Bouchardon, Une idée du beau au Louvre

Edme Bouchardon, L'Amour se taillant un arc dans la massue d'Hercule, 1750, marbre, Musée du Louvre, © RMN
Edme Bouchardon, L’Amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule, 1750, marbre, Musée du Louvre, © RMN

Fidèle à sa politique mise en place à l’arrivée de Jean-Luc Martinez à sa tête, le musée du Louvre propose une exposition pointue en lien avec ses collections. Ainsi c’est le méconnu Edme Bouchardon, sculpteur baroque de génie et de grâce qui a le droit à sa première rétrospective.

Comme beaucoup d’artiste de son époque, Edme Bouchardon (1698-1762) appartient à une famille d’artistes. Prix de Rome en 1722, il reste 9 ans dans la Ville Eternelle où il se nourrit d’antiques et d’art baroque. Il présente même un projet pour la fontaine de Trévi et comme il aime bien les fontaines, il réalisera celle de la rue Grenelle (aujourd’hui à côté du musée Maillol) en 1745.
Célébré comme un artiste d’exception, il est nommé sculpteur du roi en 1732 et est reçu à l’Académie en 1744.

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Edme Bouchardon. L’Automne: Enfant couché sur le dos, les bras levés. Cambridge, The Horvitz collection © The Horvitz Collection, Boston

Le parcours de l’exposition retrace  les différents aspects de son œuvre. Son importante production de portraits pour commencer notamment ce fabuleux buste à l’antique de Charles-Frédéric de la Tour du Pin, marquis de Gouvernet, présenté au salon de 1738. Son expression est si…vrai et son regard si doux. C’est fascinant à regarder, cette manière dont le marbre si froid semble prendre vie en figeant une expression. C’est Bouchardon qui ramène à Paris cette mode du portrait antique qui annonce le néo-classicisme à venir.

Il y a aussi les copies romaines comme le fameux Faune endormi, les nombreuses médailles qu’il exécute en tant que dessinateur de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, les illustrations de livre, assez inattendue mais qui révèlent un travail de graveur notamment l’Histoire naturelle de Buffon ou des partitions de Geminiani.

76558-333x500L’une des particularités de cette exposition c’est de présenter aussi bien le sculpteur que le formidable dessinateur qu’était Bouchardon. J’adore regarder des vieux dessins et il faut dire qu’il avait un sacré coup de crayons.  On découvre tout le travail préparatoire dessiné avant d’arriver à la version en 3D.  Un autoportrait songeur, des académies très sensuelle et des petits chérubins trop mimis font parties en autres des dessins que vous verrez.
L’un des aspects les plus originaux de  son art est la série des soixante Études prises dans le bas Peuple ou les Cris de Paris, sans doute dessinée par Bouchardon en 1737 et publiée sous forme d’estampes gravées par le comte de Caylus et Etienne Fessard. On y découvre pleins de petits métiers, comme si nous étions plongés dans les rues parisiennes du XVIIIème siècle Chaque personnage est traité avec une authenticité toute naturaliste. On rencontre le Chaudronnier auvergnat, le décrotteur, l’écosseuse de pois, le vinaigrier et j’en passe.

gri_2015_pr_2_b01_015Puis il y a les chefs d’œuvre comme le monument équestre de Louis XV disparu à la Révolution et ce plus délicat Amour se faisant un arc de la massue d’hercule où le travail sur les plumes et la tête de lion est particulièrement poussé.

Alors certes, ce n’est pas une exposition grand public dans le sens où nous sommes loin des sujets attractifs et vendeurs mais c’est aussi cela le rôle d’un grand musée, faire redecouvrir des grands artistes  un peu tomber dans l’ombre et en ce sens c’est réussi.

 

Commissaire(s) :

Guilhem Scherf, Juliette Trey, musée du Louvre, Anne-Lise Desmas, Getty Museum, Los Angeles, et Édouard Kopp, Fogg Museum, Harvard.

