Soufflot, un architecte dans la lumière. Le Panthéon rend hommage à son papa

Soufflot_un_architecte_dans_la_lumiere_-_PantheonPour cette première exposition de la saison, je me suis dirigée vers le Panthéon qui célèbre comme il se doit le tricentenaire de la naissance de son architecte : Jacques Germain Soufflot (1717-1780).

« Un architecte dans la lumière » voilà le titre choisi par Alexandre Gady son commissaire. En effet à travers un parcours qui se fait au sein même de l’édifice, on découvre ou redécouvre le personnage mais aussi tout son travail et pas seulement son chef-d’œuvre qu’est ce monument en particulier.  Il est remis dans la lumière au sens propre et le terme même renvoie bien évidement aux Lumières, siècle auquel appartient sans aucun doute Soufflot.

4 grands axes sont ainsi dégagés : la formation et la carrière lyonnaise ; Marigny et le triomphe parisien ; Notre-Dame de Paris et bien sûre Sainte-Geneviève. La visite se poursuit ensuite par la maquette de Godelet et  la crypte avec le tombeau de l’architecte qui s’est installé dans son œuvre en 1829.

150 œuvres viennent émailler le parcours, aussi bien des peintures, que des dessins, des plans gravés et des maquettes. On croise également les portraits de tous ceux qui ont côtoyé Soufflot, Louis XV, Marigny, Gabriel, L’archevêque de Lyon, le chanoine de Paris etc. Le tout dans une muséographie sobre mais efficace qui ne perd pas le visiteur. Heureusement au demeurant car la plupart de ceux qui visitent l’exposition sont là avant tout pour le monument en tant que tel et il faut capter leur attention.

Soufflot est une sorte t’autodidacte. Contrairement à d’autres, il ne naît pas dans une famille d’architectes et ne reçoit pas d’éducation académique. Son père est un modeste officier de justice en Bourgogne qui espère que son fils aîné reprenne sa succession, mais ce n’est pas ce dont rêve le jeune Jacques Germain. La légende familiale veut qu’il soit parti seul en Italie à l’âge de 19 ans avec les économies de la famille qu’il devait déposer à la banque. C’est à l’Académie Française de Rome qu’il va donc se former, bien que n’ayant pas été reçu au concours. Ce qui est une première singularité dans son parcours.

lyon_-_soufflot_-facade_hotel_dieuLa seconde c’est que ce n’est pas par la voie parisienne qu’il se fait un nom, mais à Lyon, ville où l’influence italienne est à cette époque très forte. Il devient un architecte très en vue avec déjà un style très personnel. Il est alors sous la protection de F.L de Villeroy et de Pierre Guérin de Tencin, archevêque de Lyon.  Ses réalisations les plus fameuses dans la capitale des Gaules sont l’Hôtel-Dieu et le Grand Théâtre. Les représentations gravées de ses projets vont permettre à l’art de Soufflot de se diffuser très rapidement et accroître sa réputation. Ces images pour les historiens sont de précieux documents. Ils donnent une idée non pas de ce qu’était le monument mais de ce qu’il aurait dû être selon la volonté de son architecte.

