Bella Principessa. Comme quoi l’intuition paye.

C’est ce qu’on appelle une jolie plus-value. La paternité de la belle princesse attribuée à Léonard Da Vinci lui a valu une explosion de sa valeur marchande, passant de 21 850$ en 1998 à plus de 150 millions aujourd’hui. Preuve que l’or ou que le franc Suisse comme valeur refuge c’est out et que l’art c’est nettement plus rentable avec un capital multiplié tout de même par 6900.

Bella Principessa, Leonard de Vinci (?), 1496

Son histoire est un véritable polar avec tous ses ingrédients  : enfant illégitime, jolie fille mystérieuse, argent et paternité douteuse…

L’oeuvre en elle-même est un dessin à « trois crayons »-craie blanche, noire et rouge- à la plume et au lavis sur un vélin tendu sur une planche de chêne de 33cm sur 24cm.

 

Cette jolie et pale princesse rousse aux yeux clairs se nommait Bianca Sforza. Elle était la fille illégitime de Bernardina de Carradis et du duc de Milan, Ludovico Sforza, dit le More. Elle fut mariée à seulement 13ans à Galeazzo Sanseverino, un fidèle commandant de son père. Malheureusement pour elle, sa vie fut vite écourtée car elle disparu peu de temps après des suites d’une maladie abdominale. Ainsi s’acheva sa vie terrestre, mais grâce à ce dessin, plus de 500ans plus tard, nous parlons toujours d’elle.

Bella Principessa, détail

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici,  l’histoire du dessin en tant qu’objet est tout aussi intéressante que celui du jeune modèle.

Quand elle fut mise en vente par Christie’s N-Y en 1998, les experts virent en elle une œuvre allemande du XIXème siècle, un simple pastiche dont l’appellation était alors « Jeune fille de profil en robe de la Renaissance ». Ce fut Kate Ganz, propriétaire de la Gallery Ganz à New-York, spécialisée dans la Renaissance italienne qui l’acquit et l’exposa. La plupart des visiteurs de cette galerie ne voyait en elle qu’une simple œuvre de moins d’un siècle d’âge, mais un homme eu une conviction tout autre. En l’aperçevant il se mit à rêver de Ghirlandaio et même de De Vinci sans trop y croire. C’est homme, un marchand canadien qui vit en France, Peter Silverman eut pourtant assez d’espoir pour l’acheter en 2007 pour le compte d’un riche anonyme suisse. Il fut encouragé dans ce sens par Martin Kemp, reconnu comme l’un des plus grands experts de Leonard De Vinci et professeur au Trinity College d’Oxford. Ce dernier avait également l’intuition que l’œuvre était de la main de Leonard De Vinci. A force de l’étudier, minutieusement, attentivement, l’intuition se mua peu à peu en certitude, notamment par rapport à la manière dont les ombres sont travaillées semble-t-il avec une main gauche. Or, Leonard de Vinci était gaucher.

C’est Kemp qui suggéra l’identité de la princesse comme étant Bianca dont le mari et le père étaient mécène du peintre, le seul peintre gaucher de cette cour. Dès lors les investigations commencèrent (voir le lien en anglais du Newyorker pour plus de détails) afin de percer le mystère et de pourquoi pas? Identifié le 13eme portrait de Leonard!

Le vélin fut envoyé à l’Institut fédéral suisse de technologie de Zurich (ETHZ) pour une analyse au carbone 14 qui révéla une datation approximative entre 1440 et 1650. On se rapprochait du maître qui vécut entre 1452 et 1519 mais la prudence était toujours de mise car des copieurs utilisant de vieux papiers et de vieilles toiles ont déjà trompés plus d’un expert. Les études et les analyses continuèrent et en 2009, Kemp se tourna vers Peter Paul Biro, un expert en art légiste qui s’était spécialisé dans la recherche des empreintes d’artistes sur les toiles. Pour voir plus de détails de l’œuvre, Ils firent faire des analyses basées sur la photométrie multispectrale (déjà utilisée sur la Joconde en 2004) au laboratoire parisien Lumière Technology, mené par P. Cotte et J. Pénicaut.

Bandeau multispectral réalisé par le laboratoire Lumière Technology, Paris.

