Cléopâtre ! Tout un symbole et tout un mythe qui prend ses quartiers d’été à la Pinacothèque

Bache-Les Quatre-05-2.inddAlors que le Grand Palais rendait un sublime hommage à Auguste, la Pinacothèque de son côté met en lumière l’une de ses plus prestigieuses ennemies, Cléopâtre VII Théa Philopator. Cette dernière n’a peut-être guère besoin d’exposition pour être connue mais pour être mieux comprise, oui ! Partons donc sous le soleil d’Egypte voir si la Pinacothèque répond à nos espérances.

Conçue en deux volets, l’exposition présente dans un premier temps la Cléopâtre historique et de l’autre la légende qui se forme très rapidement autour de cette reine.

Mais qui est vraiment Cléopâtre VII, dernière souveraine d’Egypte ? C’est l’Histoire derrière le mythe que cherche à révéler au grand public Marc Restellini.  Le chef d’état puissant et cultivé, derrière la femme qui envouta César et Marc Antoine.

Fille de Ptolémée XII Aulète, elle appartient à la dynastie des Lagides, issue du général d’Alexandre le Grand, Ptolémée. Elle donc d’origine grecque ce que beaucoup oublient. Elle a deux sœurs, Bérénice qui régna 3 ans et se fit exécuter par son père et Arsinoé au destin tout aussi tragique. Ses frères seront ses époux successifs, Ptolémée XIV et XV. Elle est redoutablement intelligente, avec un don inné pour les langues. Elle pouvait disait-on parler avec les nombreux ambassadeurs sans interprètes. C’est également l’une des rares souveraines de sa dynastie à parler l’égyptien. Mais je ne vous ferrais pas ici sa biographie qui est passionnante, je vous invite vraiment à en trouver une bien écrite et plus complète car peu de personnages historiques ont eu une vie si romanesque et tragique à la fois.

Milieu du Ier siècle av. J.-C. Égypte ? Marbre pentélique 21,4 x 14,5 x 17,1 cm Musée des Antiquités, Turin © Photo : Ernani Orcorte - Torino
Milieu du Ier siècle av. J.-C.
Égypte ?
Marbre pentélique
21,4 x 14,5 x 17,1 cm
Musée des Antiquités, Turin
© Photo : Ernani Orcorte – Torino

Le point fort de cette exposition c’est de nous présenter des portraits de la reine dont la tête de Turin, très hellénique qui a conservé presque tout son nez, rappelant la célèbre phrase de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » On peut essayer de deviner la beauté de cette femme qui fit chavirer le cœur du grand César et du fougueux Marc Antoine avec qui elle vécut une vie inimitable jusqu’à la fameuse bataille d’Actium qui brisa leurs rêves mais marqua l’ascension d’Octave. Je reprocherai juste à l’exposition de ne pas expliquer plus clairement que ça ce qui certifie que c’est elle qui est représenté par ce marbre. Qu’est ce qui rend l’identification incontestable ? L’indice de la présence d’une couronne ? Mais encore ? Je me rappelle lorsqu’on a découvert le César du Rhône aujourd’hui à Arles, les archéologues avaient par des comparaisons précises bien montré que les traits étaient ceux de l’Imperator. Ici on nous dit juste c’est Cléopâtre, alors que justement le nombre de portraits est assez restreint paradoxalement pour une figure historique réputée pour sa beauté.  L’autre regret c’est que cette partie de l’exposition passe finalement assez vite sur la vie de la reine, manque de matière peut-être et s’étend sur plus de la moitié du parcours à nous raconter les rites funéraires, le panthéon égyptien à l’époque Lagide et la mode égyptisante qui touche Rome à cette époque. Sans grand intérêt, à part cette dernière partie justement, avec notamment ces scènes nilotiques d’une grande beauté comme ce crocodile provenant de la Ville d’Hadrien à Tivoli, cette peinture montrant une bataille de pygmées ou ce magnifique bronze représentant peut-être Ptolémée Apion découvert à Herculanum avec ses cheveux tressés et virevoltants.
Les amoureux de l’Egypte antique seront séduit, mais ce n’est pas comme-ci on manquait d’art égyptien dans nos musée.

Guido Reni  (Bologne, 1575-Bologne, 1642) La Mort de Cléopâtre c. 1640 Huile sur toile Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270
Guido Reni
(Bologne, 1575-Bologne, 1642)
La Mort de Cléopâtre
c. 1640
Huile sur toile
Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270

La seconde partie touche au mythe de Cléopâtre, et il est vrai que la reine avait tout pour inspirer deux millénaires d’artistes. Une beauté réputée, une intelligence encore une fois affutée, un sens politique et un amour de son pays incontestables mais surtout deux histoires d’amour romanesques à souhait avec leurs lots de scènes qu’un excellent auteur n’aurait pu inventer : son introduction auprès de César enroulée dans un tapis ou la vie inimitable avec Antoine jusqu’à sa mort par piqure d’aspic pour ne pas avoir à se soumettre devant Octave.

Bien que réhabilitée aujourd’hui (quoi que), Cléopâtre a longtemps trainé une image sulfureuse en partie construite par les historiens de Rome qui en firent tour à tour  une « regina dementis (Horace, Odes, I, 37), une « putain » (Properce, Élégies, III, 11) et une « souillure » (Virgile, Énéide, VIII, 688). Elle est « La » femme qui détourne les hommes de la raison d’état. Elle va aussi incarner le luxe et la débauche orientale à la Renaissance, mais à partir du XVIe siècle, les peintres s’attachent plus à son côté femme amoureuse dont la passion finit en tragédie en mettant en scène sa mort : Guerrieri, Lanfranco, Giudo Reni etc.

Achille Glisenti  La Mort de Cléopâtre 1878, huile sur toile, 120 x 192 cm  Museo della Città-Santa Giulia
Achille Glisenti
La Mort de Cléopâtre
1878, huile sur toile, 120 x 192 cm
Museo della Città-Santa Giulia

Dans la lignée de Shakespeare, le théâtre s’approprie cette figure qui devient héroïque et les plus grandes actrices vont jouer son rôle dont Sarah Bernhardt et Vivian Leigh pour la Cléopâtre de  George Bernard Shaw. Elle trouve sa place à l’opéra avec Haendel, Berlioz et Massenet. L’opéra en 4 actes de ce dernier est évoqué ici par les costumes et la voix d’une de son interprète, Montserrat Caballé. Elle est également l’une des premières figures du cinéma, chez Méliès en 1899 ou J. Gordon Edwards  en 1917 dont les dernières copies ont brûlé dans un incendie à la Fox mais qui inspirera certainement Cécil B. De Mille avec  Claudette Colbert dans le rôle principal. Mais c’est surtout la Cléopâtre de Joseph Mankiewicz sorti en 1963 qui marque les esprits avec la sublime Elisabeth Taylor et son histoire d’amour avec Richard Burton. Pour l’anecdote, Goscinny et Uderzo visionnant le film y trouvèrent l’idée de leur album Astérix et Cléopâtre, où la reine tient de l’actrice américaine mais arbore un nez qui rappelle la citation de Pascal. Toujours dans l’univers d’Astérix, l’exposition fait aussi une part belle à son adaptation par Alain Chabat avec Monica Bellucci dans le rôle de la reine.  On peut d’ailleurs voir ses costumes ainsi que ceux d’Elisabeth Taylor, de quoi faire rêver nombre d’entre nous…..

 

Elizabeth Taylor, in  Cléopâtre, 1963 1963  Tissu  Collezione Costumi d’Arte -  Peruzzi - Rome © Photo : D. Alessandro
Elizabeth Taylor, in
Cléopâtre, 1963
1963
Tissu
Collezione Costumi d’Arte –
Peruzzi – Rome
© Photo : D. Alessandro

Sans rendre à mes yeux suffisamment hommages aux qualités politiques et intellectuelles de Cléopâtre et restant beaucoup en surface, la Pinacothèque nous offre malgré tout une exposition sympathique pour cet été, mais sans plus. Malgré tout, les amoureux du personnage, du cinéma et de l’histoire antique y trouveront peut-être de quoi se faire plaisir.
Sur ce, je vous souhaite à tous de belles vacances !!!

LE MYTHE CLÉOPÂTRE

À la Pinacothèque de Paris, du 10 avril 2014 au 07 septembre 2014

 

 

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Moi Auguste, empereur de Rome. Venez saluer Imperator Caesar Divi Filius Augustus au Grand Palais

auguste1Le Grand Palais met à l’honneur en ce moment l’un des personnages politiques et historiques les plus importants de l’Europe Occidentale et dont nous fêtons le 2e millénaire de sa mort mais qui est paradoxalement assez peu connu chez nous, éclipsé par « notre  conquérant » Jules César. Demandez aux passants dans la rue, la plupart vous diront que César est le premier empereur de Rome. Or, même s’il a contribué indéniablement à instaurer un nouveau régime et qu’en faisant du jeune Octave son héritier il lui a facilité le travail, c’est bien ce dernier sous le titre d’Auguste qui est le fondateur d’un l’Empire qui durera jusqu’en 476 ap. J-C.

 

350 œuvres venues des plus grands musées du monde (British museum, Musei Vaticani, musée archéologique de Naples, Louvre etc.) sont là pour tenter de nous faire comprendre qui était Auguste, son entourage, son rôle dans la construction du nouveau régime et dans les arts.

