Come back de printemps

Bonjour à tous,Résultat de recherche d'images pour "tenue correct exigée arts décoratifs"

Je crois avoir été absente une partie de l’hiver. Entre le travail et l’habitude de visiter
les expos la veille de leur fermeture, c’était un peu compliqué. J’aurai par exemple adoré vous faire partager celle sur les Fêtes et les divertissements à la cour du château de Versailles, avec les magnifiques tapisseries de Oudry, l’évocation du bal des Ifs et tout et tout.  Mais elle se termine aujourd’hui.

Heureusement avec le soleil de nouvelles expos germent et j’en ai à nouveau  quelques unes en réserve pour vous.

Commençons par une expositions friperie, « Tenue correct exigée » qui s’achève le 23 avril. Il reste donc un bon mois pour y aller.

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Alexis Chataignier, Ah, quelle antiquité !!! Oh ! quelle folie que la nouveauté… 1797, Paris © BnF

 

Le propos ? Rien de plus simple. Montrer comment depuis le XIVe siècle et à travers 400 vêtements la mode se dépasse, se réinvente jusqu’à choquer pour créer la nouveauté et comment elle est intimement liée à la société qui la façonne, lui dicte ses règles.

Le parcours -comme souvent avec les expos sur le textile aux Arts Déco est bien fichu, immersif, avec lumière sombre et grande vitrine, pas ennuyant pour un sous. On est plongé dans une longue histoire de tissus et de société. On comprend peu à peu (bien qu’on s’en doute) comment depuis toujours la façon de s’habiller relève à la fois d’une volonté personnelle et beaucoup de normes imposées. Par exemple, qu’est ce qui définit un habit d’homme, d’un habit de femme ? Pourvoi marquer cette différence? Ha l’héritage judéo-chrétien, encore cette fichue Eve. Mais pas que. Qu’est ce qui différencie la femme légère de dame de la haute société ? Rappelez-vous comment le portrait de Marie-Antoinette en robe de gaulle en mousseline blanche par E.Vigée-Lebrun fit scandale. Comment ? Osez représenter la reine de France comme une vulgaire femme du peuple. On pourrait croire que cela la rendrait sympathique, plus proche, plus normale, mais non. Par l’exposition de ce tableau, c’est la royauté qui est désacralisée et on dût retirer le tableau illico presto. De la même façon aujourd’hui, normalement dans notre société, toutes les femmes peuvent porter des pantalons. Mais que le combat fut dure. Et c’est encore aujourd’hui, même dans notre pays, un éternel débat. Peut-on s’habiller vraiment comme on le veut ? Puis-je mettre une jupe dans le RER à 22h, aller au travail en jogging, porter un burkini, ou une robe à fleurs à l’Assemblée nationale, un baggy à un entretien ? C’est un propos atrocement contemporain que nous offre le musée des arts Décoratifs.

Mais heureusement, parfois dans l’Histoire, il se trouve des personnes pour pousser un peu les choses et apporter un vent de fraicheur. On découvre la fabuleuse histoire du pantalon, de Dietrich à Yves Saint Laurent, celle de la capuche, de la mise en valeur de telle ou telle partie du corps.
A travers le prisme du vêtement, c’est toute notre société d’image que se propose de mettre en lumière le musée. Un plaisir instructif, porteur de réflexion où on ne s’ennuie pas une seconde.

A voir, à faire, à porter.

Commissaire : > Denis BRUNA, conservateur, collections Mode et Textile antérieures au XIXe siècle
Scénographie : > Constance Gui

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Cœur brûlés, Deutsche Kinemathek, Marle Dietrichcollectio, Berlin, 1930 C Eugène Robert Richee Entrer une légende

 

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Toutes les infos là : http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/actualites/expositions-en-cours/mode-et-textile/tenue-correcte-exigee-quand-le-vetement-fait-scandale/

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C’est la fête au musée d’Orsay

Cette année c’est la fête impériale au musée d’Orsay, les crinolines sont de sorties, les lumières brillent de mille feux et la musique chante. Le Second empire dévoile ce qu’il a de plus festif pour redorer son image parfois décriée.

Comme souvent le musée du XIXème siècle qui fête ses 30 ans, ne fait pas les choses à moitié. A travers une scénographie spectaculaire, le visiteur est plongé en immersion dans les fastes des fêtes de ce Second Empire dont la force reposait sur son image.

