De Rubens à Van Dyck à la Pinacothèque

imagesAvant de s’engouffrer dans les têtes d’affiche de la rentée, je suis, il y a deux semaines, allée flâner du côté de la Pinacothèque qui proposait une exposition estivale inédite au titre racoleur de « De Rubens à Van Dyck les chefs-d’oeuvre flamands de la collection Gerstenmaier ».
Bon quand on a l’habitude on se doute que ce ne sera pas forcément une exposition si axée que ça sur Rubens ou Van Dyck et évidement ce n’est pas le cas. Néanmoins cela reste une exposition intéressante qui a le mérite de mettre en lumière la peinture flamande et d’autres artistes moins connus comme Martin de Vos et Gaspar-Pieter Verbrugeen le jeune. Le contexte géoéconomique est également expliqué afin de mieux comprendre les raisons qui ont permis à l’école flamande de se développer à cette époque et de cette manière. Les Provinces-Unies majoritairement réformés et plus libertaires d’un point de vue religieux prennent leurs indépendances vis-à-vis des  Pays-Bas espagnols ultra catholiques sous le règne de Philippe II d’Espagne. La peinture se développe dans un contexte économique favorable dans les deux provinces mais avec des orientations différentes. La bourgeoisie marchande favorise les arts en commandant beaucoup et on voit des genres tels le paysage ou la nature morte se développer.

Sans tomber dans une adoration profonde on trouve de jolies pièces comme la figure de proue de l’exposition, la Vierge de Cumberland de Rubens copiée plus tard par Delacroix et Van Gogh. D’une luminosité interne splendide, elle illumine la pièce. Les portraits signés Van Dyck, notamment sa série de gravures pour illustrer La vie des hommes illustres du XVIIe, sont comme à son habitude d’une redoutable efficacité dans la reproduction de la physionomie qui laisse transparaitre le caractère des modèles. Qui aime les fleurs devra également apprécier celles de  Verbruggen le Jeune.

Il s’agit d’une partie de la collection de Hans Rudolf Gerstenmaier, un industriel allemand qui commença sa collection en Espagne il y a 40 ans, achetant essentiellement en salle des ventes. Si j’ai bien compris une partie rejoindra l’accrochage permanent de la Pinacothèque. L’exposition se termine d’ailleurs dans cet accrochage d’un éclectisme assumé fidèle à sa volonté de créer des « ponts qui existaient entre les différentes d’artistes et les différentes époques (M. Restellini)».

C’est pour résumer une sympathique exposition d’inter saison, sans prétention mais qui a l’intérêt de présenter des œuvres méconnues et de sortir des sentiers battus. En plus, chose agréable, elle est courte. Par contre j’ai cru comprendre sur d’autres blogs (http://www.critiquefacile.fr/de-rubens-a-van-dyck-pinacotheque-de-paris/) qu’ils ne s’étaient pas foulé pour la muséographie reprenant celle de Klimt ce qui confirme mon idée qu’il s’agit vraiment d’une petite exposition passe-temps en attendant mieux, même aux yeux de ses organisateurs apparemment.

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La Sécession viennoise de Klimt illumine la Pinacothèque

Gustav Klimt est peut-être l’un des artistes les plus subjuguant de ce fin XIXe-début XXe siècle avec des œuvres esthétiquement empruntes de mystères et d’érotismes, jonglant entre modernité et classicisme.

Les œuvres de lui en France ne sont pas nombreuses, aussi lorsqu’une exposition lui est consacrée, on court. Alors certes certains vous diront « tout ça pour ça », car avec 15 œuvres de Klimt sur plus de 150 exposées, ce n’est pas le grand déballage. Mais même s’il n’y en a pas beaucoup, qu’est-ce qu’elles sont belles, bien que ce soit très subjectif.

La Pinacothèque organise en ce moment, l’une de ses expositions les plus réussies depuis longtemps à mon avis : des œuvres remarquables de beauté mais aussi d’importance pour l’Histoire de l’art, un parcours clair et des explications précises sans être assommantes. Et en bonus, audio guide gratuit pour ceux qui le souhaite. Alors que demande le peuple ?

Ernst Klimt, Pan et Psychée
Ernst Klimt, Pan et Psychée

Nous sommes plongés dans la Vienne impériale de la fin du XIXème siècle, la Vienne de François-Joseph dont le buste nous accueille, La vienne de Sissi, du faste, mais aussi la Vienne très conservatrice d’un point de vue artistique.

C’est dans ce contexte riche à tout point de vue, que va éclore l’art de Klimt et de ses compagnons et que se créé la Sécession Viennoise (Secessionsstil) en 1897, fondée par Josef Olbrich, Josef Hoffman et Gustav Klimt.
Influencée par l’idée Nietzschéenne d’un instinct force créatrice, la Sécession viennoise est souvent considérée comme la branche autrichienne de l’art nouveau. Elle se définit comme une recherche de synthèse totale entre tous les arts, une ouverture aux arts décoratifs et arts appliqués mais aussi aux arts de tous les pays. C’est la quête de l’œuvre d’art totale. C’est pour cela qu’en plus de peinture vous verrez des projets d’architecture, des objets d’art, des photographies et du mobilier.

