Les beaux paysages d’Île de France et de Normandie, comme un avant goût de vacances

Le paysage et tout particulièrement le paysage du XIXème siècle a été très à la mode cette saison. Le besoin d’espace ou de jolies couleurs peut-être.

Deux régions ont eu les honneurs, l’Île de France et la Normandie. L’une au musée de Sceaux et l’autre au musée Jacquemart André.

Dans le joli petit château de Sceaux, musée de l’île de France, les romantiques,  l’école de Barbizon, les impressionnistes et les néo-impréssionnistes sont à l’honneur. L’exposition rappelle combien cette région a été la capitale d’un genre en pleine évolution loin des mépris de l’académisme classique.
Pendant longtemps le paysage n’est pour beaucoup qu’un joli fond derrière des personnages historiques ou religieux et même si les écoles du Nord surent très tôt en leur temps lui donner ses lettres de noblesse, en France il tarde à s’imposer face au carcan de la théorie des genres de l’Académie Royale. En terme de prestige il arrive loin derrière les vierges, les héros ou même les portraits. Ainsi, même si des artistes comme Hubert Robert ou Pierre-Henri de Valenciennes  avaient commencé à bouger les lignes, il faut attendre le XIXème siècle avec sa nouvelle vision de l’artiste et le chamboulement des genres pour lui donner son véritable élan. Et entre le chemin de fer qui permet de s’éloigner facilement et rapidement de Paris,  le matériel de peintre plus moderne (le tube, en fin !!!!!) , la photographie qui lance un vrai questionnement sur l’intérêt de la peinture et une réflexion générale sur l’évolution des campagnes dans un siècle en plein changement sociétale et environnemental, tout cela forme un creuset parfait pour que le paysage moderne se forme peu à peu et attire de plus en plus d’artistes aux réflexions très différentes.

Quand à Sceaux on note l’influence de l’Âge d’or Hollandais sur les premiers paysagistes de la région, coté Jacquemart-André on rappelle  l’influence déterminante des anglais qui dès le XVIIIème siècle se sont intéressés à ce genre  avec  Gainsborough,  Constable puis Turner qui se rend en Normandie à la fin des guerres napoléoniennes. Les Pays-Bas et le Royaume Unis sont les deux nations précurseuses du paysage français.

Il y a d’abord l’école de Barbizon qui dans la forêt de Fontainebleau à l’auberge du père Ganne réunit des peintres comme, Rousseau, Corot, Millet qui se retrouvent dans une vision rêvée de la forêt sauvage et en même temps si proche. Mais le nom d’école est trompeur, il s’agit plus d’une fraternité d’artistes où se mêlent les points de vue, les regards et les styles.Expo_Paysages_Lavieille_Barbizon

Puis les impressionnistes vont encore plus loin en libérant la touche et le motif pour ne retenir que l’impression, la lumière. Jongking, Corot ou Renoir peignent notamment la vallée de la Seine avec douceur et  nostalgie, portant leurs regards vers la Normandie.

L’exposition se veut un très jolie voyage dans le temps, à une époque où tout s’accéléraient mais ou la nature avait encore une place déterminante, où Gentilly c’était la campagne et où le périphérique n’existait pas, où les canotiers et les moulins faisaient rêver les passants.  Mais les peintres et les photographes témoignent aussi des désastres de la guerre contre la Prusse de 1870 qui furent nombreux dans la région.

Coté Jacquemart-André on s’exile un peu plus à l’Ouest, quoi que. Nous retrouvons grosso-modo les mêmes artistes et cette même envie de témoigner d’une société en pleine évolution et de cette nature si proche qui côtoie l’industrialisation et les débuts du « tourisme » avec la mode des bains de mer. On visite la Normandie à travers ses artistes fétiches, ses « locaux » Boudin et Monet. Mais on rencontre aussi des parisiens qui ont pris le train comme Edgar Degas ou Caillebotte. La ligne Paris-Rouen est ouverte en 1843, prolongée vers Le Havre en 1847, vers Dieppe l’année suivante et vers Fécamp en 1856. Dans les années 1860, le train dessert DeauvilleTrouville et toutes les stations de la Côte Fleurie.

