21 rue de la Boétie

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Rosenberg par Picasso

L’exposition du musée Maillol est l’une des belles expositions de la saison et une de celles dont on se souvient longtemps.
Inspirée par le livre d’Anne Sinclair, 21rue de la Boétie cette exposition est un ensemble d’histoires, celle d’une collection débutée en 1910, d’un collectionneur, d’artistes et d’une partie de l’Histoire de France et de l’Art.
Paul Rosenberg (1881-1959) car c’est lui le protagoniste principal, est l’un des grands galleristes du XXe siècle et est à la fois témoin, acteur et victime de cette histoire.
Son père Alexandre est déjà marchand d’art originaire de l’Empire Austro-Hongrois. Installé à Paris en 1878, il s’est spécialisé dans les impressionnistes et néo-impressionnistes. Il fait participer ses deux fils au commerce familiale et ils finissent par ouvrir leurs propres galeries, Paul, rue de la Boétie et Léonce, spécialiste des cubistes, dans la rue de la Baume.

On apprend que les frères Rosenberg n’étaient pas des tendres. Ils profitent ainsi de la nationalité allemande d’un autre grand marchand de l’époque, Daniel-Henry Kahnweiler. Ses œuvres (des Picasso, Braque, Gris et Derain) furent mises sous séquestres suite à la Première guerre mondiale au titre de prises de guerre. Léonce se fait nommer expert de la vente et sous-évalue volontairement une partie des œuvres pour mieux les racheter. Seulement le profit est de courte durée, la plupart des artistes lui en voulurent et se tournèrent vers son frère.

Le système Rosenberg se met peu à peu en place, reposant sur des relations contractuelles et amicales le liant à des artistes de premier plan de l’art moderne, Picasso, Braque, Léger, Laurencin et Matisse tout en continuant d’afficher des œuvres plus « rassurantes » comme des impressionnistes, es paysagistes de l’École de Barbizon ou des Delacroix, Ingres et autres classiques français.
Chaque œuvre transitant par la galerie est soigneusement enregistré sur une petite fiche descriptive avec photo ce qui permet encore aujourd’hui de retrouver au hasard d’une exposition des peintures qui ont transités entre ses mains.
Il comprend parfaitement l’importance de la communication, utilisant tous les moyens pour promouvoir ses artistes : catalogues, expositions, publicités etc. Enfin,
Paul est l’un des premiers à comprendre l’importance des Etats-Unis dans le marché de l’art. Il effectue ainsi des visites régulières de l’autre côté de l’Atlantique, contribuant peu à peu à déplacer la capitale des arts de Paris à New-York. Il s’y installe en 1940 fuyant le nazisme et aidé de ses proches, il y  ouvre une galerie au 16 East 57th Street, transférée en 1953 au 20 East 79th street.

Pendant ce temps en France, ce qui reste de sa collection est peu à peu spoliée par l’Occupant, sa galerie devenant comble du déshonneur l’Institut d’étude des questions juives. Bien qu’une partie de la collection fut rendue à ses propriétaires légitimes, la famille continue encore à se battre pour récupérer ses biens. Ainsi en 1997 elle récupère L’odalisque de Matisse exposée au Seattle Art Museum, en 1999 c’est la France qui restitue un Nymphéa de Monet et en 2014 c’est le centre d’art norvégien Henie-Onstad qui rend Robe bleue dans un fauteuil ocre de Matisse.

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Leger, Trois femmes, 1921

L’un des points forts de l’exposition est de sortir légèrement de son sujet pour plonger dans le contexte plus large du monde de l’art sous la domination nazi dès 1933. On nous explique clairement l’opposition entre ce que devait être l’art aryen, représentant la grandeur du peuple allemand et ses valeurs de travail, de monde rural, de virilité et de femme au foyer et au contraire la mise au pilori de l’art moderne considéré comme « art dégénéré » par Gobbels. Deux expositions ont ainsi été organisée en 1937 à Munich,  « GRANDE EXPOSITION DE L’ART ALLEMAND » et  celle « D’ART DÉGÉNÉRÉ » qui voyagea dans 12 villes avec plus de 3 millions de visiteurs. On indiquait notamment sur les cartels le prix des œuvres avec la mention  « payé par les impôts du peuple allemand ».

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Marie Laurencin (1883-1956), La répétition (Groupe de femmes), 1936, huile sur toile, 120,5 x 120,5 cm, 1936 Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (Don de Paul Rosenberg, 1947).

