Carambolage…ou pas. Faut voir !

carambo_page_expoEn ce moment, il y a une drôle d’exposition au Grand Palais, Carambolage. Je ne sais pas si vous l’avez visitez ou si vous hésitez, mais ce que je peux déjà vous dire c’est que c’est vraiment une étrange expérience. Elle ne reprend aucun des codes classiques d’une expo normale. Pas d’artistes majeurs, pas de thème porteur, ni même de textes explicatifs ou de cartels. Rien, à part vous-même pour décoder ces 185 œuvres issues de tous styles et toutes époques, de l’art contemporain à l’art le plus primitif.

Jean-Hubert Martin, son concepteur est un historien d’art, conservateur, directeur d’institution et commissaire d’exposition français qui a déjà essayé de faire renaitre le principe des cabinets de curiosités et qui a toujours pensé que toutes les formes d’art devaient être placées sur un pied d’égalité. De même il veut à travers cette exposition débarrassé l’art de tous ses discours compliqués, de ses débats sans fin, et le décloisonner complètement de toute vision muséale. D’où l’absence de tout, à part les règles du jeu en début de parcours.

Chaque œuvre ou objet répond d’une manière ou d’une autre à la précédente et c’est à vous de deviner le lien. Ce dernier peut-être thématique (maternité, sexualité, sens, religion) ou formel. Il faut chercher, je n’ai personnellement pas toujours trouvé.

Par contre ne cherchez pas d’œuvres majeures ici même si certains noms sont connus, encore une fois ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le jeu ! Aussi beaucoup d’œuvres ont un côté amusant, comme le double portrait de Jean Boinard, Anatomie trans-schizophrène » (1999), de Gilles Barbier qui reflète les pensées profondes d’un homme, ou le diptyque flamand qui fait l’affiche et qui est…comment dire ? Particulier !

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Gilles Barbier, Anatomie trans-schizophrène, 1999, Paris, courtoisie galerie G.-R. et N. Vallois 

La presse est assez dure avec cette exposition. C’est vrai qu’il faut aimer, c’est un peu bizarre et je ne suis pas sûre d’avoir toujours bien compris, mais comme à priori ce n’est pas grave car le but c’est de faire à sa sauce, je le vis bien. Disons que l’avantage c’est qu’on ne sort pas avec une migraine à cause de trop d’explications et qu’on peut le faire avec les enfants car ça ne prend pas trop de temps du coup, après quand on regarde le prix des expositions, je ne vous cache pas qu’on peut se demander : « tout ça, pour ça ? ».  Donc pour une fois, je ne prends pas de risque à vous conseiller vivement de la faire, c’est trop spéciale comme démarche pour plaire à tout le monde et il faut en être conscient. Mais si vous êtes désireux de vivre une expérience originale qui sort des sentiers battues, des expos traditionnelles que certains jugent planplan, alors oui, c’est fait pour vous.

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© Tête changeante, 1683, huile sur toile, H. 67; L. 55 cm, Le Mans, musée de Tessé, inv. 

Commissaire de l’exposition : Jean-Hubert Martin

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais Jusqu’au 4 juillet 2016

Avec le soutien de la MAIF, mécène d’honneur de la Rmn-Grand Palais et le généreux concours de la Fondation LUMA, la Fondation Etrillard, agnès b., la Fondation Scaler, la Fondation Clarence Westbury et de Jean-Yves Mock.

– See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/carambolages#sthash.LC9mXkvO.dpuf

 

 

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Moi Auguste, empereur de Rome. Venez saluer Imperator Caesar Divi Filius Augustus au Grand Palais

auguste1Le Grand Palais met à l’honneur en ce moment l’un des personnages politiques et historiques les plus importants de l’Europe Occidentale et dont nous fêtons le 2e millénaire de sa mort mais qui est paradoxalement assez peu connu chez nous, éclipsé par « notre  conquérant » Jules César. Demandez aux passants dans la rue, la plupart vous diront que César est le premier empereur de Rome. Or, même s’il a contribué indéniablement à instaurer un nouveau régime et qu’en faisant du jeune Octave son héritier il lui a facilité le travail, c’est bien ce dernier sous le titre d’Auguste qui est le fondateur d’un l’Empire qui durera jusqu’en 476 ap. J-C.