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BOUDIN Eugène-Louis (1824-1898) Scène de plage à Trouville – 1869 – Huile sur panneau – 28 x 40 cm – Collection particulière. Courtesy Galerie de la Présidence, Paris © Galerie de la Présidence, Paris

Les barques des pécheurs d’Honfleur, les berges de Dieppe et les falaises d’Etretat se mêlent joyeusement aux belles robes et aux ombrelles des grandes dames venues prendre l’air. Le paysage pur rencontre la peinture de mondanités.

Vous l’aurez compris ce sont deux expositions conçues de manières très indépendantes l’une de l’autre mais qui se révèlent très complémentaires dans le sujet, la naissance du paysage et son épanouissement à travers deux régions essentielles la Normandie et l’Île de France. Alors si vous aimez les peintres de Barbizon ou bien que vous préfériez l’impressionniste aux couleurs chatoyantes, vous serez comblés. Une manière de voyager dans le temps et dans l’espace sans aller trop loin (enfin quand on est parisien:/).

 

PAYSAGES DU ROMANTISME A L’IMPRESSIONNISME LES ENVIRONS DE PARIS
Du vendredi 18 mars au dimanche 10 juillet 2016
Musée du Domaine départemental de Sceaux

NORMANDIE L’ATELIER EN PLEIN AIR MONET, RENOIR, PISSARRO, SISLEY, GAUGUIN… Musée Jacquemart-André 18 mars – 25 juillet 2016

Claire Durand-Ruel Snollaerts, historienne de l’art, spécialiste et experte de Camille Pissarro. Elle a établi le catalogue raisonné de l’artiste.
Jacques-Sylvain Klein, historien de l’art.
Pierre Curie, Conservateur du Musée Jacquemart-André.

 

 

 

 

Un retour furtif en enfance le temps d’une visite à Marmottan

Afficher l'image d'origineJe suis désolée de vous parler si tard de cette sympathique petite exposition qui finit dans une semaine, mais entre les grèves et autres, je n’ai pu y aller que la semaine dernière.

Nous sommes dans le charmant musée Marmottan dont je vous ai déjà parlé 2 ou 3 fois. Très mimi dans son hôtel particulier perdu au fin fond du 16° où  des collections sur le 1er Empire côtoient une belle collection d’enluminures mais surtout de très nombreux impressionnistes à commencer par Claude Monet et Berthe Morisot.

Aujourd’hui ce qui nous intéresse c’est l’exposition et son thème très très vaste : l’enfance.  Le musée décide de nous présenter à travers une centaine d’oeuvre l’évolution de la place de l’enfant dans notre société et notamment par_rapport_à l’adulte et ce du XVème au XXème siècle. Oui quand je dis très vaste, c’est  en fait encore en dessous de la réalité.

On commence donc pas les représentations de l’enfant Dieu et de l’enfant roi, longtemps les seuls bambins réellement présent dans l’art. Et pour cause. Le taux de mortalité infantile était tel qu’on devait en faire le plus possible pour espérer en voir un atteindre l’âge adulte.  On évitait donc de les représenter trop tôt.
De nombreux petits Louis XIV sont présentés avec ses tenues de mini-roi.  Il incarne l’espoir enfin retrouvé d’un futur pour la dynastie. Oui c’est que notre cher Louis Dieudonné a quand même mis 23 ans avant de pointer le bout de son auguste petit nez. On va le voir grandir en peinture, bébé, bambin, enfant, ado…et à chaque fois un rappel de son statut de d’héritier  puis de roi mais également une légitimation du pouvoir de la régente, sa maman, la reine Anne d’Autriche. En fait la représentation de l’enfance  de ce roi ou même plus tard de Louis XV est déjà un thème assez riche pour en faire une exposition à part. Mais ce n’est que mon avis. Messieurs de Versailles si vous me lisez….