Vous l’aurez compris c’est une exposition d’une grande richesse que je ne peux pas vous résumer complètement, il faut la voir, la vivre ou lire le livre d’Anne Sinclair. C’est instructif et enrichissant en plus d’être un plaisir artistique. C’est rare qu’une exposition réussisse à ce point à dépasser le simple affichage de tableaux aussi beaux soient-ils pour transcender un sujet. C’est le cas ici. C’est une page de l’histoire qui nous ai raconté.

Bravo

Commissariat :

Elie Barnavi, Benoît Remiche, Isabelle Benoit, Vincent Delvaux et François Henrard, de l’équipe Tempora. Elaine Rosenberg, belle-fille de Paul Rosenberg, à New York et Anne Sinclair, marraine de l’exposition.

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Pissarro à Eragny

illusprogramme-pissarroRestons dans la nature avec le doyen des impressionnistes, Camille Pissarro (1830-1903). Moins connu qu’un Monet ou qu’un Renoir, Pissarro tient pourtant une place à part dans l’Histoire de l’art du XIXe siècle et du mouvement impressionniste. Proche de Corot, Monet, Cézanne, Daubigny ou encore Gauguin il est le seul peintre à avoir participé à toutes les expositions du groupe entre 1874 et 1886.

L’exposition du musée du Luxembourg ne se veut pas monographique, elle s’attache à une petite partie de sa vie, celle de son installation dans le village d’Éragny-sur-Epte dans l’Oise à partir de l’hiver 1884. Sa femme, Julie Vellay, attend son 8eme enfant, il cherche un endroit pour toute sa famille. Parmi toute sa petite tribu, 5 de ses fils deviendront peintres à leur tour. Lucien, l’aîné fonde même en Angleterre une maison d’édition, Eragny Press en hommage au village familial.

Camille Pissarro, Coin de jardin à Éragny, 1897 © Ordupgaard Museum

C’est une période de stabilité, de douceurs, de joies familiales, de paysages quotidiens et de motif récurrents. Il devient propriétaire de sa petite maison en 1892 grâce à un prêt de Monet et il y reste jusqu’à sa mort en 1903.

C’est bien évidement des paysages à profusion qui nous sont présentés. Différentes vues d’un même endroit, différentes lumières, typique des impressionnistes mais qui évoluent avec le temps vers un renouveau néo-impressionniste proche de Seurat. Ses convictions politiques sont également abordées. Pissarro était comme de nombreux artistes des années 1880 proche des idées anarchistes, il sera même recherché comme anarchiste non-violent après l’assassinat de Sadi Carnot en 1894. Il était partisan d’un art pour l’art, proche de tous, montrant le travail et débarrassés des idées religieuses et capitalistes. En 1889 il entreprend d’illustrer un album anarchiste, Turpitude sociale qui influence ses propres fils à ses idées politiques. Il s’attache également à peindre le monde rural avec le plus de fidélité possible. Il réaliste ainsi un livre illustré, Le travail des champs.

Camille Pissarro, Le bain de pieds, 1895 © Art Institute of Chicago

C’est une belle exposition à faire qui raconte avec douceur les dernières années de la vie de Camille Pissarro et le lien qui l’a uni à Eragny, un lien similaire à celui qui a uni Giverny et Monet.

Exposition au musée du Luxembourg 16mars-9 juillet 2017

Commissariat : Richard Brettell, directeur de l’Edith O’Donnell Institute of Art History, The University of Texas, Dallas et Joachim Pissarro, Bershad professeur d’histoire de l’art et directeur des espaces artistiques du Hunter College, City University of New York.

Scénographie : Etienne Lefrançois et Emmanuelle Garcia

Jardins au Grand Palais

affiche-jardinLes amoureux des jardins ont beaucoup de chance en ce printemps pas toujours très folichon, ils vont pouvoir nourrir leur soif de verdure et de plantes vertes au Grand Palais avec une exposition pluridisciplinaire originale et plutôt complète. L’approche à la fois historique, artistique et scientifique permet d’apprécier le jardin comme création de l’Homme qui façonne la nature et l’existant pour créer une nouvelle entité naturelle et humaine à la fois.