 

350 œuvres venues des plus grands musées du monde (British museum, Musei Vaticani, musée archéologique de Naples, Louvre etc.) sont là pour tenter de nous faire comprendre qui était Auguste, son entourage, son rôle dans la construction du nouveau régime et dans les arts.

La tâche n’est pas facile, car pour mesurer son rôle dans la modernisation et l’embellissement de Rome qu’il trouva de briques pour la laisser de marbre selon la célèbre formule, rien de mieux qu’être in situ, et encore, malgré l’importance des traces archéologiques, elles ne rendent qu’une infime partie de ce qu’était la capitale du monde et il faut surtout une bonne imagination pour y parvenir.  Dans les salles du Grand Palais, les fragments ne suffisent pas à vraiment saisir l’importance des changements.

Mais cela ne nuit en rien à la qualité de l’exposition qui présente des pièces exceptionnelles à commencer par le fameux Augustus Prima Porta, qui a temporairement quitté les murs du Vatican pour venir séduire les parisiens.

Prima Porta, musei vaticani
Prima Porta, musei vaticani

Comment ne pas être impressionné par cette imposante sculpture de 2m, sortie de terre en 1863 dans le village de Prima Porta qui lui a donné son nom.

Cette statue de marbre serait en fait une copie d’après un original de bronze réalisé en 20 av. JC inspirée du Doryphore de Polyclète. Elle marque l’image type de l’empereur qu’on appelle « type augustéen » avec sa coiffure caractéristique faite de petites mèches tombant sur le front formant une petite pince. Le visage est lui éternellement jeune et classique, même à la fin du règne (il meurt à 76ans) on retrouvera ce visage juvénile et cette idée que l’empereur n’a pas d’âge. La représentation de l’empereur sert de base à une propagande efficace aux quatre coins de l’Empire avec l’instauration du culte impériale, véritable ciment qui lie toutes ces cultures à la figure centrale du souverain. Il existe ainsi plus de 210 représentations connues d’Auguste, sous forme de médailles, monnaies, statues, panneaux peints, fresques ou gemmes,  ce qui est considérable.

À ses pieds on retrouve un Cupidon qui rappelle l’ascendance divine des Julii qui se prétendaient descendants de Vénus et d’Enée ; le dauphin est pour sa part une évocation d’Apollon, le dieu tutélaire d’Auguste qui lui fera d’ailleurs construire un temple juste à côté de sa demeure sur le Palatin. Cupidon dominant le dauphin est peut-être aussi un rappel de la pacification des mers par Auguste, comme il le dit dans les Res gestae.

Mais l’élément le plus marquant de cette sculpture reste la cuirasse dont la décoration montre la restitution en 20 av. JC des enseignes perdues par Crassus lors de la Bataille de Carrhes en 53 av. J.-C. C’est autant la  victoire militaire que diplomatique qui est évoquée dans cette scène.

Portrait d’Auguste de Méroé 29-20 avant J.-C. Bronze, calcite et verre (yeux) H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Portrait d’Auguste de Méroé
29-20 avant J.-C.
Bronze, calcite et verre (yeux)
H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Un autre portrait apparait bien plus tard dans l’exposition, l’Auguste de Méroé, découvert au Soudan sous le pavement d’un temple où il avait été enterré en signe de protestation. Il était ainsi régulièrement piétiné par les habitants de Méroé. Cette tête de bronze reprend le type Prima Porta mais est beaucoup plus expressif grâce aux yeux toujours présents, composés de calcite et de verre, ce qui donne au visage un souffle de vie impressionnant quand on le fixe.

 

Mais revenons au parcours de l’exposition. Une galerie de portraits évoque la grande famille de d’Octave. J’adore les portraits romains donc je décrète de manière plus que partial et sans objectivité aucune, cette salle la plus sympa de l’expo. Un petit rappel pour les personnes qui ne sont pas callées en histoire romaine, Octave ou Octavien comme on l’appelle usuellement après son adoption, est le véritable nom d’Auguste, Augustus signifiant « le majestueux » étant un titre suprême qui lui est accordé en 27 av. JC, date qui marque officiellement le début de l’Empire.

