Le crépuscule des pharaons

Cette semaine nous faisons un petit tour rapide au musée Jacquemart-André qui nous emmène dans un lointain passé sur les berges du Nil, en Egypte. Je l’ai certainement déjà dit et je le redirai, mais le lieu en lui-même vaut vraiment le déplacement. Ce petit hôtel particulier est un bijou en lui-même qui une fois n’est pas coutume se transforme en écrin pour une belle exposition.

N’étant pas du tout égyptologue malgré une période de fascination au collège où j’avais imprimé toutes les pages sur le sujet de l’encyclopédie Encarta, cet article sera léger et pour une période estivale et de repos, c’est parfait.

Statue de Ptah-Sokar-Osiris de Padihorpakhéred
Époque ptolémaïque (306-30 avant notre ère)
Bois stuqué, peint et doré, Florence, Musée égyptien © Soprintendenza Beni Archeologici della Toscana

Autant vous dire que lorsque je suis entrée dans le musée, j’ai eu un peu peur. En effet, des œuvres égyptiennes sont exposées au milieu des collections et moi qui n’avais pas d’audioguide, je n’avais aucune explication sur le qui du quoi. Ou je ne les ai tout simplement pas trouvées, c’est possible aussi. Mais heureusement pour moi, ce n’était qu’un aperçu et une fois qu’on est dans les salles d’expo à proprement parlé, il y a un peu plus d’explications ce qui permet d’aborder les œuvres avec un minimum de bagages en tête.

Mais revenons au sujet en lui-même. Des expositions sur l’Egypte, on en a souvent. Rien que sur cette période à Paris il y a donc celle de Jacquemart-André et celle sur le tombeau de Toutankhamon, porte de Versailles.

Statue debout d’une reine, Époque ptolémaïque (IIIe ou, éventuellement, IIe siècle avant notre ère), Grauwacke, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung
© SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Sandra Steiß

Le Crépuscule des pharaons s’attarde sur une période de 10 siècles, entre 1069 et la mort de Cléopâtre VII en 30 avant JC. Le dernier millénaire de la grande civilisation égyptienne. D’un point de vue historique c’est un découpage un peu aléatoire qui regroupe en fait plusieurs époques de l’Histoire égyptienne antique : la  Troisième Période intermédiaire (-1085 à -663) et la Basse Epoque (-663 à -332), les dernières de l’Egypte pharaonique, par la suite, le pays devient une province. On peut aussi y adjoindre  les périodes macédoniennes (- 332 à – 304) et ptolémaïques (-304 à – 30).

Durant cette longue période l’Egypte souffre de nombreuses menaces extérieures et est gouvernées par différents souverains étrangers, libyens (XXII°, XXIII° et XXIV dynasties), kouchites, perses (XXVII° dynastie), nubiens ou macédoniens (Lagides). Tous ces troubles laissent l’image d’un millénaire déclinant mais l’exposition tend justement à montrer le contraire, ou du moins qu’il ne se résume pas à cela. D’un point de vue artistique,ces influences étrangères apportent un renouveau culturel. Renouveau  particulièrement marquant durant la XXVI° dynastie, la période Saïte (-672 à -525).
Durant cette dynastie, le pharaon Psammetique Ier rend son unité au pays et s’en suit une période florissante, une « renaissance saïte » caractérisée par une prospérité économique qui conduit au redéveloppement d’un art d’état.

Cette exposition qui bénéficie des prêts de grands musées internationaux (Ägyptisches Museum, Louvre, British Museum) tourne autour de quatre thèmes assez récurrents quand il s’agit d’évoquer l’Egypte Antique: le monde des vivants, le monde des morts, l’image de Pharaon et le panthéon égyptien.

Statue-cube de Padichahédédet, Début de la XXVIe dynastie (685-525 avant notre ère), Basalte, Petit Palais, © Patrick Pierrain / Petit Palais / Roger-Viollet

Sans plus rentrer dans les détails, sachez que vous découvrirez dans la première partie différentes statues d’hommes et de femmes témoignant de la perfection technique encore bien présente et surtout de la diversité de la représentation humaine dans les attitudes adoptées (assis, debout, agenouillé). On retrouve notamment les statues cubes, développées au Moyen Empire mais encore appréciées par la suite. Il s’agit de personnages représentés accroupis sur le sol, les bras croisés, posés sur les genoux serrés contre leurs poitrines.
L’étude et la représentation du corps, notamment des jambes, deviennent plus précises grâce à une histoire de mode. En effet entre la période libyenne et la XXVI° dynastie, les vêtements courts sont au goût du jour, poussant les artistes à un meilleur rendu des membres.