Le Prince président, neveu de Napoléon Ier, arrive au pouvoir par les urnes et par la force, mais il n’a que son nom pour asseoir

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Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873, d’après) 1855 Versailles, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

sa légitimité, pas de batailles glorieuses ou de gloires personnelles. Louis Napoléon, devenu Napoléon III en 1852 va donc se construire lui-même une image de pouvoir, s’appuyant sur sa belle et douce épouse, Eugénie, puis son fils, le future de l’Empire. Il magnifie chacune de ses apparitions, transformant son règne en festivités joyeuses et attrayantes et en mettant en avant la modernité de son régime.

 

Tous les aspects de cette société de représentation, de spectacles et d’arts sont mis en avant. Les aspects les plus positifs seulement, la misère du peuple, la souffrance des campagnes, la censure, tout cela il n’en est pas question dans cette exposition. Rien que ce qui brille ! On découvre les luxueux décors éphémères élevés dans Paris pour célébrer les victoires de l’armée en Italie et associer la population à la fête. Mais il y a aussi les décors permanents, tous ces palais impériaux décorés avec fastes (Tuileries, Fontainebleau, Compiègne, Pierrefonds). C’est le retour du goût pour le fastueux XVIIIème siècle, lié entre autres à la fascination de l’impératrice Eugénie pour la personne de Marie-Antoinette. Elle cherche chez les antiquaires des meubles et des objets liés à la souveraine et quand elle ne trouve pas, elle commande des copies. Mais le XVIIIème siècle n’est pas la seule période historique à recevoir les faveurs du goût impérial. C’est un goût finalement très éclectique qui se met en place, avec une re-re-redécouverte de l’Antiquité et les décors à l’antique dont La villa pompéienne du prince Napoléon-Jérôme est la parfaite illustration ; mais il y a aussi le néo-gothique dont l’architecte Viollet-le-Duc est le chantre. Cet éclectisme se retrouve dans la richesse des décorations des intérieurs.

On rencontre les personnalités de l’époque à travers une galerie de portraits virtuoses. Tantôt réaliste et sobre comme chez Cabanel ou d’une grande modernité avec Monet et Manet. C’est l’image d’une société de cour où l’image de soi est primordiale qui se reflète dans cette galerie.

On plonge dans les merveilles du théâtre de l’époque, on croise la fabuleuse Rachel, l’Opéra de Garnier se construit et symbolise parfaitement la grandeur du régime, et on y entend la musique de Verdi, Wagner ou Bizet ; la folie des bals bat son plein et la comtesse de Castiglione exhibe ses plus beaux costumes.

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Gustave Boulanger Répétition du « Joueur de flûte » et de la « Femme de Diomède » chez le prince Napoléon © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Adrien Didierjean

On rentre dans une petite salle où l’accrochage est fidèle à ceux du XIXème siècle, avec des tableaux plein les murs, du sol au plafond. On plonge dans l’effervescence des Salons où les peintres présentaient leurs œuvres dans l’attente de commandes officielles et de reconnaissance, et où il était de bon ton de se montrer. Voici le goût académique de Cabanel, Gérôme ou Bougereau qui longtemps souffrirent de cette image avant d’être redécouvert il y a quelques années. Mais face au nombre croissant de peintres de la modernité refusé, l’Empereur autorise l’ouverture d’un Salon des refusés en 1863 où nous retrouverons Manet et Le déjeuner sur l’herbe… L’exposition se termine dans un tourbillon de beaux objets, hommage au savoir-faire français présenté lors des Expositions universelles de 1855 et 1867 au Palais de l’Industrie. Le succès croissant des objets manufacturés annonce le rôle croissant de l’industrie dans l’histoire des arts décoratifs au XXème siècle.

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Henri Baron Fête officielle au palais des Tuileries pendant l’Exposition Universelle de 1867 © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Droits réservés

Puis vient déjà le temps de sortir de cette bulle de fêtes et de retrouver la vraie vie, mais pas une seconde je ne me suis ennuyée. Le musée d’Orsay renoue avec sa tradition de grande exposition sténographiée et c’est un plaisir, car c’est un véritable voyage qui nous ai proposé. Même si les défauts de son régime sont occultés, cela fait aussi parfois un peu de bien de se concentrer sur les points positifs et la lumière.

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L’Impératrice Eugénie en costume du XVIIIe siècle WINTERHALTER Franz-Xaver

Spectaculaire Second Empire Musée d’Orsay 27 septembre 2016 – 15 janvier 2017

Commissariat général
Guy Cogeval, président des musées d’Orsay et de l’Orangerie

Commissariat
Yves Badetz, conservateur général au musée d’Orsay et directeur du musée Ernest Hébert Paul Perrin, conservateur au musée d’Orsay Marie-Paule Vial, conservateur en chef du patrimoine honoraire

Un retour furtif en enfance le temps d’une visite à Marmottan

Afficher l'image d'origineJe suis désolée de vous parler si tard de cette sympathique petite exposition qui finit dans une semaine, mais entre les grèves et autres, je n’ai pu y aller que la semaine dernière.