Auguste, Camée ‘Blacas’ Vers 14-20 ap. J.-C. Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Auguste, Camée ‘Blacas’
Vers 14-20 ap. J.-C.
Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Octave est le fils de Gaius Octavius, gouverneur de Macédoine et d’Atia Balba Caesonia, nièce de Jules César par sa mère Julia. Contrairement à la série Rome de HBO, Atia était considéré comme une matrone idéale notamment par Tacite, tout comme la sœur d’Auguste, Octavia.

Adopté par César dans son testament, le jeune homme de seulement 19ans, va en user avec une intelligence redoutable. Il commence par prendre le nom de César qu’il divinise. Soutenu par Cicéron, il devient sénateur à 20ans, contournant largement le cursus honorum qui veut qu’on ait minimum 37ans pour recevoir cette charge ô combien importante. S’en suivent les guerres civiles avec les meurtriers de César, Cassius et Brutus qui s’achève à la bataille des Philippes en 42 av. J-C, et  celle contre le fils de Pompée, Sextus Pompée. C’est à l’occasion de ces conflits que se forme le second triumvirat avec Marc Antoine et Lépide. Mais l’alliance se désagrège avec le conflit contre Marc Antoine et sa maitresse Cléopâtre qui prend fin à la bataille d’Actium en 31 av. J-C. Bataille qui scelle le destin d’Octavien.

Il est nommé Princeps senatus en -27 puis Augustus. Le principat se met peu à peu en place et la vieille République romaine s’efface, s’en même s’en rendre compte par l’habilité d’Auguste qui maintient les apparences républicaines.

Auguste s’est marié trois fois, mais il n’aura qu’une fille, la fameuse et sulfureuse Julia qui finira exilée loin de Rome. Ses deux fils sont adoptés par Auguste mais ne survivent pas, mais par sa fille qu’elle a eu avec Agrippa, le fidèle ami de l’empereur, elle va devenir la grand-mère de Caligula et d’Agrippine Minor, mère de Néron. La sœur d’Auguste, Octavia, en épousant Marc Antoine est de son côté la grand-mère de l’empereur Claude et l’arrière-grand-mère de Caligula et Agrippine minor. Les Julio-claudiens sont une drôle de famille, un peu compliquée à comprendre je vous l’accorde…

Finalement celui qui succèdera à Auguste sera son beau-fils qu’il avait également adopté, Tibère, le fils de Livia sa troisième épouse.

Livie, musée du Louvre
Livie, musée du Louvre

Les représentations de la famille impériale sont nombreuses et autant que l’image de l’empereur, elle serve à appuyer le nouveau régime politique qui se met en place, en lui donnant une légitimité dynastique que personne ne contestera à la mort d’Auguste en 14 de notre ère.

 

Les phases suivantes de l’exposition tentent de nous faire entrevoir les changements survenus dans les arts de l’époque. Dans l’architecture d’abord avec un vaste programme de rénovation de l’Urbs : théâtre de Marcellus, Panthéon, forum, temple etc.

La capitale de l’Empire s’organise et avec elle tout l’empire à travers une administration rénovée et une armée puissante. La paix retrouvée est l’un des messages les plus utilisés de la propagande impériale, notamment avec la construction de l’Area Pacis dont un morceau est présenté ici.

Cette paix apporte aux citoyens romains la prospérité et le cadre de vie évolue comme en témoigne le mobilier de l’époque. Les commandes artistiques sont plus importantes avec l’installation d’artiste grecs comme Pasitélès et le développement des arts somptuaires est manifeste, notamment avec les innovations techniques qui font apparaitre des objets fameux. La glyptique en est un exemple particulièrement frappant avec ces superbes camées aux portraits de l’empereur. En parallèle d’un climat d’aemulatio et d’interpretatio de l’art grec, l’empereur appuie le développement d’une culture latine en encourageant des auteurs comme Tacite, Ovide, Horace et Virgile. Ce dernier est d’ailleurs chargé d’écrire l’Énéide, Epopée qui raconte les origines troyennes mythiques de Rome tout en faisant l’apologie d’Auguste et des valeurs romaines.