La première partie aborde le côté scientifique, manuel avec les herbiers, les outils et l’image du jardinier. Le vieux jardinier de d’Emile Clauss (1886) conjugue réalisme et impressionnisme pour nous montrer un homme âgé certes, mais solide, puissant à la peau tannée par le soleil et tenant avec délicatesse son pot de bégonias. L’homme du jardin dans toute sa force et sa douceur en somme.le-vieux-jardinier-emile-claus

Une fois qu’on descend l’escalier, on retrouve des éléments plus proches de l’histoire de l’art classique montrant l’évolution depuis la Renaissance. Une jolie mise en scène pour évoquer les jardins à la françaises avec des tableaux qui sont accrochés derrière une cimaise et qu’on voit comme des vues à travers des fenêtres. Vraiment bien vu, c’est une façon originale d’aborder une œuvre. Cela rappelle la fameuse phrase de Leon Alberti qui voyait l’art comme une fenêtre sur le monde. Ici c’est pris au pied de la lettre. On peut ainsi profiter de jolies vues d’Hubert Robert ou de Fragonard avant de découvrir toutes les œuvres impressionnistes qui traitent le sujet avec toute la lumière possible et le faisant entrer dans le domaine de la vie familiale et joyeuse comme chez berthe Morisot ou Monet.

En somme une belle exposition pleine de soleil, de plantes, de vie. Les titres même des sous parties sont une invitation à la promenade : humus, arboretum, belvédère, bosquets etc.

Si vous n’avez pas le temps ou l’opportunité de visiter l’exposition, je vous conseille le site du Grand Palais http://www.grandpalais.fr/fr/article/jardins-toute-lexpo, très bien fichu qui vous donnera toutes les informations nécessaire et plus encore.

JARDINS
15 mars-24 juillet 2017
Commissariat : Laurent Le Bon, président du Musée national Picasso, Marc Jeanson, responsable de l’Herbier national du Museum national d’Histoire naturelle, Coline Zellal, conservatrice au musée national Picasso.

Come back de printemps

Bonjour à tous,Résultat de recherche d'images pour "tenue correct exigée arts décoratifs"

Je crois avoir été absente une partie de l’hiver. Entre le travail et l’habitude de visiter
les expos la veille de leur fermeture, c’était un peu compliqué. J’aurai par exemple adoré vous faire partager celle sur les Fêtes et les divertissements à la cour du château de Versailles, avec les magnifiques tapisseries de Oudry, l’évocation du bal des Ifs et tout et tout.  Mais elle se termine aujourd’hui.

Heureusement avec le soleil de nouvelles expos germent et j’en ai à nouveau  quelques unes en réserve pour vous.

Commençons par une expositions friperie, « Tenue correct exigée » qui s’achève le 23 avril. Il reste donc un bon mois pour y aller.

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Alexis Chataignier, Ah, quelle antiquité !!! Oh ! quelle folie que la nouveauté… 1797, Paris © BnF

 

Le propos ? Rien de plus simple. Montrer comment depuis le XIVe siècle et à travers 400 vêtements la mode se dépasse, se réinvente jusqu’à choquer pour créer la nouveauté et comment elle est intimement liée à la société qui la façonne, lui dicte ses règles.

Le parcours -comme souvent avec les expos sur le textile aux Arts Déco est bien fichu, immersif, avec lumière sombre et grande vitrine, pas ennuyant pour un sous. On est plongé dans une longue histoire de tissus et de société. On comprend peu à peu (bien qu’on s’en doute) comment depuis toujours la façon de s’habiller relève à la fois d’une volonté personnelle et beaucoup de normes imposées. Par exemple, qu’est ce qui définit un habit d’homme, d’un habit de femme ? Pourvoi marquer cette différence? Ha l’héritage judéo-chrétien, encore cette fichue Eve. Mais pas que. Qu’est ce qui différencie la femme légère de dame de la haute société ? Rappelez-vous comment le portrait de Marie-Antoinette en robe de gaulle en mousseline blanche par E.Vigée-Lebrun fit scandale. Comment ? Osez représenter la reine de France comme une vulgaire femme du peuple. On pourrait croire que cela la rendrait sympathique, plus proche, plus normale, mais non. Par l’exposition de ce tableau, c’est la royauté qui est désacralisée et on dût retirer le tableau illico presto. De la même façon aujourd’hui, normalement dans notre société, toutes les femmes peuvent porter des pantalons. Mais que le combat fut dure. Et c’est encore aujourd’hui, même dans notre pays, un éternel débat. Peut-on s’habiller vraiment comme on le veut ? Puis-je mettre une jupe dans le RER à 22h, aller au travail en jogging, porter un burkini, ou une robe à fleurs à l’Assemblée nationale, un baggy à un entretien ? C’est un propos atrocement contemporain que nous offre le musée des arts Décoratifs.