 

Musée du Louvre
Du 14 septembre au 5 décembre 2016

 

l’âme d’une collection russe réanimée : la collection Chtchoukine enflamme la fondation Vuitton.

En ce moment les amateurs d’art contemporain sont des petits chanceux. S’ils savent s’armer d’un peu (beaucoup) de patience, ils pourront découvrir à la fondation Louis Vuitton, l’extraordinaire collection de Sergueï  Chtchoukine qui était riche à son apogée de deux cent soixante-quinze œuvres d’artistes célébrissimes aujourd’hui : Monet, Picasso, Malevitch, Gauguin, Cezanne, Maurice Denis…Une collection exceptionnelle !!!!

Ce riche russe, administrateur de manufactures et de banques commence à acquérir dès 1898 à Paris, les grands noms de l’art : Gauguin, Pissarro, Monet, Cézanne. Cette première collection devient rapidement une référence et  est exposée chez lui  au palais Trubetzkoy.
L’année 1905 marque la première révolution russe suite à la guerre russo-japonaise mais également le début d’une succession de drames qui vont toucher Sergueï. Il perd son fils puis sa femme, ce qui le pousse à partir en retraite au monastère Sainte Catherine du Sinaï.

Il commence à cette époque, suite à sa rencontre avec Léo et Gertrude Stein à s’intéresser à Matisse et Picasso pour qui il se prend d’une véritable passion. Passion ambiguë, mêlée de fascination et de rebut. Ainsi avant d’acheter des œuvres à Matisse il lui écrit   « je vais l’accrocher quelques mois et je vous dirai si je m’habitue à elle, alors je confirmerai mon achat ».

D’abord vue d’un mauvais œil en Russie, sa collection finit par s’imposer dans le milieu artistique et dès 1908 il ouvre son palais au public le dimanche et devant le succès, il doit vite passer à trois jours.

La guerre et surtout la révolution de 1917 le pousse à se séparer de sa collection et en 1918 un décret du Conseil des commissaires du peuple, signé Lénine, proclame   «La galerie d’art de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, propriété publique de la République socialiste fédérative de Russie considérant que par sa très grande valeur artistique elle présente en matière d’éducation populaire un intérêt national»

En 1923 la collection Chtchoukine fusionne avec la collection Morozov pour devenir le Musée d’Etat d’art occidental moderne (GNMZI). En 1933 les collections commencent à être éparpillées par des politiques d’échanges avec l’Ermitage et le musée des Beaux-arts Pouchkine, d’autres œuvres furent vendues à l’étranger. Et finalement en en 1948, un décret de Staline proclamait la dissolution du GMNZI et l’éclatement définitif des collections. De son côté Sergueï Chtoukine avait fui la Russie, s’exilant d’abord en Allemagne pui s’installant à Paris où il meurt en 1936.

L’exposition de la fondation Vuitton est exceptionnelle. C’est la première fois qu’elle est à nouveau présentée comme une entité artistique en soit avec sur les murs des photos du palais Trubetzkoy qui rappellent l’accrochage original comme sa salle Gauguin ou encore sa cellule Picasso.

 

130 œuvres sont exposées représentant les mouvements fauves, cubistes, impressionnistes, décoratifs, réalistes et j’en oublie sûrement. Sachez-le, nombreux sont les journalistes à la présenter comme l’exposition de l’année !

Je vais vous donner un petit conseil si vous souhaitez y aller : surtout réservez ! Car même avec vos billets en poche l’attente est longue mais sans, c’est le double.

 

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Jusqu’au 20 février, Fondation Louis Vuitton
http://www.fondationlouisvuitton.fr/expositions/icones-de-l-art-moderne-la-collection-chtchoukine.html

La collection Chtchoukine

 

 

Les écrivains à l’honneur dans les musées de la ville de Paris, Baudelaire et surtout WILDE <3

Ces dernières semaines furent très littéraire pour moi. J’ai eu l’occasion de visiter deux expositions organisées par des musées de la ville de Paris (Petit Palais et Vie Romantique) avec pour thème deux grands écrivains du XIXème siècle : Oscar Wilde et Charles Baudelaire.