 

Created with Nokia CameraLe contrôle de l’Empire est l’une des priorités du pouvoir, dans l’Eneide, Virgile dit que c’est la vocation de Rome de dominer le monde.

L’empire est donc divisé en une quarantaine de provinces, dont les plus anciennes,  pacifiées sont placées sous l’autorité du Senat et gouvernées par des proconsuls, ce sont les provinces du « peuple romain » ou « sénatoriales » comme par exemple la Sicile, la Macédoine et à partir de 22 la Narbonnaise.

Les autres sont dites « provinces impériales », placées sous son contrôle direct, il nomme les légats pour 2 à 4ans. Elles sont souvent aux frontières et sont de fait plus stratégique comme la Belgique, la Lyonnaise, l’Aquitaine, la Corse, la Sardaigne ou la Judée.

Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier
Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige
argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm
Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Pour mieux connaître toutes ces provinces Auguste étend à l’ensemble du territoire le recensement qui est la clef de voûte de l’administration, permettant de déterminer les droits et les devoirs de chacun.

La partie consacrée aux provinces est importante dans le parcours de l’exposition, tant était leurs rôles dans l’Empire d’Auguste. Des éléments d’architectures et de sculptures retrouvées lors de différentes fouilles sont présentés comme cet autel de la paix de Narbonne, l’autel aux cygnes d’Arles ou le Trophée gaulois de Glanum. Une belle part est  consacrée à la Gaule dont il continuera la pacification au Nord, la Narbonnaise étant de son côté totalement romanisée depuis longtemps. Ce n’était pas le cas dans l’exposition romaine, ce qui permet aux visiteurs parisiens de s’approprier d’avantage le contenu

 

En somme une exposition au contenu riche et exceptionnel pour un homme non moins exceptionnel que je ne peux que recommander même si encore une fois mon objectivité en ce qui concerne la Rome antique et les Julio-claudiens est un peu bancale….Vous verrez des objets présentés pour la première fois en France et vous ferez la connaissance d’un personnage politique ô combien passionnant.

Braque, la force tranquille du Grand Palais

96530-exposition-georges-braque-au-grand-palaisGeorges Braque (1882-1963) est l’une des grandes figures de l’art du XXème mais malgré son importance dans l’histoire de l’art et des obsèques nationales demandées par Malraux en 1963, Braque reste un personnage discret, longtemps resté dans l’ombre de Picasso qui fut son ami, son antagoniste, son alter-égo dans la grande aventure du cubisme.

Quand on a quelques notions d’histoire de l’art, on connaît Braque, on a vu quelques peintures mais souvent ça s’arrête là et pour tous les autres, c’est encore plus léger. Aussi le Grand Palais remet-il dans la lumière ce grand monsieur. La lumière Braque l’a pourtant connue de son vivant. Il est le premier artiste contemporain à recevoir une commande pour la décoration de la salle Henri II du Louvre, inaugurée en 1953. Il choisit un thème iconographique qui lui était particulièrement cher à la fin de sa vie : les oiseaux. La dernière partie de l’exposition leurs est consacrée. Pour le Louvre Braque exécute une œuvre forte mais d’une simplicité absolue, bien loin de ces œuvres cubistes pour lesquelles il est plus connu.

Georges Braque, Grand Nu, 1907-1908 Huile sur toile, Centre Pompidou, Mnam. ADAgp 2008/09
Georges Braque, Grand Nu, 1907-1908
Huile sur toile, Centre Pompidou, Mnam. ADAgp 2008/09

 

Femme nue assise© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn- Grand Palais / Philippe Migeat © Adagp, Paris 2013
Femme nue assise© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn- Grand Palais / Philippe Migeat © Adagp, Paris 2013