La tâche n’est pas facile, car pour mesurer son rôle dans la modernisation et l’embellissement de Rome qu’il trouva de briques pour la laisser de marbre selon la célèbre formule, rien de mieux qu’être in situ, et encore, malgré l’importance des traces archéologiques, elles ne rendent qu’une infime partie de ce qu’était la capitale du monde et il faut surtout une bonne imagination pour y parvenir.  Dans les salles du Grand Palais, les fragments ne suffisent pas à vraiment saisir l’importance des changements.

Mais cela ne nuit en rien à la qualité de l’exposition qui présente des pièces exceptionnelles à commencer par le fameux Augustus Prima Porta, qui a temporairement quitté les murs du Vatican pour venir séduire les parisiens.

Prima Porta, musei vaticani
Prima Porta, musei vaticani

Comment ne pas être impressionné par cette imposante sculpture de 2m, sortie de terre en 1863 dans le village de Prima Porta qui lui a donné son nom.

Cette statue de marbre serait en fait une copie d’après un original de bronze réalisé en 20 av. JC inspirée du Doryphore de Polyclète. Elle marque l’image type de l’empereur qu’on appelle « type augustéen » avec sa coiffure caractéristique faite de petites mèches tombant sur le front formant une petite pince. Le visage est lui éternellement jeune et classique, même à la fin du règne (il meurt à 76ans) on retrouvera ce visage juvénile et cette idée que l’empereur n’a pas d’âge. La représentation de l’empereur sert de base à une propagande efficace aux quatre coins de l’Empire avec l’instauration du culte impériale, véritable ciment qui lie toutes ces cultures à la figure centrale du souverain. Il existe ainsi plus de 210 représentations connues d’Auguste, sous forme de médailles, monnaies, statues, panneaux peints, fresques ou gemmes,  ce qui est considérable.

À ses pieds on retrouve un Cupidon qui rappelle l’ascendance divine des Julii qui se prétendaient descendants de Vénus et d’Enée ; le dauphin est pour sa part une évocation d’Apollon, le dieu tutélaire d’Auguste qui lui fera d’ailleurs construire un temple juste à côté de sa demeure sur le Palatin. Cupidon dominant le dauphin est peut-être aussi un rappel de la pacification des mers par Auguste, comme il le dit dans les Res gestae.

Mais l’élément le plus marquant de cette sculpture reste la cuirasse dont la décoration montre la restitution en 20 av. JC des enseignes perdues par Crassus lors de la Bataille de Carrhes en 53 av. J.-C. C’est autant la  victoire militaire que diplomatique qui est évoquée dans cette scène.

Portrait d’Auguste de Méroé 29-20 avant J.-C. Bronze, calcite et verre (yeux) H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Portrait d’Auguste de Méroé
29-20 avant J.-C.
Bronze, calcite et verre (yeux)
H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Un autre portrait apparait bien plus tard dans l’exposition, l’Auguste de Méroé, découvert au Soudan sous le pavement d’un temple où il avait été enterré en signe de protestation. Il était ainsi régulièrement piétiné par les habitants de Méroé. Cette tête de bronze reprend le type Prima Porta mais est beaucoup plus expressif grâce aux yeux toujours présents, composés de calcite et de verre, ce qui donne au visage un souffle de vie impressionnant quand on le fixe.

 

Mais revenons au parcours de l’exposition. Une galerie de portraits évoque la grande famille de d’Octave. J’adore les portraits romains donc je décrète de manière plus que partial et sans objectivité aucune, cette salle la plus sympa de l’expo. Un petit rappel pour les personnes qui ne sont pas callées en histoire romaine, Octave ou Octavien comme on l’appelle usuellement après son adoption, est le véritable nom d’Auguste, Augustus signifiant « le majestueux » étant un titre suprême qui lui est accordé en 27 av. JC, date qui marque officiellement le début de l’Empire.

Auguste, Camée ‘Blacas’ Vers 14-20 ap. J.-C. Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Auguste, Camée ‘Blacas’
Vers 14-20 ap. J.-C.
Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Octave est le fils de Gaius Octavius, gouverneur de Macédoine et d’Atia Balba Caesonia, nièce de Jules César par sa mère Julia. Contrairement à la série Rome de HBO, Atia était considéré comme une matrone idéale notamment par Tacite, tout comme la sœur d’Auguste, Octavia.

Adopté par César dans son testament, le jeune homme de seulement 19ans, va en user avec une intelligence redoutable. Il commence par prendre le nom de César qu’il divinise. Soutenu par Cicéron, il devient sénateur à 20ans, contournant largement le cursus honorum qui veut qu’on ait minimum 37ans pour recevoir cette charge ô combien importante. S’en suivent les guerres civiles avec les meurtriers de César, Cassius et Brutus qui s’achève à la bataille des Philippes en 42 av. J-C, et  celle contre le fils de Pompée, Sextus Pompée. C’est à l’occasion de ces conflits que se forme le second triumvirat avec Marc Antoine et Lépide. Mais l’alliance se désagrège avec le conflit contre Marc Antoine et sa maitresse Cléopâtre qui prend fin à la bataille d’Actium en 31 av. J-C. Bataille qui scelle le destin d’Octavien.

Il est nommé Princeps senatus en -27 puis Augustus. Le principat se met peu à peu en place et la vieille République romaine s’efface, s’en même s’en rendre compte par l’habilité d’Auguste qui maintient les apparences républicaines.

Auguste s’est marié trois fois, mais il n’aura qu’une fille, la fameuse et sulfureuse Julia qui finira exilée loin de Rome. Ses deux fils sont adoptés par Auguste mais ne survivent pas, mais par sa fille qu’elle a eu avec Agrippa, le fidèle ami de l’empereur, elle va devenir la grand-mère de Caligula et d’Agrippine Minor, mère de Néron. La sœur d’Auguste, Octavia, en épousant Marc Antoine est de son côté la grand-mère de l’empereur Claude et l’arrière-grand-mère de Caligula et Agrippine minor. Les Julio-claudiens sont une drôle de famille, un peu compliquée à comprendre je vous l’accorde…

Finalement celui qui succèdera à Auguste sera son beau-fils qu’il avait également adopté, Tibère, le fils de Livia sa troisième épouse.

Livie, musée du Louvre
Livie, musée du Louvre

Les représentations de la famille impériale sont nombreuses et autant que l’image de l’empereur, elle serve à appuyer le nouveau régime politique qui se met en place, en lui donnant une légitimité dynastique que personne ne contestera à la mort d’Auguste en 14 de notre ère.

 

Les phases suivantes de l’exposition tentent de nous faire entrevoir les changements survenus dans les arts de l’époque. Dans l’architecture d’abord avec un vaste programme de rénovation de l’Urbs : théâtre de Marcellus, Panthéon, forum, temple etc.

La capitale de l’Empire s’organise et avec elle tout l’empire à travers une administration rénovée et une armée puissante. La paix retrouvée est l’un des messages les plus utilisés de la propagande impériale, notamment avec la construction de l’Area Pacis dont un morceau est présenté ici.

Cette paix apporte aux citoyens romains la prospérité et le cadre de vie évolue comme en témoigne le mobilier de l’époque. Les commandes artistiques sont plus importantes avec l’installation d’artiste grecs comme Pasitélès et le développement des arts somptuaires est manifeste, notamment avec les innovations techniques qui font apparaitre des objets fameux. La glyptique en est un exemple particulièrement frappant avec ces superbes camées aux portraits de l’empereur. En parallèle d’un climat d’aemulatio et d’interpretatio de l’art grec, l’empereur appuie le développement d’une culture latine en encourageant des auteurs comme Tacite, Ovide, Horace et Virgile. Ce dernier est d’ailleurs chargé d’écrire l’Énéide, Epopée qui raconte les origines troyennes mythiques de Rome tout en faisant l’apologie d’Auguste et des valeurs romaines.

 

Created with Nokia CameraLe contrôle de l’Empire est l’une des priorités du pouvoir, dans l’Eneide, Virgile dit que c’est la vocation de Rome de dominer le monde.

L’empire est donc divisé en une quarantaine de provinces, dont les plus anciennes,  pacifiées sont placées sous l’autorité du Senat et gouvernées par des proconsuls, ce sont les provinces du « peuple romain » ou « sénatoriales » comme par exemple la Sicile, la Macédoine et à partir de 22 la Narbonnaise.

Les autres sont dites « provinces impériales », placées sous son contrôle direct, il nomme les légats pour 2 à 4ans. Elles sont souvent aux frontières et sont de fait plus stratégique comme la Belgique, la Lyonnaise, l’Aquitaine, la Corse, la Sardaigne ou la Judée.

Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier
Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige
argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm
Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Pour mieux connaître toutes ces provinces Auguste étend à l’ensemble du territoire le recensement qui est la clef de voûte de l’administration, permettant de déterminer les droits et les devoirs de chacun.

La partie consacrée aux provinces est importante dans le parcours de l’exposition, tant était leurs rôles dans l’Empire d’Auguste. Des éléments d’architectures et de sculptures retrouvées lors de différentes fouilles sont présentés comme cet autel de la paix de Narbonne, l’autel aux cygnes d’Arles ou le Trophée gaulois de Glanum. Une belle part est  consacrée à la Gaule dont il continuera la pacification au Nord, la Narbonnaise étant de son côté totalement romanisée depuis longtemps. Ce n’était pas le cas dans l’exposition romaine, ce qui permet aux visiteurs parisiens de s’approprier d’avantage le contenu

 

En somme une exposition au contenu riche et exceptionnel pour un homme non moins exceptionnel que je ne peux que recommander même si encore une fois mon objectivité en ce qui concerne la Rome antique et les Julio-claudiens est un peu bancale….Vous verrez des objets présentés pour la première fois en France et vous ferez la connaissance d’un personnage politique ô combien passionnant.