L’exposition consacrée à Charles Baudelaire au musée de la Vie Romantique a pour ambition de mettre en rapport les œuvres que le poète a pu apprécier ou commenter et ses textes. Les textes autographes sont d’ailleurs le principal intérêt de cet exposition. Voir l’écriture nerveuse de l’auteur des Fleurs du mal est un plaisir, mais pour le reste je l’ai trouvé assez difficile à appréhender. Et en lisant le livre d’or je n’ai pas l’air d’être la seule.
Il s’agit de présenter Baudelaire comme le critique d’art qu’il était, dans la lignée de Diderot ; de présenter ses goûts et ceux de la société à une époque où les mouvements s’enchainent à une certaine vitesse, du Romantisme au Réalisme jusqu’à l’Impressionnisme.

Certes je n’ai pas bien lu tous les textes de l’exposition, notamment leurs petits blocs de planches, mais ceux qui me connaissent un peu savent que je ne vais pas dans les expositions pour lire, lire et encore lire. Cela a tendance à m’ennuyer plus rapidement que je le voudrais. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas tout saisi. Heureusement le dossier de presse est là pour combler ma fainéantise.

Vous l’aurez donc compris ce n’est pas vraiment une exposition grand public. Elle est destinée à un public avisé qui saura apprécier leur juste valeur des œuvres peu connues qui témoignent de l’éclectisme du XIXème siècle et du goût pointu de Charles Baudelaire.

Mais venons-en à l’exposition qui m’a fait chavirée, car elle concerne l’un de mes écrivains préférés, peut-être mon écrivain préféré, Oscar Wilde.

WP_20161011_11_49_11_Pro_LI.jpgLe Petit Palais lui consacré une exposition quasi-parfaite, qui nous renseigne sur sa vie, son œuvre et sur son regard sur l’art à travers des peintures qu’il admira, des écrits, des caricatures, des photographies, des lettres, des citations etc.

Souvent considéré comme un grand écrivain anglais, Oscar Wilde est en réalité irlandais. Il arrive à 20 ans en 1874 au Magdalen College d’Oxford où il suit avec enthousiasme les cours de Walter Pater et John Ruskin qui développent la sensibilité esthétique d’un dandy en pleine construction qui ne cessera de s’affirmer avec les années,  gagnant en notoriété.

On découvre ensuite le Wilde critique d’art, se délectant devant les œuvres présentées dans la Grosvenor Gallery. S’attachant surtout aux sujets mythologiques ou d’histoire ancienne, Oscar Wilde admire la peinture d’Edward Burne-Jones et reproche à William Blake Richmond son manque de vraisemblance dans les costumes de ses peintures. L’intérêt de l’exposition c’est de voir  en même temps que les critiques, les tableaux en question et ainsi d’apprécier à la fois la peinture anglaise de ce dernier tiers du XIXème siècle et l’avis d’Oscar Wilde concernant la composition des uns, la maitrise de la couleur des autres, la réalité historique d’un décor etc.

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Entrer une légende

John Roddam Spencer Stanhope (1829-1908), L’Amour et la jeune fille, 1877. Crédit : Fine Arts museum de San Francisco Achat du musée, du European Art Trust Fund, du Grover A. Magnin Besquest Fund and du Dorothy Spreckels Munn Bequest Fund

 

Fort de sa nouvelle réputation Oscar Wilde s’embarque en 1882 pour les Etats Unis d’Amérique ou il est mandaté pour faire une tournée de conférences à travers tout le pays, de New York à la côte Ouest devant des indiens, des mineurs ou  des mormons. Il expose sa vision de l’esthétisme mais aussi des sujets plus concrets comme « Les Arts décoratifs ». C’est de cette époque que date la fameuse série de photographies de Napoléon Sarony où on le voit avec ses bas de soie et son veston de velours prenant ses fameuses poses qui sont rentrées dans la légende. La confrontation Wilde/Amérique telle qu’elle nous l’est présentée dans l’exposition est amusante. D’un côté les impressions du poète sur le nouveau monde où tous les habitants lui semblent pressé et de l’autre la flopée d’images le représentant de manière souvent précieuse, dont cette étonnante caricature de Sir Max Berrbohm avec son lys et son brushing.Afficher l'image d'origine