Mais la grande rencontre de la vie de Soufflot est surtout celle d’Abel-François Poisson, le jeune frère de madame de Pompadour, futur marquis de Marigny et surintendant des Bâtiments du roi. Sa sœur l’envoie faire son Grand Tour en Italie entre 1749 et 1751 et le place sous la protection de trois hommes chargés d’affiner son goût : le graveur Charles Nicolas Cochin, le critique d’art l’abbé Leblanc et Jacques Germain Soufflot. Ce dernier va devenir « les yeux » du jeune homme et une forte relation d’amitié et de confiance s’installe entre les deux. Ils visitent toute l’Italie, Rome bien sûre mais aussi le sud de l’Italie, notamment les ruines de Paestum qui marquent profondément l’architecte. Devenu ministre de Louis XV, le marquis de Marigny va tout mettre en œuvre pour faire venir Soufflot sur Paris. Il lui confie le chantier de son hôtel particulier et le fait admettre dans la première classe de l’Académie royale d’architecture. Admirateur de l’art gothique, Soufflot est pendant 20 ans-et on l’oublie très facilement- l’architecte de Notre-Dame de Paris. Aujourd’hui il est difficile de juger son apport à la cathédrale car au XIXème siècle Viollet-Le-Duc jugea ces apports inadéquats et les fit enlever. On peut notamment voir les plans de la sacristie signés de la main de Louis XV en personne. Je ne sais pas vous, mais je trouve toujours ça très émouvant de tomber nez à nez avec ces signatures venues d’un autre temps, on imagine presque la main en train de tracer à la plume ces quelques lettres « Louis ». A la demande du clergé, il modifie le portail central de la cathédrale pour laisser passer le dais, supprimant le trumeau central et une partie du tympan. Des vues anciennes, nous montrent ces nouvelles portes voulues par Soufflot. Mais le grand projet de Soufflot c’est bien évidement la réalisation du grand projet catholique du règne, la construction de l’église dédiée à Sainte-Geneviève, en réponse d’un vœu de Louis XV pour sa guérison quelques années plus tôt ou il pensait mourir de maladie en 1744. C’est grâce à la protection de Marigny que Soufflot obtient le chantier au nez de Gabriel, le grand architecte du royaume, pas forcément très content de ce choix.

On distingue sur cette gravure du XIXe siècle, la porte centrale telle se trouve aménagée après l’intervention de Soufflot en 1771Avec l’élise Sainte-Geneviève qui ne deviendra « Panthéon » qu’en 1791, Soufflot met en place toute sa conception de l’architecture de son temps. Il ne veut plus du style rocaille mais souhaite retrouver le Grand Coup du siècle de Louis XIV, associé à une passion pour la légèreté de  la construction gothique et la majesté des dômes du XVIème siècle qu’il a croisé à Rome. Son projet regroupera cet ensemble de passions pour donner naissance à un monument ambitieux et très en avance sur son temps, emblématique de ce qu’on appellera le néo-classique et en même temps précurseur du XIXème siècle. Rien que le dôme est une prouesse en tant que telle, d’une grande nouveauté toute en pierre avec ses 3 coupoles superposées (le dôme extérieur, la coupole à caisson et un intermédiaire). De nombreuses critiques vont s’élever contre le projet, le jugeant trop fragile. Peut-être des réactions de jalousie face à un homme qui s’est fait tout seul, sans l’Académie. Mais rien n’empêchera la construction de l’édifice, le jeune Louis XVI féru de nouveautés scientifiques apportant tout son soutien au projet et imposant qu’il soit réalisé selon les idées de Soufflot.

Pose de la première pierre le 6 sept 1764 par PA Demachy
Pose de la première pierre le 6 sept 1764 par PA Demachy

Certes le monument est fragile avec des fissures qui apparaissent dès 1770, et une grande campagne de restauration a été lancée cette année pour le consolider, notamment en raison des éléments métalliques dont le gonflement fait éclater la pierre, mais contrairement à ce que disaient les mauvaises langues, l’ensemble ne s’est toujours pas écroulé et surplombe toujours Paris de sa majesté grâce à la luminosité de son architecte de génie considéré comme l’équivalent d’un Jacques Louis David pour la peinture.

 

portrait par Van Loo avec en médaillon des miniatures qui auraient été dessinées par Soufflot représentant le panthéon en plan et élévation.
portrait par Van Loo avec en médaillon des miniatures qui auraient été dessinées par Soufflot représentant le panthéon en plan et élévation.

11 Septembre 2013 > 24 Novembre 2013

http://www.monuments-nationaux.fr/fr/actualites/a-la-une/bdd/actu/1298/soufflot-un-architecte-dans-la-lumiere//

 

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