L’hymne à la vie des étrusques à découvrir au musée Maillol

Tête masculine fin du VIIe siècle avant J.-C. Bois avec traces d’or − H. 21,3 cm Milan, Museo Civico Archeologico © Civico Museo Archeologico di Milano / Giudici Giuseppe
Tête masculine
fin du VIIe siècle avant J.-C.
Bois avec traces d’or − H. 21,3 cm
Milan, Museo Civico Archeologico
© Civico Museo Archeologico di Milano / Giudici Giuseppe

Nous voici donc plongé dans une civilisation toujours entourée de mystères malgré les nombreuses découvertes et études qui lui sont dédiées. Nous voici chez les étrusques, invités cette saison au toujours accueillant musée Maillol.
Je ne sais pas si vous vous en rappelez mais il y a peu, la Pinacothèque avait déjà proposé une exposition Giacometti et les Etrusques dont je vous avais parlé (cf. https://museis.wordpress.com/2011/10/20/giacometti-et-les-etrusques/). Je vais donc faire court pour ne pas me répéter. Pourtant les deux expositions sont très différentes l’une de l’autre, en dehors de l’aspect comparatif avec un artiste contemporain et la muséographie en tant que telle. Là où la Pinacothèque dégageait un particularisme de l’art étrusque à travers l’art funéraire et ses figures allongées, le musée Maillol va plus loin.

Tombe du Navire 470 avant J.-C. Peintures transposées sur toile − H. 2,46; L.4,80; l. 3,50 m Tarquinia, Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense © Su concessione della S.B.A.E.M - Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense, Tarquinia
Tombe du Navire
470 avant J.-C.
Peintures transposées sur toile − H. 2,46; L.4,80; l. 3,50 m
Tarquinia, Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense
© Su concessione della S.B.A.E.M – Museo Archeologico Nazionale Tarquiniense, Tarquinia

Bien qu’il commence par une évocation du matériel archéologique funéraire, notamment ces urnes-cabanes retrouvées dans les tombes et qui donnent une idée de l’habitat étrusques disparus ; il va plus loin. Le titre même en est la preuve, « un hymne à la vie ». Ici c’est le quotidien des étrusques que l’on cherche à approcher, eux qui étaient connus pour être de bons vivants. On découvre aussi une riche civilisation de marchants qui régna sur l’Italie entre les IXème et Ier siècles avant JC, qui échangea beaucoup avec la Grèce comme en prouve son art, avant de disparaître par la conquête romaine, tout en subsistant à travers de nombreuses traditions. Les romains héritèrent entre autres choses du temple étrusque, de l’art des aruspices, ou encore de la religion avec la triade capitoline.

Statuette d’haruspice IIIe siècle avant J.-C. Bronze fondu − H. 34 cm Rome, Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia © Su concessione della S.B.A.E.M. - Museo di Villa Giulia, Rome / Fabio Barbieri
Statuette d’haruspice
IIIe siècle avant J.-C.
Bronze fondu − H. 34 cm
Rome, Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia
© Su concessione della S.B.A.E.M. – Museo di Villa Giulia, Rome / Fabio Barbieri

Le monde étrusque était  principalement organisé autour d’une Dodécapole, une alliance  (fragile) politique, religieuse et économiques de 12 citées dont Véies, Cisra, Tarquinia, Vulci, Rusellae, Vetulonia, Populonia, Velzna, Clusium, Perusia, Arretium et Volterrae.
L’exposition donne un aperçu de ces cités, les lucumonies à travers divers aspects : l’architecture, l’art funéraire, l’écriture…
Parlons-en de l’écriture, de cette langue autour de laquelle planent tant de mystères. Même si l’alphabet est inspiré du grec, le sens général des mots est souvent difficile à comprendre car personne n’en a encore trouvé la clef. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle est non indo-européenne, faisant planer un doute sur l’origine de ce peuple.
Le second étage est celui des petites merveilles. Ici sont abordés différents aspects de la vie quotidienne qui font des étrusques un peuple à part : religion, banquet, militaire, art, sport, érotisme. La religion d’abord. Tite-Live disait que «l’Étrurie […] tenait plus que toute autre nation à l’observation des rites religieux ». C’est une mythologie de la révélation, celle faite aux hommes par la nymphe Végoia et le génie Tagès. On retrouve ainsi plusieurs divinités liées ou non aux divinités latines et grecques : Tinia (Jupiter), Menrva (qui donnera Minerve)…

Statue féminine 590-580 avant J.-C. gypse, h. 85 cm Londres, British Museum ©The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais The Trustees of the British Museum crédit musée maillol
Statue féminine 590-580 avt J.-C.
gypse, h. Londres, British Museum
©The British Museum, Londres, Dist. RMN-GP
crédit musée maillol

Le rôle de la femme est aussi longuement abordé. Á travers les bijoux d’une part. Admirez ce superbe fermoir de vêtement en or à décor d’animaux d’une délicatesse majestueuse, ou cet éventail de bronze.  Après les portraits sont moins flatteurs, mais la statuaire étrusque est assez éloignée des codes grecques. Elle est plus formelle, dans une schématisation touchante, avec ces délicats sourires qui ornent les visages et qui rappellent certaines korés archaïques. Au passage, vous ne pouvez pas ne pas vous arrêtez devant cette tête en bois du VIIème siècle avant notre ère autrefois recouverte d’or et à l’expression si troublante. Mais je reviens à mes femmes, car elles ont durant toute l’Antiquité trainé une sacré réputation : dévergondés, grande buveuse, dépravée, prostituée et j’en passe, je vous renvoie à Aristote ou Diodore de Sicile. Ceci probablement pour l’unique raison que dans la société étrusque la femme bénéficie de droits civiques bien plus importants que ces voisines. Elle peut par exemple participer au banquet, rite sociale très important de la société étrusque. On voit d’ailleurs l’évolution des codes de ce dernier, d’abord assis comme chez Homère puis allongé de par l’influence orientale à la fin du VIIème siècle avt JC.
Pour revenir à mes moutons, le rôle des femmes et de leurs réputations est aussi une occasion pour exposer trois œuvres sulfureuses avec avertissement parental qui évoquent la réputation de ces gens très portés sur la chose et toute ses variétés. Alors même si ces messieurs gloussaient devant la vitrine, pour ceux qui ont parcouru l’exposition Pompéi, on en a vu d’autre, rappelez-vous le magnifique phallus aillé. Même si je dois avouer que le stamnos à représentation ithyphallique (ça fait plus savant comme mot) m’a bien amusé en l’imaginant dans une situation contemporaine du style « tenez belle-maman encore un peu de vin peut-être ?… »

Fermoir de vêtement, décoré de figures d’animaux 680-650 avant J.-C. Or − H.10 ; L. 17 cm – Rome, Museo di Villa Giulia ©Su concessione della S.B.A.E.M. - Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia, Rome
Fermoir de vêtement, décoré de figures d’animaux
680-650 avant J.-C.
Or − H.10 ; L. 17 cm – Rome, Museo di Villa Giulia
©Su concessione della S.B.A.E.M. – Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia, Rome

Enfin, pour conclure une très belle exposition, plein de beaux objets qui nous permettent encore une fois d’admirer cette civilisation pré-romaine fascinante. Les œuvres présentées sont de qualités, notamment tous ces vases à figures noires (bucchero nero). Les Etrusques n’ont décidément pas fini de nous surprendre. Après le choix d’une muséographie thématique et non chronologique est à débattre. Moi cela ne me dérange pas, même si du coup on se perd dans les différents styles mais la petite plaquette explicative est là pour vous faire réviser votre histoire étrusques, ou plutôt pour vous l’enseigner car après deux expositions en si peu de temps, ce peuple reste encore à découvrir.

 en bonus une oeuvre qui je trouve résume bien l’art étrusque qui respire la bonne humeur : 

oenochoé première moitié du VIe siècle avant J.-C. Bucchero − H. 41,5 cm Florence, Museo Nazionale Archeologico © Su concessione della Soprintendenza per i Beni Archeologici della Toscana / Antonio Quattrone
oenochoé
1ere moitié du VIe siècle avant J.c
Florence, Museo Nazionale Archeologico
© Su concessione della soprintendenza per i Beni Archeologici della Toscana / Antonio Quattrone


Etrusque un hymne à la vie.

Musée Maillol
18 septembre-19 février 2014.

 

Commissariat :
Anna Maria Moretti SGUBINI : Surintendante honoraire per i Beni Archeologici dell’Etruria meridionale
Francesca Boitani : Directrice honoraire del Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia, Rome

http://www.museemaillol.com/expositions/etrusques/presentation/

Ils sont fous ces gaulois….l’exposition renversante de la cité des sciences

Avant de partir en vacances, je vais vous emmener, une fois n’est pas coutume, faire un petit voyage dans le temps.  Après Pompéi  ou l’Egypte, on reste sur notre sol, nous sommes en Gaule, chez nos irréductibles « ancêtres les gaulois » comme disait la chanson.