De retour de ce périple, Oscar Wilde se marie pour satisfaire sa mère avec Constance Lloyd avec qui il a deux garçons, Cyril et Vyvyan. Il se rend également à Paris où il rencontre Victor Hugo, Maurice Rollinard, Pau Verlaine,  Edmond e Goncourt et Stéphane Mallarmé qu’il admire. Il sera même peint par Henri de Toulouse Lautrec dans l’une de ses toile représentant La Goulue au à la Foire du Trône.
Son travail d’écriture se développe, il écrit des pièces et devient rédacteur d’un magazine dédié aux femmes qu’il rebaptise Woman’sWorld.

Puis vient l’année 1891, l’année où est publié son seul roman, un chef-d’œuvre de la littérature fantastique et philosophique : The Picture of Dorian Gray. L’histoire de ce beau jeune homme qui se fait portraiturer et dont le portrait justement absorbe tous les vices et méfaits de son double de chair qui de son côté ne vieillit pas jusqu’à la fin tragique. Ce roman est une critique de la société, il reflète les considérations de Wilde sur l’art et l’esthétisme et il y inclut tous les thèmes qui lui sont chers : la morale, la beauté, l’hédonisme. Que c’est magique de pouvoir admirer ses pages manuscrites, son écriture ronde, les ouvrages dédicacés…

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Les années 1890-95 sont des années créatives. C’est en 1895 qu’il créé au St. James Theatre, L’Importance d’être constant. Sa pièce la plus célèbre. En 1893 c’est Salomé qui est écrite à Paris et en français pour Sarah Bernhardt. L’actrice ne jouera jamais le rôle et la pièce est interdite en Angleterre mais elle inspira de nombreux artistes dont Aubrey Beardsley qui fut chargé d’en réaliser les illustrations.
C’est également dans ses années qu’il rencontre Lord Alfred Douglas, âgé de 21 ans alors qu’il a lui-même la quarantaine. Cette relation passionné transforme sa vie tout entière et le mènera à sa perte quand il s’oppose au père du jeune homme, le marquis de Queensberry. Les choses se retournent contre lui et il finit par être jugé pour outrage à la pudeur. Nous sommes dans l’Angleterre très puritaine et hypocrite de la reine Victoria où il ne faut pas montrer les scandales. Oscar Wilde est donc condamné à la prison pour ce qu’il est. Durant ses années très dures pour lui, il écrit son De Profundis, longue lettre destinée à Alfred. Il retrouve malgré tout son amant à sa libération en 1897 et ils voyagent ensemble en Italie. Il mourra en 1900 à Paris, loin de chez lui, un peu oublié mais en 1909, le sculpteur Jacob Epstein lui édifie un tombeau en forme de sphinx qui aujourd’hui encore accueillent ses admiratrices et admirateurs venus du monde entier.Afficher l'image d'origine

J’ai adoré cette exposition, voir ces peintures anglaises, les manuscrits d’Oscar Wilde, les photos, les caricatures qu’on faisait de lui où il apparaissait comme un ogre dévorant la vie à pleine dent. C’est vraiment une très belle exposition qui rend parfaitement hommage à ce grand bonhomme sensible qu’était Wilde.

Bravo !

Petit Palais
Oscar Wilde
L’impertinent absolu

Du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017
COMMISSAIRES : Dominique Morel : conservateur en chef au Petit Palais
Merlin Holland : conseiller scientifique

 

Musée de la Vie romantique
‘L’oeil de Baudelaire’ / 20 septembre 2016 – 29 janvier 2017

COMMISSAIRES : Robert Kopp,  professeur à l’université de Bâle,Suisse, correspondant à l’Institut
Charlotte Manzini, docteur en littérature
Jérôme Farigoule, directeur du musée de la Vie romantique
Sophie Eloy, directrice adjointe, musée de la Vie romantique

Tout est art ? Ben semble penser que oui et vous ?

