Cléopâtre ! Tout un symbole et tout un mythe qui prend ses quartiers d’été à la Pinacothèque

Bache-Les Quatre-05-2.inddAlors que le Grand Palais rendait un sublime hommage à Auguste, la Pinacothèque de son côté met en lumière l’une de ses plus prestigieuses ennemies, Cléopâtre VII Théa Philopator. Cette dernière n’a peut-être guère besoin d’exposition pour être connue mais pour être mieux comprise, oui ! Partons donc sous le soleil d’Egypte voir si la Pinacothèque répond à nos espérances.

Conçue en deux volets, l’exposition présente dans un premier temps la Cléopâtre historique et de l’autre la légende qui se forme très rapidement autour de cette reine.

Mais qui est vraiment Cléopâtre VII, dernière souveraine d’Egypte ? C’est l’Histoire derrière le mythe que cherche à révéler au grand public Marc Restellini.  Le chef d’état puissant et cultivé, derrière la femme qui envouta César et Marc Antoine.

Fille de Ptolémée XII Aulète, elle appartient à la dynastie des Lagides, issue du général d’Alexandre le Grand, Ptolémée. Elle donc d’origine grecque ce que beaucoup oublient. Elle a deux sœurs, Bérénice qui régna 3 ans et se fit exécuter par son père et Arsinoé au destin tout aussi tragique. Ses frères seront ses époux successifs, Ptolémée XIV et XV. Elle est redoutablement intelligente, avec un don inné pour les langues. Elle pouvait disait-on parler avec les nombreux ambassadeurs sans interprètes. C’est également l’une des rares souveraines de sa dynastie à parler l’égyptien. Mais je ne vous ferrais pas ici sa biographie qui est passionnante, je vous invite vraiment à en trouver une bien écrite et plus complète car peu de personnages historiques ont eu une vie si romanesque et tragique à la fois.

Milieu du Ier siècle av. J.-C. Égypte ? Marbre pentélique 21,4 x 14,5 x 17,1 cm Musée des Antiquités, Turin © Photo : Ernani Orcorte - Torino
Milieu du Ier siècle av. J.-C.
Égypte ?
Marbre pentélique
21,4 x 14,5 x 17,1 cm
Musée des Antiquités, Turin
© Photo : Ernani Orcorte – Torino

Le point fort de cette exposition c’est de nous présenter des portraits de la reine dont la tête de Turin, très hellénique qui a conservé presque tout son nez, rappelant la célèbre phrase de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » On peut essayer de deviner la beauté de cette femme qui fit chavirer le cœur du grand César et du fougueux Marc Antoine avec qui elle vécut une vie inimitable jusqu’à la fameuse bataille d’Actium qui brisa leurs rêves mais marqua l’ascension d’Octave. Je reprocherai juste à l’exposition de ne pas expliquer plus clairement que ça ce qui certifie que c’est elle qui est représenté par ce marbre. Qu’est ce qui rend l’identification incontestable ? L’indice de la présence d’une couronne ? Mais encore ? Je me rappelle lorsqu’on a découvert le César du Rhône aujourd’hui à Arles, les archéologues avaient par des comparaisons précises bien montré que les traits étaient ceux de l’Imperator. Ici on nous dit juste c’est Cléopâtre, alors que justement le nombre de portraits est assez restreint paradoxalement pour une figure historique réputée pour sa beauté.  L’autre regret c’est que cette partie de l’exposition passe finalement assez vite sur la vie de la reine, manque de matière peut-être et s’étend sur plus de la moitié du parcours à nous raconter les rites funéraires, le panthéon égyptien à l’époque Lagide et la mode égyptisante qui touche Rome à cette époque. Sans grand intérêt, à part cette dernière partie justement, avec notamment ces scènes nilotiques d’une grande beauté comme ce crocodile provenant de la Ville d’Hadrien à Tivoli, cette peinture montrant une bataille de pygmées ou ce magnifique bronze représentant peut-être Ptolémée Apion découvert à Herculanum avec ses cheveux tressés et virevoltants.
Les amoureux de l’Egypte antique seront séduit, mais ce n’est pas comme-ci on manquait d’art égyptien dans nos musée.