Revenons donc chez le commun des mortels qui ne portent point de couronne ni d’ordre du Saint Esprit sur ses langes.

Je vous ai dit que la mortalité infantile est forte et que de fait on a peu de portraits d’enfant, mais il y en a quand même, j’en ai vu dans de nombreuses expositions et notamment des portraits posthumes  très touchants d’enfants déjà disparus. Ici c’est le portrait par Pierre Mignard de la petite Mademoiselle de Tours morte à l’âge de 7ans qui est particulièrement poignant. On y voit la fille naturelle de Louis XIV, toute charmante, comme une petite poupée en train de jouer avec ses bulles de savon qui sont une cruelle allégorie de la fragilité de la vie. Et je ne vous parle même pas du « Portrait d’un enfant mort » de Philippe de Champaigne ( ?) d’une tristesse absolu.

Heureusement l’innocence revient avec tout l’intérêt du Siècle des Lumières pour l’enfant et son éducation. L’allaitement est de nouveau à la mode, on se soucie de ces petits êtres, on commande de charmants portraits (Vigée Lebrun, François-André Vincent) et l’esprit de famille est célébré en peinture (Jacques-Augustin-Catherine Pajou) témoignant de l’amour que se portent les membres mais aussi de la continuité de la vie. J’ai beaucoup aimé le « Portrait de famille, dit autrefois Michel Gérard, membre de l’Assemblée nationale et sa famille en 1789 » par un artiste de l’entourage de David, en particulier la figure du père très attendrissante avec ses trois fils et sa fille qui veille sur eux en l’absence de la mère probablement décédée.
Le XVIIIème siècle est aussi celui des sciences pure, ainsi nous ne serons pas étonné de trouver des réflexions sur les avancements de l’obstétriques à travers des fascinantes gravures de Jacques-Fabien Gautier-Dagoty montrant une femme enceinte de l’intérieure ou encore ce petit Mannequin viscéral en ivoire des alentours de 1700 qui me rappelle ma poupée Maman surprise de quand j’étais moi aussi une enfant.

On passe ensuite au XIXème siècle où l’enfant est clairement plus présent dans les représentations artistiques aux aspects très différentes les unes des autres.  Comme le dit très bien le dossier de presse : « L’enfant est donc investi de toutes parts : médecins et savants, pédagogues et philanthropes, industriels, juristes, sans oublier bien entendu les familles ».

On a l’enfant-petit adulte et donc petit soldat qui prend les armes pour défendre la patrie à l’image des « Petits Patriotes » de Philippe-Auguste Jeanron  de 1830. J’ai regrettée dans ce thème l’absence de Barra par David. Il faut rappeler que les petits garçons seront éduqués au maniement des armes dans l’optique dans faire de futurs soldats pendant une bonne partie de ce siècle.  Mais nous avons aussi l’enfant des rues et miséreux (Pelez et Lepage magnifiques et poignants), l’enfant de la campagne et l’enfant impressionniste plus innocent, frais et idéal.

pates-de-sableLa partie XXème siècle ne s’intéresse pas tant à l’intérêt des artistes pour l’enfance qu’à l’intérêt pour l’art enfantin considéré comme plus brut et donc plus vrai. On cherche à retrouver cette innocence, ce synthétisme à l’image d’un Dubuffet et comme disait Picasso avec sa modestie légendaire : « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. »

Le Peintre et l'enfant
Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée Picasso. MP1990-36.

Et il est déjà l’heure de retrouver le monde des adultes. L’exposition était très sympathique avec de jolies œuvres, très variées et pour tous les goûts. Le seul petit bémol et il est vraiment petit c’est que le sujet est peut-être un peu trop vaste et que j’ai eu l’impression d’effleurer qu’une infime partie de ce dernier et je suis restée un peu sur ma faim. Mais encore une fois rien de dramatique.

L’ART ET L’ENFANT
Chefs-d’œuvre de la peinture française : Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Monet, Matisse, Renoir, Picasso…
Du 10 mars 2016 au 03 juillet 2016.