L’un des événements de cette rentrée c’est la réouverture du musée Maillol après plus d’un an de travaux.

J’ai personnellement pour ce Musée un attachement particulier lié aux très belles expositions temporaires de ces dernières années. Ceux qui ont eu la chance de voir les expositions sur Florence et les Médicis, sur les Borgias, Venise par Canaletto et Guardi, les trésors de Pompéi et j’en passe, savent de quoi je parle.

J’étais donc à la fois triste de sa fermeture mais aussi pleine d’espérance pour ce que l’équipe du musée nous réservait de nouveautés. Et bien…finis l’Antiquité et la peinture classique !bandeauevenementv2

Ce dernier qui est désormais géré par Culturespace (comme Jacquemart André) nous propose une exposition que l’on ne s’attendait pas à voir ici, une exposition d’art contemporain. Car en accord avec l’esprit de la fondation Dina Vierny, ce sera bien de l’art moderne et contemporain qui sera désormais à l’honneur dans ce lieu.

On commence donc avec une rétrospective de l’artiste Ben qui nous interroge sur la nature de l’art et même si moi et l’art contemporain on n’est pas toujours amis, cette exposition est marrante, ludique, interactive et fait du bien.

Ben c’est cet artiste que tout le monde connait sans connaître. Celui qui écrit des petites phrases percutantes, qu’on trouve entre autres sur des agendas ou des pots à crayons aujourd’hui.
Mais avant les fournitures scolaires, Ben, Benjamin Vautier (né en 1935) de son vrai nom, c’est quelqu’un qui signe tout et interroge la société sur ce qui est art. Et comme le dit le titre de l’exposition, tout devient art pour le peu qu’on le veuille. Vous découvrirez ainsi comment il a décidé que sa mort serait une œuvre, que son urine ou une crotte de nez pouvait l’être aussi.  Quand il dit tout, c’est tout !

Avec Ben, l’art est dans la pensée de l’artiste et non plus forcément dans la réalisation. C’est la quintessence de la pensée artistique qui est décortiquée à l’extrême. Alors oui c’est drôle, on s’amuse, on peut jouer avec certains objets ou même envoyer des cartes postales.
C’est un peu comme parcourir les milles-et-unes idées d’un sale gosse qui de son propre aveu a un certain égo.

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Une histoire de paraître de séduire, 2014, 80 x 80 cm, acrylique sur toile, collection de l’artiste.

Ben rejoint en 1962 le mouvement Fluxus et en est un fidèle ambassadeur en France et cette exposition une vitrine très claire de cette pensée du non-art. Fluxus s’interroge sur la question de ce qui est art ou pas art dans les années 60-70 et s’appuie sur un discourt de dérision en utilisant la distraction pour interpeller le public. C’est exactement ce que fait Ben en se mettant en scène de toutes les manières possibles.

Mais ce que je préfère dans son art reste ses écritures. Ses phrases simples percutantes, souvent amusantes qui sont des portes sur tout un tas de réflexions.

Oui c’est une exposition bien sympathique qui amorce la nouvelle vie du musée Maillol. Une exposition qui vise aussi bien les connaisseurs de l’art, qui se retrouveront dans ces questions « métaphysique » de l’essence artistique, et une réflexion générale sur notre époque, mais une exposition qui  vise également les amateurs et même les enfants qui s’amuseront comme des petits fous devant les cochons peintres et autres drôleries.