« Tête verte de Berlin », Époque ptolémaïque (306-30 avant notre ère) et probablement I
er siècle avant notre ère, Grauwacke,
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches Museum und
© SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto : Sandra Steiß

Mais ce qui se développe surtout à partir de la Basse Epoque c’est un type de représentation très réaliste. Les artistes portent notamment une très grande attention aux visages, comme en témoigne la magnifique « tête verte de Berlin » datée sans certitude de la période Lagide au premier siècle avant notre ère,  ce qui révèlerait une influence de la statuaire gréco-romaine. Elle allie à la fois les critères d’idéalisation égyptienne, dans le poli lisse et brillant de la pierre à une individualisation marquée par les signes de vieillissement. Celle qui ne vieillit pas du moins dans l’art, c’est la femme. Bien que son image évolue, un coup mince, puis plus ronde, elle suit les modes vestimentaires et capillaires mais son visage reste inéluctablement lisse de tout signe de vieillesse.

On distingue aussi comme innovation visuelle de l’époque Ptolémaïque ces têtes en « crâne d’œuf » qui doivent leur nom à leur crâne chauve allongé.

Le monde des morts est illustré par tout ce qu’on peut trouver dans un tombeau : le mobilier funéraire (le cercueil, les vases canopes, l’armée de serviteurs de l’au-delà, les divinités etc.), les objets traditionnellement présents dans une chapelle funéraire (table d’offrande, stèle) et surtout un ensemble de pièces qui se trouvait dans la tombe d’un prêtre d’Héracleopolis, un certain Ânkhemmaât qui vécut au IVe siècle avant notre ère.

Cercueil momiforme d’Ânkhemmaât
IVe siècle avant notre ère, bois stuqué, peint et doré
Collection privée© D.R. / Paul Louis

L’abondance ne définit plus les tombeaux de cette période, mais pour les riches notables, la qualité et le raffinement ont toujours leurs places dans l’exécution de tel ou tel objet comme le montre parfaitement cet ensemble lié à Ânkhemmaât. Son cercueil momiforme conservait l’intégralité de son corps pour le passage dans le monde des morts. Il est entouré de l’effigie d’Osiris qui juge si le défunt est  apte ou non à le rejoindre. Il y a aussi 78 oushebtis, des serviteurs qui travaillaient à la place du mort aux travaux des champs qu’il devait faire. Le vase canope qu’on voit dans de nombreux musées, aux époques tardive n’est plus très présent, on a à la place un jolie coffre en bois qui recueillait les viscères du défunt, retirés lors de l’embaumement.

Tête attribuée à Ptolémée II, Début de l’époque ptolémaïque, Granite, Baltimore, The Walters Art Museum, Maryland Photo © The Walters Art Museum, Baltimore

Entre les morts et les vivants se trouve un personnage d’une grande importance : pharaon. Tout le monde sait ce qu’est un pharaon, mais ne voir en lui qu’ un simple roi serait mettre de côté une grande part de ce qu’il est. Déjà, un peu d’étymologie, le mot même de « pharaon » vient de la traduction grecque de la Bible. Il est peu probable qu’eux-mêmes se nommaient ainsi du moins dans les premiers temps. Le souverain de l’Egypte est bien vu comme un humain, un humain gouvernant la politique des hommes, l’armée et le culte, mais c’est un humain au sang divin. En effet, le pharaon est le fils et le représentant de Ré et la fonction se transmet par le sang. Durant l’époque qui nous intéresse, nombreux sont les souverains étrangers qui bien que se voulant défenseur de la tradition pharaonique, sont loin de la conception initiale du souverain. Il reste assez peu de témoignages de ces pharaons, des bouts ci et là, difficilement identifiables.