C’est la Cité des Sciences en collaboration avec l’Inrap qui organise cette exposition plus didactique que ce qu’on a l’habitude de voir dans les grands musées. Il s’agit de promouvoir une science très à la mode depuis déjà bien longtemps, l’archéologie et d’étudier tous les apports qu’elle a offerts dans le domaine des connaissances sur le monde gaulois. Les découvertes des dernières décennies sont en effet cruciales dans la vision actuelle de ces peuples finalement encore mal connus. Vision qui touche parfois plus à la légende collective qu’à un véritable savoir historique.

Visage du Galate mourant (détail
d’une copie romaine en marbre d’un
original grec, réalisé par Épigonos vers 230-220 av. J.-C. Musée du Capitole, Rome

Et justement, cette expo est là pour nous remettre dans sur les bons pavés, pour revenir sur ces fantasmes populaires et mieux connaître ces gaulois si fascinants. Ici pas de romains, du moins pas beaucoup, car nous sommes avant la conquête de César et la date fatidique d’Alésia 52 avant JC qui marque symboliquement (et symboliquement seulement) le début de l’ère gallo-romaine.  La période choisie est celle du second âge de fer (la Tène)  située entre -250 et -52. Quant à la localisation géographique, il ne s’agit pas du tout de ce qu’on appelle aujourd’hui la France. L’exposition se concentre sur la Gallia comata, la Gaule Chevelue, grosso modo les territoires compris entre les Pyrénées et le Rhin (L’Aquitaine, la Belgique et la Lyonnaise). « Chevelue » ? Aucun rapport avec la tignasse de nos lointains « ancêtres », elle est appelée ainsi en raison des forêts abondantes et peut-être aussi du caractère non romanisé de celle-ci, en opposition avec la Gallia Cisalpina.

 

Le parcours de l’expo est assez long, 20 000m² et est divisé en 5 parties :

–       le prologue, 2000 ans d’imaginaire
–       des fouilles au laboratoire
–       des fouilles au musée
–       perturbation en centre Gaule : petit film.
–       adieu la mythologie ?

Les gaulois ! Avec le recul on constate qu’il a effectivement été beaucoup dit sur eux et que beaucoup ne renvoie absolument à rien de réel. Beaucoup de fantasmes en sommes entre les casques à ailes, les moustaches, ou le goût prononcé pour  le sanglier à la broche et la cervoise…..

Ces idées reçues ne datent pas d’hier. Déjà les récits qui nous viennent de l’Antiquité sont sources d’erreurs car très partiaux, écrits par des grecs ou des romains. Surtout que les seconds avaient une dent particulièrement affutée contre eux, en raison de la prise de Rome en -390 qui leurs était restée en travers de la gorge. Les gaulois étaient donc fiers, arrogants, se battaient nus, avaient la peau très pâle et les cheveux très blonds, sur ce point Strabon nous explique qu’ils les lavaient à la chaux pour les éclaircir. Mais surtout, les gaulois étaient des barbares au sens antique du terme.

Vercingetorix jette ses armes aux pieds de César de Lionel Royer 1899.© Musée CrozatierLe-Puy-en-Velay

Puis le gaulois est légèrement oublié jusqu’au XIXème siècle où il revient au tout devant de la scène, surtout à partir du Second Empire et de la Troisième République. Il est désormais officiellement l’ancêtre de la France, plus que les rois enfin enterrés. Il devient la base d’une communauté politique française et est enseigné dans toutes les écoles de l’Empire ce qui au siècle suivant amusera Boris Vian et Henri Salvador dans « faut rigoler ». Le gaulois est désormais perçu comme un grand guerrier, patriote, courageux, héroïque et laïc. Il est la République et les deux grandes guerres du XXeme siècle ne l’oublient pas en reprenant son image, aux côtés des poilus sur des monuments aux morts ou moins flatteur, en figure de propagande sous Vichy.

Plus proche de nous, Astérix cristallise l’imaginaire gaulois pour beaucoup. Bien que base idéale pour approcher historiquement cette période, la bande dessinée ne comprend pas moins quelques incohérences colporteuses d’idées reçues, dont le fameux casques à ailes ou à cornes. Ce dernier n’existait probablement pas. Il s’agit d’une mauvaise interprétation des objets retrouvés dans les fouilles, dont les  protèges joues ont été maladroitement été mal repositionnés.

Avant de pénétrer dans la seconde partie, l’exposition nous rappelle la multiplicité qui se cache derrière le terme gaulois. Il n’existe pas un gaulois type, pas plus qu’il n’existe un français type. La Gaule est composée de plusieurs peuples, les biturges, les parisis, les eduens, les carnutes, les bellovaques, les helvètes etc.  Mais ils étaient unis par des traits culturels communs, l’impression d’appartenir à un même ensemble, une filiation réelle ou mythique. Une conscience d’un espace politique conjoint concrétisé par des alliances économiques et militaires.

La seconde partie rentre plus directement dans le sujet et nous permet d’aborder de manière très didactique le quotidien des gaulois en nous mettant dans la peau d’archéologues en herbe.

Cette partie devrait particulièrement plaire aux enfants et leur faire découvrir à eux comme à nous, les différentes facettes de la science archéologique. C’est grâce à cette dernières que les connaissances sur le monde gaulois ont plus avancé ces 30 dernières années que durant les 2000 dernières années.  Grâce aux fouilles programmées organisées à l’initiative du CNRS, des universités ou des collectivités et de l’Inrap mais surtout grâces aux fouilles préventives développées dans les années 1970 et qui permettent d’étudier les archives du sol, en amont des projets d’aménagements du territoires, ce qui donnent lieu à 300 sites de fouilles éphémères mais capitales dans la découverte de vestiges qui auraient été perdu sans cela.

7 ateliers sont ainsi montés permettant de mieux apprécier ces différents aspects.

-On découvre comment le paysage recèle d’indices quant à la présence gauloise. Grace notamment aux vues aériennes.

-Les gaulois étaient de grands agriculteurs et ils cultivaient un territoire plus aménagé qu’on pourrait le croire, grâce à un grand réseau de ferme. L’étude des graines (carpologie) et des pollens (palynologie) permet de savoir quelles céréales ils cultivaient et avec quels outils ils travaillaient. Ils cultivaient ainsi essentiellement des céréales comme le blé, l’orge, l’avoine ou le millet mais aussi des légumes comme le chou et le navet.

-l’habitat. Non les gaulois ne vivaient pas dans des petites huttes. Même si il ne reste quasiment rien, les trous laissés dans la terre par les poteaux permettent d’imaginer le plan de leurs demeures et l’organisation autour : la maison, le grenier sur poteaux, la grange, les palissades etc.

-L’organisation des villes. L’Oppidum est un nom latin donné par César pour désigner ces places fortifiées. Une trentaine est évoquée dans la Guerre des Gaules et entre 150 et 200 sont recensées dans le monde celtique. Il s’agit de lieux de rassemblement fortifiés, placés à des points stratégiques, propre à la fin de l’âge de fer, dont on ignore le nom gaulois correspondant.  Un petit jeu propose aux enfants de replacer des oppida sur un terrain, en profitant des éléments naturels, tels les collines, les rivières où les voies de passage, favorisant le commerce. La découverte des oppida montre à quel point on est loin de l’image bucolique de gaulois vivant dans la forêt et priant dans les arbres. Le gaulois est un bâtisseur et ses constructions n’avaient sans doute pas grand-chose à envier de celles de ces voisins.

-la zooarchéologie étudie les os d’animaux  retrouvés dans les sites, ce qui nous donne une idée de l’aspect des animaux de cette époque, souvent plus petits de ce que à quoi nous sommes habitués. Mais surtout, cette science nous apprend quels animaux étaient élevés par les gaulois pour la consommation  et ce qu’ils pouvaient manger. Car le gaulois se nourrit bien plus de l’élevage que de la chasse somme toute très marginale. Et non le gaulois ne chasse pas le sanglier à mains nues comme Obélix. Il préfère le simple cochon domestique et selon les régions le bœuf, la chèvre, le mouton etc. Le gaulois élève aussi des chevaux, pour la guerre mais aussi pour le travail des champs. Mais leurs chevaux n’ont en taille rien de comparable avec les nôtres.

-La poterie est à l’honneur de cette sixième partie. Souvent des tessons d’amphore sou autres récipients sont les seuls indices retrouvés. Leur présence renseigne sur la consommation et l’importance du commerce mais aussi apporte un indicateur culturel et chronologique important. Malheureusement ceux-ci sont souvent très fragmentaires et c’est un véritable puzzle qu’il faut reconstruire comme l’illustre ce petit atelier pour enfants, ou ils doivent reconstruire à partir de fragments 3 poteries différentes.

-Enfin nous sommes dans l’Age du fer, nous abordons donc le travail de ce métal privilégié par les artisans gaulois pour l’outillage agricole ou artisanal mais aussi pour le transport ou l’armement. Le fer est partout et son travail relève d’une véritable maitrise à élever au niveau d’art pour de nombreux objets.

Nous avons donc fait le tour des différents aspects archéologiques des fouilles menées sur les sites gaulois. Parfois il arrive qu’on trouve de véritables trésors et la partie suivante nous emmène donc au musée où ils sont exposés pour notre plus grand plaisir. Le visiteur redevient un simple spectateur ici.

Cette partie est très intéressante, car elle mêle objets authentiques et fac-similés pour offrir un maximum d’objets caractéristiques de ces peuples. Témoignages militaires, sociaux ou religieux.

Carnyx de Tintignac. © CSI / Arnaud Robin

Le dépôt du sanctuaire de Tintignac(Corrèze) est tout à fait somptueux. On retrouve trois objets absolument somptueux découverts en 2004 : 1 casque oiseau et 2 carnyx, ces fameuses trompes de guerre, dont un presque complet à tête de sanglier, animal à forte valeur symbolique.