BEN, COMMISSAIRE DE LA SECTION CONTEMPORAINE
ANDRES PARDEY, COMMISSAIRE DE LA SECTION HISTORIQUE

Tout est art ? Ben au musée Maillol

14 septembre 2016-15 janvier 2017

 

 

 

 

Henri Fantin-Latour : les fleurs au coeur de l’automne

L’automne pointe le bout de son nez mais ce sont de sublimes fleurs qui éclosent au musée du Luxembourg, celle d’un peintre méconnu, Henri Fantin-Latour. Les habitués d’Orsay connaissent sûrement déjà  ses portraits de groupe où les on croise  Manet, Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud, faisant de Fantin-Latour un témoin précieux de la société artistique de cette fin de XIXème si bouillonnante.

L’intérêt de ces grandes expositions monographiques c’est d’aller delà des œuvres phares et de découvrir l’ensemble d’une création, ses différents aspects, ses motivations, tout ce qui anime un artiste au cours d’une vie et en ce sens, l’exposition présentée par le musée du Luxembourg est une réussite. Comme toujours j’ai envie de dire.

autoportrait-henri-fantin-latour-expo-delacroixOn commence donc au tout début de la carrière du jeune Henri, jeune homme de son temps, bercé de romantisme et de réalisme mais alors pas du tout intéressé par l’impressionnisme qui va bientôt bouleverser le paysage pictural. Dès  ses  premières œuvres on retrouve les grandes lignes du futur travail du peintre, un souci de réalisme marqué, des portraits et beaucoup de sensibilité dans le traitement. Ses autoportraits sont particulièrement parlants de ce point de vue, nous faisant entrevoir toute la fougue d’un jeune artiste avec un regard brûlant qui n’est pas sans évoquer à certains points de vue l’œuvre d’un Gustave Courbet.

Se formant en partie en atelier de façon classique auprès d’Horace Lecoq de Boisbaudran, en partie en copiant les maîtres du Louvre, il prend un premier envol en rejoignant à Londres l’américain James McNeill Whistler. C’est de l’autre côté de la Manche que va se développer une grosse partie de sa production pour un public très friand de ce genre : la nature morte de fleurs. Et quelles fleurs !

 

Malgré son succès, il retourne à Paris et entre 1864 et 1872 il réalise ses œuvres les plus célèbres : l’Hommage à Delacroix, Un atelier aux Batignolles et le Coin de table. Il élabore un modèle de portrait de groupe, loin de l’Impressionnisme et du plein air, préférant des scènes d’intérieure et des jeux de regards entre les protagonistes et le spectateur.

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L’anniversaire, 1876 Photographie © Musée de Grenoble

En 1876, Henri Fantin-Latour présente une œuvre singulière, l’AnniversaireHommage à Berlioz. Comme le peu de commémorations après le décès de Delacroix l’avait choqué et avait engendré son précédent Hommage, c’est ce qui se produit après le décès d’Hector Berlioz en 1869. Grand mélomane, Fantin-Latour consacre au compositeur vingt-sept lithographies et vingt-et-une peintures. Il utilise la lithographie comme travail préparatoire ce qui est inédit comme rôle pour ce médium artistique. Il en découle une œuvre lyrique où les personnages des opéras de Berlioz prennent vie et se retrouvent en compagnie du peintre lui-même autour de sa tombe.

En parallèle de ses natures-mortes et de ses portraits, l’exposition nous offre quelques compositions d’imagination nourries encore une fois par la musique mais celle de Wagner cette fois-ci, l’autre compositeur majeur dans la vie de Fantin-Latour. On retrouve ainsi des féeries, des personnages issus de la mythologie dans des œuvres évanescentes toute en poésie où la composition et la maitrise des couleurs sont plus abouties et plus libres. Ce sont des œuvres très jolies et peu connues de cet artiste, dévoilant une autre facette de son art.

L’une des parties amusantes de l’exposition (à mon goût) c’est celle consacrée aux photographies d’Henri Fantin-Latour. Pas des photos réalisées par l’artiste mais des photos réunies par lui. Comme un gigantesque album de modèles. Il se disait d’ailleurs être un « fanatique de la photographie ». Le fond conservé au musée de Grenoble et donné par sa veuve en 1921 révèle notamment de nombreuses photos de nus, des modèles posant de toutes les façons possibles. Des poses qu’on retrouve ensuite dans des dessins ou dans des toiles. Une manière de montrer que même sans modèles vivants, le peintre avait sous la main un réservoir d’idées qu’il n’avait qu’à agencer selon ses envies. Une autre façon de pénétrer dans sa façon de concevoir son art.