Nous sommes dans le charmant musée Marmottan dont je vous ai déjà parlé 2 ou 3 fois. Très mimi dans son hôtel particulier perdu au fin fond du 16° où  des collections sur le 1er Empire côtoient une belle collection d’enluminures mais surtout de très nombreux impressionnistes à commencer par Claude Monet et Berthe Morisot.

Aujourd’hui ce qui nous intéresse c’est l’exposition et son thème très très vaste : l’enfance.  Le musée décide de nous présenter à travers une centaine d’oeuvre l’évolution de la place de l’enfant dans notre société et notamment par_rapport_à l’adulte et ce du XVème au XXème siècle. Oui quand je dis très vaste, c’est  en fait encore en dessous de la réalité.

On commence donc pas les représentations de l’enfant Dieu et de l’enfant roi, longtemps les seuls bambins réellement présent dans l’art. Et pour cause. Le taux de mortalité infantile était tel qu’on devait en faire le plus possible pour espérer en voir un atteindre l’âge adulte.  On évitait donc de les représenter trop tôt.
De nombreux petits Louis XIV sont présentés avec ses tenues de mini-roi.  Il incarne l’espoir enfin retrouvé d’un futur pour la dynastie. Oui c’est que notre cher Louis Dieudonné a quand même mis 23 ans avant de pointer le bout de son auguste petit nez. On va le voir grandir en peinture, bébé, bambin, enfant, ado…et à chaque fois un rappel de son statut de d’héritier  puis de roi mais également une légitimation du pouvoir de la régente, sa maman, la reine Anne d’Autriche. En fait la représentation de l’enfance  de ce roi ou même plus tard de Louis XV est déjà un thème assez riche pour en faire une exposition à part. Mais ce n’est que mon avis. Messieurs de Versailles si vous me lisez….

Revenons donc chez le commun des mortels qui ne portent point de couronne ni d’ordre du Saint Esprit sur ses langes.

Je vous ai dit que la mortalité infantile est forte et que de fait on a peu de portraits d’enfant, mais il y en a quand même, j’en ai vu dans de nombreuses expositions et notamment des portraits posthumes  très touchants d’enfants déjà disparus. Ici c’est le portrait par Pierre Mignard de la petite Mademoiselle de Tours morte à l’âge de 7ans qui est particulièrement poignant. On y voit la fille naturelle de Louis XIV, toute charmante, comme une petite poupée en train de jouer avec ses bulles de savon qui sont une cruelle allégorie de la fragilité de la vie. Et je ne vous parle même pas du « Portrait d’un enfant mort » de Philippe de Champaigne ( ?) d’une tristesse absolu.

Heureusement l’innocence revient avec tout l’intérêt du Siècle des Lumières pour l’enfant et son éducation. L’allaitement est de nouveau à la mode, on se soucie de ces petits êtres, on commande de charmants portraits (Vigée Lebrun, François-André Vincent) et l’esprit de famille est célébré en peinture (Jacques-Augustin-Catherine Pajou) témoignant de l’amour que se portent les membres mais aussi de la continuité de la vie. J’ai beaucoup aimé le « Portrait de famille, dit autrefois Michel Gérard, membre de l’Assemblée nationale et sa famille en 1789 » par un artiste de l’entourage de David, en particulier la figure du père très attendrissante avec ses trois fils et sa fille qui veille sur eux en l’absence de la mère probablement décédée.
Le XVIIIème siècle est aussi celui des sciences pure, ainsi nous ne serons pas étonné de trouver des réflexions sur les avancements de l’obstétriques à travers des fascinantes gravures de Jacques-Fabien Gautier-Dagoty montrant une femme enceinte de l’intérieure ou encore ce petit Mannequin viscéral en ivoire des alentours de 1700 qui me rappelle ma poupée Maman surprise de quand j’étais moi aussi une enfant.

On passe ensuite au XIXème siècle où l’enfant est clairement plus présent dans les représentations artistiques aux aspects très différentes les unes des autres.  Comme le dit très bien le dossier de presse : « L’enfant est donc investi de toutes parts : médecins et savants, pédagogues et philanthropes, industriels, juristes, sans oublier bien entendu les familles ».