Guido Reni  (Bologne, 1575-Bologne, 1642) La Mort de Cléopâtre c. 1640 Huile sur toile Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270
Guido Reni
(Bologne, 1575-Bologne, 1642)
La Mort de Cléopâtre
c. 1640
Huile sur toile
Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence, inv. 270

La seconde partie touche au mythe de Cléopâtre, et il est vrai que la reine avait tout pour inspirer deux millénaires d’artistes. Une beauté réputée, une intelligence encore une fois affutée, un sens politique et un amour de son pays incontestables mais surtout deux histoires d’amour romanesques à souhait avec leurs lots de scènes qu’un excellent auteur n’aurait pu inventer : son introduction auprès de César enroulée dans un tapis ou la vie inimitable avec Antoine jusqu’à sa mort par piqure d’aspic pour ne pas avoir à se soumettre devant Octave.

Bien que réhabilitée aujourd’hui (quoi que), Cléopâtre a longtemps trainé une image sulfureuse en partie construite par les historiens de Rome qui en firent tour à tour  une « regina dementis (Horace, Odes, I, 37), une « putain » (Properce, Élégies, III, 11) et une « souillure » (Virgile, Énéide, VIII, 688). Elle est « La » femme qui détourne les hommes de la raison d’état. Elle va aussi incarner le luxe et la débauche orientale à la Renaissance, mais à partir du XVIe siècle, les peintres s’attachent plus à son côté femme amoureuse dont la passion finit en tragédie en mettant en scène sa mort : Guerrieri, Lanfranco, Giudo Reni etc.

Achille Glisenti  La Mort de Cléopâtre 1878, huile sur toile, 120 x 192 cm  Museo della Città-Santa Giulia
Achille Glisenti
La Mort de Cléopâtre
1878, huile sur toile, 120 x 192 cm
Museo della Città-Santa Giulia

Dans la lignée de Shakespeare, le théâtre s’approprie cette figure qui devient héroïque et les plus grandes actrices vont jouer son rôle dont Sarah Bernhardt et Vivian Leigh pour la Cléopâtre de  George Bernard Shaw. Elle trouve sa place à l’opéra avec Haendel, Berlioz et Massenet. L’opéra en 4 actes de ce dernier est évoqué ici par les costumes et la voix d’une de son interprète, Montserrat Caballé. Elle est également l’une des premières figures du cinéma, chez Méliès en 1899 ou J. Gordon Edwards  en 1917 dont les dernières copies ont brûlé dans un incendie à la Fox mais qui inspirera certainement Cécil B. De Mille avec  Claudette Colbert dans le rôle principal. Mais c’est surtout la Cléopâtre de Joseph Mankiewicz sorti en 1963 qui marque les esprits avec la sublime Elisabeth Taylor et son histoire d’amour avec Richard Burton. Pour l’anecdote, Goscinny et Uderzo visionnant le film y trouvèrent l’idée de leur album Astérix et Cléopâtre, où la reine tient de l’actrice américaine mais arbore un nez qui rappelle la citation de Pascal. Toujours dans l’univers d’Astérix, l’exposition fait aussi une part belle à son adaptation par Alain Chabat avec Monica Bellucci dans le rôle de la reine.  On peut d’ailleurs voir ses costumes ainsi que ceux d’Elisabeth Taylor, de quoi faire rêver nombre d’entre nous…..

 

Elizabeth Taylor, in  Cléopâtre, 1963 1963  Tissu  Collezione Costumi d’Arte -  Peruzzi - Rome © Photo : D. Alessandro
Elizabeth Taylor, in
Cléopâtre, 1963
1963
Tissu
Collezione Costumi d’Arte –
Peruzzi – Rome
© Photo : D. Alessandro

Sans rendre à mes yeux suffisamment hommages aux qualités politiques et intellectuelles de Cléopâtre et restant beaucoup en surface, la Pinacothèque nous offre malgré tout une exposition sympathique pour cet été, mais sans plus. Malgré tout, les amoureux du personnage, du cinéma et de l’histoire antique y trouveront peut-être de quoi se faire plaisir.
Sur ce, je vous souhaite à tous de belles vacances !!!

LE MYTHE CLÉOPÂTRE

À la Pinacothèque de Paris, du 10 avril 2014 au 07 septembre 2014

 

 

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