Moi Auguste, empereur de Rome. Venez saluer Imperator Caesar Divi Filius Augustus au Grand Palais

auguste1Le Grand Palais met à l’honneur en ce moment l’un des personnages politiques et historiques les plus importants de l’Europe Occidentale et dont nous fêtons le 2e millénaire de sa mort mais qui est paradoxalement assez peu connu chez nous, éclipsé par « notre  conquérant » Jules César. Demandez aux passants dans la rue, la plupart vous diront que César est le premier empereur de Rome. Or, même s’il a contribué indéniablement à instaurer un nouveau régime et qu’en faisant du jeune Octave son héritier il lui a facilité le travail, c’est bien ce dernier sous le titre d’Auguste qui est le fondateur d’un l’Empire qui durera jusqu’en 476 ap. J-C.

 

350 œuvres venues des plus grands musées du monde (British museum, Musei Vaticani, musée archéologique de Naples, Louvre etc.) sont là pour tenter de nous faire comprendre qui était Auguste, son entourage, son rôle dans la construction du nouveau régime et dans les arts.

La tâche n’est pas facile, car pour mesurer son rôle dans la modernisation et l’embellissement de Rome qu’il trouva de briques pour la laisser de marbre selon la célèbre formule, rien de mieux qu’être in situ, et encore, malgré l’importance des traces archéologiques, elles ne rendent qu’une infime partie de ce qu’était la capitale du monde et il faut surtout une bonne imagination pour y parvenir.  Dans les salles du Grand Palais, les fragments ne suffisent pas à vraiment saisir l’importance des changements.

Mais cela ne nuit en rien à la qualité de l’exposition qui présente des pièces exceptionnelles à commencer par le fameux Augustus Prima Porta, qui a temporairement quitté les murs du Vatican pour venir séduire les parisiens.

Prima Porta, musei vaticani
Prima Porta, musei vaticani

Comment ne pas être impressionné par cette imposante sculpture de 2m, sortie de terre en 1863 dans le village de Prima Porta qui lui a donné son nom.

Cette statue de marbre serait en fait une copie d’après un original de bronze réalisé en 20 av. JC inspirée du Doryphore de Polyclète. Elle marque l’image type de l’empereur qu’on appelle « type augustéen » avec sa coiffure caractéristique faite de petites mèches tombant sur le front formant une petite pince. Le visage est lui éternellement jeune et classique, même à la fin du règne (il meurt à 76ans) on retrouvera ce visage juvénile et cette idée que l’empereur n’a pas d’âge. La représentation de l’empereur sert de base à une propagande efficace aux quatre coins de l’Empire avec l’instauration du culte impériale, véritable ciment qui lie toutes ces cultures à la figure centrale du souverain. Il existe ainsi plus de 210 représentations connues d’Auguste, sous forme de médailles, monnaies, statues, panneaux peints, fresques ou gemmes,  ce qui est considérable.

À ses pieds on retrouve un Cupidon qui rappelle l’ascendance divine des Julii qui se prétendaient descendants de Vénus et d’Enée ; le dauphin est pour sa part une évocation d’Apollon, le dieu tutélaire d’Auguste qui lui fera d’ailleurs construire un temple juste à côté de sa demeure sur le Palatin. Cupidon dominant le dauphin est peut-être aussi un rappel de la pacification des mers par Auguste, comme il le dit dans les Res gestae.

Mais l’élément le plus marquant de cette sculpture reste la cuirasse dont la décoration montre la restitution en 20 av. JC des enseignes perdues par Crassus lors de la Bataille de Carrhes en 53 av. J.-C. C’est autant la  victoire militaire que diplomatique qui est évoquée dans cette scène.

Portrait d’Auguste de Méroé 29-20 avant J.-C. Bronze, calcite et verre (yeux) H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Portrait d’Auguste de Méroé
29-20 avant J.-C.
Bronze, calcite et verre (yeux)
H. 46,2 cm, L. 26.5 cm, prof. 29.4 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Un autre portrait apparait bien plus tard dans l’exposition, l’Auguste de Méroé, découvert au Soudan sous le pavement d’un temple où il avait été enterré en signe de protestation. Il était ainsi régulièrement piétiné par les habitants de Méroé. Cette tête de bronze reprend le type Prima Porta mais est beaucoup plus expressif grâce aux yeux toujours présents, composés de calcite et de verre, ce qui donne au visage un souffle de vie impressionnant quand on le fixe.

 

Mais revenons au parcours de l’exposition. Une galerie de portraits évoque la grande famille de d’Octave. J’adore les portraits romains donc je décrète de manière plus que partial et sans objectivité aucune, cette salle la plus sympa de l’expo. Un petit rappel pour les personnes qui ne sont pas callées en histoire romaine, Octave ou Octavien comme on l’appelle usuellement après son adoption, est le véritable nom d’Auguste, Augustus signifiant « le majestueux » étant un titre suprême qui lui est accordé en 27 av. JC, date qui marque officiellement le début de l’Empire.

Auguste, Camée ‘Blacas’ Vers 14-20 ap. J.-C. Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm Londres, The British Museum © The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum
Auguste, Camée ‘Blacas’
Vers 14-20 ap. J.-C.
Sardonyx, H. 12,8 x l. 9,3 cm
Londres, The British Museum
© The British Museum, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / The Trustees of the British Museum

Octave est le fils de Gaius Octavius, gouverneur de Macédoine et d’Atia Balba Caesonia, nièce de Jules César par sa mère Julia. Contrairement à la série Rome de HBO, Atia était considéré comme une matrone idéale notamment par Tacite, tout comme la sœur d’Auguste, Octavia.