Statue agenouillée d’un roi kouchite offrant deux pots, Attribué à la XXVe dynastie, « Bronze »Berlin, Staatliche Museen zu Berlin,
Ägyptisches Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Jürgen Liepe

L’image du souverain n’en reste pas moins très codifiée et identifiable à ses attributs comme l’ureus (cobra sur le front).

Statue de Bastet sous forme de chatte, XXVIe dynastie probablement, « Bronze », ,Londres, British Museum, © The Trustees of the British Museum

Puis vient le monde des dieux pour finir cette exposition. Le panthéon égyptien est vous le savez peut-être l’un des plus complexe qui soit avec un millier de divinités, évoluant selon les époques et les lieux. Il y certes, les valeurs sûres, Osiris, Isis, Amon, Ré, Bastet, Horus, Anubis et j’en passe ; mais à côté il en fourmille tout un tas d’autres, des divinités funéraires, locales, cosmologiques, des divinations de phénomènes naturels etc. Un même dieu pouvant prendre plusieurs aspects comme Thot, inventeur de l’écriture et du langage qui est à la fois un babouin ou un ibis. Les représentations sont aussi variées, pouvant être zoomorphes (le chat pour Bastet), anthropomorphes (Isis), composites (Anubis avec sa tête de chacal sur un corps d’homme) ou paniconiques (association de plusieurs symboles, animaux ou monstres).

Statue de Bès, Datée de 700-650 av. J.-C.
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Ägyptisches
Museum und Papyrussammlung © SMB Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Foto: Jürgen Liepe

J’espère ne pas vous avoir perdu en chemin étant donné la complexité d’aborder une telle exposition qui se veut tout de même être la synthèse de 1000 ans d’histoire d’un peuple qui fascine encore nombre d’entre nous. J’ai essayé d’être concise et si l’Egypte vous intéresse, le plus simple c’est de vite y courrir, l’exposition se termine très bientôt et profitez-en pour flâner dans le musée.

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Jusqu’au 23 juillet 2012, le musée Jacquemart-André

Commissariat : Monsieur Olivier Perdu est égyptologue attaché à la Chaire de Civilisation pharaonique du Collège de France et Monsieur Nicolas Sainte Fare Garnot, historien de l’art spécialiste de la peinture française, est le conservateur du Musée Jacquemart-André depuis 1993.

http://crepusculedespharaons.com/fr/

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Échantillon d’expos pour 2012

Voilà 2012 est déjà bien commencée et avec la nouvelle année, plein de nouvelles expositions !
Vu la dose de prévue, je ne fais pas vous faire toute la liste. Je vais juste vous faire ma petite sélection, pour les 6 prochains mois pour la région parisienne et cela sera déjà pas mal du tout ! Surtout qu’étant qu’une petite humaine, salariée, je n’aurai pas le temps de tout faire (ça me rappelle une chanson ça!).

1 ) Pour commencer, les expos toujours en cours (mais que je n’ai pas vu), dans l’ordre chronologique de fin, pour savoir si on est très pressé ou juste un peu :

L’hôtel particulier une ambition parisienne. Cité de l’architecture. Paris. Jusqu’au 19 février.

Si j’arrive à prendre une journée où le musée est ouvert, ça peut être intéressant, d’autant plus que le commissaire est Alexandre Gady, l’un des grands spécialistes du Patrimoine de Paris et accessoirement l’un de mes anciens profs les plus passionnants de la Sorbonne.
http://www.citechaillot.fr/exposition/temporary_exhibitions.php?id=180

Le Siam à Fontainebleau. 150e anniversaire de l’ambassade du roi de Siam reçue par Napoléon III dans la salle de Bal du château de Fontainebleau. Fontainebleau. Jusqu’au 27 février.

http://www.chateau-de-fontainebleau.com/Expositions

Le peuple de Paris au XIXème siècle, des guinguettes aux barricades. Musée Carnavalet, jusqu’au 26 février.

http://carnavalet.paris.fr/fr/expositions/le-peuple-de-paris-au-xixe-siecle

Moi, Sarah Bernhardt. Maxim’s, musée Art Nouveau. Jusqu’au 15 mars

Retour sur l’une des légendes du théâtre, personnalité hors du commun et femme d’exception, à travers des objets lui ayant appartenu, le tout, dans un décor somptueux, chez Pierre Cardin.
J’aimerai bien la faire, mais vu les horaires, le prix et les conditions d’accès, piuf, ça va être compliqué.
http://www.maxims-musee-artnouveau.com/caricature.php

Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : L’hommage à Delacroix. Musée Delacroix. Paris. Jusqu’au 19 mars.

