Entre Art Nouveau et Art Déco à la Pinacothèque

La Pinacothèque est devenue adepte des doubles expositions avec des mises en parallèle de sujets complémentaires comme Van Gogh et Hiroshige. Cette saison, c’est au tour de l’Art nouveau d’être confronté à l’égérie de l’art déco, Tamara de Lempicka. Bon certes, la complémentarité est dans ce cas assez éloigné, c’est plutôt une suite chronologique et stylistique qui est mise en avant, mais l’ensemble reste sympathique.

Hector Lemaire / Manufacture  nationale de Sèvres La Roche qui pleure c. 1900  Biscuit de Sèvres  42 x 33 x 24 cm  Collection Victor et Gretha Arwas
Hector Lemaire / Manufacture
nationale de Sèvres
La Roche qui pleure
c. 1900
Biscuit de Sèvres
42 x 33 x 24 cm
Collection Victor et Gretha Arwas

On commence donc par l’Art nouveau. Ce style mondial, en réaction à l’académisme et l’industrialisation qui se développe entre 1895 et la Première Guerre Mondiale, se caractérise comme un art total, qui touche tous les domaines et est très inspiré par la nature. Malheureusement, même si le grand public en sera toujours très friand, les critiques y ont vite vu un « style nouille » et il faudra attendre les surréalistes des années 30 pour le réhabiliter. L’hôtel Tassel de Bruxelles, premier exemple d’immeuble d’art nouveau, construit par Horta est le parfait exemple d’un art qui touche tous les domaines artistiques, de l’architecture à la peinture en passant par les arts décoratifs.

René Lalique. Boucle de ceinture, c. 1900. Argent, or et émail. Collection Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco. © Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco.
René Lalique. Boucle de ceinture, c. 1900. Argent, or et émail. Collection Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco. © Robert Zehil, Monte Carlo, Monaco.

Ceux qui me suivent m’ont déjà entendu me plaindre des explications qui savent être particulièrement fastidieuses de la pinacothèque. Cette fois-ci, ouf, tout est clair. Mais comme je suis une éternelle insatisfaite, je dois avouer que ce blocos de béton pour accueillir des œuvres si fines, si végétales, est un peu trop austère et ne leurs rend pas honneur du tout. De plus, les commissaires ont pensé bien faire en disséminant ci et là des notes biographiques sur les grands artistes de l’art nouveau, le problème c’est que ces notes ne sont pas toujours en lien avec les œuvres qui les entourent. Autre point, pas grave, mais dommageable : l’art nouveau est un art mondial, que l’on retrouve dans de nombreux pays jusqu’aux Etats Unis, or ici, le parti pris a été de rester sur l’Art nouveau français, ce qui d’office exclue de grands noms tels Tiffany. Mais malgré tout cela, les œuvres présentées restent de qualités et pouvoir voir du Lalique, Guimard, Gallé ou Mucha est toujours un plaisir. L’exposition explore ainsi quelques grandes thématiques : la flore et la faune, les grandes arabesques, la sensualité des formes et des corps qui frôle l’érotisme  ou l’importance de la lithographie et de l’affiche à travers de nombreux exemples. Une partie est également consacrée à Sarah Bernhardt, figure essentielle de ce mouvement, à la fois inspiratrice, créatrice -comme en témoigne son autoportrait en chauve-souris- et collectionneuse.

Georges Clairin Sarah Bernhardt sur son  divan 1876 Eau-forte et aquatinte 46,6 x 38 cm Collection privée © Arwas Archives Photo Pierluigi Siena
Georges Clairin
Sarah Bernhardt sur son
divan
1876
Eau-forte et aquatinte
46,6 x 38 cm
Collection privée
© Arwas Archives
Photo Pierluigi Siena

De l’autre côté de la rue, les formes arrondies se durcissent et on plonge cette fois-ci dans ce qui se créé en réaction à l’Art nouveau, l’Art déco.  Lui aussi est un art total et mondial à l’existence assez bref, située grosso-modo entre 1910 et 1935 et définie surtout par la géométrisation des formes. Le domaine architectural fourmille d’exemple de construction Art Déco, comme l’Empire State Building mais aussi le palais de la porte

L'Écharpe bleue Mai 1930 Huile sur bois 56,5 x 48 cm Collection privée © Tamara Art Heritage / Licensed by  Museum Masters International NYC /  ADAGP, Paris 2013
L’Écharpe bleue
Mai 1930
Huile sur bois
56,5 x 48 cm
Collection privée
© Tamara Art Heritage / Licensed by
Museum Masters International NYC /
ADAGP, Paris 2013

dorée. L’expression de ce courant à travers la peinture est moins connue et la Pinacothèque choisie sa figure principale pour l’illustrer: la pétillante Tamara de Lempicka (1898-1980). Tamara est l’incarnation de l’Art déco, son égérie. Elle fait corps avec le mouvement à tel point que la période de ses œuvres majeures – 150 tableaux-, correspond avec l’apogée du mouvement : 1925-1935. Tamara c’est avant tout une femme mondaine libre et libérée, « sans patrie », une figure de la mode garçonne, des années folles, dans l’air du temps. Une femme à la vie si romanesque qu’elle a longtemps éclipsé son art. Mais le voici justement son art, sa peinture aux formes pleines et anguleuses, ces corps lourds de femmes qu’elle aimait. L’inspiration néo-cubiste est évidente et donne une force froide à ses œuvres. Tout est résolument moderne, à son image.

On est dans une expression aussi géométrique que l’Art nouveau était fluide. En cela la mise en parallèle des deux expositions est plutôt réussie, car l’évolution est flagrante et dans les deux cas on sent parfaitement au-delà des œuvres en elles-mêmes toute une époque qui bouge et qui vibre.

La Tunique rose Avril 1927  Huile sur toile  73 x 116 cm  Signée  Propriété de la collectionneuse Caroline  Hirsch  © Tamara Art Heritage / Licensed by  Museum Masters International NYC /  ADAGP, Paris 2013
La Tunique rose
Avril 1927
Huile sur toile
73 x 116 cm
Signée
Propriété de la collectionneuse Caroline
Hirsch
© Tamara Art Heritage / Licensed by
Museum Masters International NYC /
ADAGP, Paris 2013

Personnellement je ne connaissais pas du tout la figure de Tamara de Lempicka et étant très portée sur l’Art nouveau et ses ondulations sensuelles et végétales, j’appréhendais un peu cette partie, mais la surprise fut très bonne. Une belle découverte et l’angulation parfois très marquée des figures n’enlèvent rien à une certaine forme de sensualité. Ce sont les années folles qui s’incarnent dans ses peintures, ce qui dans une période de matraquage publicitaire autour de Gatsby le Magnifique fait d’autant plus échos.

Portrait de Mme P. ou Sa Tristesse 1923 Huile sur toile 116 x 73 cm Signée Collection privée © Tamara Art Heritage / Licensed  by Museum Masters International  NYC / ADAGP, Paris 2013
Portrait de Mme P. ou Sa Tristesse
1923
Huile sur toile
116 x 73 cm
Signée
Collection privée
© Tamara Art Heritage / Licensed
by Museum Masters International
NYC / ADAGP, Paris 2013

lempicka130511gJe vous conseille donc les deux, elles se complètent bien. L’une est plus académique certes, mieux connue du grand public mais révèle de superbes pièces et l’autre plus mystérieuses offre à découvrir des peintures d’une grande force plastique.

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