On y voit aussi une reproduction du chaudron de Gundestrup , retrouvé et conservé au Danemark  et qui est une pièce célèbre de l’art celtique de par sa richesse iconographique qui nous offre un précieux témoignage de la mythologie celtique avec la représentation des dieux Cernunnos et Taranis. On y aperçoit également des joueurs de carnyx qui répondent à celui exposé dans l’expo.

Cette partie muséale comprend également la reconstitution d’un sanctuaire avec une animation montrant différents rites et celle de 4 tombes gauloises. C’est dans ces dernières que les objets sont souvent retrouvés. Ils accompagnent les morts, soit dans l’au-delà soit tout simplement témoigner de la place du défunt et sa renommée dans la société qu’il quitte.  La découverte est donc particulièrement précieuse pour comprendre la hiérarchie sociale, le quotidien et plus simplement les rites funéraires qui ont évolué entre le Vème siècle avt JC et la conquête.  Le mort est d’abord enseveli en pleine terre, entouré d’objets rappelant sa fonction, des céramiques et des armes. A partir du IIIème siècle, l’incinération devient plus fréquente ce qui donne des sépultures plus modestes.

4 tombes sont ainsi reconstituées pour montrer les différences selon les statuts et l’époque : un esclave, un artisan incinéré, un artiste inhumé et une femme et son enfant incinérés.

Je ne m’attarderai pas sur les deux dernières parties, il s’agit d’un petit film humoristique qui fait voyager le spectateur en Gaule à la veille de la conquête et d’une mise au point sur la vision caricaturale que l’on a des gaulois. Si je ne m’y attarde pas, c’est tout simplement que le film est sympathique mais je pense que le voir vaux mieux que 1000 discours et la dernière partie, je n’ai pas eu le temps de la voir pour cause de fermeture de l’expo.  Mais pour que vous puissiez constatez où en sont vos propres idées reçues, je vous invite à faire ce quizz http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources/Quiz-archeologie/Quiz/p-2222-Les-Gaulois.htm sur le site de l’Inrap.

En tout cas une sortie sympathique pour découvrir ou redécouvrir les gaulois. J’insiste à nouveau sur le fait qu’on est loin des expositions très pointues et pleines d’objets et de textes des grands musées parisiens, mais ça n’en reste pas moins très instructifs et intéressants. C’est une mise au point scientifique, dont chaque élément a été validé, mais le côté ludique et la muséographie variée font qu’on ne se rend pas compte de cela, on apprend sans s’en apercevoir. Puis surtout ça permet d’emmener des gens pas forcement fan du concept de l’exposition en générale et qui devraient y trouver leur compte dans l’aspect didactique et très varié de la scénographie.
Donc pour ceux qui s’ennuient au mois d’aout à Paris…

Sur ce, je vous souhaite de très bonnes vacances, un peu de culture, beaucoup de soleil et de repos et on se retrouve à la rentrée…

http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/gaulois/
http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Evenements/Prochainement/p-13438-Gaulois-une-expo-renversante.htm

Le crépuscule des pharaons

Cette semaine nous faisons un petit tour rapide au musée Jacquemart-André qui nous emmène dans un lointain passé sur les berges du Nil, en Egypte. Je l’ai certainement déjà dit et je le redirai, mais le lieu en lui-même vaut vraiment le déplacement. Ce petit hôtel particulier est un bijou en lui-même qui une fois n’est pas coutume se transforme en écrin pour une belle exposition.

N’étant pas du tout égyptologue malgré une période de fascination au collège où j’avais imprimé toutes les pages sur le sujet de l’encyclopédie Encarta, cet article sera léger et pour une période estivale et de repos, c’est parfait.

Statue de Ptah-Sokar-Osiris de Padihorpakhéred
Époque ptolémaïque (306-30 avant notre ère)
Bois stuqué, peint et doré, Florence, Musée égyptien © Soprintendenza Beni Archeologici della Toscana

Autant vous dire que lorsque je suis entrée dans le musée, j’ai eu un peu peur. En effet, des œuvres égyptiennes sont exposées au milieu des collections et moi qui n’avais pas d’audioguide, je n’avais aucune explication sur le qui du quoi. Ou je ne les ai tout simplement pas trouvées, c’est possible aussi. Mais heureusement pour moi, ce n’était qu’un aperçu et une fois qu’on est dans les salles d’expo à proprement parlé, il y a un peu plus d’explications ce qui permet d’aborder les œuvres avec un minimum de bagages en tête.

Mais revenons au sujet en lui-même. Des expositions sur l’Egypte, on en a souvent. Rien que sur cette période à Paris il y a donc celle de Jacquemart-André et celle sur le tombeau de Toutankhamon, porte de Versailles.

Statue debout d’une reine, Époque ptolémaïque (IIIe ou, éventuellement, IIe siècle avant notre ère), Grauwacke, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung
© SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Sandra Steiß

Le Crépuscule des pharaons s’attarde sur une période de 10 siècles, entre 1069 et la mort de Cléopâtre VII en 30 avant JC. Le dernier millénaire de la grande civilisation égyptienne. D’un point de vue historique c’est un découpage un peu aléatoire qui regroupe en fait plusieurs époques de l’Histoire égyptienne antique : la  Troisième Période intermédiaire (-1085 à -663) et la Basse Epoque (-663 à -332), les dernières de l’Egypte pharaonique, par la suite, le pays devient une province. On peut aussi y adjoindre  les périodes macédoniennes (- 332 à – 304) et ptolémaïques (-304 à – 30).

Durant cette longue période l’Egypte souffre de nombreuses menaces extérieures et est gouvernées par différents souverains étrangers, libyens (XXII°, XXIII° et XXIV dynasties), kouchites, perses (XXVII° dynastie), nubiens ou macédoniens (Lagides). Tous ces troubles laissent l’image d’un millénaire déclinant mais l’exposition tend justement à montrer le contraire, ou du moins qu’il ne se résume pas à cela. D’un point de vue artistique,ces influences étrangères apportent un renouveau culturel. Renouveau  particulièrement marquant durant la XXVI° dynastie, la période Saïte (-672 à -525).
Durant cette dynastie, le pharaon Psammetique Ier rend son unité au pays et s’en suit une période florissante, une « renaissance saïte » caractérisée par une prospérité économique qui conduit au redéveloppement d’un art d’état.

Cette exposition qui bénéficie des prêts de grands musées internationaux (Ägyptisches Museum, Louvre, British Museum) tourne autour de quatre thèmes assez récurrents quand il s’agit d’évoquer l’Egypte Antique: le monde des vivants, le monde des morts, l’image de Pharaon et le panthéon égyptien.

Statue-cube de Padichahédédet, Début de la XXVIe dynastie (685-525 avant notre ère), Basalte, Petit Palais, © Patrick Pierrain / Petit Palais / Roger-Viollet

Sans plus rentrer dans les détails, sachez que vous découvrirez dans la première partie différentes statues d’hommes et de femmes témoignant de la perfection technique encore bien présente et surtout de la diversité de la représentation humaine dans les attitudes adoptées (assis, debout, agenouillé). On retrouve notamment les statues cubes, développées au Moyen Empire mais encore appréciées par la suite. Il s’agit de personnages représentés accroupis sur le sol, les bras croisés, posés sur les genoux serrés contre leurs poitrines.
L’étude et la représentation du corps, notamment des jambes, deviennent plus précises grâce à une histoire de mode. En effet entre la période libyenne et la XXVI° dynastie, les vêtements courts sont au goût du jour, poussant les artistes à un meilleur rendu des membres.

« Tête verte de Berlin », Époque ptolémaïque (306-30 avant notre ère) et probablement I
er siècle avant notre ère, Grauwacke,
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und
© SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto : Sandra Steiß

Mais ce qui se développe surtout à partir de la Basse Epoque c’est un type de représentation très réaliste. Les artistes portent notamment une très grande attention aux visages, comme en témoigne la magnifique « tête verte de Berlin » datée sans certitude de la période Lagide au premier siècle avant notre ère,  ce qui révèlerait une influence de la statuaire gréco-romaine. Elle allie à la fois les critères d’idéalisation égyptienne, dans le poli lisse et brillant de la pierre à une individualisation marquée par les signes de vieillissement. Celle qui ne vieillit pas du moins dans l’art, c’est la femme. Bien que son image évolue, un coup mince, puis plus ronde, elle suit les modes vestimentaires et capillaires mais son visage reste inéluctablement lisse de tout signe de vieillesse.

On distingue aussi comme innovation visuelle de l’époque Ptolémaïque ces têtes en « crâne d’œuf » qui doivent leur nom à leur crâne chauve allongé.

Le monde des morts est illustré par tout ce qu’on peut trouver dans un tombeau : le mobilier funéraire (le cercueil, les vases canopes, l’armée de serviteurs de l’au-delà, les divinités etc.), les objets traditionnellement présents dans une chapelle funéraire (table d’offrande, stèle) et surtout un ensemble de pièces qui se trouvait dans la tombe d’un prêtre d’Héracleopolis, un certain Ânkhemmaât qui vécut au IVe siècle avant notre ère.