 

Georges Desvallières, portrait d’un homme de foi et de peinture

Le Petit Palais une fois n’est pas coutume, nous propose à travers une exposition savamment mise en scène, de découvrir un artiste peu connu du grand public mais dont l’œuvre très éclectique mérite le détour.  L’artiste en question c’est Georges Desvallières (1861-1950). Je ne le connaissais que pour ses liens avec Maurice Denis et j’ai découvert un artiste complet à la peinture forte et expressive, qui sait faire vibrer la matière et les couleurs afin de donner le plus de profondeur à ses toiles.

George Desvallières, Autoportrait, 1891 Collection Domitille Desvallières-Rousse
autoportrait, 1891

 

D’une longévité importante (1861-1950), ses styles évoluent avec les époques et reflètent les préoccupations esthétiques de ces dernières.
Il est le petit-fils de l’académicien Ernest Legouvé qui prend en charge son éducation et c’est le peintre Jules-Élie Delaunay qui l’initie à la peinture en lui inculquant l’importance du dessin et de l’observation des maîtres, enseignement qu’il parfait à l’Académie Julian.  Mais c’est surtout la rencontre avec Gustave Moreau qui sera importante dans les premières années de sa carrière et son influence est palpable dans certaines de ses œuvres de jeunesse.

Delaunay et Moreau lui apportent chacun à leurs manières une façon de peindre qu’il synthétise. Ainsi dans sa représentation du corps, on retrouve à la fois l’importance de la ligne de Delaunay et l’intériorité psychique d’un Moreau. Cela donne des corps très athlétiques et nerveux qu’on retrouve sur toutes ses toiles mais les oeuvres religieuses qui viendront plus tard.

L’année 1903 est importante dans la carrière déjà bien avancée de G. Desvallières.  Avec Frantz Jourdain, Eugène Carrière, Victor Charreton, Félix Vallotton, Édouard Vuillard et Adrien Schulz, il créé le fameux « salon d’Automne » dont « le rôle est d’être excessif parce que le rôle des autres salons est d’être le contraire ». C’est le début d’une grande aventure qui contribuera à faire connaître les impressionnistes ou  les fauves à un large public populaire. Celui de 1905 révélera notamment Matisse.
En 1904 un nouveau tournant émerge dans l’art de G. Desvallières qui sera encore plus marqué dans l’entre-deux-guerres. Lui qui était jusqu’alors non pratiquant se converti au christianisme et sa foi nouvelle irradie de son travail. Très marqué par la guerre où il perd son fils Daniel, il participe activement à ce nouvel élan religieux qui naît suite à cette dernière. Abandonnant les œuvres profanes, il consacre tout son art à Dieu, liant dans un même élan créatif la Passion du Christ et le sacrifice des poilus. En résulte des oeuvres vibrantes parfois violentes comme ce Sacré coeur de 1905 où le Christ s’ouvre la poitrine devant la basilique du même nom. Il défend avec Georges Rouault un christianisme militant et social.
En 1919, il fonde avec Maurice Denis, les Ateliers d’art sacré (1919-1947), installés place de Furstenberg (Paris, 6e arrondissement), près de l’ancien atelier d’Eugène Delacroix. Il souhaite avec les Ateliers donner un nouvel art à l’église, un art moderne et poétique, anti-académique mais aussi en marge des nouveaux courants comme le cubisme. Dans l’esprit des corporations médiévales, des jeunes apprentis viennent se former dans les Ateliers pour répondre à des commandes précises, dans le but de redonner un décor aux églises dévastées par la guerre.

Dans les années 30, cet artiste reconnu de ses pairs devient membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique et de l’Institut de France.

C’est un très beau parcours que nous propose le musée du Petit Palais avec une exposition pleine de couleurs et de vie à l’image de l’oeuvre de cet homme reconnu comme un grand de son vivant,un peu oublié de nos jours mais qui renaît dans  l’antre de ce musée que j’adore toujours autant.