Photo: Gustav Klimt - Reconstitution de la Frise Beethoven, 1985. Technique mixte sur plâtre sur chaume 216 x 3438 cm
Photo: Gustav Klimt – Reconstitution de la Frise Beethoven, 1985. Technique mixte sur plâtre sur chaume 216 x 3438 cm

La Sécession a son propre palais où elle organise des expositions. Conçu par Olbricht, sur son fronton il porte la devise du mouvement : « à chaque époque son art, à l’art sa liberté ».
Mais les divergences de points de vue vont peu à peu séparer ses membres. Il y a notamment rupture entre les naturalistes-conservateurs et ceux qui veulent croire à l’art total et dont fait partie Klimt.

Theodor von Hörmann, Blick auf Paris, 1890, Öl auf Leinwand, 46 x 81 cm, Belvedere, Wien, Inv.-Nr. 3799
Theodor von Hörmann, Blick auf Paris, 1890, Öl auf Leinwand, 46 x 81 cm, Belvedere, Wien, Inv.-Nr. 3799

Le parcours de l’exposition de la Pinacothèque se veut thématique, le contexte historique viennois pour commencer et les premiers artistes de ce mouvement avec leurs nombreuses inspirations, notamment l’art contemporain parisien et plus particulièrement l’impressionnisme. Nombreux sont les peintres viennois à séjourner dans la capitale française et leurs œuvres témoignent de cet amour.

Le goût de l’antique, de la mythologie est aussi palpable tout comme la fascination pour ce qui est alors une révolution en médecine, la psychanalyse de Freud.  Deux gravures d’œuvres aujourd’hui détruites par les nazis sont là pour nous le rappeler : La Philosophie et la Médecine qui firent scandale en leurs temps.

la philosophie
la philosophie

Morceau de choix, la copie de la frise de 34m de long consacrée à Beethoven, illustrant la 9e symphonie et présentée pour la première fois en 1902 est l’un des points d’intérêts de cette exposition. L’original orne toujours les murs du palais de la Sécession.  Voici un exemple d’œuvre totale mêlant la peinture, l’architecture et la musique où Klimt peint en y ajoutant divers matériaux ce qu’il ressent en écoutant ce morceau.

La femme tient aussi une part essentielle dans l’œuvre de Klimt et de ses contemporains. La femme sous toutes ses coutures si on peut dire, sans idéalisation, tantôt fragile, tantôt fatale.

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Judith I

Judith et Salomé sont deux figures bibliques qui ont toujours fasciné les artistes de tous siècles, inventant et réinventant le thème à loisirs. La Judith I de Klimt est l’un de ses chefs-d’œuvre les plus célèbres. On y décèle une multitude d’influences, l’or des mosaïques de Ravenne, la cadre Art Nouveau. Mais surtout sa Judith est l’incarnation de la femme sensuelle, elle ne se dérobe pas, elle est peinte de face, les yeux mi-clos, presque en extase.
Dans cette vision de la femme, la photographie prend une place importante. Car N’oublions pas cette ouverture sur tous les arts que prône la Sécession. Cohabitent ainsi à côté des peintures de nombreux clichés notamment d’Heinrich Kühn.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette exposition et je vous la conseille, il vous reste un peu plus d’un mois pour découvrir ce mouvement artistique viennois et son chef de fil Gustav Klimt, dont les acolytes sont aussi plein de talents.

Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne, Pinacothèque de Paris
12 février-21 juin 2015

C’est les vacances, soyons coquins, Geishas et Kâma-Sûtra vous attendent à la pinacothèque

Pour certains ce ne sera peut-être pas du meilleur goût d’aborder ces expositions juste avant noël, mais tant pis je n’en ai pas d’autres sous la main, donc un peu de sensualité, de sexualité et d’art avec les geishas d’un côté et le  Kâma-Sûtra de l’autre. L’érotisme oriental est à l’honneur, de quoi vous réchauffez un peu…

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La première  consiste en une succession chronologique de plus de 200 estampes japonaises de l’époque d’Edo (1603-1867) à l’époque Meiji (1868-1912). On commence avec des images très douces, montrant la délicatesse et la beauté des courtisanes japonaises, puis peu à peu on arrive à des images moins conventionnelles, très érotiques qui ne laissent pas beaucoup de place à l’imagination si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui est intéressant à comprendre c’est surtout le contexte culturel qui peut entourer ces estampes, ces shunga. Elles n’étaient pas diffusées largement mais au contraire étaient conservées par une élite érudite et bourgeoise de la population.

Utagawa Kunisada: Kesa Gozen, épouse de Watanabe Wataru (Watanabe Wataru no tsu-ma Kesa Gozen), 1843-1847. Museo delle Culture, Lugano © Photo : 2014 Museo delle Culture, Photo A. Quattrone
Utagawa Kunisada: Kesa Gozen, épouse de Watanabe Wataru (Watanabe Wataru no tsu-ma Kesa Gozen), 1843-1847. Museo delle Culture, Lugano © Photo : 2014 Museo delle Culture, Photo A. Quattrone

Une place importante est aussi donnée à la vie de ces geishas qui ne sont pas que des courtisanes raffinées mais aussi des femmes qui maitrisent parfaitement tous les arts de la beauté, de la musique, de la poésie, de l’habillement et de la danse entre autres. Un joli ensemble de nécessaire à beauté en témoigne, tout comme ces 2 sublimes kimonos du XVIIIème siècle. En France, ces estampes ont contribuées au japonisme du XIXème siècle, la plupart était jusqu’alors cachée dans les collections privées, récoltées par des artistes tels que Zola ou Klimt.
Ce qui est amusant aussi, c’est le caractère presque caricatural de certaines représentations. Les hommes ont par exemples des phallus un peu trop grands pour être vrais. Ce caractère exagéré ce retrouve dans certains mangas actuels, héritiers de cette longue tradition. A voir les petites poupées de Chiho Aoshima, trop kawai !!!

kama-sutra5L’autre exposition consacrée au Kâma-Sûtra est je dois l’avouer à mon goût plus réussie car plus riche dans sa diversité artistique et son propos. En dehors de l’image sulfureuse qui se cache derrière c’est toute une philosophie et un art de vivre à l’indienne que cherche à mettre en avant la Pinacothèque. C’est une plongée d’un un livre mondialement connu mais depuis finalement pas si longtemps que ça au regard de son âge. En effet, la traduction anglaise pour le grand public date de 1963 et encore beaucoup ignore ce qui se cache vraiment derrière ses pages.
Composé de 7 livres au IVème siècle par un brahmane, Vatsyayana, le Kâma-Sûtra est avant tout un manuel de vie, qui repose sur les trois grands principes du bonheur selon l’hindouisme, dharma (la vertu), l’artha (le bien-être matériel) et le kâma (l’amour et le plaisir). Sur ces 7 livres, seul un a affolé et affole toujours les plus coquins, le deuxième avec ses 64 positions, dont certaines sont il faut le dire légèrement impossible à reproduire.  Les 6 autres sont consacrés à la société et les concepts sociaux, la séduction et le mariage, l’épouse, les relations extra-maritales, les courtisanes et les arts occultes.

Les 300 œuvres exposées sont toutes d’une grande beauté, les bas-reliefs de bois, les bijoux, les objets un peu rituels (beaucoup de yoni et lingam, représentations symboliques des 2 sexes) …C’est une belle exposition qui nous permet aussi d’en apprendre plus sur la religion indienne, avec ses dieux tels Shiva, Ganesh ou Vishnou. La place de la femme est aussi très intéressante. Loin d’être une femme soumise, elle a son mot à dire, on lui donne par exemple des conseils pour tromper son époux et la courtisane, à l’image des geishas est une femme instruite et raffinée.
Le manuel original enfin apparait plein de liberté et d’ouverture, par exemple il ne prohibe pas l’homosexualité, loin du puritanisme qui le censurera quelques siècles plus tard et encore aujourd’hui.

Profitez-en, en janvier c’est fini, vous pouvez même prendre des notes pour la saint Valentin…

Cléopâtre ! Tout un symbole et tout un mythe qui prend ses quartiers d’été à la Pinacothèque

Bache-Les Quatre-05-2.inddAlors que le Grand Palais rendait un sublime hommage à Auguste, la Pinacothèque de son côté met en lumière l’une de ses plus prestigieuses ennemies, Cléopâtre VII Théa Philopator. Cette dernière n’a peut-être guère besoin d’exposition pour être connue mais pour être mieux comprise, oui ! Partons donc sous le soleil d’Egypte voir si la Pinacothèque répond à nos espérances.

Conçue en deux volets, l’exposition présente dans un premier temps la Cléopâtre historique et de l’autre la légende qui se forme très rapidement autour de cette reine.

Mais qui est vraiment Cléopâtre VII, dernière souveraine d’Egypte ? C’est l’Histoire derrière le mythe que cherche à révéler au grand public Marc Restellini.  Le chef d’état puissant et cultivé, derrière la femme qui envouta César et Marc Antoine.

Fille de Ptolémée XII Aulète, elle appartient à la dynastie des Lagides, issue du général d’Alexandre le Grand, Ptolémée. Elle donc d’origine grecque ce que beaucoup oublient. Elle a deux sœurs, Bérénice qui régna 3 ans et se fit exécuter par son père et Arsinoé au destin tout aussi tragique. Ses frères seront ses époux successifs, Ptolémée XIV et XV. Elle est redoutablement intelligente, avec un don inné pour les langues. Elle pouvait disait-on parler avec les nombreux ambassadeurs sans interprètes. C’est également l’une des rares souveraines de sa dynastie à parler l’égyptien. Mais je ne vous ferrais pas ici sa biographie qui est passionnante, je vous invite vraiment à en trouver une bien écrite et plus complète car peu de personnages historiques ont eu une vie si romanesque et tragique à la fois.

Milieu du Ier siècle av. J.-C. Égypte ? Marbre pentélique 21,4 x 14,5 x 17,1 cm Musée des Antiquités, Turin © Photo : Ernani Orcorte - Torino
Milieu du Ier siècle av. J.-C.
Égypte ?
Marbre pentélique
21,4 x 14,5 x 17,1 cm
Musée des Antiquités, Turin
© Photo : Ernani Orcorte – Torino

Le point fort de cette exposition c’est de nous présenter des portraits de la reine dont la tête de Turin, très hellénique qui a conservé presque tout son nez, rappelant la célèbre phrase de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » On peut essayer de deviner la beauté de cette femme qui fit chavirer le cœur du grand César et du fougueux Marc Antoine avec qui elle vécut une vie inimitable jusqu’à la fameuse bataille d’Actium qui brisa leurs rêves mais marqua l’ascension d’Octave. Je reprocherai juste à l’exposition de ne pas expliquer plus clairement que ça ce qui certifie que c’est elle qui est représenté par ce marbre. Qu’est ce qui rend l’identification incontestable ? L’indice de la présence d’une couronne ? Mais encore ? Je me rappelle lorsqu’on a découvert le César du Rhône aujourd’hui à Arles, les archéologues avaient par des comparaisons précises bien montré que les traits étaient ceux de l’Imperator. Ici on nous dit juste c’est Cléopâtre, alors que justement le nombre de portraits est assez restreint paradoxalement pour une figure historique réputée pour sa beauté.  L’autre regret c’est que cette partie de l’exposition passe finalement assez vite sur la vie de la reine, manque de matière peut-être et s’étend sur plus de la moitié du parcours à nous raconter les rites funéraires, le panthéon égyptien à l’époque Lagide et la mode égyptisante qui touche Rome à cette époque. Sans grand intérêt, à part cette dernière partie justement, avec notamment ces scènes nilotiques d’une grande beauté comme ce crocodile provenant de la Ville d’Hadrien à Tivoli, cette peinture montrant une bataille de pygmées ou ce magnifique bronze représentant peut-être Ptolémée Apion découvert à Herculanum avec ses cheveux tressés et virevoltants.
Les amoureux de l’Egypte antique seront séduit, mais ce n’est pas comme-ci on manquait d’art égyptien dans nos musée.

Guido Reni  (Bologne, 1575-Bologne, 1642) La Mort de Cléopâtre c. 1640 Huile sur toile Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270
Guido Reni
(Bologne, 1575-Bologne, 1642)
La Mort de Cléopâtre
c. 1640
Huile sur toile
Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270

La seconde partie touche au mythe de Cléopâtre, et il est vrai que la reine avait tout pour inspirer deux millénaires d’artistes. Une beauté réputée, une intelligence encore une fois affutée, un sens politique et un amour de son pays incontestables mais surtout deux histoires d’amour romanesques à souhait avec leurs lots de scènes qu’un excellent auteur n’aurait pu inventer : son introduction auprès de César enroulée dans un tapis ou la vie inimitable avec Antoine jusqu’à sa mort par piqure d’aspic pour ne pas avoir à se soumettre devant Octave.

Bien que réhabilitée aujourd’hui (quoi que), Cléopâtre a longtemps trainé une image sulfureuse en partie construite par les historiens de Rome qui en firent tour à tour  une « regina dementis (Horace, Odes, I, 37), une « putain » (Properce, Élégies, III, 11) et une « souillure » (Virgile, Énéide, VIII, 688). Elle est « La » femme qui détourne les hommes de la raison d’état. Elle va aussi incarner le luxe et la débauche orientale à la Renaissance, mais à partir du XVIe siècle, les peintres s’attachent plus à son côté femme amoureuse dont la passion finit en tragédie en mettant en scène sa mort : Guerrieri, Lanfranco, Giudo Reni etc.

Achille Glisenti  La Mort de Cléopâtre 1878, huile sur toile, 120 x 192 cm  Museo della Città-Santa Giulia
Achille Glisenti
La Mort de Cléopâtre
1878, huile sur toile, 120 x 192 cm
Museo della Città-Santa Giulia

Dans la lignée de Shakespeare, le théâtre s’approprie cette figure qui devient héroïque et les plus grandes actrices vont jouer son rôle dont Sarah Bernhardt et Vivian Leigh pour la Cléopâtre de  George Bernard Shaw. Elle trouve sa place à l’opéra avec Haendel, Berlioz et Massenet. L’opéra en 4 actes de ce dernier est évoqué ici par les costumes et la voix d’une de son interprète, Montserrat Caballé. Elle est également l’une des premières figures du cinéma, chez Méliès en 1899 ou J. Gordon Edwards  en 1917 dont les dernières copies ont brûlé dans un incendie à la Fox mais qui inspirera certainement Cécil B. De Mille avec  Claudette Colbert dans le rôle principal. Mais c’est surtout la Cléopâtre de Joseph Mankiewicz sorti en 1963 qui marque les esprits avec la sublime Elisabeth Taylor et son histoire d’amour avec Richard Burton. Pour l’anecdote, Goscinny et Uderzo visionnant le film y trouvèrent l’idée de leur album Astérix et Cléopâtre, où la reine tient de l’actrice américaine mais arbore un nez qui rappelle la citation de Pascal. Toujours dans l’univers d’Astérix, l’exposition fait aussi une part belle à son adaptation par Alain Chabat avec Monica Bellucci dans le rôle de la reine.  On peut d’ailleurs voir ses costumes ainsi que ceux d’Elisabeth Taylor, de quoi faire rêver nombre d’entre nous…..