La force de cette exposition c’est de ne pas se résumer à la période cubiste mais de donner à voir TOUTE l’œuvre de Braque, toutes ces facettes aussi différentes l’une de l’autre, son regard sur le monde, la déstructuration, la reconstruction, ses paysages, ses natures mortes etc. etc.  Le parcours se veut à la fois complètement chronologique et en même temps thématique avec les grands sujets de Braque : L’illustration d’Hésiode en 1931-32, les Ateliers en 1949-56, les billards en 1944-49…

On est ainsi étonné de commencer par un feu d’artifice de couleurs, car avant d’être l’inventeur du cubisme avec Picasso, Braque est un suiveur de Cézanne et des fauves. Sa femme nue assise (1907) est chromatiquement très proche de la femme au chapeau de Matisse (1905). Mais on découvre surtout les paysages de l’Estaque qui peu à peu se décomposent, se décolorent et laissent apparaître le cubisme, aux tons bruns. Un ensemble de « petits cubes » disait Matisse au salon d’Automne de 1908. On croise aussi le grand nu (1907-1908) fortement inspiré des demoiselles d’Avignon qu’il avait vu dans l’atelier de Picasso en novembre 1907.

broc et violion,1909
broc et violion,1909

Suivent un ensemble d’œuvres qui témoignent de la complexité du cubisme, d’abord analytique (1904-1912) puis synthétique (1913-17). C’est le regard de l’artiste qui nous est donné de comprendre. Toute cette déstructuration qu’il applique au maximum aux natures mortes, cette perte de couleurs pour ne retenir que l’essence du sujet puis peu à peu une figuration qui renaît, des couleurs aussi mais dans un espace complètement aplati notamment par l’utilisation de papier collé, l’une de ses inventions artistiques qu’il se dispute également avec Picasso.

canéphores © Rmn-Grand Palais - Jacqueline Hyde © Adagp, Paris 2013
canéphores
© Rmn-Grand Palais – Jacqueline Hyde © Adagp, Paris 2013

Toutes décomposées que sont ses peintures, l’œil finit peu à peu par reconstruire les sujets. On découvre ainsi la grande passion pour la musique de Braque, grand admirateur de Bach, à travers tous ces violons et ces musiciennes. Le jeu et le bon vin sont également récurrent…
On ne peut qu’admirer les imposantes Canéphores où on décèle le retour aux classiques, autant échos aux baigneuses de Picasso qu’aux nymphes de Goujon pour la fontaine des innocents. Braque est également un grand admirateur de Chardin et Corot.
On admire ses œuvres mythologiques, son illustration de 16 eaux fortes commandées par Ambroise Vollard pour la Théogonie d’Hésiode et les œuvres qui y sont liées. Quelle force et quelle poésie.
Ses paysages des années 1955-63 sont aussi une rencontre particulièrement marquante, admirés par Nicolas de Staël en son temps ou par Giacometti son ami. De longs panoramas d’une force tranquille. De longs aplats de couleurs qui laissent apparaître un ciel, une terre, des champs, une charrette isolée. Ces paysages de campagnes sont parmi ses dernières œuvres et ses plus belles. Quelle évolution de son œuvre, quel renouvellement. Il lui aura fallu tout détruire pour reconstruire une nature puissante et touchante.

la sarcleuse 1961-63. MNAM de PAris
la sarcleuse 1961-63. MNAM de PAris

Ce qu’on retiendra de cette exposition c’est cette force tranquille qui émane de toute l’œuvre de Braque et de Braque lui-même. Quand on regarde ce portrait par Man Ray en 1933, on est face à un homme dont le regard profond a bouleversé l’art du XXème siècle et même si on n’est pas sensible à cet art moderne, on est sensible à Braque. L’exposition est un véritable succès, très complète et magnifique.

Une rencontre avec un homme, un artiste, son art et aussi une page de l’histoire de l’art.
Exposition

heracles
heracles

Georges Braquegeorges-braque-et-l-aventure-du-cubisme,M124871
18 Septembre 2013 – 06 Janvier 2014
Grand Palais, Galeries nationales
Commissaire : Brigitte Leal, conservateur général et directeur adjoint du Musée National d’Art Moderne.