Pour en savoir plus :

Georges Desvallières, la peinture corps et âme au Petit Palais
Jusqu’au 17 Juillet 2016 au Petit Palais.

Commissariat :

Isabelle Collet, conservateur en chef au Petit Palais, commissaire
Catherine Ambroselli de Bayser, conseiller scientifique

http://www.georgedesvallieres.com/

Carambolage…ou pas. Faut voir !

carambo_page_expoEn ce moment, il y a une drôle d’exposition au Grand Palais, Carambolage. Je ne sais pas si vous l’avez visitez ou si vous hésitez, mais ce que je peux déjà vous dire c’est que c’est vraiment une étrange expérience. Elle ne reprend aucun des codes classiques d’une expo normale. Pas d’artistes majeurs, pas de thème porteur, ni même de textes explicatifs ou de cartels. Rien, à part vous-même pour décoder ces 185 œuvres issues de tous styles et toutes époques, de l’art contemporain à l’art le plus primitif.

Jean-Hubert Martin, son concepteur est un historien d’art, conservateur, directeur d’institution et commissaire d’exposition français qui a déjà essayé de faire renaitre le principe des cabinets de curiosités et qui a toujours pensé que toutes les formes d’art devaient être placées sur un pied d’égalité. De même il veut à travers cette exposition débarrassé l’art de tous ses discours compliqués, de ses débats sans fin, et le décloisonner complètement de toute vision muséale. D’où l’absence de tout, à part les règles du jeu en début de parcours.

Chaque œuvre ou objet répond d’une manière ou d’une autre à la précédente et c’est à vous de deviner le lien. Ce dernier peut-être thématique (maternité, sexualité, sens, religion) ou formel. Il faut chercher, je n’ai personnellement pas toujours trouvé.

Par contre ne cherchez pas d’œuvres majeures ici même si certains noms sont connus, encore une fois ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le jeu ! Aussi beaucoup d’œuvres ont un côté amusant, comme le double portrait de Jean Boinard, Anatomie trans-schizophrène » (1999), de Gilles Barbier qui reflète les pensées profondes d’un homme, ou le diptyque flamand qui fait l’affiche et qui est…comment dire ? Particulier !

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Gilles Barbier, Anatomie trans-schizophrène, 1999, Paris, courtoisie galerie G.-R. et N. Vallois 

La presse est assez dure avec cette exposition. C’est vrai qu’il faut aimer, c’est un peu bizarre et je ne suis pas sûre d’avoir toujours bien compris, mais comme à priori ce n’est pas grave car le but c’est de faire à sa sauce, je le vis bien. Disons que l’avantage c’est qu’on ne sort pas avec une migraine à cause de trop d’explications et qu’on peut le faire avec les enfants car ça ne prend pas trop de temps du coup, après quand on regarde le prix des expositions, je ne vous cache pas qu’on peut se demander : « tout ça, pour ça ? ».  Donc pour une fois, je ne prends pas de risque à vous conseiller vivement de la faire, c’est trop spéciale comme démarche pour plaire à tout le monde et il faut en être conscient. Mais si vous êtes désireux de vivre une expérience originale qui sort des sentiers battues, des expos traditionnelles que certains jugent planplan, alors oui, c’est fait pour vous.

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© Tête changeante, 1683, huile sur toile, H. 67; L. 55 cm, Le Mans, musée de Tessé, inv. 

Commissaire de l’exposition : Jean-Hubert Martin

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais Jusqu’au 4 juillet 2016

Avec le soutien de la MAIF, mécène d’honneur de la Rmn-Grand Palais et le généreux concours de la Fondation LUMA, la Fondation Etrillard, agnès b., la Fondation Scaler, la Fondation Clarence Westbury et de Jean-Yves Mock.

– See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/carambolages#sthash.LC9mXkvO.dpuf

 

 

L’ironie de Klee au Centre Pompidou

Cette semaine je vous emmène voir un artiste atypique et majeur du XXème siècle qui a pris ses quartiers au Centre Pompidou, vous l’avez peut-être deviné, il s’agit de Paul Klee.