 

Elizabeth Taylor, in  Cléopâtre, 1963 1963  Tissu  Collezione Costumi d’Arte -  Peruzzi - Rome © Photo : D. Alessandro
Elizabeth Taylor, in
Cléopâtre, 1963
1963
Tissu
Collezione Costumi d’Arte –
Peruzzi – Rome
© Photo : D. Alessandro

Sans rendre à mes yeux suffisamment hommages aux qualités politiques et intellectuelles de Cléopâtre et restant beaucoup en surface, la Pinacothèque nous offre malgré tout une exposition sympathique pour cet été, mais sans plus. Malgré tout, les amoureux du personnage, du cinéma et de l’histoire antique y trouveront peut-être de quoi se faire plaisir.
Sur ce, je vous souhaite à tous de belles vacances !!!

LE MYTHE CLÉOPÂTRE

À la Pinacothèque de Paris, du 10 avril 2014 au 07 septembre 2014

 

 

Entre Art Nouveau et Art Déco à la Pinacothèque

La Pinacothèque est devenue adepte des doubles expositions avec des mises en parallèle de sujets complémentaires comme Van Gogh et Hiroshige. Cette saison, c’est au tour de l’Art nouveau d’être confronté à l’égérie de l’art déco, Tamara de Lempicka. Bon certes, la complémentarité est dans ce cas assez éloigné, c’est plutôt une suite chronologique et stylistique qui est mise en avant, mais l’ensemble reste sympathique.

Hector Lemaire / Manufacture  nationale de Sèvres La Roche qui pleure c. 1900  Biscuit de Sèvres  42 x 33 x 24 cm  Collection Victor et Gretha Arwas
Hector Lemaire / Manufacture
nationale de Sèvres
La Roche qui pleure
c. 1900
Biscuit de Sèvres
42 x 33 x 24 cm
Collection Victor et Gretha Arwas

On commence donc par l’Art nouveau. Ce style mondial, en réaction à l’académisme et l’industrialisation qui se développe entre 1895 et la Première Guerre Mondiale, se caractérise comme un art total, qui touche tous les domaines et est très inspiré par la nature. Malheureusement, même si le grand public en sera toujours très friand, les critiques y ont vite vu un « style nouille » et il faudra attendre les surréalistes des années 30 pour le réhabiliter. L’hôtel Tassel de Bruxelles, premier exemple d’immeuble d’art nouveau, construit par Horta est le parfait exemple d’un art qui touche tous les domaines artistiques, de l’architecture à la peinture en passant par les arts décoratifs.

René Lalique. Boucle de ceinture, c. 1900. Argent, or et émail. Collection Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco. © Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco.
René Lalique. Boucle de ceinture, c. 1900. Argent, or et émail. Collection Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco. © Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco.

Ceux qui me suivent m’ont déjà entendu me plaindre des explications qui savent être particulièrement fastidieuses de la pinacothèque. Cette fois-ci, ouf, tout est clair. Mais comme je suis une éternelle insatisfaite, je dois avouer que ce blocos de béton pour accueillir des œuvres si fines, si végétales, est un peu trop austère et ne leurs rend pas honneur du tout. De plus, les commissaires ont pensé bien faire en disséminant ci et là des notes biographiques sur les grands artistes de l’art nouveau, le problème c’est que ces notes ne sont pas toujours en lien avec les œuvres qui les entourent. Autre point, pas grave, mais dommageable : l’art nouveau est un art mondial, que l’on retrouve dans de nombreux pays jusqu’aux Etats Unis, or ici, le parti pris a été de rester sur l’Art nouveau français, ce qui d’office exclue de grands noms tels Tiffany. Mais malgré tout cela, les œuvres présentées restent de qualités et pouvoir voir du Lalique, Guimard, Gallé ou Mucha est toujours un plaisir. L’exposition explore ainsi quelques grandes thématiques : la flore et la faune, les grandes arabesques, la sensualité des formes et des corps qui frôle l’érotisme  ou l’importance de la lithographie et de l’affiche à travers de nombreux exemples. Une partie est également consacrée à Sarah Bernhardt, figure essentielle de ce mouvement, à la fois inspiratrice, créatrice -comme en témoigne son autoportrait en chauve-souris- et collectionneuse.

Georges Clairin Sarah Bernhardt sur son  divan 1876 Eau-forte et aquatinte 46,6 x 38 cm Collection privée © Arwas Archives Photo Pierluigi Siena
Georges Clairin
Sarah Bernhardt sur son
divan
1876
Eau-forte et aquatinte
46,6 x 38 cm
Collection privée
© Arwas Archives
Photo Pierluigi Siena

De l’autre côté de la rue, les formes arrondies se durcissent et on plonge cette fois-ci dans ce qui se créé en réaction à l’Art nouveau, l’Art déco.  Lui aussi est un art total et mondial à l’existence assez bref, située grosso-modo entre 1910 et 1935 et définie surtout par la géométrisation des formes. Le domaine architectural fourmille d’exemple de construction Art Déco, comme l’Empire State Building mais aussi le palais de la porte

L'Écharpe bleue Mai 1930 Huile sur bois 56,5 x 48 cm Collection privée © Tamara Art Heritage / Licensed by  Museum Masters International NYC /  ADAGP, Paris 2013
L’Écharpe bleue
Mai 1930
Huile sur bois
56,5 x 48 cm
Collection privée
© Tamara Art Heritage / Licensed by
Museum Masters International NYC /
ADAGP, Paris 2013

dorée. L’expression de ce courant à travers la peinture est moins connue et la Pinacothèque choisie sa figure principale pour l’illustrer: la pétillante Tamara de Lempicka (1898-1980). Tamara est l’incarnation de l’Art déco, son égérie. Elle fait corps avec le mouvement à tel point que la période de ses œuvres majeures – 150 tableaux-, correspond avec l’apogée du mouvement : 1925-1935. Tamara c’est avant tout une femme mondaine libre et libérée, « sans patrie », une figure de la mode garçonne, des années folles, dans l’air du temps. Une femme à la vie si romanesque qu’elle a longtemps éclipsé son art. Mais le voici justement son art, sa peinture aux formes pleines et anguleuses, ces corps lourds de femmes qu’elle aimait. L’inspiration néo-cubiste est évidente et donne une force froide à ses œuvres. Tout est résolument moderne, à son image.