L’exposition du musée du Luxembourg était vraiment très bien, complète mais pas assommante. Bon après si vous êtes du genre à n’aimer ni les natures mortes ni les portraits, je ne vous cache pas que ce sera peut-être compliqué pour vous, mais ces fleurs si sont belles que peut-être elles vous feront fondre qui sait ?

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FANTIN-LATOUR. À FLEUR DE PEAU
Du 25 septembre 2016 au 10 février 2017

http://museeduluxembourg.fr/

Commissariat : Laure Dalon, conservateur à la Rmn – Grand Palais, adjointe au directeur scientifique ; Xavier Rey, conservateur au Musée d’Orsay, et Guy Tosatto, directeur du Musée de Grenoble.

Rentrée des expos

Les vacances sont finies depuis un petit moment mais les nouvelles expositions n’avaient pas encore pointer le bout de leurs nez à part sur quelques affiches ci et là.

Mais depuis une semaine c’est parti sur Paris ! Alors à première vue, beaucoup d’expositions monographiques. C’est automne, vous pourrez découvrir ou redécouvrir l’art de Fantin Latour, Rembrandt, Oscar Wilde, Ben, Hergé, Bouchardon, Bazille, Albert Besard ou encore René Magritte. Du connu, du moins connu et du quasi-inconnu pour le Grand Public, bref un cru varié et riche qui devrait satisfaire le pus grand nombre. Et bien sûre avec comme évènement majeur, la réouverture du musée Maillol, ses jolies expos me manquaient, et commencer par le choix d’un artiste moderne et trublion est plutôt risqué et original.

Il y aura aussi des expositions plus thématiques, le Second Empire, l’art mérovingien ou la peinture américaine des années 1930 et les fêtes et les divertissements de la cour de Versailles.

Maintenant le plus dur, c’est de savoir par quoi commencer….

 

Les beaux paysages d’Île de France et de Normandie, comme un avant goût de vacances

Le paysage et tout particulièrement le paysage du XIXème siècle a été très à la mode cette saison. Le besoin d’espace ou de jolies couleurs peut-être.

Deux régions ont eu les honneurs, l’Île de France et la Normandie. L’une au musée de Sceaux et l’autre au musée Jacquemart André.

Dans le joli petit château de Sceaux, musée de l’île de France, les romantiques,  l’école de Barbizon, les impressionnistes et les néo-impréssionnistes sont à l’honneur. L’exposition rappelle combien cette région a été la capitale d’un genre en pleine évolution loin des mépris de l’académisme classique.
Pendant longtemps le paysage n’est pour beaucoup qu’un joli fond derrière des personnages historiques ou religieux et même si les écoles du Nord surent très tôt en leur temps lui donner ses lettres de noblesse, en France il tarde à s’imposer face au carcan de la théorie des genres de l’Académie Royale. En terme de prestige il arrive loin derrière les vierges, les héros ou même les portraits. Ainsi, même si des artistes comme Hubert Robert ou Pierre-Henri de Valenciennes  avaient commencé à bouger les lignes, il faut attendre le XIXème siècle avec sa nouvelle vision de l’artiste et le chamboulement des genres pour lui donner son véritable élan. Et entre le chemin de fer qui permet de s’éloigner facilement et rapidement de Paris,  le matériel de peintre plus moderne (le tube, en fin !!!!!) , la photographie qui lance un vrai questionnement sur l’intérêt de la peinture et une réflexion générale sur l’évolution des campagnes dans un siècle en plein changement sociétale et environnemental, tout cela forme un creuset parfait pour que le paysage moderne se forme peu à peu et attire de plus en plus d’artistes aux réflexions très différentes.