Mais heureusement, parfois dans l’Histoire, il se trouve des personnes pour pousser un peu les choses et apporter un vent de fraicheur. On découvre la fabuleuse histoire du pantalon, de Dietrich à Yves Saint Laurent, celle de la capuche, de la mise en valeur de telle ou telle partie du corps.
A travers le prisme du vêtement, c’est toute notre société d’image que se propose de mettre en lumière le musée. Un plaisir instructif, porteur de réflexion où on ne s’ennuie pas une seconde.

A voir, à faire, à porter.

Commissaire : > Denis BRUNA, conservateur, collections Mode et Textile antérieures au XIXe siècle
Scénographie : > Constance Gui

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Cœur brûlés, Deutsche Kinemathek, Marle Dietrichcollectio, Berlin, 1930 C Eugène Robert Richee Entrer une légende

 

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Toutes les infos là : http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/actualites/expositions-en-cours/mode-et-textile/tenue-correcte-exigee-quand-le-vetement-fait-scandale/

Rembrandt en toute intimité

crlr0xrwcae4pfcC’est l’une des plus jolies et plus attendues expositions de la rentrée que je suis allée voir pour vous, celle consacrée à l’une des plus grandes stars de l’Histoire de l’art : Rembrandt intime au musée Jacquemart-André.

Comme toujours le musée part de ses propres collections pour bâtir autour de ses œuvres un discours. Ici ce sont trois toiles du maître qui ont inspiré le propos et qui racontent le maître.Le Repas des pèlerins d’Emmaüs (1629), le Portrait de la princesse Amalia van Solms (1632), et le Portrait du Docteur Arnold Tholinx (1656) illustrent trois périodes de la vie de Rembrandt ainsi que l’évolution de son style.

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La première oeuvre, Les pèlerins, est peinte en 1629, il a 23 ans mais est déjà un artiste accompli de Leyde qui maîtrise son art et témoigne de utilisation du clair-obscur, dans la lignée caravagesque mais complètement réinterpréter à la sauce hollandaise. La lumière et l’obscurité servent à rendre l’intensité narrative et dramatique et attirent le regard sur la sainteté des personnages. 9-paris-musee-jacquemart-andre-institut-de-france-studio-sebert-photographes
Pour le portrait de la princesse, Rembrandt vient de s’installer à Amsterdam et il devient un peintre célèbre avec des commandes qui affluent. Amalia van Solms, est l’épouse du stathouder de Hollande, l’un des personnages les plus importants du pays et son portrait témoigne du fait que le peintre travaille désormais pour les plus grands. Il réalise aussi bien des portraits officiels, des portraits de commande, des portraits intimes et des portraits imaginaires avec à chaque fois des codes propres, tantôt austère, tantôt plus psychologique ou tantôt dans la magnificence la plus totale.

Mais son modèle le plus fidèle, en dehors de sa famille et notamment son épouse Saskia van Uylenburgh, c’est lui-même tout au long de son existence. Un peu comme un journal intime, on le voit vieillir certes mais surtout il se sert de sa figure comme une base de travail sur la représentation psychologique de ses modèles à laquelle il tenait tant.

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Dans les années 1650-1660, sa renommée porte désormais jusqu’en Italie pourtant les épreuves s’accumulent. Il a déjà perdu sa femme en 1642, puis sa nouvelle compagne Hendrickje Stoffels et son fils Titus ; il doit également vendre sa maison et ses collections pour échapper à la faillite. Son style évolue, il devient plus libre, plus vibrant, presque palpable et le Portrait du docteur Arnold Tholinx correspond à cette évolution..

En dehors de ces trois œuvres vous pourrez apprécier des gravures, des dessins, et d’autres peintures.

Je radote mais j’aime  beaucoup les expositions du musée Jacquemart-André. Elles réunissent à mon goût deux qualités essentielles : elles onts des sujets de choix et ne m’assomment pas, elles sont claires si vous préférez. Encore une fois, le musée est donc fidèle à sa réputation et ce à pourquoi je l’aime. Cette exposition est un petit bijoux avec des œuvres rares et merveilleuses autour d’un artiste aussi célèbre que mystérieux. Vraiment, un délice !