L’occasion de mettre enfin les pieds dans ce musée…
http://www.musee-delacroix.fr/fr/les-activites/expositions/nouvelle-exposition-temporaire-fantin-latour-manet-baudelaire-l-hommage-a-delacroix

L’âge d’or hollandais – la collection kremer. Pinacothèque. Paris. Jusqu’au 25 mars 2012.

http://www.pinacotheque.com/fr/accueil/expositions/aujourd-hui/l-age-d-or-hollandais-la-collection-kremer.html?no_cache=1

Sorcières, mythes et réalités. Musée de la Poste, Paris. Jusqu’au 31 mars.

Je dois admettre que le titre m’intrigue. « L’exposition Sorcières, Mythes et réalités aborde la sorcellerie du Moyen-âge à nos jours, suivant des approches artistique, historique et ethnographique. »
http://www.laposte.fr/legroupe/Actualites/Sorcieres-Mythes-et-realites

Rodin, la saisie du modèle. Musée Rodin Paris. Jusqu’au 01 avril.

300 dessins de la dernière période de la vie du grand sculpteur sont présentés, l’occasion de découvrir une autre facette de l’artiste.
http://www.musee-rodin.fr/fr/exposition/la-saisie-du-modele

Exhibition. L’invention du sauvage. Musée du quai Branly. Paris. Jusqu’au 03 juin.

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/exhibitions.html

Présentation du legs Isabella Pakszwer-De Chirico. 61 œuvres de Giorgio de Chirico. Musée d’art moderne de la ville de Paris. Jusqu’en juillet.

http://www.mam.paris.fr/fr/expositions/presentation-du-legs-isabella-pakszwer-de-chirico

Gaulois, une exposition renversante. Cité des sciences. Paris, jusqu’au 2 septembre.

Celle-ci elle a l’air super chouette, l’occasion de (re)découvrir « nos ancêtres les gaulois » comme disait nos anciens professeurs et revenir sur tout plein d’idées reçues.
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/gaulois/

Les histoires de Babar. Musée des arts décoratifs. Paris. Jusqu’au 2 septembre.

Alors celle-ci, obligé je la fais, retour en enfance, au pays de « bababar, mon copain Baba ».
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/accueil-292/une-486/francais/arts-decoratifs/expositions-23/actuellement/dans-la-galerie-des-jouets/les-histoires-de-babar/

Il reste bien d’autres expositions encore, Phoebus à Cluny, Pompéi à Maillol ou Alexandre au Louvre…

2 ) Celles à venir, classée de manière anarchique :

Les masques de jade mayas. Pinacothèque. Paris. 26 janvier au 10 octobre.

Après l’or des incas, le jade des mayas! Après avoir été annulée l’année dernière suite aux problèmes politiques entre la France et le Mexique, l’exposition est finalement présentée cette année.
http://www.pinacotheque.com/fr/accueil/expositions/bientot/les-masques-de-jade-mayas.html?no_cache=1

Le crépuscule des pharaons. Chefs-d’œuvre des dernières dynasties égyptiennes. Musée Jacquemard André. Du 23 mars au 23 juillet.

« L’art du dernier millénaire de l’histoire pharaonique (1070-30 avant notre ère) investit le Musée Jacquemart-André. Pour la première fois, une exposition dévoile les trésors de ces dernières dynasties au cours desquelles, au rythme des crises et des invasions, »

Ouh que ça sent l’affluence un titre pareil. Je sens que ça va être drôle, surtout vu la configuration des salles d’expo de J-M.
http://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/evenements/crepuscule-pharaons

Les guerres de Napoléon. Louis-François Lejeune, général et peintre (1755-1848). Château de Versailles. 14 février au 13 mai.

http://www.chateauversailles.fr/les-actualites-du-domaine/evenements/evenements/expositions/expositions-a-venir

Louis II de Bavière. Château de Compiègne. 13 avril au 23 juillet.

http://www.musee-chateau-compiegne.fr/homes/home_id24350_u1l2.htm

Cima – Maître de la Renaissance vénitienne. Musée du Luxembourg, Paris. Du 05 avril au 15 juillet.