Cézanne et Paris

Ha Cézanne ! Rien que son nom évoque le soleil du midi, les couleurs chaudes de la terre, le bleu de la mer et du ciel et la montagne Sainte Victoire vue sous toutes ses coutures. Pour beaucoup, voilà ce qu’est Cézanne, mais l’exposition du Luxembourg tend à nous montrer à travers 79 œuvres venues parfois de bien loin, que comme tout grand artiste, il ne se limite pas à une seule et unique vision de lui-même. Nous découvrons, ici, un Cézanne parisien, éloigné de sa Provence natale, où il nait et meurt (1839-1906). Car si les spécialistes savent que Paris fait partie de la vie et de l’œuvre du peintre, pour tous les autres, c’est une véritable et instructive découverte.

Car oui, Paris est bien plus qu’une simple étape dans son parcours, elle fait partie de lui.

Les toits de Paris. 1881-82. © Collection particulière
portrait d'E. Zola

Cézanne monte pour la première fois à la capitale en 1861, il a 21ans. Il vient pour suivre son ami d’enfance, déjà sur place, qui n’est autre qu’Emile Zola. Les deux artistes se sont rencontrés au collège Bourbon en 1852 et leur relation est évoquée dès le début de l’exposition, avec portraits et évocations de la demeure de l’écrivain. L’écrivain aide le peintre, son œuvre l’inspire également. Mais cette amitié se termine en 1886 suite à publication de L’œuvre, 14ème volume des Rougon-Macquart qui raconte la vie d’un peintre maudit dans lequel s’identifie Cézanne.

A partir de ce premier voyage, on estime que le peintre passe autant de temps à Paris que dans le Sud, à travers de nombreux aller-retour, ce qui rend cette exposition tout à fait légitime pour mieux apprécier une grande partie de son œuvre. En effet, sur près de 1000 œuvres, environ 350 ont été réalisées dans le Nord.

Bethsabée

Plusieurs aspects sont ici montrés, à  commencer par ce dualisme entre modernité et tradition. Cézanne ne désire pas s’abroger de tout héritage, au contraire, il flâne au Louvre régulièrement qui est pour lui « le livre où nous apprenons à lire ». Il y étudie les anciens maîtres, avec une préférence pour les grands coloristes, comme Delacroix, Rubens. Il étudie aussi la sculpture sous tous ses angles. Armé d’un cahier et de crayons, il griffonne, esquisse, copie, comme le prouve sa version de Bethsabée d’après Rembrandt entrée au Louvre en 1869, véritable réinterprétation, où la ligne s’efface derrière la couleur et d’où émerge déjà  son travail sur les volumes.

Cézanne fréquente l’Académie de Charles Suisse, quai des Orfèvres où il rencontre Renoir, Pissarro, Monet, Sisley et Guillaumin. C’est l’apprentissage de la modernité dont Paris est capitale. Mais Cézanne, reste un être à part. Il tente d’intégrer en vain les Beaux-Arts et est refusé aux salons.  Il participe certes à la première exposition impressionniste, organisée par Nadar, mais il se détache assez vite de ce mouvement. Finalement sa « gloire » personnelle n’arrive qu’assez tard, par l’exposition en son nom, de 1895, organisée par le marchand Ambroise Vollard, évoqué par des portraits dans la fin du parcours. Cézanne a alors 56ans, et le succès ne le quitte plus.

Paysage des bords de l'Oise.1873-74. Monaco

Mais revenons à ses années parisiennes.

La halle aux vins. 1872. © Portland Art Museum,

Paris n’est pas évoquée à travers ses grands monuments. Nous ne sommes pas face aux cathédrales de Monet, mais plutôt dans une vision personnelle de la ville, un paysage parmi tant d’autres, une vue des toits par ci, la halle aux vins par-là. L’artiste n’a pas d’attache fixe, il la quitte et la retrouve et on lui connait plus d’une vingtaine d’adresses différentes. La rue de l’Ouest, derrière Montparnasse a été son plus long point d’encrage, entre 1877 et 1882, mais encore, dans différents appartements. Les couleurs n’évoquent pas le soleil et le ciel du midi. Ici, elles sont plus froides, plus grises, plus citadines en quelque sorte. Sauf quand il quitte la ville, pour aller en banlieue retrouver les bords de Marne qu’il affecte tant. On retrouve alors, une panoplie de verts et de bleus porteuse d’une certaine idée de la beauté calme selon Cézanne.