Exposition au musée Jacquemart André jusqu’au 23 janvier 2017

Commissariat

Emmanuel Starcky, Directeur des Domaines et Musées nationaux de Compiègne et de Blérancourt.
Peter Schatborn, Conservateur en chef émérite du Cabinet national des estampes au Rijksmuseum d’Amsterdam.
Pierre Curie, Conservateur du Musée Jacquemart-André.

C’est la fête au musée d’Orsay

Cette année c’est la fête impériale au musée d’Orsay, les crinolines sont de sorties, les lumières brillent de mille feux et la musique chante. Le Second empire dévoile ce qu’il a de plus festif pour redorer son image parfois décriée.

Comme souvent le musée du XIXème siècle qui fête ses 30 ans, ne fait pas les choses à moitié. A travers une scénographie spectaculaire, le visiteur est plongé en immersion dans les fastes des fêtes de ce Second Empire dont la force reposait sur son image.

Le Prince président, neveu de Napoléon Ier, arrive au pouvoir par les urnes et par la force, mais il n’a que son nom pour asseoir

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Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873, d’après) 1855 Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

sa légitimité, pas de batailles glorieuses ou de gloires personnelles. Louis Napoléon, devenu Napoléon III en 1852 va donc se construire lui-même une image de pouvoir, s’appuyant sur sa belle et douce épouse, Eugénie, puis son fils, le future de l’Empire. Il magnifie chacune de ses apparitions, transformant son règne en festivités joyeuses et attrayantes et en mettant en avant la modernité de son régime.

 

Tous les aspects de cette société de représentation, de spectacles et d’arts sont mis en avant. Les aspects les plus positifs seulement, la misère du peuple, la souffrance des campagnes, la censure, tout cela il n’en est pas question dans cette exposition. Rien que ce qui brille ! On découvre les luxueux décors éphémères élevés dans Paris pour célébrer les victoires de l’armée en Italie et associer la population à la fête. Mais il y a aussi les décors permanents, tous ces palais impériaux décorés avec fastes (Tuileries, Fontainebleau, Compiègne, Pierrefonds). C’est le retour du goût pour le fastueux XVIIIème siècle, lié entre autres à la fascination de l’impératrice Eugénie pour la personne de Marie-Antoinette. Elle cherche chez les antiquaires des meubles et des objets liés à la souveraine et quand elle ne trouve pas, elle commande des copies. Mais le XVIIIème siècle n’est pas la seule période historique à recevoir les faveurs du goût impérial. C’est un goût finalement très éclectique qui se met en place, avec une re-re-redécouverte de l’Antiquité et les décors à l’antique dont La villa pompéienne du prince Napoléon-Jérôme est la parfaite illustration ; mais il y a aussi le néo-gothique dont l’architecte Viollet-le-Duc est le chantre. Cet éclectisme se retrouve dans la richesse des décorations des intérieurs.

On rencontre les personnalités de l’époque à travers une galerie de portraits virtuoses. Tantôt réaliste et sobre comme chez Cabanel ou d’une grande modernité avec Monet et Manet. C’est l’image d’une société de cour où l’image de soi est primordiale qui se reflète dans cette galerie.

On plonge dans les merveilles du théâtre de l’époque, on croise la fabuleuse Rachel, l’Opéra de Garnier se construit et symbolise parfaitement la grandeur du régime, et on y entend la musique de Verdi, Wagner ou Bizet ; la folie des bals bat son plein et la comtesse de Castiglione exhibe ses plus beaux costumes.

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Gustave Boulanger Répétition du « Joueur de flûte » et de la « Femme de Diomède » chez le prince Napoléon © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Adrien Didierjean

On rentre dans une petite salle où l’accrochage est fidèle à ceux du XIXème siècle, avec des tableaux plein les murs, du sol au plafond. On plonge dans l’effervescence des Salons où les peintres présentaient leurs œuvres dans l’attente de commandes officielles et de reconnaissance, et où il était de bon ton de se montrer. Voici le goût académique de Cabanel, Gérôme ou Bougereau qui longtemps souffrirent de cette image avant d’être redécouvert il y a quelques années. Mais face au nombre croissant de peintres de la modernité refusé, l’Empereur autorise l’ouverture d’un Salon des refusés en 1863 où nous retrouverons Manet et Le déjeuner sur l’herbe… L’exposition se termine dans un tourbillon de beaux objets, hommage au savoir-faire français présenté lors des Expositions universelles de 1855 et 1867 au Palais de l’Industrie. Le succès croissant des objets manufacturés annonce le rôle croissant de l’industrie dans l’histoire des arts décoratifs au XXème siècle.