On a l’enfant-petit adulte et donc petit soldat qui prend les armes pour défendre la patrie à l’image des « Petits Patriotes » de Philippe-Auguste Jeanron  de 1830. J’ai regrettée dans ce thème l’absence de Barra par David. Il faut rappeler que les petits garçons seront éduqués au maniement des armes dans l’optique dans faire de futurs soldats pendant une bonne partie de ce siècle.  Mais nous avons aussi l’enfant des rues et miséreux (Pelez et Lepage magnifiques et poignants), l’enfant de la campagne et l’enfant impressionniste plus innocent, frais et idéal.

pates-de-sableLa partie XXème siècle ne s’intéresse pas tant à l’intérêt des artistes pour l’enfance qu’à l’intérêt pour l’art enfantin considéré comme plus brut et donc plus vrai. On cherche à retrouver cette innocence, ce synthétisme à l’image d’un Dubuffet et comme disait Picasso avec sa modestie légendaire : « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. »

Le Peintre et l'enfant
Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée Picasso. MP1990-36.

Et il est déjà l’heure de retrouver le monde des adultes. L’exposition était très sympathique avec de jolies œuvres, très variées et pour tous les goûts. Le seul petit bémol et il est vraiment petit c’est que le sujet est peut-être un peu trop vaste et que j’ai eu l’impression d’effleurer qu’une infime partie de ce dernier et je suis restée un peu sur ma faim. Mais encore une fois rien de dramatique.

L’ART ET L’ENFANT
Chefs-d’œuvre de la peinture française : Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Monet, Matisse, Renoir, Picasso…
Du 10 mars 2016 au 03 juillet 2016.

 

Louis XV à Fontainebleau

Cette semaine nous sortons un petit peu de Paris pour nous diriger vers l’un de ces lieux qui ont fait l’Histoire de France et qui la résume le mieux. Non, pas Versailles, mais Fontainebleau. Le château de Fontainebleau est à mes yeux l’un des plus beaux qui soit, je l’adore et je l’ai déjà dit sur ce site.

En ce moment, c’est une exposition consacrée au roi Louis XV qui s’y déroule et dont je vais vous parler.

Louis XV, le Bien Aimé roi mélancolique passait tous ses automnes entre 1724 et 1773 dans ce grand domaine. C’est ici, dans cette jolie chapelle qu’il se marie avec la discrète Marie Leszczyńska le 5 septembre 1725. C’est également là que décède son unique fils, le dauphin Louis, père du futur Louis XVI en 1765.

Le propos de l’exposition n’est pas le règne ou la personnalité de ce roi peu banal, mais davantage la trace qu’il laissa dans la décoration du château et sa passion pour la vénerie qui le ramenait inlassablement entre ces murs multi centenaires. Une centaine d’œuvres sont ainsi là pour témoigner du gout de cette époque, de ce XVIIIème siècle lumineux du point de vue artistique.

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Un énorme chantier de restauration d’œuvres a été lancé à l’occasion de cette grande exposition 2016. L’occasion d’expliquer au grand public ce travail minutieux et sans fin qu’est l’entretien d’un tel château et de son mobilier.

Nous découvrons par exemple des consoles du Cabinet du conseil du roi qui était contigu à la Chambre du roi, agrandi par Gabriel en 1774 et décoré notamment par Boucher ou Van Loo dans ce style rocaille très en vogue ou un tapis de la Savonnerie.

Les goûts personnels de la reine sont également évoqués par un panneau sculpté en chêne de son cabinet et du lambris de l’Oratoire. Le tout à la fois raffiné et discret. Tout comme les Quatre Saisons de Jean-Baptiste Marie pierre qui reflètent le goût de l’époque pour les Bambochades, ces scènes de genre venues initialement de Rome.

Mais la partie la plus surprenante est cet appartement des chasses ouvert exceptionnellement le temps de l’exposition. Le roi Louis XV est certainement celui qui pratiqua la chasse à courre avec le plus de passion et pour montrer son amour de cette pratique, il commanda à Jean-Baptiste Oudry considéré alors comme le plus grand peintre animalier du moment, une série de 9 tapisseries pour son rendez-vous de chasse préféré, Compiègne. Mais les cartons de ces dernières étaient si achevés, qu’ils furent considérés comme des œuvres en soit et encastrés au XIXème siècle pour l’appartement du duc D’Aumale. Cet appartement avait été aussi la chambre de Monsieur, frère de Louis XIV ou de Christian VII du Danemark dont la tenue de chasse est exposée. Ces toiles sont des témoignages uniques et grandioses des chasses de Louis XV notamment d’un point de vue historique pour l’étude des tenues d’équipages très codifiées. On peut également admirer, toujours d’Oudry, des surprenants trompes l’œil qui représentent les têtes bizardes (bois de cerf anormaux) chassés par le roi, avec la date précise et au rendu illusionniste parfaitement maitrisé.