Cercueil momiforme d’Ânkhemmaât
IVe siècle avant notre ère, bois stuqué, peint et doré
Collection privée© D.R. / Paul Louis

L’abondance ne définit plus les tombeaux de cette période, mais pour les riches notables, la qualité et le raffinement ont toujours leurs places dans l’exécution de tel ou tel objet comme le montre parfaitement cet ensemble lié à Ânkhemmaât. Son cercueil momiforme conservait l’intégralité de son corps pour le passage dans le monde des morts. Il est entouré de l’effigie d’Osiris qui juge si le défunt est  apte ou non à le rejoindre. Il y a aussi 78 oushebtis, des serviteurs qui travaillaient à la place du mort aux travaux des champs qu’il devait faire. Le vase canope qu’on voit dans de nombreux musées, aux époques tardive n’est plus très présent, on a à la place un jolie coffre en bois qui recueillait les viscères du défunt, retirés lors de l’embaumement.

Tête attribuée à Ptolémée II, Début de l’époque ptolémaïque, Granite, Baltimore, The Walters Art Museum, Maryland Photo © The Walters Art Museum, Baltimore

Entre les morts et les vivants se trouve un personnage d’une grande importance : pharaon. Tout le monde sait ce qu’est un pharaon, mais ne voir en lui qu’ un simple roi serait mettre de côté une grande part de ce qu’il est. Déjà, un peu d’étymologie, le mot même de « pharaon » vient de la traduction grecque de la Bible. Il est peu probable qu’eux-mêmes se nommaient ainsi du moins dans les premiers temps. Le souverain de l’Egypte est bien vu comme un humain, un humain gouvernant la politique des hommes, l’armée et le culte, mais c’est un humain au sang divin. En effet, le pharaon est le fils et le représentant de Ré et la fonction se transmet par le sang. Durant l’époque qui nous intéresse, nombreux sont les souverains étrangers qui bien que se voulant défenseur de la tradition pharaonique, sont loin de la conception initiale du souverain. Il reste assez peu de témoignages de ces pharaons, des bouts ci et là, difficilement identifiables.

Statue agenouillée d’un roi kouchite offrant deux pots, Attribué à la XXVe dynastie, « Bronze »Berlin, Staatliche Museen zu Berlin,
Ägyptisches Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Jürgen Liepe

L’image du souverain n’en reste pas moins très codifiée et identifiable à ses attributs comme l’ureus (cobra sur le front).

Statue de Bastet sous forme de chatte, XXVIe dynastie probablement, « Bronze », ,Londres, British Museum, © The Trustees of the British Museum

Puis vient le monde des dieux pour finir cette exposition. Le panthéon égyptien est vous le savez peut-être l’un des plus complexe qui soit avec un millier de divinités, évoluant selon les époques et les lieux. Il y certes, les valeurs sûres, Osiris, Isis, Amon, Ré, Bastet, Horus, Anubis et j’en passe ; mais à côté il en fourmille tout un tas d’autres, des divinités funéraires, locales, cosmologiques, des divinations de phénomènes naturels etc. Un même dieu pouvant prendre plusieurs aspects comme Thot, inventeur de l’écriture et du langage qui est à la fois un babouin ou un ibis. Les représentations sont aussi variées, pouvant être zoomorphes (le chat pour Bastet), anthropomorphes (Isis), composites (Anubis avec sa tête de chacal sur un corps d’homme) ou paniconiques (association de plusieurs symboles, animaux ou monstres).

Statue de Bès, Datée de 700-650 av. J.-C.
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches
Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Jürgen Liepe

J’espère ne pas vous avoir perdu en chemin étant donné la complexité d’aborder une telle exposition qui se veut tout de même être la synthèse de 1000 ans d’histoire d’un peuple qui fascine encore nombre d’entre nous. J’ai essayé d’être concise et si l’Egypte vous intéresse, le plus simple c’est de vite y courrir, l’exposition se termine très bientôt et profitez-en pour flâner dans le musée.

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Jusqu’au 23 juillet 2012, le musée Jacquemart-André

Commissariat : Monsieur Olivier Perdu est égyptologue attaché à la Chaire de Civilisation pharaonique du Collège de France et Monsieur Nicolas Sainte Fare Garnot, historien de l’art spécialiste de la peinture française, est le conservateur du Musée Jacquemart-André depuis 1993.

http://crepusculedespharaons.com/fr/

Les expos du Louvre, part I : Arles, les fouilles du Rhône-Un fleuve pour mémoire.

Commissaires : Claude Sintes, directeur du musée départemental Arles antique et Jean-Luc Martinez, directeur du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre.

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Cette saison le Louvre propose plusieurs expositions et je vous en offre un petit tour d’horizon, avec pour ouvrir le bal, la très attendue (par moi du moins) « Arles, les fouilles du Rhône ».

Une partie de cette exposition s’est tenue à Arles entre septembre 2009et janvier 2011 avec un grand succès public (400 000 visiteurs). Il s’agissait de faire découvrir les résultats des médiatiques fouilles du fleuve par le Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous- Marines (DRASSM) dirigé par Luc Long et l’Association archéologie sous-marine 2Asm.

 Le Louvre propose à son tour de revenir sur ces recherches archéologiques et d’en dévoiler les derniers résultats avec une cinquantaine d’objets venant d’Arles en y adjoignant des œuvres de ses propres collections et des musées d’Avignon, Vienne et Turin. C’est une exposition instructive, mais aussi et surtout pédagogique, elle propose aux visiteurs de découvrir comment on identifie une œuvre, par l’étude des  matériaux, des comparaisons, des analyses scientifiques poussées et comment ces recherches font avancer le savoir sur l’Antiquité. En sommes elle nous met un peu dans la peau de petit archéologue amateur.

On plonge donc avec les archéologues dans les eaux troubles du Rhône, vidéos et carnets de fouilles à l’appui à la découverte d’Arelate, l’Arles romaine.

C. CHARY/DRASSM photo libre de droits
Victoire sous-marine : Statue en bronze d’une Victoire, le jour de sa découverte

« Ouvre, double Arles, ouvre tes ports, aimable hôtesse, Arles, petite Rome des Gaules [viii], voisine de Narbonne, et de Vienne qui doit sa puissance aux colons des Alpes. Le cours rapide du Rhône te divise en deux parts si égales, que le pont de bateaux qui réunit les deux rives forme une place au milieu de ton enceinte. Par ce fleuve, tu reçois le commerce du monde romain, et tu le transmets à d’autres, et tu enrichis les peuples et les cités que la Gaule [ix], que l’Aquitaine enferme en son large sein. » Ausone, vers 390ap JC. Catalogue des Villes célèbres.

Ensemble de céramique

Arles est devenue colonie romaine grâce à Jules César pour remercier la cité de son aide dans la guerre contre le soulèvement marseillais en -49. Il charge Tiberius Claudius Nero de sa fondation en 46 avant JC qui la peuple de vétérans de la VIème légion. C’est à partir de ce moment que la ville va pouvoir profiter pleinement de sa situation géographique sur le Rhône pour devenir un important port à la fois fluvial et maritime (duplex Arelate), ainsi qu’un centre politique et commercial dont les fouilles actuelles permettent de retrouver sa splendeur antique.

Des centaines d’objets sont ainsi sortis des eaux sales et agitées du fleuve: des morceaux d’épaves, des amphores italiennes, gauloises ou ibériques, des éléments architecturaux, des objets de la vie quotidienne, de décoration, de cuisine, des éléments de statues et la plus célèbre découverte, le fameux buste dit de César.

Dès le début du parcours, on tombe nez-à-nez avec une tête d’Auguste appartenant à une monumentale sculpture de 4 m qui n’a jamais atteint sa destination et qui a attendue 2000ans sous l’eau qu’on la retrouve toute rongée.

Neptune, dieu des mers, est également là, trouvé durant la même campagne que le buste de César, en 2007, sa statue  témoigne de l’importance du fleuve et de la mer dans la vie quotidienne des habitants d’Arles et des corporations de bateliers et naviculaires.

L’importance commerciale de la cité est visible par la riche vaisselle en terre cuite  venue d’Italie ou d’ailleurs ainsi que par tous les objets en bronze.

Les fouilles ont également permis de découvrir sur la rive droite, dans le quartier de Trinquetaille, un ensemble urbain à l’importance jusque-là insoupçonnée. De grands éléments architecturaux évoquent des monuments imposants, une nécropole, des statues domestiques  venant d’habitations privées. Certaines œuvres sont là pour attester de la présence de cultes et de sanctuaires, comme le haut de la coiffure de ce qui devait être une monumentale Artémis d’Ephèse.

D’autres découvertes sont aussi merveilleuses, par leur côté fortuit, comme ce magnifique petit Hercule en bronze extrait du fleuve en 2011. N’ayant pas trouvé de photo, il vous faut imaginer cette magnifique petite œuvre au regard déterminé dont les muscles sont ciselés avec minutie.

Mais les grands morceaux de cette exposition se trouvent en fin de parcours. Ainsi en point de mire, seul dans une immense vitrine qui le met en valeur, Caius Julius Caesar vous regarde.

Ce buste est sans contexte « la » grande découverte de ces différentes campagnes de fouilles, celle qui les a rendues célèbres et qui continue d’attirer les curieux. Ce n’est pas pour rien qu’il est la tête d’affiche de cette exposition.
C’est un portrait grandeur nature, en marbre du Dokimeion (Phrygie), découvert en 2007 et daté des années 50-30 avant J-C qui devait à l’origine orner un pilier hermaïque. Il s’agit d’un portrait de tradition hellénistique sans doute exécuté par un artiste grecque. Il faut avouer que c’est assez émouvant de se retrouver face à ce visage tranquille et serein, un peu triste même, qui rompt avec le côté sévère qu’on a l’habitude de voir. S’il s’agit bien de Jules César, ce buste est la plus ancienne représentation connue de cet homme politique qui a changé le visage de la Gaule.