Adopté par César dans son testament, le jeune homme de seulement 19ans, va en user avec une intelligence redoutable. Il commence par prendre le nom de César qu’il divinise. Soutenu par Cicéron, il devient sénateur à 20ans, contournant largement le cursus honorum qui veut qu’on ait minimum 37ans pour recevoir cette charge ô combien importante. S’en suivent les guerres civiles avec les meurtriers de César, Cassius et Brutus qui s’achève à la bataille des Philippes en 42 av. J-C, et  celle contre le fils de Pompée, Sextus Pompée. C’est à l’occasion de ces conflits que se forme le second triumvirat avec Marc Antoine et Lépide. Mais l’alliance se désagrège avec le conflit contre Marc Antoine et sa maitresse Cléopâtre qui prend fin à la bataille d’Actium en 31 av. J-C. Bataille qui scelle le destin d’Octavien.

Il est nommé Princeps senatus en -27 puis Augustus. Le principat se met peu à peu en place et la vieille République romaine s’efface, s’en même s’en rendre compte par l’habilité d’Auguste qui maintient les apparences républicaines.

Auguste s’est marié trois fois, mais il n’aura qu’une fille, la fameuse et sulfureuse Julia qui finira exilée loin de Rome. Ses deux fils sont adoptés par Auguste mais ne survivent pas, mais par sa fille qu’elle a eu avec Agrippa, le fidèle ami de l’empereur, elle va devenir la grand-mère de Caligula et d’Agrippine Minor, mère de Néron. La sœur d’Auguste, Octavia, en épousant Marc Antoine est de son côté la grand-mère de l’empereur Claude et l’arrière-grand-mère de Caligula et Agrippine minor. Les Julio-claudiens sont une drôle de famille, un peu compliquée à comprendre je vous l’accorde…

Finalement celui qui succèdera à Auguste sera son beau-fils qu’il avait également adopté, Tibère, le fils de Livia sa troisième épouse.

Livie, musée du Louvre
Livie, musée du Louvre

Les représentations de la famille impériale sont nombreuses et autant que l’image de l’empereur, elle serve à appuyer le nouveau régime politique qui se met en place, en lui donnant une légitimité dynastique que personne ne contestera à la mort d’Auguste en 14 de notre ère.

 

Les phases suivantes de l’exposition tentent de nous faire entrevoir les changements survenus dans les arts de l’époque. Dans l’architecture d’abord avec un vaste programme de rénovation de l’Urbs : théâtre de Marcellus, Panthéon, forum, temple etc.

La capitale de l’Empire s’organise et avec elle tout l’empire à travers une administration rénovée et une armée puissante. La paix retrouvée est l’un des messages les plus utilisés de la propagande impériale, notamment avec la construction de l’Area Pacis dont un morceau est présenté ici.

Cette paix apporte aux citoyens romains la prospérité et le cadre de vie évolue comme en témoigne le mobilier de l’époque. Les commandes artistiques sont plus importantes avec l’installation d’artiste grecs comme Pasitélès et le développement des arts somptuaires est manifeste, notamment avec les innovations techniques qui font apparaitre des objets fameux. La glyptique en est un exemple particulièrement frappant avec ces superbes camées aux portraits de l’empereur. En parallèle d’un climat d’aemulatio et d’interpretatio de l’art grec, l’empereur appuie le développement d’une culture latine en encourageant des auteurs comme Tacite, Ovide, Horace et Virgile. Ce dernier est d’ailleurs chargé d’écrire l’Énéide, Epopée qui raconte les origines troyennes mythiques de Rome tout en faisant l’apologie d’Auguste et des valeurs romaines.

 

Created with Nokia CameraLe contrôle de l’Empire est l’une des priorités du pouvoir, dans l’Eneide, Virgile dit que c’est la vocation de Rome de dominer le monde.

L’empire est donc divisé en une quarantaine de provinces, dont les plus anciennes,  pacifiées sont placées sous l’autorité du Senat et gouvernées par des proconsuls, ce sont les provinces du « peuple romain » ou « sénatoriales » comme par exemple la Sicile, la Macédoine et à partir de 22 la Narbonnaise.

Les autres sont dites « provinces impériales », placées sous son contrôle direct, il nomme les légats pour 2 à 4ans. Elles sont souvent aux frontières et sont de fait plus stratégique comme la Belgique, la Lyonnaise, l’Aquitaine, la Corse, la Sardaigne ou la Judée.

Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Trésor de Boscoreale : skyphos à poucier
Décor de deux branches d’olivier nouées sur leur tige
argent, H. 8,1 cm, L. 19,5 cm, diam 12 cm
Paris, musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Pour mieux connaître toutes ces provinces Auguste étend à l’ensemble du territoire le recensement qui est la clef de voûte de l’administration, permettant de déterminer les droits et les devoirs de chacun.

La partie consacrée aux provinces est importante dans le parcours de l’exposition, tant était leurs rôles dans l’Empire d’Auguste. Des éléments d’architectures et de sculptures retrouvées lors de différentes fouilles sont présentés comme cet autel de la paix de Narbonne, l’autel aux cygnes d’Arles ou le Trophée gaulois de Glanum. Une belle part est  consacrée à la Gaule dont il continuera la pacification au Nord, la Narbonnaise étant de son côté totalement romanisée depuis longtemps. Ce n’était pas le cas dans l’exposition romaine, ce qui permet aux visiteurs parisiens de s’approprier d’avantage le contenu

 

En somme une exposition au contenu riche et exceptionnel pour un homme non moins exceptionnel que je ne peux que recommander même si encore une fois mon objectivité en ce qui concerne la Rome antique et les Julio-claudiens est un peu bancale….Vous verrez des objets présentés pour la première fois en France et vous ferez la connaissance d’un personnage politique ô combien passionnant.

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