Grace à un spectromètre très précis, les scientifiques ont recomposé le spectre de réflexion diffue, c’est-à-dire tous les éléments composant la couche picturale et c’est là qu’une empreinte de paume est apparue. Il arrivait souvent à Leonard de Vinci d’utiliser ses mains quand il peignait et l’on trouve parfois ses empreintes sur ses œuvres. Biro a d’ailleurs comparé cette empreinte à celle retrouvée sur Le St Jérôme du Vatican et y à retrouver de fortes similitudes. Les preuves commencèrent vraiment à converger vers le peintre florentin malgré des réserves persistantes de la part de quelques historiens d’art.

Saint Jérome, Leonard de Vinci, Vatican, Rome.

C’est alors qu’ une nouvelle trouvaille est venue (de manière définitive ?) confirmer un peu plus ce qui pourrait être une découverte majeure pour l’histoire de l’art, car aucune œuvre de De Vinci n’a été retrouvée depuis 100ans. Cette découverte, c’est tout simplement la provenance de l’œuvre et c’est l’historien David Wright qui en 2011 leur apporta une piste très sérieuse. Après que Kemp et Cotte émirent l’hypothèse que le portrait venait d’un livre à cause de trois minuscules trous sur sa marge, il leur indiqua de quel livre il pouvait venir.

D. Wright est un spécialiste des Sforziades écrits par Giovanni Simonetta, des livres imprimés sur du vélin pour la famille Sforza racontant la vie de Francesco Sforza qui a établi la dynastie des duc de Milan. Il en existe aujourd’hui quatre exemplaires : un à la Bibliothèque Nationale de Paris, un à la British Librairy, un aux Offices de Florence et celui qui nous intéresse, à la Bibliothèque Nationale de Varsovie.

Celui-ci aurait été fait à l’occasion du mariage de Bianca en 1496 selon Kemp. Arrivé dans les collections de François Ier, il l’aurait offert au roi de Pologne en 1518 pour son mariage avec Bona Sforza. Il manque aujourd’hui un feuillet dans cet exemplaire, feuillet qui aurait été enlevé  pour l’encadrer au XVIIIème lors d’une restauration. Les études poussées du laboratoire Lumière Technology prouvèrent une forte similitude entre le codex et le vélin dans leurs caractéristiques physiques (composition, dimension etc.). De plus, Martin Kemp et Pascal Cotte montrèrent la parfaite correspondance entre les trous de reliure du portrait et ceux du codex. Autant dire que beaucoup d’élément convergent dans le sens de Leonard de Vinci et rendent cette œuvre absolument extraordinaire.

C’est une découverte majeure pour l’histoire de l’art et l’acheteur suisse peut remercier Silverman de lui avoir acheté cette petite princesse qui a tout d’une reine désormais. Il lui aurait promis du caviar jusqu’à la fin de sa vie.

Une personne dans cette affaire pourtant ne semble pas ravie du tout et on la comprend, l’ancienne propriétaire de l’œuvre. Jeanne Marchig, présidente d’une association de défense des animaux britannique a en effet porté plainte contre Christie’s New-York pour négligence, ces derniers ayant estimés l’œuvre entre 12 000et 16 000$ en 1998…………Celle-ci en valant désormais probablement plus de 150 millions, on peut comprendre que la couleuvre passe mal. C’est un peu comme avoir un ticket de loto gagnant et le perdre….en pire !

la fameuse empreinte

Liens :

http://www.miwim.fr/blog/une-peinture-de-leonard-de-vinci-decouverte-grace-a-ses-empreintes-digitales-6542

http://www.nola.com/arts/index.ssf/2009/10/new_leonardo_da_vinci_paiting.html

http://www.lepost.fr/article/2011/09/30/2602388_plus-mysterieux-que-le-sourire-de-la-joconde-la-bella-principessa.html

http://www.connaissancedesarts.com/peinture-sculpture/actus/breves/la-belle-princesse-pourrait-etre-un-leonard-de-vinci-91851.php 

http://www.artclair.com/site/archives/docs_article/89636/l-attribution-de—la-belle-princesse—a-leonard-de-vinci-certes-confirmee-mais-toujours-contestee.php

http://www.newyorker.com/reporting/2010/07/12/100712fa_fact_grann

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2009/10/15/001-dessin-da-vinci.shtml

http://www.lumiere-technology.com/discoveries3.html http://www.lumieretechnology.com/news/Etude_Sforziada_Pascal_Cotte_v15.pdf

Martin Kemp, « Leonardo», Oxford University Press, October 6th 2011.

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