« Aux côtés de Giovanni Bellini et de Vittore Carpaccio, Giovanni Battista Cima da Conegliano (1459-1517) compte parmi les grands peintres qui travaillent à Venise à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, à l’époque où la ville devient un des pôles les plus brillants de la Renaissance italienne. » http://www.museeduluxembourg.fr/fr/expositions/p_exposition-10/

New Frontier : l’art américain entre au Louvre. Thomas Cole et la naissance de la peinture de paysage en Amérique. Musée du Louvre. 14 Janvier 2012 au 16 Avril 2012

http://www.louvre.fr/expositions/new-frontier-lart-americain-entre-au-louvrebr-thomas-cole-et-la-naissance-de-la-peinture

Les belles heures du duc de Berry. Louvre, salle de la Chapelle. 4 avril au 25 juin.

http://www.louvre.fr/expositions/les-belles-heures-du-duc-de-berry

L’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, la Sainte Anne. Louvre. 29 mars au 25 juin.

« Chef-d’œuvre de Léonard de Vinci restauré avec le concours du Centre de recherche et de restauration des musées de France, la Vierge à l’Enfant avec sainte Anne est au cœur d’une exposition exceptionnelle rassemblant pour la première fois l’ensemble des documents liés à ce panneau. »
http://www.louvre.fr/expositions/lultime-chef-doeuvre-de-leonard-de-vinci-la-isainte-annei

Arles. Les fouilles du Rhône. Un fleuve pour mémoire. Louvre.  9 mars au 25 juin.

« En partenariat avec le musée départemental Arles antique, le musée du Louvre présente dans le cadre d’une grande exposition les pièces les plus emblématiques issues du travail minutieux et complexe qu’a représenté la fouille du Rhône, fleuve à la fois sauvage et chargé d’histoire. »

Hiiiii, j’ai hâte, moi qui avais hésité à me payer le billet de train, Arles vient à moi ! J’aime !
http://www.louvre.fr/expositions/arles-les-fouilles-du-rhonebr-un-fleuve-pour-memoire

ARTEMISIA. Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre (1593-1654). Musée Maillol – Fondation Dina Vierny. Paris. 14 mars au 15 juillet.

« Elle est née « Artemisia Gentileschi », fille d’Orazio Gentileschi, l’un des plus grands peintres de la Rome Baroque.
À l’aube du XVIIe siècle en Italie, quand les femmes étaient mineures à vie, quand elles appartenaient à leur père, à leur mari, à leurs frères ou à leurs fils, Artemisia Gentileschi a brisé toutes les lois de la société en n’appartenant qu’à son art. ».

Tim Burton. Cinémathèque française, Paris. 07 mars au 05 aout.

« Dessins, sculptures (dont plusieurs créations inédites de Tim Burton pour l’exposition), des Polaroïds grand format réalisés par l’artiste, accessoires, maquettes, costumes et extraits de films (longs et courts-métrages inédits). »
http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/printemps-2012-tim-burto/

Eugène Atget. Paris. Musée Carnavalet. Paris. Du 18 avril au 29 juillet.

« Découvrez l’œuvre parisienne de l’un des plus célèbres photographes du XXe siècle, Eugène Atget (Libourne, 1857 – Paris, 1927)! Cette exposition, qui réunit des images très connues et d’autres demeurées inédites, dresse un portrait atypique de la capitale, loin des clichés de la Belle époque. »
http://carnavalet.paris.fr/fr/expositions/eugene-atget-paris

La France en relief. Chefs d’œuvres des collections de Louis XIV à Napoléon III. Grand Palais. 18 janvier au 17 février.