On est dans une expression aussi géométrique que l’Art nouveau était fluide. En cela la mise en parallèle des deux expositions est plutôt réussie, car l’évolution est flagrante et dans les deux cas on sent parfaitement au-delà des œuvres en elles-mêmes toute une époque qui bouge et qui vibre.

La Tunique rose Avril 1927  Huile sur toile  73 x 116 cm  Signée  Propriété de la collectionneuse Caroline  Hirsch  © Tamara Art Heritage / Licensed by  Museum Masters International NYC /  ADAGP, Paris 2013
La Tunique rose
Avril 1927
Huile sur toile
73 x 116 cm
Signée
Propriété de la collectionneuse Caroline
Hirsch
© Tamara Art Heritage / Licensed by
Museum Masters International NYC /
ADAGP, Paris 2013

Personnellement je ne connaissais pas du tout la figure de Tamara de Lempicka et étant très portée sur l’Art nouveau et ses ondulations sensuelles et végétales, j’appréhendais un peu cette partie, mais la surprise fut très bonne. Une belle découverte et l’angulation parfois très marquée des figures n’enlèvent rien à une certaine forme de sensualité. Ce sont les années folles qui s’incarnent dans ses peintures, ce qui dans une période de matraquage publicitaire autour de Gatsby le Magnifique fait d’autant plus échos.

Portrait de Mme P. ou Sa Tristesse 1923 Huile sur toile 116 x 73 cm Signée Collection privée © Tamara Art Heritage / Licensed  by Museum Masters International  NYC / ADAGP, Paris 2013
Portrait de Mme P. ou Sa Tristesse
1923
Huile sur toile
116 x 73 cm
Signée
Collection privée
© Tamara Art Heritage / Licensed
by Museum Masters International
NYC / ADAGP, Paris 2013

lempicka130511gJe vous conseille donc les deux, elles se complètent bien. L’une est plus académique certes, mieux connue du grand public mais révèle de superbes pièces et l’autre plus mystérieuses offre à découvrir des peintures d’une grande force plastique.

Hiroshige et Van Gogh le voyage et le rêve du Japon

Cette semaine, j’ai un peu hésité quant au sujet de cet article. Avant tout parce que j’ai parlé de la plupart des grosses expositions qui me plaisait vraiment donc je pioche dans ce qui me reste sous la main et dont je ne vous ai pas encore parlé en attendant la future saison.

Nous voilà donc à la Pinacothèque pour une double exposition ambitieuse sur Hiroshige d’un côté et son influence sur Van Gogh de l’autre.

80454-van-gogh-reves-de-japonCommençons par le premier, qui en dehors d’une poignée d’érudits et de passionnés est légèrement moins connu que Van Gogh, il faut l’avouer. Marc Restellini lui-même en préambule s’amuse du fait que les français considère Hokusai (la fameuse la vague au large de Kanagawa) comme l’artiste japonais par excellence alors qu’au Japon, Hiroshige fait figure et je cite Restellini pour cette analogie simpliste « de Léonard De Vinci local »

Porte d'entrée du sanctuaire de Sann! à NagatababaSérie des Lieux célèbres de la capitale de l'Est,
1832-1835,
nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée) :
papier, encre, pigments,
dim. max. : 24,7 x 37 cm.
Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde, inv. 1353-398
© Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde
Porte d’entrée du sanctuaire de Sann! à Nagatababa
Série des Lieux célèbres de la capitale de l’Est,
1832-1835,
nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée) :
papier, encre, pigments,
dim. max. : 24,7 x 37 cm.
Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde, inv. 1353-398
© Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde

Hiroshige est actif entre 1818 et 1858 avant l’ouverte sur l’extérieur de son pays. Son art est donc encore très pur si on peut dire, il n’a pas subi l’influence de l’art occidental. Son art est avant tout tourné vers le paysage, ses vues du mont Fudji, d’Edo et ses récits visuels du voyage d’Edo à Kyoto à travers la route du nord  (Kiso Kaidō) ou celle du sud (Tōkaidō).

Pour beaucoup d’entre vous, comme pour moi, cette exposition est une découverte quasi-totale. Personnellement j’ai surtout aimé les scènes de neige, c’est assez frappant de voir avec quelle économie de moyens, il réussit à reproduire un paysage neigeux d’une grande sincérité. L’utilisation des bleus est aussi impressionnante par la profondeur qui s’ en dégage.

