Hokusai, le fou de dessin enchante de son grain de folie le Grand Palais

Le Japon et son artiste le plus célèbre sont à l’honneur au Grand Palais à travers une exposition exceptionnelle consacrée à Hokusai. Faut dire que l’art japonais a toujours eu la côte dans notre pays, rappelez-vous la double expo Hiroshige-Van Gogh de la Pinacothèque de 2012.
Mais celle-ci surpasse toutes celles déjà organisées. Elle se hisse au niveau des plus grandes expos mondiales consacrées à l’artiste et il faudra attendre longtemps avant de revoir autant d’œuvres, près de 500, d’Hokusai réunies dans un même lieu, dans une scénographie sobre et de qualité. Il faut savoir en effet qu’une grande partie ne quittera plus le Japon à compter de l’ouverture du musée Hokusai, à Tokyo en 2016.

412203_hokusai-au-grand-palaisHokusai a changé presque une centaine de fois de noms et son style et sa technique ont évolué avec ces noms. Ici ce sont les 6 périodes principales qui sont évoquées de manière chronologique avec une date à l’entrée et une autre à la sortie de chaque partie.
ono2– Katsukawa Shunrô (1778-1794),
– Sôri (1794-1798),
– Katsushika Hokusai (1798-1810),
– Taito (1811-1819),
– Iitsu (1820-1834),
– Gakyô Rojin Manji (1834-1849).

Les premières années Katsukawa Shunrô, sont les plus mal connues. Entre 16 et 8 ans il apprend la xylographie, technique primordiale pour la suite de sa carrière et à 18 ans il rentre dans l’atelier de Katsukawa Shunshô, peintre de portraits d’acteurs de Kabuki (forme épique du théâtre japonais traditionnel). D’une production commerciale et bon marché son style va peu à peu s’affirmer, il réalise notamment ses premiers surimono (Petites estampes de luxe de formats variés en édition privée ou sur commande)
Changement de nom en 1794, il se nomme désormais Sôri. Il se concentre sur des egoyomi (calendriers illustrés) et se bâtit une réputation d’excellence et de qualité. Il illustre des livres et des albums, écrit lui-même des poèmes et commence la peinture sur soie.
En 1798 Hokusai devient son nom principal en référence à l’Etoile Polaire, auquel il rajoute le nom de sa ville natale, Katsushika. Sous ce nouveau patronyme, c’est surtout au genre du livre qu’il se consacre et il créé ses premières séries : Sept manies des jeunes femmes sans élégance, Miroir des images de Hollande: huit vues de Edo, les Cinquante-trois stations du Tôkaidô… En 1810, il publie son premier manuel, Le Dictionnaire de peinture insensé du fou. Collection de dessins assemblés à partir des caractères du syllabaire par Ono le Crétin.
25962_0Durant la période Taito, il se consacre à ses manuels de peinture. La salle qui suit est à ce titre exceptionnelle. Rarement ont été réuni autant de dessins d’Hokusai. Ayant beaucoup de succès, l’artiste va publiés des carnets, les Hokusai Manga, compilant plus de 3900 dessins évoquant tous les aspects de la vie quotidiennes, les animaux, etc. Il s’agit d’une sorte de manuels pour apprentis auxquels il veut transmettre son style. On y voit par exemple les différentes expressions d’un personnage un peu caricatural. On retrouve beaucoup d’humour dans ces planches et un sens du fantastique toujours très développé inspiré du folklore japonais. C’est en inventant le mot de « manga »- esquisse spontanée qu’il devient pour beaucoup l’inventeur de ce genre encore si populaire dans le monde et particulièrement en France.

 Dans le creux d’une vague au large de Kanagawa » Série : Trente-six vues du mont Fuji, Fugaku Sanjūrokkei Kanagawa oki namiura © Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles
Dans le creux d’une vague au large de Kanagawa » Série : Trente-six vues du mont Fuji, Fugaku Sanjūrokkei Kanagawa oki namiura
© Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles

Les deux dernières parties de sa vie, Litsu et Gakyo Rojin Manji sont au second étage du Grand Palais et renferment parmi ses œuvres les plus connues du grand public : les Trente-six vue du mont Fuji ou encore la fameuse La Grande Vague de Kanagaw. Il utilise alors largement le bleu de Prusse, qui donne une profondeur à ses œuvres toute nouvelle.
A 79 ans, il a pratiqué presque toutes les formes d’art plastique mais c’est vers la peinture qu’il va surtout se tourner pour les dernières années de sa vie : lions, tigres et dragons sont ses sujets de prédilections. Il meurt en 1849 à 89 ans, et sur son lit de mort il aurait dit « « Encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste ». A n’en point douter cette exposition nous prouve qu’il n’a pas eu besoin de ces 5 années supplémentaires.

Manoir aux assiettes » Série : Cent contes de fantômes Hyaku Monogatari Sarayashiki © Museum für Kunst und Gewerbe, Hambourg
Manoir aux assiettes » Série : Cent contes de fantômes Hyaku Monogatari Sarayashiki
© Museum für Kunst und Gewerbe, Hambourg

Même s’il faut jouer un peu des coudes pour observer la plupart des œuvres et qu’on ne comprend pas tout au vu de la richesse de la culture et de la mythologie japonaise qui pour une grande partie m’est complétement inconnue, on voyage. On voyage au Japon certes, mais aussi dans un monde plein de féeries, de petits génies, de drôles de monstres, d’esprits, de jolies femmes gracieuses, de soldats très poilus aussi (du moins quand il peint des soldats chinois). Un monde qu’il n’est pas nécessaire de maîtriser parfaitement pour en apprécier la beauté. C’est la force de cette exposition du Grand Palais, rendre un art pas forcément facile à appréhender -ne serait-ce qu’à cause du vocabulaire- tout à fait admirable à nos petits yeux d’occidentaux plus habitués aux grandes démonstrations picturales de l’iconographie judéo-chrétienne.
Un joli moment en somme ! Je vous conseille vraiment le site internet de l’exposition, d’une richesse incroyable, avec des jeux pour les enfants, un générateur pour savoir son nom de samourai, moi par exemple je suis KATAGIRI HANZO, des dossiers thématiques e pédagogiques très clairs. Le top du top de la com.

http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/hokusai

 Spectre d’Oiwa-san » Série : Cent contes de fantômes Hyaku Monogatari Oiwa-san Ère Tempō© Katsushika Hokusai Museum of Ar
Spectre d’Oiwa-san » Série : Cent contes de fantômes Hyaku Monogatari Oiwa-san Ère Tempō© Katsushika Hokusai Museum of Ar

HOKUSAI- Galeries Nationales du Grand Palais
1er octobre – 20 novembre 2014
Puis 1er décembre 2014 – 18 janvier 2015. L’exposition se déroule en deux volets en raison de la fragilité de certaines oeuvres qui ne peuvent pas être exposées plus de 7 semaines. 
Commissariat :
Seiji Nagata, grand spécialiste de l’artiste et directeur du musée Katsushika Hokusai de Tsuwano
Laure Dalon, adjointe du directeur scientifique de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.

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