Quand à Sceaux on note l’influence de l’Âge d’or Hollandais sur les premiers paysagistes de la région, coté Jacquemart-André on rappelle  l’influence déterminante des anglais qui dès le XVIIIème siècle se sont intéressés à ce genre  avec  Gainsborough,  Constable puis Turner qui se rend en Normandie à la fin des guerres napoléoniennes. Les Pays-Bas et le Royaume Unis sont les deux nations précurseuses du paysage français.

Il y a d’abord l’école de Barbizon qui dans la forêt de Fontainebleau à l’auberge du père Ganne réunit des peintres comme, Rousseau, Corot, Millet qui se retrouvent dans une vision rêvée de la forêt sauvage et en même temps si proche. Mais le nom d’école est trompeur, il s’agit plus d’une fraternité d’artistes où se mêlent les points de vue, les regards et les styles.Expo_Paysages_Lavieille_Barbizon

Puis les impressionnistes vont encore plus loin en libérant la touche et le motif pour ne retenir que l’impression, la lumière. Jongking, Corot ou Renoir peignent notamment la vallée de la Seine avec douceur et  nostalgie, portant leurs regards vers la Normandie.

L’exposition se veut un très jolie voyage dans le temps, à une époque où tout s’accéléraient mais ou la nature avait encore une place déterminante, où Gentilly c’était la campagne et où le périphérique n’existait pas, où les canotiers et les moulins faisaient rêver les passants.  Mais les peintres et les photographes témoignent aussi des désastres de la guerre contre la Prusse de 1870 qui furent nombreux dans la région.

Coté Jacquemart-André on s’exile un peu plus à l’Ouest, quoi que. Nous retrouvons grosso-modo les mêmes artistes et cette même envie de témoigner d’une société en pleine évolution et de cette nature si proche qui côtoie l’industrialisation et les débuts du « tourisme » avec la mode des bains de mer. On visite la Normandie à travers ses artistes fétiches, ses « locaux » Boudin et Monet. Mais on rencontre aussi des parisiens qui ont pris le train comme Edgar Degas ou Caillebotte. La ligne Paris-Rouen est ouverte en 1843, prolongée vers Le Havre en 1847, vers Dieppe l’année suivante et vers Fécamp en 1856. Dans les années 1860, le train dessert DeauvilleTrouville et toutes les stations de la Côte Fleurie.

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BOUDIN Eugène-Louis (1824-1898) Scène de plage à Trouville – 1869 – Huile sur panneau – 28 x 40 cm – Collection particulière. Courtesy Galerie de la Présidence, Paris © Galerie de la Présidence, Paris

Les barques des pécheurs d’Honfleur, les berges de Dieppe et les falaises d’Etretat se mêlent joyeusement aux belles robes et aux ombrelles des grandes dames venues prendre l’air. Le paysage pur rencontre la peinture de mondanités.

Vous l’aurez compris ce sont deux expositions conçues de manières très indépendantes l’une de l’autre mais qui se révèlent très complémentaires dans le sujet, la naissance du paysage et son épanouissement à travers deux régions essentielles la Normandie et l’Île de France. Alors si vous aimez les peintres de Barbizon ou bien que vous préfériez l’impressionniste aux couleurs chatoyantes, vous serez comblés. Une manière de voyager dans le temps et dans l’espace sans aller trop loin (enfin quand on est parisien:/).

 

PAYSAGES DU ROMANTISME A L’IMPRESSIONNISME LES ENVIRONS DE PARIS
Du vendredi 18 mars au dimanche 10 juillet 2016
Musée du Domaine départemental de Sceaux

NORMANDIE L’ATELIER EN PLEIN AIR MONET, RENOIR, PISSARRO, SISLEY, GAUGUIN… Musée Jacquemart-André 18 mars – 25 juillet 2016

Claire Durand-Ruel Snollaerts, historienne de l’art, spécialiste et experte de Camille Pissarro. Elle a établi le catalogue raisonné de l’artiste.
Jacques-Sylvain Klein, historien de l’art.
Pierre Curie, Conservateur du Musée Jacquemart-André.