Son art est coloré et plus compliqué qu’il n’y parait mais sympathique à regarder même pour quelqu’un comme moi qui aux premiers abords n’est pas sensible sensible à l’art contemporain, surtout quand cela devient trop « compliqué ».   230 œuvres ont été réunies et exposées de manière thématique afin de montrer l’ironie dont use Klee pour dénoncer ses contemporains, de ses débuts satiriques à la dénonciation de la montée du nazisme en Allemagne. « Nul n’a besoin d’ironiser à mes dépens, je m’en charge moi-même » disait-il, ce qui témoigne selon la commissaire de l’exposition d’une certaine distance avec son environnement notamment avec les autres mouvements artistiques que sont le cubisme, le constructivisme ou le dadaïsme.

Ce point de vue adopté par le Centre Pompidou pour aborder l’art de Paul Klee permet de circuler dans l’exposition avec une certaine légèreté à travers des œuvres souvent pleine d’humour.

Ainsi dès ses débuts son ironie est une démarche artistique en soit, la satire étant une manière de dépasser le fait qu’un artiste soit souvent obligé de copier les anciens pour se former, notamment l’Antiquité classique. Loin des corps magnifiés académiques, Klee de son côté les déforme de façon grotesque à travers une série de gravure, Les Inventions.

Dans le même esprit, s’il est sensible à la démarche cubiste qu’il découvre à Munich en 1911, il y trouve une structure qui lui permet de construire ses œuvres toutes en ligne mais on ne peut pas pour autant qualifié Klee de peintre cubiste. Une section de l‘exposition est également consacrée à la relation qualifiée de tendue entre l’artiste et Picasso. Dans les années une influence peut être décelée dans la Belle Jardinière qui évoque les physionomies biomorphiques de Picasso, mais ce dernier n’a à priori de son côté pas été marqué dans son œuvre par Klee. Autre mouvement qui marqua sa production, le constructivisme dans lequel il piochera les éléments modernistes qui anime ses fameuses grilles.

L’une des parties les plus surprenantes et drôles du parcours est celle consacrée aux marionnettes. Pour son fils Félix, il réalisa tout un petit théâtre qu’il anima d’une cinquantaine de figurines, parfois non considérées comme des œuvres en soit.  Faites d’assemblements de matériaux divers, l’une d’entre elles est même un autoportrait sous un aspect arabisant tel qu’il se fantasmait.

Autre moment fort, la partie consacrée à la fin de sa carrière après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 marquant le début de son exil à Berne. L’horreur du nazisme et de tout ce qu’il engendre est contrebalancé par des œuvres volontairement plus enfantines non dénuées de sens. En parallèle, la simplification des formes, expression de détresse est la manifestation de la maladie qui fige peu à peu son corps. Klee était atteint de sclérodermie. C’est comme ça que l’obsession de la mort envahit peu à peu son œuvre.

Je ne suis pas sûre de vous avoir donner envie de découvrir cet artiste et d’aller le voir. Ce que je peux vous dire pour vous convaincre c’est que j’ai été agréablement surprise car je ne connaissais Paul Klee que de loin, je savais identifier ses œuvres mais sans plus. Cette grande rétrospective permet de voir des œuvres visuellement très différentes, drôles mais aussi très belles et surtout pleine d’onirisme et de couleurs légères. J’ai beaucoup aimé quoi !