Ces appartements des chasses sont peut-être le témoignage le plus marquant du règne de Louis XV et son empreinte sur le château car ils témoignent du goût de l’époque mais aussi du roi.

Une exposition sympa donc, et puis surtout une occasion de retourner à Fontainebleau et d’en découvrir des aspects méconnus

Du 2 avril au 4 juillet 2016 Commissariat Vincent Droguet, conservateur général, directeur du patrimoine et des collections du château de Fontainebleau Jean Vittet, conservateur en chef Vincent Cochet, conservateur en chef

 

Elisabeth Louise Vigée Lebrun, la peinture faite femme

VIGEE-LE-BRUN-GRAND-PALAIS_3165950067978316385Avant les fêtes, je voulais vous parler d’une exposition que j’ai beaucoup aimée, celle consacrée à Elisabeth Louise Vigée-Lebrun.

Bon après, il faut aimer les portraits car à de très rares exceptions, il n’y a que ça, mais moi j’adore, c’est comme rencontrer plein de personnes qui vous parlent depuis le passé, et à travers elles découvrir tout une époque, sa mode et sa culture.

Quel destin extraordinaire que celui de cette femme, fille de peintre, épouse de marchand d’art, amie des plus grands et admirée par toutes les cours d’Europe, qui a connu à la fois l’Ancien Régime, l’exil de la Révolution et l’essor de l’Empire. C’est un petit bout de son parcours que vous propose de découvrir le Grand Palais à travers  le regard de toutes ces figures qu’elle a croisé au cours de son existence, ces princes et ces princesses, ces duchesses, ces reines.

Fille de Louis Vigée, pastelliste, membre de l’Académie de Saint Luc, c’est à ses côtés qu’elle commence à se former puis au décès de ce dernier auprès d’un ami de la famille, Gabriel-François Doyen.  Elle prend également des leçons dans les ateliers de Blaise Bocquet, Pierre Davesne et Gabriel Briard et reçoit les précieux conseils de Joseph Vernet qui la soutiendra pour son entrée à l’Académie Royale de peinture, quelques années plus tard en 1783. Son style s’inspire à la fois de Rubens, Van Dyck  ou Greuze. Ses premiers modèles sont les membres de sa famille, son frère, sa belle-sœur, sa mère et ses amies.
Son époux Jean-Baptiste Lebrun, participe également par ses connaissances en tant que grand marchand d’art à l’épanouissement de la carrière de sa femme même si leur union n’est pas vraiment heureuse.

Louise_Elisabeth_Vigée-Lebrun_-_Marie-Antoinette_de_Lorraine-Habsbourg,_reine_de_France_et_ses_enfants_-_Google_Art_ProjectPeu à peu les talents de Vigée Lebrun la font connaître de la cour, elle fait le portrait du comte et de la comtesse de Provence puis en 1778 elle devient peintre de la reine Marie-Antoinette. L’amitié qui unit ses deux femmes est très forte, elles se comprennent, et nulle autre qu’Elisabeth Louise sait mieux portraiturer la reine avec naturelle. Parmi ses œuvres les plus célèbres, « Marie Antoinette en grand habit de cour » du  Kunsthistorisches Museum, « Marie Antoinette en robe de gaulle » qui fit tant scandale et le touchant  « Marie-Antoinette et ses enfants » qui montre la reine dans son intimité de mère.

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Julie Le Brun Wrightsman Collection

C’est également une peintre de l’enfance excellente, elle peint les bébés, genre qui se développe à l’époque, avec douceur et tendresse. Sa propre fille, Julie, lui servira plusieurs fois de modèles.

Cette proximité la menace quand la révolution éclate, elle est alors obligée de fuir avec Julie dans la nuit du 6 octobre 1789. Commence alors un long exil à travers les cours européennes où sa réputation lui amène multitude de commandes qu’elle exécute avec brio, la conduisant de Rome à Naples, puis à Vienne et enfin à Saint Pétersbourg à la cour de Catherine II où elle demeure 6 ans.