« Sous la nef du Grand Palais, la France s’expose en relief.
Autour d’une carte de France de 650 m², seize plans-reliefs conçus du XVIIe au XIXe siècle investissent le prestigieux monument des Champs-Élysées. Des dispositifs interactifs et multimédias alliés à une scénographie originale permettront d’explorer en détail ces maquettes extraordinaires. »
http://www.rmn.fr/francais/les-musees-et-leurs-expositions/grand-palais-nef-522/expositions-523/la-france-en-relief

Helmut Newton. Grand Palais, Paris. 24 mars au 16 juin.

Première rétrospective de ce grand photographe organisée en France, autour de plus de 200 images.
http://www.rmn.fr/francais/les-musees-et-leurs-expositions/grand-palais-galerie-sud-est-554/expositions-555/helmut-newton

La Beauté animale. Grand Palais, Paris. 21 mars au 16 juillet.

« A travers les siècles les plus grands artistes se sont attachés à représenter l’animal, poursuivant une tradition qui n’a cessé de produire des chefs-d’œuvre. L’exposition réunit environ cent trente œuvres de l’art occidental, de la Renaissance à nos jours, de Dürer à Jeff Koons en passant par Rembrandt, Goya, Géricault, Degas, Bonnard, Giacometti ou César »
http://www.rmn.fr/francais/les-musees-et-leurs-expositions/grand-palais-galeries-nationales-9/expositions/beaute-animale

Matisse, paires et séries. Centre Pompidou, Paris. 07 mars au 18 juin.

Certainement la grande exposition monographique de l’année, autour d’un artiste haut en couleurs.
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-matisse/ENS-matisse.htm

Degas et le nu. Musée d’Orsay, Paris. 08 mars au 01 juillet.

Après Manet et Gérôme, voici la nouvelle exposition monographique du musée d’Orsay autour d’un des grands peintres du XIXème. Après l’exposition de Roubaix, Degas Sculpteur et la grande exposition du Japon en 2010, c’est  la première grande exposition parisienne depuis 1988, sur ce peintre. C’est l’occasion de redécouvrir Degas, autour d’un axe particulier, le nu.
http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=649&tx_ttnews%5Btt_news%5D=30632&no_cache=1

Debussy et les arts. Musée de l’orangerie. Paris. 21 février au 16 juin.

« L’exposition propose d’évoquer les rencontres majeures du musicien avec les artistes et poètes de son temps »
http://www.musee-orangerie.fr/homes/home_id25247_u1l2.htm

Bob Dylan, l’explosion rock (1961-1966). Cité de la musique, Paris. 06 mars au 01 juillet.

« Bob Dylan est assurément un des musiciens les plus emblématiques de la seconde moitié du XXe siècle. Dans son parcours d’une exceptionnelle longévité, les années de 1961 à 1966 furent décisives. L’exposition retrace les moments forts de cette période, qui vit Dylan modifier radicalement son approche artistique et susciter une véritable révolution musicale. »
http://www.citedelamusique.fr/francais/evenement.aspx?id=11990

Louis Vuitton-Marc Jacobs. Musée des Arts Décoratifs. Paris. 9mars au 16 septembre.

Voilà une exposition qui devrait satisfaire ces dames et tous ceux qui font la queue devant la boutique des Champs Elysées.

« Cette exposition présente l’histoire de deux personnalités, Louis Vuitton et Marc Jacobs (directeur artistique de la maison Louis Vuitton), et met en évidence leurs contributions à l’univers de la mode. »
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/mode-et-textile/expositions-70/prochainement-446/louis-vuitton-marc-jacobs/

Patagonie. Images du bout du monde. Musée du quai Branly. Paris. 06 mars au 13 mai.

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/prochainement/patagonie.html

Phares ! Musée national de la Marine, Paris. 7mars au 04 novembre.

Si vous avez d’autres idées n’hésitez pas à les soumettre en commentaire ou sur le facebook du site.

Et encore bonne année

La plupart des textes viennent directement des sites mentionnés

 Liens :
http://www.moreeuw.com/histoire-art/expositions-paris-2012.htm
http://www.lemondedesarts.com/Exposparisact.htm

Fra Angelico et les maîtres de la Lumière

FRA ANGELICO et les maîtres de la lumières

Musée Jacquemart-André.  23septembre 2011-16Janvier 2012

Commissariat : Giovanna Damiani, surintendante des Musées de Venise, et Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du Musée Jacquemart-André.

Cristina Acidini Luchinat, surintendante des Musées de Florence, d’Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, et de Magnolia Scudieri, directrice du Musée San Marco de Florence.

Scénographe : Hubert Le Gall.

Producteur : Culturespace.

Dans le cadre du splendide musée Jacquemart-André s’est ouverte une exposition consacrée à l’un des grands peintres du quattrocento : Guido di Pietro, plus connu sous le nom de Fra Angelico.

25 œuvres de l’artiste sont ainsi présentées pour revisiter son parcours et autant d’œuvres de ses contemporains.

Quand on parle de cet artiste, on imagine tout de suite de belles vierges blondes vêtues de bleu, de saints auréolés d’or ou je ne sais quoi d’autre propre à l’art sacré.

D’abord laïc, Guido di Pietro (v. 1400-1455) est rentré dans l’ordre des Dominicains Observant en 1417. En 1423 il entre au couvent de San Domenico de Fiesole (Toscane) et devient Fra Giovanni di Fiesole. Il est ordonné prêtre en 1427 et en 1450 il est nommé la même année, prieur du couvent San Marco nouvellement bâti et archiprêtre de Florence.  Béatifié en 1982 par Jean Paul II, il est naturellement devenu le saint patron des peintres, lui qui a toujours considéré son art comme un support de médiation et de prédication.

Dans cette expo, l’art sacré est inévitablement présent, car après tout c’est intimement lié à l’artiste mais le sujet est plus grand qu’une simple exposition sur un peintre religieux qui a voué son art à Dieu.

Fra Angelico est un artiste majeure car il est de ces artistes entre deux mondes, deux époques, qui par leurs talents font basculer peu à peu les choses vers plus de modernité. Ici pas de peintures à l’huile dont l’utilisation à Florence se développe un peu plus tard. Nous sommes encore au temps de la tempera. Les pigments sont liés entre eux par du jaune d’œuf, on y ajoute parfois même de l’or ce qui explique cette profusion d’or dans les œuvres de Fra Angelico.

Empreint de l’art médiéval, du gothique international,  il est formé à Florence auprès d’un autre moine, Lorenzo Monaco. Il va malgré tout, réinterpréter les sujets traditionnels et  innover dans la technique, la perspective et la construction des figures humaines, entrant ainsi d’un pas décidé vers la Première Renaissance dont Florence est le cœur artistique. C’est ce passage que l’exposition (découpée en 8 sections)tient à montrer à travers l’œuvre de Fra Angelico et de ses contemporains, les « peintres de la lumière ».

Les débuts de l’expo nous replongent dans la Florence du tout début du XVème siècle. La cité aux lys rouges est alors l’une des plus riches d’Italie forte d’un pouvoir financier et industriel important sous la coupe des Médicis qui vont être de grands mécènes pour leur cité-Etat. Les grands maîtres s’y réunissent, les chantiers sont nombreux, monastères et bibliothèques sont riches. C’est dans ce foyer que naît la Première Renaissance et que Fra Angelico apprend petit à petit son art entouré de multiples influences.

Vierge à l'enfant. Filippo Lippi (1406-1469) 1430-1440, tempera sur panneau de bois, 47,1 x 36 cm © 2011. Photo Scala, Florence

La perspective est l’une des grandes innovations de l’art de ce quattrocento. Filippo Brunelleschi, met en place les bases qui seront reprises par Masaccio et Piero della Francesca autour des années 1420-1430. On rentre désormais dans les tableaux comme on rentre dans une pièce, le spectateur doit se sentir happé. Rien n’est laissé au hasard, par tout un calcul géométrique de construction  et de recherche de ligne de fuite.  Cette recherche on la retrouve chez Uccello, Lippi et bien entendu chez Fra Angelico.

Le martyr des saints Côme et Damien. Vers 1438-1443, tempera sur panneau de bois, 37 x 46 cm

Dans le martyr de saint Côme et saint Damien (1438-43), l’architecture de la ville, le paysage et les personnages eux-mêmes sont placés de telle manière qu’on sent l’œuvre s’étirer en profondeur.

Fra Angelico est loin d’être un peintre isolé. Comme le dit la 4ème salle, il est « un peintre à suivre ». Son succès est tel qu’il doit s’entourer d’autres artistes comme Zanobi Strozzi ou Benozzo Gozzoli  qui vont contribuer à diffuser son art.

Sa renommée remonte au Vatican et en 1445, le pape Eugène IV le fait venir à Rome pour décorer la chapelle du Saint-Sacrement à Saint-Pierre qui a été détruite sous Paul III (1534-1549).

Entre 1447 et 1449,  il exécute, cette fois pour Nicolas V, les fresques de la chapelle Nicoline représentant le martyr des saints Etienne et Laurent.

En tant que peintre du sacré qui voyait son art comme un médium à la contemplation et à la réflexion spirituelle, ses thèmes de prédilections sont des vierges d’humilité et des christs que l’on retrouve peints plusieurs fois, pour montrer les différentes variations qu’il apporte à son œuvre et dont l’apothéose se trouve être le couronnement de la Vierge (1434-35) d’une  grande rigueur spatiale.

Le couronnement de la Vierge. Vers 1434-1435, tempera sur panneau de bois, 114 x 113 cm © 2010. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

L’intimité qui lie l’œuvre à celui qui la regarde est essentielle dans ce genre de sujet. La peinture est là pour éveiller les sentiments religieux et appeler à la prière en rendant le modèle plus proche de nous. Les vierges sont très humaines et très tendres tout en gardant souvent un regard absent, comme si le divin n’était pas totalement à notre portée. L’avantage de ce genre d’exposition c’est qu’on peut vraiment être face à face avec l’œuvre et ressentir les émotions que le peintre veut faire passer.

Vers 1450, tempera sur panneau de bois, 99,5 x 66,8 cm © 2011. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Mais la méditation n’empêche pas l’innovation esthétique. On est plus dans la figure figée d’une icône. Le visage est expressif et un véritable décor se construit autour de la figure. On aperçoit des éléments architecturaux ci-et-là laissant entrer la perspective. La lumière elle-même est finement utilisée, placée par touches pour créer des effets de profondeur ou de relief démontrant le savoir-faire de l’artiste.

La dernière section de l’expo est quant à elle dédiée aux chefs-d’œuvre de Fra Angelico.

Dans cette petite salle, la lumière vient des œuvres elles-mêmes, pleines de couleurs chatoyantes, de bleu, de jaune et d’or bien sûr.

L’un de ces chefs-d’œuvre est l’armoire des ex-voto d’argent exécuté pour Pierre Ier de Médicis, fils de Côme en 1450-1452 pour l’oratoire familial du couvent de la Basilique della Santissima Annunziata. C’est d’ailleurs cette œuvre précisément qui lui donna son surnom « angélico », l’angélique,  que l’on retrouve dans un commentaire écrit par un moine en 1468.

l'armoire des ex voto d'argent. 1450-1452, tempera sur panneau de bois, 38,5 x 37,5 cm (chacun) Su concessione del Ministero per i Beni e le Attività culturali - S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze Gabinetto Fotografico

Pour ceux qui rêvent de voir les fresques de San Marco, l’église Saint-Germain-des-Près expose non pas les originaux mais des reproductions photographiques, sinon à la fin de l’expo un petit film est diffusé retraçant leur histoire. Le mieux étant sûrement de se déplacer. Je n’y suis jamais allée, mais Florence doit certainement valoir le détour.

Un dernier petit mot pour la muséographie. Plutôt réussie dans l’ensemble, du point de vue scénographie. Vous pouvez voir des photos des salles sur le site de l’expo si vous voulez. Par contre j’y suis allée un mardi, c’est à dire un jour pas trop chargé. Je n’ose imaginer un samedi dans ces petites salles. Cela doit être l’enfer. De même, si vous avez des sous, prenez un audio-guide, ou un guide tout court, parce que j’ai voulu faire ma radine et par conséquent, une grande partie des oeuvres m’a totalement échappée.  Hormis les petits descriptifs sur les murs de chaque section, rien! Les cartels étaient réduits au stricts minimums ce qui est dommage surtout quand il s’agit de scènes narratives pas forcément à la portée de tous.

http://www.expofraangelico.com/