L’identification à César est due à Luc Long et a été confirmée par nombre de chercheurs (le conservateur du musée D’Arles, Claude Sintès ou Christian Goudineau du Collège de France). Pourtant il existe toujours une polémique qui met en avant le manque de ressemblances avec les monnaies frappées à l’effigie de César. Les acteurs de cette critique penchent plus pour une identification à un colon de la première génération. Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, nous ne possédons pas de portrait contemporain de César, tous sont postérieurs à sa mort, souvent de dizaines d’années et datent du règne d’Auguste. Ils  sont donc idéalisés avec des traits marqués qui incarnent l’idéal aristocratique (sérieux, sagesse, sobriété).

Pour la première fois, grâce au prêt du musée de Turin, nous pouvons nous-même, confronter le portrait d’Arles avec une autre œuvre authentifiée, le César Tusculum, découvert près de Turin et datant de 44 avant JC. Alors bien évidemment, il y a plein de différences entre les deux, comme la forme du nez et du crâne, mais des études poussées ont également trouvé des ressemblances (déformations ou une fossette supra-thyroïdienne). Les deux portraits sont également fidèles aux descriptions littéraires (joues creuses et calvitie cachée par une mèche de cheveux ramenée vers l’avant). Quoi qu’il en soit, bien que la beauté de l’œuvre, son marbre et son exécution de qualité relèvent certainement d’un commanditaire important et qu’il est aisé d’y voir le fondateur de la ville, tant qu’il n’existera pas de portrait nominatif daté avec certitude, il planera toujours un doute mais c’est aussi cela la magie de l’Histoire.

Enfin derrière le grand Jules César, se cachent d’autres trésors d’Arles : le Gaulois captif et une Victoire. Tous deux en bronze, ce sont des œuvres d’une grande beauté, dont l’étude a permis de mieux comprendre les techniques de fabrication de la grande statuaire antique en bronze.

le gaulois captif. Découvert dans le Rhône en 2007
Fin du Ier siècle avant J.-C. Bronze © Jean–Luc Maby

Le Gaulois découvert en 2007 a ses mains liées dans le dos et son genou à terre. Il commémore la victoire de César sur la Gaule. Ce type iconographique se retrouve sur plusieurs pièces de l’époque. Sa chevelure fournie et sa barbe sont là pour rappeler le barbare qu’il est face aux romains, quant à sa posture toujours fière malgré la soumission, elle accentue la puissance du vainqueur face à la force du vaincu.

L’exposition est dans cette partie particulièrement pédagogique et il est toujours intéressant de mieux comprendre la conception d’un tel objet. De nous-même, je ne suis pas sûre que nous pouvons tous voir que ce beau gaulois semblant au premier regard si unifié est en fait un assemblage de 10 pièces coulées séparément, liées entre elles par de petites soudures puis incrustées d’argent.  Les études ont d’ailleurs montré que tous les grands bronzes antiques reposent sur la maîtrise de ces deux procédés ici utilisés, la cire fondue et la soudure par fusion de bronze liquide.

La Victoire. Découverte en 2007 dans le Rhône. Ier siècle après J.-C. Bronze doré. © Jean–Luc Maby

La Victoire est une œuvre d’inspiration hellénistique  dans son profil, sa tenue et sa coiffure. Elle appartient à un type de sculpture encore plus rare, les bronzes d’appliques, dont le fleuve a précieusement conservé la dorure à la feuille d’or qui décore et protège tout à la fois le bronze. Cette Victoire qui a peut-être orné un arc de triomphe a  pu être comparée à de magnifiques bas-reliefs de dauphins de Vienne, ce qui a mis en évidence de nombreuses similitudes dans la technique de fabrication ce qui laisse à penser qu’il a existé dans la région d’Arles un artisanat spécialisé dans ce type de sculpture.

Pour les parisiens qui n’ont pas pu prendre de billet de trains pour admirer les œuvres in situ, le musée du Louvre vous offre une occasion unique de vous rattraper, donc si vous passez par-là d’ici l’été, profitez-en et inspirez au passage l’air du sud et des Bouches-du-Rhône, c’est un peu un avant-goût des vacances…

Liens :

http://www.louvre.fr/expositions/arles-les-fouilles-du-rhonebr-un-fleuve-pour-memoire

http://www.cesar-rhone.fr/cesar/index.htm

 

Au Royaume d’Alexandre : la Macédoine Antique.

Musée du Louvre : hall Napoléon, du 13/10/11 au 16/01/12.

Commissariats : Sophie Descamps, conservateur en chef du Patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre. Lillian Acheilara, Directrice de la 16e Ephorie des Antiquités préhistoriques et classiques. Polyxeni Adam-Véleni, Directrice du musée archéologique de Thessalonique. Maria Lilimpaki-Akamati, Ephore honoraire des Antiquités


Cette saison, la grande exposition du Louvre nous raconte l’histoire du royaume d’Alexandre, la Macédoine antique. Autant dire que l’annoncé est alléchant, Alexandre le Grand étant certainement l’un des personnages les plus atypiques et passionnants de l’Histoire mondiale. Pourtant si vous vous attendez à voir une exposition sur lui, sa vie ou son expédition jusqu’à l’Indus, vous serez peut-être un peu sur vos faims. Il n’est ici qu’un aspect parmi tant d’autres. C’est sa terre natale le véritable sujet : la Macédoine. 500 objets sont présentés, beaucoup pour la première fois, grâce à une exposition exceptionnelle, à la muséographie claire, montée conjointement entre le Louvre et le ministère de la Culture et du Tourisme de la République Hellénique.

Contrairement à ses régions voisines, le Péloponnèse, l’Attique, l’Etolie ou même l’Italie et la Turquie, qui ont très tôt attirées les érudits, la Macédoine a longtemps été mise à l’écart, considérée comme peu intéressante, grossière, demi-barbare et rustre à l’image de son roi Philippe II tel qu’il est décrit dans certaines sources écrites (Démosthène). Le but de cette exposition est de revenir sur ces aprioris et de faire partager les découvertes archéologiques pour retrouver une civilisation raffinée dans tous les sens du terme.

Les premiers habitants de la Macédoine sont des bergers. Selon la légende, le fondateur mythique de la capitale Aigai est Karanos, qui poursuivait une chèvre dans les environs et qui donna à la ville le nom de cette dernière. L’économie  repose  sur l’agriculture, le pays est malgré tout très riche, il possède de l’eau, de vastes forêts (durant les guerres médiques Alexandre Ier envoya de grandes quantités de bois à Athènes pour construire sa flotte) mais surtout le pays possède un fleuve aurifère et des mines d’or et d’argent.

L’exposition commence par une évocation de différentes campagnes de fouilles et des découvertes qui ont suivies au cours des dernières décennies.
Les premières « vraies » découvertes, ne remontent qu’au XIXème siècle.   En 1861, sous l’égide de Napoléon III, le futur conservateur du Louvre, Léon Heuzey et l’architecte Honoré Daumet partent fouiller la région pour retrouver des traces de batailles des guerres civiles romaines. Et sans le savoir, il met au jour l’immense palais de Philippe II (site de 12 500m² tout de même) sur le site d’Aigai (Vergina), l’ancienne capitale macédonienne, qu’il a découvert lors d’un premier voyage en 1851.
Au début du XXème siècle, durant la Grande Guerre, le général français Maurice Sarrail, créé le Service Archéologique de l’Armée d’Orient (SAAO). Ce service, actif entre 1916 et 1919 est composé de militaires qui autrefois étaient archéologues, membres de l’Ecole Française d’Athènes, historiens, archivistes etc. Il a eu pour rôle essentiel durant cette période de troubles, la préservation et l’étude des vestiges. Il est évoqué à travers une vitrine de l’exposition.

OEnochoé d’argent V. 350-336 av. J.-C. Vergina, Tombe de Philippe II © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Mais la plus grande découverte, celle qui va ouvrir le monde aux richesses de la Macédoine antique est en 1977, la découverte par Manolis Andronikos de trois sépultures royales cachées sous un énorme tumulus de 110m de diamètre et 12m de haut. L’une d’entre elles, étant celle supposée du roi Philippe II. Comme avec la découverte de la tombe de Toutankhamon par Carter autrefois, c’est tout un univers de raffinement qui s’offre aux yeux des savants et fait tomber l’idée reçue d’un roi rustre et sans goût, longtemps dans l’ombre de son illustre fils, Alexandre. Trois objets sont exceptionnellement présentés : un oenoché, une coupelle en argent et un trépied gagné aux jeux d’Argos par l’un de ses ancêtres.

Né en 382 avant JC, fils d’Amyntas III, Philippe fait partie de la dynastie des Argéades qui a pour ancêtre légendaire, Héraclès. Il accède tôt au pouvoir, à l’âge de 23ans, à la mort de ses frères et après une enfance à Thèbes où il apprend l’art de la guerre. Il réforme l’armée en profondeur, avec un équipement plus léger, moins coûteux qui permet l’enrôlement de plus d’hommes et l’adoption de la sarisse (lance de 5m de long), fondement de la phalange macédonienne, qui permet à cette nouvelle armée d’être la plus puissante de Grèce. Philippe II est un conquérant, en 337 avt JC, toutes les cités grecques, exceptée Spartes, l’acceptent comme commandant suprême pour lancer une expédition vengeresse vers la Perse. Sans les actions de son père, Alexandre ne serait peut-être pas devenu le roi légendaire qu’il est devenu par la suite, en lui succédant en 336, après son assassinat.