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Varvara Ivanovna Narychkine, née Ladomirsky (1785-1840) (1800), Columbus Museum of Art.

l lui faudra attendre 12ans pour retourner à Paris où son nom est toujours apprécié. Elle y retrouve son époux, sa famille et ses amis peintres, comme Hubert Robert dont elle fit le portrait. La famille impériale pose pour elle, notamment Caroline Murat avec qui les relations furent…compliquées.

Les 150 œuvres qui jalonnent le parcours sont autant de rencontres merveilleuses avec les modèles que Vigée Lebrun sait parfaitement sublimer, avec l’artiste elle-même, l’une des plus demandées du XVIIIème siècle et avec ses contemporains. On découvre le talent de cette belle virtuose et à travers elle la vie d’une femme artiste avant la Révolution, car Vigée Lebrun n’est pas un cas à part. D’autres femmes peintres sont présentées, notamment Adélaïde Labille-Guiard qui est reçu avec elle à l’Académie, mais aussi Adèle Romany, Anne-Rosalie Bocquet, Marie Guillemine Le Roulx de La Ville ou Marie Victoire Lemoine.

Personnellement j’aime beaucoup le style d’Elisabeth Louise Vigée Lebrun. Sa douceur à la fois dans la touche et le coloris. C’est d’une féminité absolu. Cette femme  était  à n’en point douter extraordinaire en plus d’être très belle comme le prouve les portraits faits d’elle, et elle méritait une rétrospective de ce type. L’exposition consacrée à Marie Antoinette l’avait mise en lumière, là elle brille de mille feux.

Sur ce, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes de fin d’année.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun 1755-1842 23 septembre 2015 – 11 janvier 2016
Grand Palais
commissaires : Joseph Baillio, historien de l’art, Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine, directeur du département des Arts graphiques du musée du Louvre scénographie : Loretta Gaïtis

 

 

Le roi est mort, Vive le roi

 

le-roi-est-mort-versaillesJe dois admettre que je ne vais pas beaucoup à Versailles. Déjà parce que c’est loin, et parce que j’appréhende toujours un peu l’accueil que je ne trouve pas forcément très « chaleureux » et motivant. Par contre, à chaque fois que j’y viens pour une exposition, le contenu de cette dernière, fini par balayer tous ces petits points négatifs pour  au final m’époustoufler. Et encore une fois, j’ai été bluffée par « Le roi est mort ».

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© DIDIER SAULNIER

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« représentation de l’endroit où a été déposé le corps de Louis XIV dans l’église de St Denis, Arnoul Maillot. Crédit BNF

La scénographie est théâtrale et pour cause Pier Luigi Pizzi est metteur en scène d’opéra. Quant au contenu, il est pointu et instructif. Il aborde tous les aspects religieux ou politique lié au décès d’un souverain, le cérémonial du deuil, la procession funéraire etc. En bref j’ai adoré. Et comme en plus, il n’y avait pour une fois pas grand monde, j’ai même pu me réapproprier le château dans son ensemble. Alors que demande le peuple ?

Il y a 300 ans, le 1er septembre 1715, s’éteignait celui qui est considéré comme le plus grand roi de France, le monarque absolu, Louis XIV.
On monte les marches au son d’un requiem et on arrive devant l’immense lit de mort du roi, dans une pénombre lugubre qui vous plonge d’emblée dans le vif du sujet d’un enterrement royal.
Je crois que c’est la première fois qu’une exposition aborde ce thème si particulier et pourtant si intéressant qu’est la mort d’un souverain. C’est à la fois une lecture d’une page de l’Histoire de France et un voyage dans les us et coutumes de la cour.

4800557_6_b245_d-un-realisme-remarquable-avec-de-vrais_ad69b8eb0466166f27dafd67e16a4c4aMourant en public après une agonie d’une quinzaine de jours due à la gangrène et un règne de soixante-douze années et cent jours. Louis XIV qui sait que l’Etat va lui survivre prépare sa succession en recevant le dauphin, futur Louis XV qui n’avait que 5 ans. Il conseille à l’enfant qui devait être très impressionner ne pas l’imiter dans son goût pour les bâtiments et de soulager la misère de ses peuples, afin d’être un grand roi.

Le jour suivant son décès, on place le corps dans l’antichambre de l’œil de bœuf et on procède à l’autopsie, à la triparti (on sépare le cœur et les entrailles qui seront envoyés vers des lieux choisis par le souverain, du reste du corps) et à l’embaument. Les instruments chirurgicaux, les manuscrits relatant toute la procédure et la forme d’un corps posé sous un linceul blanc vous plonge dans l’ambiance. On apprend ainsi que toute la moitié gauche du pied à la tête était gangrénée. Ne pas faire cette exposition après un bon repas 😉

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Louis XIII en costume de deuil Frans Pourbus le Jeune

 

A partir du troisième jour et ce pendant une semaine, le mort est exposé dans le salon de Mercure, l’occasion d’aborder cette coutume dans les différentes cours d’Europe en dehors de la France où de Charles VI jusqu’à Henri IV il était d’usage de présenter une effigie. Louis XIII adopte la pratique espagnole à savoir présenter le corps en habit de cour avec les insignes de la royauté. Avec Louis XIV seul le cercueil et le reliquaire du cœur trône, devant lequel les nobles se succèdent pour l’asperger d’eau bénite.

Vient ensuite la période de deuil. J’ai particulièrement apprécié cette partie, parce que j’y ai beaucoup appris sur la mise en pratique et l’aspect que revêtait le deuil à Versailles. Ainsi seul le roi peut décider d’une période de deuil et de quelle forme elle va prendre, il existe un grand deuil, un demi-deuil et un petit deuil qui se manifestent dans des tenues différentes. Longtemps les reines ont porté le deuil blanc, Marie Stuart sera la dernière à le faire, le noir venant d’Italie le supplantant. Quant au roi, il porte le pourpre à l’image du jeune Louis XV qui porte durant un an cette tenue en mémoire de son aïeul.

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Cortège de Louis XIV. BNF

C’est maintenant le départ du convoi funèbre pour Saint Denis. Haute démonstration symbolique des différentes couches du pouvoir, celui de Charles V d’Espagne est resté une référence en la matière. 2500 personnes vont marcher derrière Louis XIV pour son dernier voyage, mais sans traverser Paris, pour éviter ceux qui pourraient montrer un peu trop de soulagement à la mort de leur souverain.
Saint Denis est depuis l’époque mérovingienne une nécropole royale où se côtoient alors sous terre, la plupart des rois de France. Certains ont de magnifiques mausolées, à l’image des Valois. Par contre, les Bourbons dont Louis XIV n’est que le troisième représentant régnant, ont un simple et modeste caveau. Le roi soleil tente de réparer ce manque de magnificence en faisant appel à Mansart ou Bernin, mais rien n’aboutit et le dénuement du caveau perdurera. Par contre, ils se rattrapent par les monuments élevés pour recueillir leurs entrailles.

 

La dernière partie de l’exposition, nous rappelle que la Révolution n’a pas mis un terme à tout ce protocole et ce faste des funéraires royales. La République va récupérer le symbole pour rendre hommage à ses héros que sont Victor Hugo ou Voltaire ou ses gouvernants comme Sadi Carnot ou le Général De Gaule.

Car dans la mort d’un chef d’état, ce n’est pas seulement l’homme mortel que l’on cherche à honorer mais c’est l’image d’une partie d’Histoire qui s’inscrit définitivement dans les annales.

Je vous conseille vivement cette exposition, elle est génialissime. Et toujours pour parler de Versailles, mais rien à voir avec le sujet, Canal + a sorti une nouvelle série avec pour sujet Louis XIV. Je suis à peu près sûre que la rigueur historique n’est pas au rdv, mais c’est une très bonne série d’intrigues politiques et rien que pour les costumes, les décors et les accessoires (le carrosse en or j’adore) ; franchement vous devriez l’essayer. En plus pour une fois, on présente Monsieur comme un vrai chef de guerre et pas seulement comme excusez-moi l’expression une grande folle qui s’habille en femme. C’est un personnage plus subtil et complexe qui apparait, tout comme Louis XIV à la fois sûre de sa grandeur, sournois, ombrageux tacticien et séducteur.

http://www.leroiestmort.com/fr

Du 27 octobre 2015 au 21 février 2016.

COMMISSARIAT
Béatrix Saule, Directeur-conservateur général du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, assistée d’Hélène Delalex, Attachée de conservation au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon et Gérard Sabatier, Professeur émérite des universités.

Scénographie : Pier Luigi Pizzi

Une (très) brève histoire de l’avenir au Louvre. L’exposition qui invite à la réflexion…

La semaine dernière je suis allée voir la dernière exposition du Louvre dont le titre « Une brève histoire de l’avenir » et l’affiche m’attiraient et m’intriguaient. Inspirée du livre éponyme de Jacques Attali sorti en 2005 chez Fayard, cette expo est un dialogue entre art ancien et contemporain à travers différentes thématiques : l’ordonnancement du monde, les grands empires, l’élargissement du monde et le monde d’aujourd’hui.