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Henri Baron Fête officielle au palais des Tuileries pendant l’Exposition Universelle de 1867 © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Droits réservés

Puis vient déjà le temps de sortir de cette bulle de fêtes et de retrouver la vraie vie, mais pas une seconde je ne me suis ennuyée. Le musée d’Orsay renoue avec sa tradition de grande exposition sténographiée et c’est un plaisir, car c’est un véritable voyage qui nous ai proposé. Même si les défauts de son régime sont occultés, cela fait aussi parfois un peu de bien de se concentrer sur les points positifs et la lumière.

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L’Impératrice Eugénie en costume du XVIIIe siècle WINTERHALTER Franz-Xaver

Spectaculaire Second Empire Musée d’Orsay 27 septembre 2016 – 15 janvier 2017

Commissariat général
Guy Cogeval, président des musées d’Orsay et de l’Orangerie

Commissariat
Yves Badetz, conservateur général au musée d’Orsay et directeur du musée Ernest Hébert Paul Perrin, conservateur au musée d’Orsay Marie-Paule Vial, conservateur en chef du patrimoine honoraire

Hergé

Avec les fêtes qui approchent, on retourne en enfance cette semaine. Il y a deux expositions qui s’y prêtent Disney au musée des Arts Ludiques et Hergé au Grand Palais et c’est justement là que nous allons.

Tout le monde connaît Tintin et  le nom de son créateur en est indissociable et est tout aussi célèbre, fait relativement rare dans le monde de la bande dessiné.

Bienvenue à Moulinsart et par mille millions de mille sabords en avant.

L’exposition est franchement bien. On ne s’ennuie pas et pourtant j’ai l’ennui facile. On découvre toutes les facettes de ce grand dessinateur belge, les étapes de créations, ses autres œuvres, son travail publicitaire et le tout de manière très joyeuse.

On rencontre ainsi Georges Remi, le vrai nom d’Hergé (1907-1983), collectionneur et amateur d’art, amateur d’histoire et de sciences. Au fil des années, il se créé une réserve d’images dans laquelle il plonge régulièrement pour illustrer ses cases d’art moderne auquel il s’est initié avec plaisir se créant une collection personnelle.

Il est très intéressant de voir comment se construit petit à petit une bande dessinée. Il y a d’abord l’importance du texte, puis le dessin vient mettre en scène ce dernier, avec d’abord les esquisses, puis les épreuves à l’encre de chine avant le rajout des couleurs. Un petit reportage de Michel Drucker de 1978 avec Hergé et Yves Robert explique sous forme d’un cours d’école toute la conception d’une planche.

http://www.ina.fr/video/I08312557

Et bien sûre Hergé ne se réduit pas à Tintin, il y a aussi Jo, Zette et la publicité qu’il pratique avant de devenir célèbre.

En dehors de l’aspect purement créatif, il est aussi intéressant de plonger dans l’histoire qui touche de plein fouet Tintin, la Seconde Guerre mondiale ! Hergé dans un premier temps apparaît contre la guerre à travers les aventures de Monsieur Bellum.

Mais la guerre éclate et Bruxelles passe sous contrôle allemand. LA situation de Hergé se précarise et il accepte de travailler pour Le Soir, journal ouvertement collaborationniste, ce qui lui vaudra des problèmes à la fin de la guerre. Il faudra attendre 1946 pour qu’il soit définitivement blanchi.

Je vous conseille vraiment cette exposition toute en couleurs qui a le mérite de pouvoir se faire avec les enfants. Vous pourrez lire des planches et des planches, replonger dans l’enfance, voir une maquette géante de la fusée et une autre du château de Moulinsart. Du fun et en cette période de fêtes, c’est ce qu’on cherche.

Commissaires : Jérôme Neutres, directeur de la stratégie et du développemen108276220_ot à la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais / Le musée Hergé, avec le soutien de Moulinsart.

Au Grand Palais jusqu’au 15 janvier 2017