21 rue de la Boétie

PR_8-Picasso-PR-print
Rosenberg par Picasso

L’exposition du musée Maillol est l’une des belles expositions de la saison et une de celles dont on se souvient longtemps.
Inspirée par le livre d’Anne Sinclair, 21rue de la Boétie cette exposition est un ensemble d’histoires, celle d’une collection débutée en 1910, d’un collectionneur, d’artistes et d’une partie de l’Histoire de France et de l’Art.
Paul Rosenberg (1881-1959) car c’est lui le protagoniste principal, est l’un des grands galleristes du XXe siècle et est à la fois témoin, acteur et victime de cette histoire.
Son père Alexandre est déjà marchand d’art originaire de l’Empire Austro-Hongrois. Installé à Paris en 1878, il s’est spécialisé dans les impressionnistes et néo-impressionnistes. Il fait participer ses deux fils au commerce familiale et ils finissent par ouvrir leurs propres galeries, Paul, rue de la Boétie et Léonce, spécialiste des cubistes, dans la rue de la Baume.

On apprend que les frères Rosenberg n’étaient pas des tendres. Ils profitent ainsi de la nationalité allemande d’un autre grand marchand de l’époque, Daniel-Henry Kahnweiler. Ses œuvres (des Picasso, Braque, Gris et Derain) furent mises sous séquestres suite à la Première guerre mondiale au titre de prises de guerre. Léonce se fait nommer expert de la vente et sous-évalue volontairement une partie des œuvres pour mieux les racheter. Seulement le profit est de courte durée, la plupart des artistes lui en voulurent et se tournèrent vers son frère.

Le système Rosenberg se met peu à peu en place, reposant sur des relations contractuelles et amicales le liant à des artistes de premier plan de l’art moderne, Picasso, Braque, Léger, Laurencin et Matisse tout en continuant d’afficher des œuvres plus « rassurantes » comme des impressionnistes, es paysagistes de l’École de Barbizon ou des Delacroix, Ingres et autres classiques français.
Chaque œuvre transitant par la galerie est soigneusement enregistré sur une petite fiche descriptive avec photo ce qui permet encore aujourd’hui de retrouver au hasard d’une exposition des peintures qui ont transités entre ses mains.
Il comprend parfaitement l’importance de la communication, utilisant tous les moyens pour promouvoir ses artistes : catalogues, expositions, publicités etc. Enfin,
Paul est l’un des premiers à comprendre l’importance des Etats-Unis dans le marché de l’art. Il effectue ainsi des visites régulières de l’autre côté de l’Atlantique, contribuant peu à peu à déplacer la capitale des arts de Paris à New-York. Il s’y installe en 1940 fuyant le nazisme et aidé de ses proches, il y  ouvre une galerie au 16 East 57th Street, transférée en 1953 au 20 East 79th street.

Pendant ce temps en France, ce qui reste de sa collection est peu à peu spoliée par l’Occupant, sa galerie devenant comble du déshonneur l’Institut d’étude des questions juives. Bien qu’une partie de la collection fut rendue à ses propriétaires légitimes, la famille continue encore à se battre pour récupérer ses biens. Ainsi en 1997 elle récupère L’odalisque de Matisse exposée au Seattle Art Museum, en 1999 c’est la France qui restitue un Nymphéa de Monet et en 2014 c’est le centre d’art norvégien Henie-Onstad qui rend Robe bleue dans un fauteuil ocre de Matisse.

images
Leger, Trois femmes, 1921

L’un des points forts de l’exposition est de sortir légèrement de son sujet pour plonger dans le contexte plus large du monde de l’art sous la domination nazi dès 1933. On nous explique clairement l’opposition entre ce que devait être l’art aryen, représentant la grandeur du peuple allemand et ses valeurs de travail, de monde rural, de virilité et de femme au foyer et au contraire la mise au pilori de l’art moderne considéré comme « art dégénéré » par Gobbels. Deux expositions ont ainsi été organisée en 1937 à Munich,  « GRANDE EXPOSITION DE L’ART ALLEMAND » et  celle « D’ART DÉGÉNÉRÉ » qui voyagea dans 12 villes avec plus de 3 millions de visiteurs. On indiquait notamment sur les cartels le prix des œuvres avec la mention  « payé par les impôts du peuple allemand ».

jqxP9ftHSHyKjHK-Ek23a3EMmfY
Marie Laurencin (1883-1956), La répétition (Groupe de femmes), 1936, huile sur toile, 120,5 x 120,5 cm, 1936 Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (Don de Paul Rosenberg, 1947).

Vous l’aurez compris c’est une exposition d’une grande richesse que je ne peux pas vous résumer complètement, il faut la voir, la vivre ou lire le livre d’Anne Sinclair. C’est instructif et enrichissant en plus d’être un plaisir artistique. C’est rare qu’une exposition réussisse à ce point à dépasser le simple affichage de tableaux aussi beaux soient-ils pour transcender un sujet. C’est le cas ici. C’est une page de l’histoire qui nous ai raconté.

Bravo

Commissariat :

Elie Barnavi, Benoît Remiche, Isabelle Benoit, Vincent Delvaux et François Henrard, de l’équipe Tempora. Elaine Rosenberg, belle-fille de Paul Rosenberg, à New York et Anne Sinclair, marraine de l’exposition.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s