Couronne de feuilles de chêne en or 2° moitié du IVe s. avt J.C. Vergina , sanctuaire d’Eukleia Or © Fouilles Université Aristote, Thessalonique

La découverte archéologique la plus récente évoquée ici, est celle d’une tombe princière, d’un jeune adolescent en 2008 à Aigai. Il s’agit probablement de la sépulture d’Hérakles, le fils illégitime d’Alexandre et de la princesse Perse Barsine, assassiné par Cassandre, l’un des diadoques (généraux successeurs d’Alexandre), qui va prendre le trône de Macédoine. Trouvée dans ce tombeau, une magnifique couronne de feuilles de chêne en or est exposée. C’est un objet d’un raffinement inouï qui à l’œil semble d’une légèreté totale. Elle fait partie de la tradition funéraire des couronnes en Macédoine centrale dans la seconde moitié du IVème siècle avant JC.

A travers le résultat de ces fouilles effectuées en grande partie dans les sépultures et le palais d’Aigai, l’exposition évoque l’architecture et la ville, les objets de la vie terrestre et les objets funéraires entre la fin de l’âge du bronze et l’époque romaine impériale.

L’incantada, E. Cousinéry, Voyage dans la Macédoine , 1831

Le dernier roi macédonien, Persée, a été vaincu à Pydna en 168 avant JC, faisant de la Macédoine une province romaine reliée à Rome par la voix Egnatia. La présence romaine est manifeste par l’introduction de nouveaux cultes, comme ceux d’Isis et Sérapis très en vogues à Rome, mais aussi dans la représentation de plusieurs Empereurs romains, dont Caracalla et Constantin. Ce dernier a fait ériger les fortifications de Thessalonique fondée par Cassandre en -315, elle est la capitale de la province romaine.

Las incantadas. Léda. Louvre

La ville est évoquée à travers l’exposition d’une partie de Las Incantadas (les enchantées), une colonnade à claire voie, décorée de piliers sculptés, bâtie entre le dernier quart du IIème et le premier tiers du IIIème siècle de notre ère. Il devait s’agir d’un passage monumental reliant deux édifices de l’Agora. Une légende locale raconte que le roi de Thrace, son épouse et ses suivantes ont été pétrifiés suite à un mauvais sort destiné primitivement à Alexandre. Aujourd’hui seule une partie de la colonnade a survécu, ce qui rend l’interprétation de son iconographie incomplète. Il y a notamment le cortège bachique, avec Bacchus, Ariane et des ménades, ainsi que les amours de Zeus, avec Léda et son cygne.

Toutes les sépultures fouillées des nécropoles de Toroné, Mendé, Methoné et Akanthos, dont une partie des objets trouvés est présentée ici, permettent d’apprécier les rites funéraires macédoniens. La crémation est le modèle le plus rependu. Les cendres et les os sont ensuite déposés dans un larnax, un coffre de bois, d’or et d’argent pour les plus riches entouré d’offrandes en tout genre. Les tombeaux eux-mêmes sont des lieux somptueux, des petits temples décorés, colorés, fermés par des portes monumentales que l’on peut apercevoir dans le parcours de l’exposition. La polychromie retrouvée ici, dans les peintures murales et les sculptures a permis de voir d’un œil nouveau l’art grec, bien loin de sa blancheur immaculée.

Mais plus important, ou du moins, aussi important, ces tombes, ne nous dévoilent pas uniquement le visage de la mort, elles nous révèlent aussi le monde des vivants. Les macédoniens, comme beaucoup de peuples, emportaient avec eux des objets rappelant leurs vies terrestres, ce qui nous permet de mieux apprécier leurs vies quotidiennes, comme le rôle de la femme, ses parures et l’importance du banquet.  L’extraordinaire raffinement de la production artistique notamment du IVème siècle avant JC, l’apogée de la création dans tous les domaines,  frappe également notre regard, entre autre avec l’invention du verre transparent.
Il faut rappeler que les plus grands artistes sont passés par la Macédoine. Sous Archélos (413-399), le fameux peintre Zeuxis, décore le palais de Pella et le grand dramaturge Euripide vient y composer des pièces.

Calice chiote : 575-550 av. J.-C. Agia Paraskevi, © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Ces objets témoignent aussi des échanges commerciaux avec Athènes, Corinthe, l’Asie Mineure etc. Même si la Macédoine vivait à l’écart des autres cités grecques et n’a pas créé comme ses consœurs de nombreuses colonies, elle en a accueillie sur ses côtes, d’où des échanges manifestes par la présence de vases attiques ou d’un magnifique calice chiote du deuxième quart du IVème avant JC.

Je vous ai dit, qu’Alexandre n’est dans cette exposition, qu’une partie d’un tout. Mais quelle partie! On ne peut décemment pas évoquer la Macédoine sans mentionner son plus célèbre représentant. Alexandre III, dit le Grand, est né vers 356 avant JC à Pella. Il est le fils du roi Philippe II et de sa quatrième épouse, Olympias, princesse d’Epire de la tribu des Molosses.
Une légende nait dès l’Antiquité, racontant qu’Olympias, ancienne prêtresse de Zeus aurait conçu Alexandre avec le dieu en personne. Le jeune prince reçoit une éducation idéale sous la tutelle d’Aristote. Il connait l’Iliade sur le bout des doigts et lit également les historiens comme Xénophon et Hérodote.

Portrait d’Alexandre dit Hermès Azara, réplique romaine de l’Alexandre à la lance de Lysippe Tivoli, © RMN / Hervé Lewandowski

A la mort de son père, assassiné lors du mariage de sa sœur Cléopâtre en 336, Alexandre a 20ans et hérite du royaume de Macédoine forgé en grande partie par Philippe II et de son expédition prévue contre les Perses. Empire qu’il va conquérir peu à peu, à travers des batailles mémorables aux yeux de l’Histoire, Granique, Issos, ou Gaugamèles, mettant à genoux Darius III.
Lors de son expédition, Alexandre va jusqu’en Inde, contrée inconnue et semi-légendaire pour lui. Ce n’est pas qu’une simple conquête militaire qui forme le plus grand empire n’ayant jamais existé. C’est aussi une expédition scientifique, autour du roi, des tas de personnes sont là pour arpenter, observer la faune et la flore et consigner les coutumes locales.
Sur sa route, ce sont plus de 70 cités qu’il créé à son nom pour mieux contrôler les territoires soumis.

De son vivant, Alexandre est déjà divinisé, assimilé à un nouvel Achille, à Héraclès dont il descend selon la légende et également comme fils de Zeus. Seuls trois artistes ont l’autorisation de représenter officiellement le jeune souverain : Lysippe pour la sculpture, Apelle en peinture et Pyrgotélès en glyptique. L’exposition présente notamment deux œuvres dérivées du portrait fait par Lysippe : le petit Alexandre à la lance, en bronze, de la fin du IVème avt JC, où Alexandre est représenté en conquérant, sa main sur l’épée. Cette petite statuette est presque contemporaine de l’originale et reprend les canons de Lysippe, à savoir un corps élancé et une petite tête. L’autre est l’Hermès Azara du Ier –IIème siècle. C’est une œuvre romaine, mais on reconnait parfaitement le jeune roi macédonien, dans ce portrait très typique, notamment par sa coiffure léonine, avec les mèches recourbées au-dessus du front.

Alexandre à la lance Hellénistique Egypte (Basse Egypte) © RMN / Stéphane Maréchalle – 2011

Son portrait sert également de base de vénération et est diffusé par des copies dans tous l’Empire, surtout après sa disparition.
Alexandre est décédé en -323 à Babylone et à sa mort c’est un long conflit (-323,-381) qui va opposer ses successeurs, les Diadoques, pour se partager l’immense empire. La dernière descendante de ces généraux, est Cléopâtre VII, des Lagides issus de Ptolémée.

Le tombeau d’Alexandre, le Sôma, placé en Egypte a longtemps été un lieu d’adoration, notamment par Jules César ou encore les empereurs Auguste, Caligula et Caracalla qui ont pris quelques « souvenirs » sur les lieux. Mais dès le IVème siècle de notre ère, son emplacement devient un mystère et un enjeu archéologique de taille.

Il reste encore beaucoup à découvrir sur la Macédoine, les archéologues travaillent toujours dans le pays dans l’espoir de mettre au jour d’autres vestiges dissimulés sous les tumuli. C’est une civilisation antique qui par ces découvertes et cette exposition se hisse au même niveau que ses voisines grecques et qui a la particularité d’être encore un champs de surprises à venir.

Hydrie cinéraire à vernis noir avec couvercle en plomb 350 av. J.C Amphipolis, © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

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Liens :

http://alexandre-le-grand.louvre.fr/fr/ http://www.orserie.fr/culture-tentations/article/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-13765 http://www.villemagne.net/blog/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique-une-exposition-au-musee-du-louvre http://www.artactu.com/exposition-au-royaume-d-alexandre-le-grand.-la-macedoine-antique-musee-du-louvre-article001113.html http://www.clio.fr/WM_SITECLIO/nouvellesdeclio/articles/au_royaume_dalexandre_le_grand.asp http://www.telerama.fr/art/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique,74096.php http://www.franceinter.fr/evenement-au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique