Georges Desvallières, portrait d’un homme de foi et de peinture

Le Petit Palais une fois n’est pas coutume, nous propose à travers une exposition savamment mise en scène, de découvrir un artiste peu connu du grand public mais dont l’œuvre très éclectique mérite le détour.  L’artiste en question c’est Georges Desvallières (1861-1950). Je ne le connaissais que pour ses liens avec Maurice Denis et j’ai découvert un artiste complet à la peinture forte et expressive, qui sait faire vibrer la matière et les couleurs afin de donner le plus de profondeur à ses toiles.

George Desvallières, Autoportrait, 1891 Collection Domitille Desvallières-Rousse
autoportrait, 1891

 

D’une longévité importante (1861-1950), ses styles évoluent avec les époques et reflètent les préoccupations esthétiques de ces dernières.
Il est le petit-fils de l’académicien Ernest Legouvé qui prend en charge son éducation et c’est le peintre Jules-Élie Delaunay qui l’initie à la peinture en lui inculquant l’importance du dessin et de l’observation des maîtres, enseignement qu’il parfait à l’Académie Julian.  Mais c’est surtout la rencontre avec Gustave Moreau qui sera importante dans les premières années de sa carrière et son influence est palpable dans certaines de ses œuvres de jeunesse.

Delaunay et Moreau lui apportent chacun à leurs manières une façon de peindre qu’il synthétise. Ainsi dans sa représentation du corps, on retrouve à la fois l’importance de la ligne de Delaunay et l’intériorité psychique d’un Moreau. Cela donne des corps très athlétiques et nerveux qu’on retrouve sur toutes ses toiles mais les oeuvres religieuses qui viendront plus tard.

L’année 1903 est importante dans la carrière déjà bien avancée de G. Desvallières.  Avec Frantz Jourdain, Eugène Carrière, Victor Charreton, Félix Vallotton, Édouard Vuillard et Adrien Schulz, il créé le fameux « salon d’Automne » dont « le rôle est d’être excessif parce que le rôle des autres salons est d’être le contraire ». C’est le début d’une grande aventure qui contribuera à faire connaître les impressionnistes ou  les fauves à un large public populaire. Celui de 1905 révélera notamment Matisse.
En 1904 un nouveau tournant émerge dans l’art de G. Desvallières qui sera encore plus marqué dans l’entre-deux-guerres. Lui qui était jusqu’alors non pratiquant se converti au christianisme et sa foi nouvelle irradie de son travail. Très marqué par la guerre où il perd son fils Daniel, il participe activement à ce nouvel élan religieux qui naît suite à cette dernière. Abandonnant les œuvres profanes, il consacre tout son art à Dieu, liant dans un même élan créatif la Passion du Christ et le sacrifice des poilus. En résulte des oeuvres vibrantes parfois violentes comme ce Sacré coeur de 1905 où le Christ s’ouvre la poitrine devant la basilique du même nom. Il défend avec Georges Rouault un christianisme militant et social.
En 1919, il fonde avec Maurice Denis, les Ateliers d’art sacré (1919-1947), installés place de Furstenberg (Paris, 6e arrondissement), près de l’ancien atelier d’Eugène Delacroix. Il souhaite avec les Ateliers donner un nouvel art à l’église, un art moderne et poétique, anti-académique mais aussi en marge des nouveaux courants comme le cubisme. Dans l’esprit des corporations médiévales, des jeunes apprentis viennent se former dans les Ateliers pour répondre à des commandes précises, dans le but de redonner un décor aux églises dévastées par la guerre.

Dans les années 30, cet artiste reconnu de ses pairs devient membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique et de l’Institut de France.

C’est un très beau parcours que nous propose le musée du Petit Palais avec une exposition pleine de couleurs et de vie à l’image de l’oeuvre de cet homme reconnu comme un grand de son vivant,un peu oublié de nos jours mais qui renaît dans  l’antre de ce musée que j’adore toujours autant.

Pour en savoir plus :

Georges Desvallières, la peinture corps et âme au Petit Palais
Jusqu’au 17 Juillet 2016 au Petit Palais.