Utagawa HiroshigeHommes allumant leur pipe devant le mont Asama
Série des Soixante-neuf étapes du Kisokaid!,
1838-1842,
nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée) :
papier, encre, pigments,
dim. max. 25,3 x 35,7 cm.
Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde, inv. 2751-19
© Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde
Utagawa Hiroshige
Hommes allumant leur pipe devant le mont Asama
Série des Soixante-neuf étapes du Kisokaid!,
1838-1842,
nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée) :
papier, encre, pigments,
dim. max. 25,3 x 35,7 cm.
Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde, inv. 2751-19
© Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national
d’Ethnologie, Leyde

L’exposition est un peu conçue comme un voyage, on accompagne l’artiste sur la route et je trouve très judicieux d’y avoir ajouté des objets japonais qui servaient justement à ces longs voyages. Alors je suis désolée mais j’ai oublié les mots précis de vocabulaire, mais il y avait une espèce de siège à porteur, un nécessaire de voyage et particulièrement touchant, ces petites chaussures si fragiles qui pouvaient être portées pendant des kilomètres, sur des routes parfois très froides.

Pour la seconde partie, l’intérêt de cette double exposition de la Pinacothèque c’est d’appréhender l’art de Van Gogh non pas comme la production d’un artiste torturé dont tout a été dit sur ses troubles psychologiques mais comme un art construit à partir d’influences japonisantes dont les estampes sont très en vogue en cette fin du XIXème siècle et notamment celles d’Hiroshige.

Vincent Van Gogh comme d’autres, Renoir, Pissarro, Gauguin et Cézanne pour ne citer qu’eux s’intéresse en effet très vite à ces estampes japonaises qui arrivent en France avec l’ouverture du Japon sur le monde en 1868. C’est notamment l’art de l’ukiyo-e, « image du monde flottant » qui inspire ces artistes, comme autant de représentations d’un monde peu connu et dont les estampes d’ Hiroshige sont parmi les plus appréciées.

C’est certainement en travaillant chez Goupil & Cie  qu’il découvre cet art et il va se mettre à collectionner avec son frère Théo de nombreuses estampes, réunissant 500 pièces achetées pour beaucoup chez Siegfried Bing et conservées au Van Gogh Museum d’Amsterdam. Le peintre sera également très impressionné par la lecture en 1888 de Madame Chrysanthème de Pierre Lotti dont l’action se passe au Japon et lors de son séjour dans le sud de la France, il s’imagine être dans un Japon personnelle et s’inspire de ses estampes qui deviennent autant de références pour ces propres œuvres.

Vincent Van GoghPont basculant à Nieuw-Amsterdam
Automne 1883,
aquarelle sur papier,
40,3 x 82,2 cm.
Collection Groninger Museum, Groningen
© Collection Groninger Museum, Groningen
Vincent Van Gogh
Pont basculant à Nieuw-Amsterdam
Automne 1883,
aquarelle sur papier,
40,3 x 82,2 cm.
Collection Groninger Museum, Groningen
© Collection Groninger Museum, Groningen

Une quarantaine de Van Gogh sont ainsi exposées, beaucoup de paysages avec à côté une reproduction d’une estampe d’Hiroshige pour que le spectateur puisse constater lui-même le dialogue qu’établie Van Gogh avec l’artiste japonais. Au début il s’agit de copies ou de réinterprétations, puis on constate que finalement le japonisme devient plus une influence naturelle qui s’impose d’elle même. Alors parfois le rapprochement est évident dans la forme d’un arbre, la présence des personnages, le cadrage, la manière de représenter tel ou tel motif, mais parfois je dois l’avouer que la correspondance n’est pas vraiment frappante. Mais n’étant ni une experte de Van Goh ni de l’art japonais en général, je me laisse guider par la Pinacothèque qui cherche à démontrer que le japonisme est un code de lecture majeure de son œuvre. Ce qu’on comprend vite en revanche c’est tout ce qui a attiré le peintre néerlandais, dans l’art d’Hiroshige, en dehors de la beauté purement picturale. On comprend aisément que cet art zen empreint de sérénité, cette couleur et le rôle important qu’y joue la nature aient pu toucher un homme si sensible qui aspirait à vivre en paix avec la nature qui l’entourait. Les extraits de lettres qu’il envoyait à son frère témoignent de cette fascination et complètent le propos.

Vincent Van GoghLe Bon Samaritain (d’après Delacroix)
Début mai 1890,
huile sur toile,
73 x 59,5 cm.
Kröller-Müller Museum, Otterlo Otterlo
© Collection Kröller-Mu!ller Museum, Otterlo
Vincent Van Gogh
Le Bon Samaritain (d’après Delacroix)
Début mai 1890,
huile sur toile,
73 x 59,5 cm.
Kröller-Müller Museum, Otterlo Otterlo
© Collection Kröller-Mu!ller Museum, Otterlo

En conclusion, une exposition intéressante, ne serait-ce que parce qu’il s’agit de la première exposition sur Hiroshige en France et que s’ouvrir à d’autres formes d’expressions artistiques ne fait jamais mal et que voir de près des tableaux de Van Gogh est un plaisir à renouveler dès qu’on le peut.

http://www.pinacotheque.com/fr/accueil/expositions/aujourdhui/van-gogh.html

 

La collection Jonas Netter : Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse

Cette semaine, retour aux expositions et direction la Pinacothèque. Alors, non, je ne vous parlerai pas des Masques de Jade Mayas. Je l’ai faite, mais comme toutes les expositions de ce genre, organisée par la Pinacothèque, je n’en ressors pas franchement plus érudite. C’est plein de longs textes compliqués dont on a oublié le sens dès qu’on s’en éloigne de quelques mètres et d’objets bien que somptueux sont peu commentés si on n’a pas d’audioguide. Donc non pas les mayas, peut-être qu’un jour j’aurai la force de me replonger dessus, mais pour aujourd’hui, on traverse la rue et on arrive dans les autres locaux de la Pinacothèque pour une exposition plus contemporaine autour du collectionneur Jonas Netter. Certes, l’affiche est un peu trompeuse, car quand on la regarde furtivement, on ne voit que Modigliani, et même si l’artiste est très bien représenté, il n’est pas le sujet ici.

Marc Restillini, le directeur de la Pinacothèque, aime les collectionneurs et il le montre à nouveau en mettant sous le halo des projecteurs l’un des plus mystérieux et des plus importants : Jonas Netter.

Jonas Netter (1868-1946) est peu connu, son nom peu cité et seule une photo à l’identification sûre  existe du monsieur. Pourtant son œuvre de collectionneur a fait de lui un personnage majeur dans la création artistique du début du XXe siècle, étant l’un des principaux admirateurs de la Première Ecole de Paris, il encouragea Modigliani, Utrillo ou Soutine.

Utrillo, la porte saint Martin, 1908

D’origine alsacienne, installé à Paris et représentant en marque, Netter n’est pas né collectionneur. Il l’est devenu suite à une révélation. Dans le bureau du préfet Zamaron, il aperçoit un Utrillo que personne ne remarque et dès lors son destin est scellé.  Objet de sa révélation, Utrillo ouvre donc l’exposition, même si chronologiquement il n’est pas le premier artiste à se faire acheter ses toiles par Netter. Sa période blanche fascine le collectionneur. La nostalgie de ses paysages, souvent des vues de Montmartre, s’oppose à la couleur vive des toiles de sa mère, Suzanne Valadon, également présentées dans cette première partie.

Modigliani, la fille en bleu, 1918

Netter, qui ne connait pas bien le milieu de l’art, va pour son projet se rapprocher d’un polonais de peu de moral, un marchand d’art, poète à ses heures perdues, qui lui fait rencontrer des artistes inconnus, Léopold Zborowski (1889-1932). Netter, n’ayant pas encore la fortune pour être collectionneur de peinture impressionniste qu’il admire, se tourne grâce à lui, vers les noms de demain. Il lui accorde toute sa confiance jusqu’à la fin des années 1910, où il commence à se rendre compte que Sborowski, n’est peut-être pas d’une très grande honnêteté.

Modigliani, portrait de Soutine, 1916

Le premier peintre qu’il adore, envers et contre toutes les critiques de son entourage est Modigliani. Il prend la suite de Paul Guillaume en 1915 et lui achète une quarantaine de toiles dont certaines sont exposées ici. Le style est tout de suite identifiable, avec ces longs visages, ces coups tendus  et ses petits yeux en amande et au milieu de tout cela, un drôle de petit portrait de Soutine, son ami qui se met également sous la protection financière de Netter. L’artiste complexe et torturé à la production personnelle et déroutante fascine le collectionneur avant d’attirer l’attention de l’américain Albert Barnes.

Soutine, la folie, 1919

Modigliani, Soutine et Utrillo sont les trois grands noms de cette collection, exposée pour la première fois depuis 70 ans. Sans Netter peut-être que ces noms ne seraient pas aussi célèbres aujourd’hui. Ils incarnent une nouvelle modernité picturale qui va profondément toucher Netter qui les collectionne avec passion et admiration. Il se voit en diffuseur de talent, voulant partager avec le plus grand nombre l’œuvre de ses protégés et ce jusqu’au bout du monde, en vendant des toiles à un acheteur sud-américain. Un mécène éclairé en toute. Sa collection est aussi riche d’autres peintres, une nouvelle vague d’artiste qu’il soutient, peut-être pas aussi célèbres mais pour certains vraiment intéressant : Kisling, Kromegne, Kikoïne, Hayden, Ebiche, Antcher, Fournier…

Moïse Kisling – La femme au pull-over rouge – 1917

Netter a contribué à sa manière à l’Ecole de Paris qui se fixe dans les 20 premières années du XXe essentiellement à Montparnasse et ce mouvement par sa collection est aussi le sujet de cette exposition.  L’école de Paris, ce sont tous ces jeunes artistes étrangers, venus d’Italie, d’Espagne, de Pologne ou autres et qui vont s’installer dans la capitale, réinventant les formes artistiques. Dans l’entre-deux-guerres, ce sont 500 artistes qui se lient d’amitié entres eux. C’est aussi une évolution dans le petit monde des marchands d’art qui se diversifie et s’ouvre à de nouveaux talents.

Isaac Antcher – Paysage de St Tropez – 1930

Une belle exposition en somme, colorée et diversifiée. Les explications sont assez claires, constituées pour la plupart d’extraits de lettres entre les peintres et Netter ce qui permet de rentrer dans l’intimité d’un lien si particulier entre le collectionneur et son protégé.