Un retour furtif en enfance le temps d’une visite à Marmottan

Afficher l'image d'origineJe suis désolée de vous parler si tard de cette sympathique petite exposition qui finit dans une semaine, mais entre les grèves et autres, je n’ai pu y aller que la semaine dernière.

Nous sommes dans le charmant musée Marmottan dont je vous ai déjà parlé 2 ou 3 fois. Très mimi dans son hôtel particulier perdu au fin fond du 16° où  des collections sur le 1er Empire côtoient une belle collection d’enluminures mais surtout de très nombreux impressionnistes à commencer par Claude Monet et Berthe Morisot.

Aujourd’hui ce qui nous intéresse c’est l’exposition et son thème très très vaste : l’enfance.  Le musée décide de nous présenter à travers une centaine d’oeuvre l’évolution de la place de l’enfant dans notre société et notamment par_rapport_à l’adulte et ce du XVème au XXème siècle. Oui quand je dis très vaste, c’est  en fait encore en dessous de la réalité.

On commence donc pas les représentations de l’enfant Dieu et de l’enfant roi, longtemps les seuls bambins réellement présent dans l’art. Et pour cause. Le taux de mortalité infantile était tel qu’on devait en faire le plus possible pour espérer en voir un atteindre l’âge adulte.  On évitait donc de les représenter trop tôt.
De nombreux petits Louis XIV sont présentés avec ses tenues de mini-roi.  Il incarne l’espoir enfin retrouvé d’un futur pour la dynastie. Oui c’est que notre cher Louis Dieudonné a quand même mis 23 ans avant de pointer le bout de son auguste petit nez. On va le voir grandir en peinture, bébé, bambin, enfant, ado…et à chaque fois un rappel de son statut de d’héritier  puis de roi mais également une légitimation du pouvoir de la régente, sa maman, la reine Anne d’Autriche. En fait la représentation de l’enfance  de ce roi ou même plus tard de Louis XV est déjà un thème assez riche pour en faire une exposition à part. Mais ce n’est que mon avis. Messieurs de Versailles si vous me lisez….

Revenons donc chez le commun des mortels qui ne portent point de couronne ni d’ordre du Saint Esprit sur ses langes.

Je vous ai dit que la mortalité infantile est forte et que de fait on a peu de portraits d’enfant, mais il y en a quand même, j’en ai vu dans de nombreuses expositions et notamment des portraits posthumes  très touchants d’enfants déjà disparus. Ici c’est le portrait par Pierre Mignard de la petite Mademoiselle de Tours morte à l’âge de 7ans qui est particulièrement poignant. On y voit la fille naturelle de Louis XIV, toute charmante, comme une petite poupée en train de jouer avec ses bulles de savon qui sont une cruelle allégorie de la fragilité de la vie. Et je ne vous parle même pas du « Portrait d’un enfant mort » de Philippe de Champaigne ( ?) d’une tristesse absolu.

Heureusement l’innocence revient avec tout l’intérêt du Siècle des Lumières pour l’enfant et son éducation. L’allaitement est de nouveau à la mode, on se soucie de ces petits êtres, on commande de charmants portraits (Vigée Lebrun, François-André Vincent) et l’esprit de famille est célébré en peinture (Jacques-Augustin-Catherine Pajou) témoignant de l’amour que se portent les membres mais aussi de la continuité de la vie. J’ai beaucoup aimé le « Portrait de famille, dit autrefois Michel Gérard, membre de l’Assemblée nationale et sa famille en 1789 » par un artiste de l’entourage de David, en particulier la figure du père très attendrissante avec ses trois fils et sa fille qui veille sur eux en l’absence de la mère probablement décédée.
Le XVIIIème siècle est aussi celui des sciences pure, ainsi nous ne serons pas étonné de trouver des réflexions sur les avancements de l’obstétriques à travers des fascinantes gravures de Jacques-Fabien Gautier-Dagoty montrant une femme enceinte de l’intérieure ou encore ce petit Mannequin viscéral en ivoire des alentours de 1700 qui me rappelle ma poupée Maman surprise de quand j’étais moi aussi une enfant.

On passe ensuite au XIXème siècle où l’enfant est clairement plus présent dans les représentations artistiques aux aspects très différentes les unes des autres.  Comme le dit très bien le dossier de presse : « L’enfant est donc investi de toutes parts : médecins et savants, pédagogues et philanthropes, industriels, juristes, sans oublier bien entendu les familles ».

