                                                                                  

Musée de la Vie Romantique : du 13 mars au 15 juillet 2012
Commissariat : Daniel Marchesseau, Directeur du musée de la Vie romantique ; Jean-Marie Bruson, Conservateur général au musée Carnavalet

Liens :

1) http://www.paris.fr/loisirs/musees-expos/musee-de-la-vie-romantique/theatres-romantiques-a-paris-collections-du-musee-carnavalet-du-13-mars-au-15 juillet/rub_5851_actu_110115_port_24533
2 ) http://chroniquesdelacostumerie.fr/le-theatre-romantique-acteurs-et-decors/
3) http://chroniquesdelacostumerie.fr/ballets-romantiques-et-costumes-de-scene/
4 ) http://www.latribunedelart.com/theatres-romantiques-a-paris-collections-du-musee-carnavalet-article003667.html
5) http://www.clioetcalliope.com/cont/romantisme/theatre.htm