Commissariat :

Isabelle Collet, conservateur en chef au Petit Palais, commissaire
Catherine Ambroselli de Bayser, conseiller scientifique

http://www.georgedesvallieres.com/

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L’ironie de Klee au Centre Pompidou

Cette semaine je vous emmène voir un artiste atypique et majeur du XXème siècle qui a pris ses quartiers au Centre Pompidou, vous l’avez peut-être deviné, il s’agit de Paul Klee.

Son art est coloré et plus compliqué qu’il n’y parait mais sympathique à regarder même pour quelqu’un comme moi qui aux premiers abords n’est pas sensible sensible à l’art contemporain, surtout quand cela devient trop « compliqué ».   230 œuvres ont été réunies et exposées de manière thématique afin de montrer l’ironie dont use Klee pour dénoncer ses contemporains, de ses débuts satiriques à la dénonciation de la montée du nazisme en Allemagne. « Nul n’a besoin d’ironiser à mes dépens, je m’en charge moi-même » disait-il, ce qui témoigne selon la commissaire de l’exposition d’une certaine distance avec son environnement notamment avec les autres mouvements artistiques que sont le cubisme, le constructivisme ou le dadaïsme.

Ce point de vue adopté par le Centre Pompidou pour aborder l’art de Paul Klee permet de circuler dans l’exposition avec une certaine légèreté à travers des œuvres souvent pleine d’humour.

Ainsi dès ses débuts son ironie est une démarche artistique en soit, la satire étant une manière de dépasser le fait qu’un artiste soit souvent obligé de copier les anciens pour se former, notamment l’Antiquité classique. Loin des corps magnifiés académiques, Klee de son côté les déforme de façon grotesque à travers une série de gravure, Les Inventions.

Dans le même esprit, s’il est sensible à la démarche cubiste qu’il découvre à Munich en 1911, il y trouve une structure qui lui permet de construire ses œuvres toutes en ligne mais on ne peut pas pour autant qualifié Klee de peintre cubiste. Une section de l‘exposition est également consacrée à la relation qualifiée de tendue entre l’artiste et Picasso. Dans les années une influence peut être décelée dans la Belle Jardinière qui évoque les physionomies biomorphiques de Picasso, mais ce dernier n’a à priori de son côté pas été marqué dans son œuvre par Klee. Autre mouvement qui marqua sa production, le constructivisme dans lequel il piochera les éléments modernistes qui anime ses fameuses grilles.

L’une des parties les plus surprenantes et drôles du parcours est celle consacrée aux marionnettes. Pour son fils Félix, il réalisa tout un petit théâtre qu’il anima d’une cinquantaine de figurines, parfois non considérées comme des œuvres en soit.  Faites d’assemblements de matériaux divers, l’une d’entre elles est même un autoportrait sous un aspect arabisant tel qu’il se fantasmait.

Autre moment fort, la partie consacrée à la fin de sa carrière après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 marquant le début de son exil à Berne. L’horreur du nazisme et de tout ce qu’il engendre est contrebalancé par des œuvres volontairement plus enfantines non dénuées de sens. En parallèle, la simplification des formes, expression de détresse est la manifestation de la maladie qui fige peu à peu son corps. Klee était atteint de sclérodermie. C’est comme ça que l’obsession de la mort envahit peu à peu son œuvre.

Je ne suis pas sûre de vous avoir donner envie de découvrir cet artiste et d’aller le voir. Ce que je peux vous dire pour vous convaincre c’est que j’ai été agréablement surprise car je ne connaissais Paul Klee que de loin, je savais identifier ses œuvres mais sans plus. Cette grande rétrospective permet de voir des œuvres visuellement très différentes, drôles mais aussi très belles et surtout pleine d’onirisme et de couleurs légères. J’ai beaucoup aimé quoi !

Paul Klee
L’ironie à l’œuvre
6 avril 2016 – 1er août 2016

Commissaire : Mnam/Cci, Angela LampeWP_20160415_21_13_27_Rich.jpg