On a l’enfant-petit adulte et donc petit soldat qui prend les armes pour défendre la patrie à l’image des « Petits Patriotes » de Philippe-Auguste Jeanron  de 1830. J’ai regrettée dans ce thème l’absence de Barra par David. Il faut rappeler que les petits garçons seront éduqués au maniement des armes dans l’optique dans faire de futurs soldats pendant une bonne partie de ce siècle.  Mais nous avons aussi l’enfant des rues et miséreux (Pelez et Lepage magnifiques et poignants), l’enfant de la campagne et l’enfant impressionniste plus innocent, frais et idéal.

pates-de-sableLa partie XXème siècle ne s’intéresse pas tant à l’intérêt des artistes pour l’enfance qu’à l’intérêt pour l’art enfantin considéré comme plus brut et donc plus vrai. On cherche à retrouver cette innocence, ce synthétisme à l’image d’un Dubuffet et comme disait Picasso avec sa modestie légendaire : « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. »

Le Peintre et l'enfant
Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée Picasso. MP1990-36.

Et il est déjà l’heure de retrouver le monde des adultes. L’exposition était très sympathique avec de jolies œuvres, très variées et pour tous les goûts. Le seul petit bémol et il est vraiment petit c’est que le sujet est peut-être un peu trop vaste et que j’ai eu l’impression d’effleurer qu’une infime partie de ce dernier et je suis restée un peu sur ma faim. Mais encore une fois rien de dramatique.

L’ART ET L’ENFANT
Chefs-d’œuvre de la peinture française : Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Monet, Matisse, Renoir, Picasso…
Du 10 mars 2016 au 03 juillet 2016.

 

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Un peu de douceur dans un monde de brutes : BERTHE MORISOT

Cette semaine je vous emmène au cœur du plus chic des arrondissements parisiens dans lequel j’ai enfin eu le courage de me rendre pour pousser les portes du Musée Marmottan.

Encore un musée que je ne connaissais pas et franchement quelle jolie découverte. Le lieu est vraiment beau, lumineux, comme une bulle de savon d’un temps passé et remplie d’une multitude de chef d’œuvres. Du Monet en voici en voilà. Bon après, il faut aimer l’impressionnisme et le style empire pour parfaitement apprécier les lieux, mais même si on aime que l’un ou l’autre on est charmé.

Mais revenons au véritable sujet. Si j’ai enfin pris mon billet de bus direction Marmottan, c’est que m’y attendait une délicieuse exposition, la première sur cette artiste à Paris depuis 1941 ; l’occasion de découvrir en plus du lieu, une peintre parfois comparée à Fragonard (dont elle est l’arrière petite-nièce) et Watteau pour son style pastel et délicat ; une peintre que je ne connaissais tout juste que de nom, bien que comme beaucoup dès qu’on est devant une toile, on se dit, « ha mais oui bien sûre, je connais ça » . Cette artiste vous l’avez peut-être deviné c’est Berthe Morisot.

Au bal, 1875, © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

C’est donc cette grande dame de la peinture que nous allons découvrir ensemble à travers une exposition résolument féminine dans le sens le plus poétique du terme, pleine de délicatesse, de légèreté et de couleurs pastelles et fleuries à l’image de son œuvre.

Berthe Morisot est l’une des figures phares de l’école impressionniste aux côtés de Manet dont elle épouse le frère, Renoir, Degas, Mallarmé, Caillebotte, Pissarro. Que des grands noms qui ont accompagné son talent, l’admiraient et formaient sa famille de cœur. Elle est aussi la première et seule femme à exposer son travail lors de la première exposition impressionniste de 1874 chez Nadar, « un talent dont on ne pouvait pas se passer » disait Manet. Une touche et une beauté qui ont su subjuguer les plus grands artistes de son temps jusqu’à sa mort encore jeune, à 54ans en 1895.

La jeune femme est née en 1841, au sein d’une famille bourgeoise de Bourges. Cette fille de préfet reçoit la meilleure éducation à laquelle sa naissance la destinait, artistique et intellectuelle.

femme en toilette de bal, 1879, © RMN (non présentée)

Elle apprend notamment le dessin et la couleur auprès de Joseph Guichard (1806-1880), lui-même formé par Ingres. Puis elle est confiée à Oudinot et Corot qui lui font découvrir la peinture en plein air notamment à Auvers-sur-Oise où elle rencontre Daubigny. Elle participe à son premier salon en 1864 et  à presque toutes les expositions impressionnistes entre 1874 et 1886. Elle a le droit à une expo personnelle en 1892 à la galerie Boussod et Valadon, sans compter qu’elle rentre de son vivant, en  1894 au Musée du Luxembourg avec l’achat par l’Etat de la Femme en toilette de bal.  Berthe Morisot est une grande artiste, mais aussi une femme de son temps, une épouse et une mère.

