Louis XV à Fontainebleau

Cette semaine nous sortons un petit peu de Paris pour nous diriger vers l’un de ces lieux qui ont fait l’Histoire de France et qui la résume le mieux. Non, pas Versailles, mais Fontainebleau. Le château de Fontainebleau est à mes yeux l’un des plus beaux qui soit, je l’adore et je l’ai déjà dit sur ce site.

En ce moment, c’est une exposition consacrée au roi Louis XV qui s’y déroule et dont je vais vous parler.

Louis XV, le Bien Aimé roi mélancolique passait tous ses automnes entre 1724 et 1773 dans ce grand domaine. C’est ici, dans cette jolie chapelle qu’il se marie avec la discrète Marie Leszczyńska le 5 septembre 1725. C’est également là que décède son unique fils, le dauphin Louis, père du futur Louis XVI en 1765.

Le propos de l’exposition n’est pas le règne ou la personnalité de ce roi peu banal, mais davantage la trace qu’il laissa dans la décoration du château et sa passion pour la vénerie qui le ramenait inlassablement entre ces murs multi centenaires. Une centaine d’œuvres sont ainsi là pour témoigner du gout de cette époque, de ce XVIIIème siècle lumineux du point de vue artistique.

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Un énorme chantier de restauration d’œuvres a été lancé à l’occasion de cette grande exposition 2016. L’occasion d’expliquer au grand public ce travail minutieux et sans fin qu’est l’entretien d’un tel château et de son mobilier.

Nous découvrons par exemple des consoles du Cabinet du conseil du roi qui était contigu à la Chambre du roi, agrandi par Gabriel en 1774 et décoré notamment par Boucher ou Van Loo dans ce style rocaille très en vogue ou un tapis de la Savonnerie.

Les goûts personnels de la reine sont également évoqués par un panneau sculpté en chêne de son cabinet et du lambris de l’Oratoire. Le tout à la fois raffiné et discret. Tout comme les Quatre Saisons de Jean-Baptiste Marie pierre qui reflètent le goût de l’époque pour les Bambochades, ces scènes de genre venues initialement de Rome.

Mais la partie la plus surprenante est cet appartement des chasses ouvert exceptionnellement le temps de l’exposition. Le roi Louis XV est certainement celui qui pratiqua la chasse à courre avec le plus de passion et pour montrer son amour de cette pratique, il commanda à Jean-Baptiste Oudry considéré alors comme le plus grand peintre animalier du moment, une série de 9 tapisseries pour son rendez-vous de chasse préféré, Compiègne. Mais les cartons de ces dernières étaient si achevés, qu’ils furent considérés comme des œuvres en soit et encastrés au XIXème siècle pour l’appartement du duc D’Aumale. Cet appartement avait été aussi la chambre de Monsieur, frère de Louis XIV ou de Christian VII du Danemark dont la tenue de chasse est exposée. Ces toiles sont des témoignages uniques et grandioses des chasses de Louis XV notamment d’un point de vue historique pour l’étude des tenues d’équipages très codifiées. On peut également admirer, toujours d’Oudry, des surprenants trompes l’œil qui représentent les têtes bizardes (bois de cerf anormaux) chassés par le roi, avec la date précise et au rendu illusionniste parfaitement maitrisé.

Ces appartements des chasses sont peut-être le témoignage le plus marquant du règne de Louis XV et son empreinte sur le château car ils témoignent du goût de l’époque mais aussi du roi.

Une exposition sympa donc, et puis surtout une occasion de retourner à Fontainebleau et d’en découvrir des aspects méconnus

Du 2 avril au 4 juillet 2016 Commissariat Vincent Droguet, conservateur général, directeur du patrimoine et des collections du château de Fontainebleau Jean Vittet, conservateur en chef Vincent Cochet, conservateur en chef

 

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Si Fontainebleau m’était conté…

Pour changer un peu des expositions, j’ai décidé aujourd’hui de vous parler d’un lieu, et quel lieu ! Le château de Fontainebleau. Je suis allée le visiter pour la première fois au début de ce printemps et j’ai trouvé cet endroit tellement magnifique qu’il fallait que j’en parle. J’admets que pour quelqu’un qui se dit aimer l’histoire et l’art n’avoir jamais mis les pieds à Fontainebleau avant cette année, c’est un petit peu la honte. Donc pendant qu’on y est, j’avoue également n’avoir jamais visité les châteaux de la Loire, ni les Invalides, ni Saint-Germain en Laye, ni le musée Camondo, ni plein de trucs en fait !

Pour Fontainebleau, étant donné l’histoire du château et sa richesse, je vais être très synthétique et rester essentiellement sur la partie Renaissance, sinon il me faudrait des pages et des pages de textes…

Donc voilà Fontainebleau en bref :
Même si la date exacte de la fondation du château reste inconnue, on sait qu’il existait déjà sous Louis VII au XIIe siècle. Mais Fontainebleau reste surtout attaché à la personne de François Ier qui a souhaité un palais digne d’un grand souverain, à l’image des grands palais italiens de la Renaissance, une « nouvelle Rome ». Ayant très peu souffert de la Révolution, le château a su préserver sa décoration et son faste d’antan et devenir une demeure impériale de premier ordre et aujourd’hui l’un des lieux touristiques les plus beaux de France.