Paul Klee
L’ironie à l’œuvre
6 avril 2016 – 1er août 2016

Commissaire : Mnam/Cci, Angela LampeWP_20160415_21_13_27_Rich.jpg

Budapest au Luxembourg. Si si c’est à Paris

capture_decran_2016-01-25_a_12.26.00.pngCela fait un moment que j’ai vu cette exposition et que j’essaye de vous en parler mais je n’arrive pas à trouver par quel angle le faire. En effet, il ne s’agit pas d’une exposition à proprement parlé, avec un thème bien précis et une réunion d’œuvres venues d’un peu partout pour illustrer le propos. Ici ce sont toutes des œuvres venues du musée des Beaux-arts de Budapest qui est actuellement fermé pour travaux. En fait c’est comme visiter un concentré de musée avec une approche chronologique et des pièces de maîtres : Dürer, Rembrandt, El Greco…

C’est pourquoi il est très difficile de vous résumer l’ensemble. Ce qui n’enlève rien au charme de ce parcours et à son intérêt. De plus l’art hongrois est assez peu représenté en France et quelques pièces de différentes époques nous montrent une production très riche. Cela commence avec la période médiévale et le règne de Sigismond du Luxembourg (1387-1437) qui réunit la Bohème et la Hongrie. Comme dans de nombreux pays d’Europe, l’art de la Renaissance italienne se mêle à l’art gothique donnant des œuvres douces comme cette délicate sainte Dorothée.

Une partie de l’Histoire de l’Art européen est ainsi survolée avec les deux grandes Renaissances, celle des écoles du Nord à travers des artistes aussi fabuleux qu’Altdorfer, Cranach ou Dürer mais aussi les italiens avec Bellini, Artemisia Gentilesch ou Bernardino Luini que j’adore. Vous rencontrerez une surprenante Marie Madeleine peinte par Greco, un saint Jacques de Tiepolo, des tous petits animaux représentés avec la minutie anatomique de Hans Hoffmann, une porteuse d’eau de Manet, un Monet, un Cézanne, etc.

b22511f8bb25d62e692e7ddb20237534Mais encore une fois l’originalité repose surtout sur l’évocation de l’art de Budapest comme Mihály Munkácsy (1844-1900) qui est proche du mouvement académique avec des œuvres très réaliste mais aussi Károly Ferenczy (1862-1917) qui incarne beaucoup plus la modernité et qui est considéré comme « le père de l’impressionnisme hongrois ».
Au XIXème, Budapest née de la fusion entre Obuda et Buda en 1872 est une capitale en pleine expansion. Ces artistes voyagent et subissent l’influence de tous ces nouveaux mouvements européens notamment le symbolisme.

Vous l’aurez compris, il est très dure pour moi de décrire correctement cette exposition et de lui rendre justice, mais vraiment c’est une très belle balade à faire et je vous la conseille.

 

Commissariat d’exposition : Laurent Salomé, conservateur en chef du patrimoine et directeur scientifique de la Rmn-Grand Palais ; Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la RmnG-rand Palais. Scénographe : Jean-Julien Simonot

 

 

 

Hubert Robert, l’imaginaire de la ruine

L’un Élisabeth-Louise_Vigée-Le_Brun_-_Hubert_Robert_(1788)de mes peintres préférés est en ce moment à l’honneur au musée du Louvre et c’est trop bien. L’occasion pour beaucoup de découvrir ce dernier, de mettre un nom sur ses fameuses ruines, vous l’aurez deviné, je parle d’Hubert Robert.

Le parcours commence avec deux portraits de l’artiste, réalisés par deux de ses amis intimes Augustin Pajou et Elisabeth Vigée-Lebrun, qui nous présentent un bonhomme jovial, simple et sympathique qu’on a envie de connaître mieux et cela tombe bien, c’est pour ça que nous sommes là.

Homme instruit, Hubert Robert accompagne le comte de Stainville à Rome en 1754 qui lui obtient une place à l’Académie de France qui se situait alors au palais Mancini. Il y suit notamment les cours de Giovanni Panini qui aura une grande importance dans son œuvre.  