Une moderne Olympia. 1873 © service presse Rmn-Grand Palais

La ville c’est aussi la tentation, tentation des corps, de la femme, de sa représentation nue et brute. Manet en 1863 réalise l’Olympia, Cézanne créé la nouvelle Olympia en 1873/74, peut-être à Auvers-sur-Oise chez son ami, le docteur Gachet. Ce dernier est évoqué dans l’exposition, pour les séjours passés chez lui et les échanges artistiques, notamment par l’apprentissage de la gravure.

La femme est presque dénaturée, pour n’être qu’un objet de désir, rendu par la touche et la couleur. L’éternel féminin de 1877, observé de toute part en est un autre exemple. La femme est exposée, nue, lasse, sans effort de paraître, loin des divines nymphes ou déesses. Elle est juste là, posée sous un dais, et 17 hommes, dont Cézanne (chauve au premier plan), témoignant de la société parisienne la contemplent.  Les spécialistes rapprochent cette œuvre de l’Atelier de Courbet. Les hommes sont classés selon leurs rangs, social d’un côté, artistique de l’autre et observent cette éternelle figure féminine.

L'éternel féminin ou le veau d'or . 1877 © The J. Paul Getty Museum

Le peintre n’est pas resté confiné entre les murs d’une ville grandissante.  Comme ses amis, il s’éloigne, du côté d’Auvers-sur-Oise où il reste près d’une année en 1872, à Issy-les-Moulineaux, Pontoise où s’est installé Pissarro, dans la région de Fontainebleau ou encore sur les bords de l’Oise et de la Marne. Il découvre dans ses paysages, la peinture en plein air et le chemin de fer lui facilite ses déplacements. Ses toiles ne sont pas de fraiches touches de couleurs impressionnistes. Il préfère jouer sur les volumes, les décomposer, les reconstruire par la couleur, ce qui annonce en certains points le cubisme à venir.

On découvre ses intérieurs, ces motifs de papier peint récurrents derrière une nature morte où derrière sa femme, Hortense Piquet, qu’il épouse en 1886. Hortense, dit-il, pose comme une pomme. Pour lui, en effet, pas de hiérarchie de genre, la nature morte est un motif comme un autre et l’être humain également. Il s’évertue donc de peindre ces motifs, encore et encore.

Madame Cézanne à la jupe rayée. 1877. © 2011, Museum of Fine Arts

En conclusion, une exposition sympathique et claire, bien expliquée, des cartels bien faits dans l’ensemble, même si de plus en plus, le fait de ne pas avoir d’audioguide sur les oreilles, devient très clairement un handicap, ce qui est dommage.

Pas trop longue, non plus, donc pas le temps de s’ennuyer, mais peut-être que ceux qui payent plein tarif seront de fait sur leurs faims. Les expositions du Luxembourg n’étant pas les plus charitables pour nos petites bourses.

Personnellement, j’ai été agréablement surprise. J’y allais un peu à reculons, Cézanne est, il est vrai, un artiste atypique, dont la touche dynamique peut laisser hésitant, mais découvrir une autre facette de lui, est plus qu’instructif. Découvrir Paris, sous les pinceaux de l’artiste considéré comme le plus méridional de tous, laisse justement un joli sentiment au sortir de cette exposition, où on redécouvre l’artiste et notre région tout à la fois.

Commissariat général :
Gilles Chazal, directeur du Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.
Commissariat scientifique :
Maryline Assante di Panzillo, conservateur au département des peintures, Petit Palais, Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.
Denis Coutagne, conservateur en chef honoraire du patrimoine ; Président de la société Paul Cézanne.

Liens :

http://www.presse.rmn.fr/phpmyimages/public/image.php?ev_id=337
http://www.museeduluxembourg.fr/fr/expositions/
http://www.artactu.com/exposition-cezanne-et-paris-musee-du-luxembourg-article001059.html