Edouard Manet, Berthe Morisot
Julie au violon

Berthe Morisot était considérée comme une très belle femme brune au regard sombre dont Paul Valery disait qu’elle avait des « yeux presque trop vastes et puisement obscurs». Puvis de Chavannes tomba amoureux d’elle, mais c’est un autre qu’elle épouse, Eugène Manet. L’exposition débute par l’image de cette femme artiste et muse, notamment avec les portraits de Manet son beau-frère. Ce petit portrait, de 1873 appartenait à Berthe Morisot. C’est un portrait intime en parti tronqué par Manet qui n’était pas satisfait du bas du tableau, notamment des mains. La peintre le garda toute sa vie. Il apparait même dans certaines de ses œuvres comme Julie au Violon ou la Psyché. Il y a  aussi ses autoportraits, notamment celui de 1885 ici représenté. Ce n’est pas un simple reflet d’elle-même, c’est l’artiste qui se montre dans la tradition de l’illustre lignée des grands noms qui l’ont précédée et de ceux qui la côtoient, ce portrait ayant été présenté en 1893 aux côtés de ceux de Gauguin, Cézanne, Manet ou Van Gogh.

Autoportrait, 1885, © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

Puis on rentre dans l’intimité de son art. Ses années de formation avec sa sœur Edma ; ses copies déjà très personnelles de Véronèse au Louvre qui montrent qu’elle ne se contente déjà pas de peindre simplement ce qu’elle voit. Quand sa sœur se marie et arrête la peinture, elle devient alors son modèle jusqu’en 1873 (La Lecture, 1873) comme pour la garder associer à son art.

Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881,© musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

Sa famille a toujours eu une grande place dans son art, sa sœur, mais aussi ses nièces, ses cousines puis à partir de 1878, Julie, sa fille. Julie est l’unique enfant du couple Morisot-Monet et la quinzaine de peintures et pastels exposées témoignent de tout l’attachement d’une mère à son enfant que l’on voit grandir d’œuvre en œuvre. C’est amusant de la reconnaître, sa chevelure, ses yeux en amande et sa petite bouche rouge. On voit aussi toute l’influence que peuvent avoir ses amis peintres sur sa palette. Certaines œuvres dans leur luminosité et leur transparence sont très clairement à rapprocher de Monet et Renoir. On ne peut que penser à ce dernier devant certaines toiles comme la bergère nue couchée(1891) ou à Manet devant Portrait de Madame Hubbard (1874).

Portrait de Madame Hubbard, 1874, Copenhague, Musée Ordrupgaardsamlingen

Sa période de maturité correspond à ses grandes représentations en plein air. Notamment ces trois versions du Cerisier (1891). Sa fille Julie sert de modèle sur l’un d’entre eux, on reconnait vite ses longs chevaux d’or, puis se sont des modèles professionnelles qui prennent le relais. Car même si ces œuvres donnent l’impression d’être prise sur le vif, il n’en est rien. Elles ont été attentivement préparées par des études, la pose des modèles, le dessin, la lumière etc.

Le cerisier, 1891 © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

Face à ces grandes compositions qui reflètent son art des années 1890-95 se trouve toute une série de paysages, genre qu’elle affectionne particulièrement tout au long de son parcours et qui devient son moyen d’expression privilégié dès 1894-95. Elle représente les lieux qu’elle aime, qu’elle a fréquentés, comme un panel de cartes postales : Bougival, le bois de Boulogne, le port de Nice, Gennevilliers, l’île de Wight…
On s’approche avec ces paysages de futures peintures de Monet de par le cadrage très serré et une dissolution des formes qu’opère dèjà Berthe Morisot.

Rose trémière, 1884, © Marmottan

L’exposition se termine bientôt, mais elle vaut vraiment le déplacement. C’est une très belle exposition qui donne envie de rêver. La muséographie est de plus vraiment agréable. Les salles du musée Marmottan sont très vivables, pleine d’espace avec des murs parmes qui vous mettent tout de suite dans l’ambiance. Et surtout, c’est une de ces trop rares expositions où sans audioguide, chaque œuvre est parfaitement accessible et où la documentation écrite qui accompagne le visiteur est suffisamment claire, concise et instructive, pour bien faire comprendre l’essentiel, sans perdre le cerveau du visiteur que je suis en cour de route. Le parcours tout à la fois chronologique et thématique est également bien ficelé. Vous l’avez donc compris, une expo que je recommande pour avoir un peu de lumière et de couleurs printanières et estivales quand la météo de notre réalité ne se décide pas à nous en donner.

la bergère nue, 1891, © Carmen Thyssen-Bornemisza Collection, on loan at the Thyssen-Bornemisza Museum

Paris, Musée Marmottan Monet, du 8 mars au 1er juillet 2012, prolongée jusqu’au 29 juillet
Commissariat :
Jacques Taddei : Directeur du musée Marmottan Monet
Lauranne Neveu : Coordinatrice de l’exposition
Marianne Mathieu : Adjointe au directeur du musée Marmottan Monet, chargée des collections et de la communication

Liens :
http://www.marmottan.com/francais/expositions/expositions-en-cours.asp