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Hubert Robert (1733-1808) Caprice avec le Panthéon devant le port de Ripetta, 1761 Huile sur toile -101,9 x 145,9 cm Liechtenstein. The Princely Collections, Vaduz–Vienna © LIECHTENSTEIN. The Princely Collections, Vaduz–Vienna

Hubert Robert s’oriente vers cette peinture d’architecture, c’est d’ailleurs à ce titre qu’il sera reçu à L’Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1766 avec Le Port de Ripetta à Rome. Mais en artiste du XVIIIème siècle, il est fortement marqué par les Capricci, ces paysages fantaisies et idéalisés, mêlant vrai et faux et dont Pannini est le digne représentant romain.  Ainsi ses œuvres ne sont pas de simples vues de Rome, de ses monuments et de ses ruines. Il aménage ses vues selon son imaginaire, recréant une autre Rome, un peu comme un condensé de ce qu’est pour lui la Ville éternelle, mêlant passé, présent et futur.   Ses dessins sont absolument merveilleux, il faut voir comment en quelques lignes appuyées, il compose toute une architecture, simplement rehaussée de hachures, c’est époustouflant. Il maitrise également parfaitement l’harmonie de la composition et des couleurs. Chacune de ses toiles est un spectacle où se mêlent le grandiose qui prend la forme des pierres ou de la nature sauvage à l’anecdotique, ces petits personnages bien vivants, lavant, dansant, s’aimant…Et je ne m’attarderait pas sur les aquarelles qui sont si charmantes que j’en prendrais bien une chez moi.

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Hubert ROBERT (Paris, 1733 – Paris, 1808), Jeunes filles dansant autour d’un obélisque, huile sur toile, 120 × 99 cm, Musée des beaux-arts de Montréal, 1798


Bien qu’il donne l’impression de représenter le passé, Hubert Robert est surtout un formidable témoin de son époque, ce XVIIIème siècle en pleine ébullition qui va bientôt plonger dans la Révolution. Comment ne pas s’étonner devant cette vue de la Fontaine de Trévi, non achevé avec encore ses échafaudages où celles de Paris en pleine évolution avec le Pont Neuf débarrassé de ses maisons, lui conférant un aspect à la fois lunaire et dramatique et bien évidemment sa fameuse peinture de la Bastille en plein démembrement ou dans le même style celle du château de Meudon. C’est comme si Hubert Robert était à la croisée des chemins du temps, et on sent que cette question le hante dans certaines de ces œuvres, comme avec ses danseuses tournant encore et encore autour de l’obélisque brisé. Témoin de son temps, il l’est aussi de manière plus anecdotique, quand emprisonné en 1793 car trop proche de la royauté, il peint encore et encore en nous racontant ainsi son incarcération, les soucis du quotidien, le dénuement, peignant jusque sur des assiettes quand le papier venait à manquer. Il se représente lui-même dans sa cellule de de la prison Sainte-Pélagie avec écrit sur la table « Dum spiro spero », « tant que je respire, j’espère ».

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Il se montre également visionnaire avec ses vues de la Grande Galerie, d’abord complétement détruite par la folie des hommes et le passage du temps face à un Apollon du Belvédère toujours droit et présent, puis surtout avec ses études pour l’éclairage zénithale qui inspireront les architectes quelques années plus tard.

Je suis peut-être à côté de mes pompes, mais je trouve qu’Hubert Robert a un petit côté préromantique. En particulier dans ces peintures d’incendies. Rome est en flamme dans le fond et toute la toile beigne dans une lueur rougeâtre angoissante. C’est encore une fois l’humanité en proie à ce qu’elle ne peut pas maîtriser, non plus le temps mais le feu dévastateur.

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Hubert Robert, L’Incendie de Rome, vers 1770-1785 huile sur toile, 75,5 x 93 cm, Musée d’Art moderne André-Malraux, Le Havre

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette exposition qui m’a rappelé sur certains points celle sur Turner en particulier parce que dans les deux cas je m’extasiais de tout et que je la referais surement avant sa fin le 30 mai.

Si vous avez envie de voyages et de rêves, je vous conseille vivement d’y aller vous aussi. C’est beau, c’est grand, c’est Hubert Robert et c’est le Louvre.

😉

Commissaire(s) :

Guillaume Faroult, musée du Louvre.

Jusqu’au 30 mi 2016 en association avec la National Gallery de Washington.