C’est un peu un aperçu d’une certaine histoire de l’Humanité vu par un prisme artistique très large allant de l’art très ancien, à des objets archéologiques et  des installations contemporaines.

Tomás Saraceno (né en 1973), Vue de l’exposition « Hybrid Solitary... Semi- Social Quintet... On Cosmic Webs... » à Tanya Bonakdar Gallery et à la Biennale d’architecture de Chicago, avec les oeuvres Hybrid semi-social solitary musical instrument Arp87: built by a couple of Cyrtophora citricola-one month, one Agelena labyrintica-two months, one Cyrtophora moluccensis-two weeks, and one Tegenria domestica-four months (turned 4 times 180 degrees on Zaxis). 2015. Soie d’araignée, fibre de carbone, éclairage, trépied. Atelier de l’artiste© Tomás Saraceno
Tomás Saraceno (né en 1973), Vue de l’exposition « Hybrid Solitary… Semi-
Social Quintet… On Cosmic Webs… » à Tanya Bonakdar Gallery et à la
Biennale d’architecture de Chicago, avec les oeuvres Hybrid semi-social solitary
musical instrument Arp87: built by a couple of Cyrtophora citricola-one month, one
Agelena labyrintica-two months, one Cyrtophora moluccensis-two weeks, and one
Tegenria domestica-four months (turned 4 times 180 degrees on Zaxis). 2015. Soie
d’araignée, fibre de carbone, éclairage, trépied. Atelier de l’artiste© Tomás Saraceno

En fait c’est un peu difficile à expliquer, au début je lisais consciencieusement les panneaux explicatifs mais je me suis rendue assez rapidement compte que le meilleur moyen d’essayer d’apprécier le message c’était de se laisser porter par les œuvres. Alors certes on risque ainsi de louper une partie du message, mais ce dernier était à mon goût trop philosophique pour me garder attentive de long en large.

Le fond repose sur un questionnement par rapport à notre regard actuel sur comment s’est façonnée l’Humanité aux grés d’inventions (l’écriture), de changements de société (les premières grandes villes), d’échanges commerciaux et culturels, de guerres, de découvertes, d’élargissement du monde connu, de révolutions humaines et industrielles etc etc. Et cette réflexion doit nous mener à nous interroger sur notre avenir.

Le dossier de presse est très bien fichu et j’aurai peut-être dû le lire avant d’y aller, car je dois avouer que je me suis sentie un peu démunie devant certaines œuvres, surtout contemporaines. Après il faut dire que j’ai souvent du mal avec le fait de faire se parler des formes d’art de différentes époques, c’est toujours très subjectif. On adhère ou on est perdu. Et quand c’est pour résumer des dizaines de milliers d’années d’histoire…ce n’est pas évident de suivre le fil.

Mais ça reste une exposition très intelligente, pas seulement une succession de peinture présentées pour attirer des visiteurs et faire marcher la billetterie et en cela on ne peut que féliciter le musée du Louvre qui se place dans une ligne scientifique très pointue  appréciable pour le plus grand musée du monde. Il ne se contente pas de faire venir des millions de touristes, il leurs parle et fait appel à leurs intelligences et pas seulement à leur propension à tout prendre en photo.

Composition1Pour ma part, j’adoré la série de peintures de Thomas Cole, The course of Empire, présentée pour la première fois en France. Ces 5 peintures racontent le schéma classique de la naissance d’un Empire, son ascension, son apogée et sa chute. Ces toiles peintes entre 1833 et 1836 sont très belles mais invitent aussi à une réflexion sur l’Histoire de l’homme et des civilisations qui s’achèvent toutes à un moment ou à un autre ; la conquête du paysage et comment finalement la nature reprend ses droits à la fin. Magnifique !
Autre jolie découverte, le panorama de Zuber, les Zones terrestres, très coloré, et dans le contemporain j’ai bien aimé les toiles d’araignée de Tomás Saraceno qui expose ainsi des toiles tissées par des araignées de différentes régions du monde, filées successivement les unes sur les autres ou les compositions fleurales de Camille Henrot qui traduit dans le langage poétique ou scientifique des fleurs des ouvrages littéraires qu’elle a particulièrement aimé.

En bref, une impression de joyeux bric à brac mais non dénué d’intérêt.

Du 24 Septembre 2015 au 4 Janvier 2016

Commissaire(s) :

Dominique de Font-Réaulx, musée du Louvre, Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, avec la collaboration de Sandra Adam-Couralet, critique d’art, et de Martin Kiefer, musée du Louvre.

Conseiller scientifique :
Jacques Attali