Le château de Fontainebleau est ainsi la plus ancienne demeure royale. Ses murs ont vu se succéder pas moins de 34 souverains (Louis VI-Napoléon III) en l’espace de sept siècle. Certains y sont nés, d’autres décédés, d’autres encore et ce sont peut-être les plus nombreux y ont écrit des pages de l’Histoire de France.

Chaque roi de François Ier à Louis XV a apporté sa pierre à l’édifice, ce qui en fait un témoignage unique et précieux de l’histoire de l’art, synthèse artistique du XIIe au XIXe. Imaginez un peu se côtoyer dans un même lieu des fresques typiques de la Renaissance et de l’école de Fontainebleau, le goût de Marie-Antoinette, ou ce qui est pour moi un peu kitchouille, le style Empire et tout cela dans un état de conservation impeccable.

Etant donnée la grandeur du domaine, je ne vais pas revenir sur toutes les pièces, mais juste sur celles que j’ai préférée.  Attention article subjectif.

Je dois admettre que c’est toute la partie Renaissance du château qui m’a le plus impressionné. Les autres sont superbes aussi, mais ce n’est pas souvent qu’on se retrouve devant de tels décors encore impeccables. Cette époque est ici,  si palpable, si fastueuse. François Ier fait de Fontainebleau un gigantesque coffre à trésors. Il accumule les œuvres et fait venir les artistes pour que sa France devienne un foyer artistique à l’égale des grandes principautés italiennes. Rosso et Primatice vont ainsi travailler à la décoration. Le château est la maison principale de ce souverain itinérant. C’est son rendez-vous de chasse grandiose où il peut se laisser aller à cette passion qu’il ritualise et rend fastueuse. Il y accueille également des hôtes de marques tels Jacques V d’Ecosse ou Charles Quint.

La galerie François Ier (1528-37) qui reliait la chambre du souverain à la chapelle, est juste à couper le souffle.Un voyage en Italie résumé en 64m. C’est un privilège absolu d’y circuler car seul le roi en possédait les clés à cette époque. Les salamandres du roi vous encerclent, elles se promènent sur les murs tout en changeant de position. Lambris, plafond à caissons, stucs, fresques sont réunis pour un décor de Rosso et du Primatice, digne d’un grand roi et à forte valeur symbolique parfois indéchiffrable même pour les plus grands savants. L’Éléphant au caparaçon (1536) est ainsi l’image même du roi, sa sagesse, sa force, sa grandeur et à ses pieds la foudre, le trident et Cerbère représentent les domaines sur lesquels règne François Ier : le ciel, l’eau et la terre. L’animal cohabite sur cette fresque avec une frêle cigogne, incarnation de Louise de Savoie, mère du roi qui lui témoigne ici son attachement profond. Amour filial montré plusieurs fois comme dans Cléobis et Biton (fresque de Rosso) ou dans les bas-reliefs Sidype au milieu des pestiférés, La Mort de Cléobis et Biton, et Pera nourrissant Simon. L’éducation idéale d’un prince ou encore la passion pour la chasse sont évoquées dans cette galerie reflet encore une fois d’un art et d’une conception de l’existence propre à cette époque.

L’autre endroit témoignant magnifiquement du gout de la Renaissance est la salle de bal de 300m² également appelée la galerie Henri II. Commencée sous le règne de François Ier, réalisée par le grand architecte Delorme, la décoration est confiée à Primatice et exécutée par Niccolo dell’Abatte. On bascule dans ces pièces de contes de fée où on imagine des grandes robes en train de voler au rythme de l’orchestre et on est en même temps immergé dans un monde mythologique plein de Diane, de Vénus, de muses, d’Apollon, de Jupiter et j’en passe. L’Olympe au complet est dans cette salle. Le programme s’articule notamment autour des thèmes de la musique et de la chasse.
Partout dans cette salle on retrouve le chiffre du roi, le H et le C entrelacés, bien que le C ici rappelle plus le D qui renvoie volontairement ou non à la favorite Diane de Potiers. Tout comme les croissants de lune qui ornent presque chaque pan de mur et dont la symbolique est à double tranchants. Le triple croissant est lié à la devise du roi « onec totum impleat orbem » (jusqu’à ce qu’il emplisse tout le cercle ou tout le monde) mais il n’est pas sans rappelé la maîtresse royale qui s’est fait siennes de la symbolique de Diane Chasseresse à savoir la Lune. D’ailleurs lorsque nous regardons les fresques, la Chasseresse y tient une place importante et ce n’est peut-être pas uniquement pour manifester la passion du roi pour la chasse.

J’aurai pu vous parler de tant d’autres choses sur Fontainebleau, la chambre de Marie Antoinette, la galerie des Cerfs d’Henri II, la place de Napoléon Ier, la chapelle et toutes ces pièces toutes plus belles, les unes que les autres. Mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Qui sait, j’y reviendrais peut-être plus tard.

En attendant pour ceux qui trouvent que c’est peut-être beau mais trop loin, je vous ai mis dans les liens le site googleartproject pour une visite virtuelle très réussie et des zooms incroyables sur certaines œuvres.

http://www.musee-chateau-fontainebleau.fr/
http://www.googleartproject.com/collection/chateau-de-fontainebleau/