Braque, la force tranquille du Grand Palais

96530-exposition-georges-braque-au-grand-palaisGeorges Braque (1882-1963) est l’une des grandes figures de l’art du XXème mais malgré son importance dans l’histoire de l’art et des obsèques nationales demandées par Malraux en 1963, Braque reste un personnage discret, longtemps resté dans l’ombre de Picasso qui fut son ami, son antagoniste, son alter-égo dans la grande aventure du cubisme.

Quand on a quelques notions d’histoire de l’art, on connaît Braque, on a vu quelques peintures mais souvent ça s’arrête là et pour tous les autres, c’est encore plus léger. Aussi le Grand Palais remet-il dans la lumière ce grand monsieur. La lumière Braque l’a pourtant connue de son vivant. Il est le premier artiste contemporain à recevoir une commande pour la décoration de la salle Henri II du Louvre, inaugurée en 1953. Il choisit un thème iconographique qui lui était particulièrement cher à la fin de sa vie : les oiseaux. La dernière partie de l’exposition leurs est consacrée. Pour le Louvre Braque exécute une œuvre forte mais d’une simplicité absolue, bien loin de ces œuvres cubistes pour lesquelles il est plus connu.

Georges Braque, Grand Nu, 1907-1908 Huile sur toile, Centre Pompidou, Mnam. ADAgp 2008/09
Georges Braque, Grand Nu, 1907-1908
Huile sur toile, Centre Pompidou, Mnam. ADAgp 2008/09

 

Femme nue assise© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn- Grand Palais / Philippe Migeat © Adagp, Paris 2013
Femme nue assise© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn- Grand Palais / Philippe Migeat © Adagp, Paris 2013

La force de cette exposition c’est de ne pas se résumer à la période cubiste mais de donner à voir TOUTE l’œuvre de Braque, toutes ces facettes aussi différentes l’une de l’autre, son regard sur le monde, la déstructuration, la reconstruction, ses paysages, ses natures mortes etc. etc.  Le parcours se veut à la fois complètement chronologique et en même temps thématique avec les grands sujets de Braque : L’illustration d’Hésiode en 1931-32, les Ateliers en 1949-56, les billards en 1944-49…

On est ainsi étonné de commencer par un feu d’artifice de couleurs, car avant d’être l’inventeur du cubisme avec Picasso, Braque est un suiveur de Cézanne et des fauves. Sa femme nue assise (1907) est chromatiquement très proche de la femme au chapeau de Matisse (1905). Mais on découvre surtout les paysages de l’Estaque qui peu à peu se décomposent, se décolorent et laissent apparaître le cubisme, aux tons bruns. Un ensemble de « petits cubes » disait Matisse au salon d’Automne de 1908. On croise aussi le grand nu (1907-1908) fortement inspiré des demoiselles d’Avignon qu’il avait vu dans l’atelier de Picasso en novembre 1907.

broc et violion,1909
broc et violion,1909

Suivent un ensemble d’œuvres qui témoignent de la complexité du cubisme, d’abord analytique (1904-1912) puis synthétique (1913-17). C’est le regard de l’artiste qui nous est donné de comprendre. Toute cette déstructuration qu’il applique au maximum aux natures mortes, cette perte de couleurs pour ne retenir que l’essence du sujet puis peu à peu une figuration qui renaît, des couleurs aussi mais dans un espace complètement aplati notamment par l’utilisation de papier collé, l’une de ses inventions artistiques qu’il se dispute également avec Picasso.

canéphores © Rmn-Grand Palais - Jacqueline Hyde © Adagp, Paris 2013
canéphores
© Rmn-Grand Palais – Jacqueline Hyde © Adagp, Paris 2013

Toutes décomposées que sont ses peintures, l’œil finit peu à peu par reconstruire les sujets. On découvre ainsi la grande passion pour la musique de Braque, grand admirateur de Bach, à travers tous ces violons et ces musiciennes. Le jeu et le bon vin sont également récurrent…
On ne peut qu’admirer les imposantes Canéphores où on décèle le retour aux classiques, autant échos aux baigneuses de Picasso qu’aux nymphes de Goujon pour la fontaine des innocents. Braque est également un grand admirateur de Chardin et Corot.
On admire ses œuvres mythologiques, son illustration de 16 eaux fortes commandées par Ambroise Vollard pour la Théogonie d’Hésiode et les œuvres qui y sont liées. Quelle force et quelle poésie.
Ses paysages des années 1955-63 sont aussi une rencontre particulièrement marquante, admirés par Nicolas de Staël en son temps ou par Giacometti son ami. De longs panoramas d’une force tranquille. De longs aplats de couleurs qui laissent apparaître un ciel, une terre, des champs, une charrette isolée. Ces paysages de campagnes sont parmi ses dernières œuvres et ses plus belles. Quelle évolution de son œuvre, quel renouvellement. Il lui aura fallu tout détruire pour reconstruire une nature puissante et touchante.

la sarcleuse 1961-63. MNAM de PAris
la sarcleuse 1961-63. MNAM de PAris

Ce qu’on retiendra de cette exposition c’est cette force tranquille qui émane de toute l’œuvre de Braque et de Braque lui-même. Quand on regarde ce portrait par Man Ray en 1933, on est face à un homme dont le regard profond a bouleversé l’art du XXème siècle et même si on n’est pas sensible à cet art moderne, on est sensible à Braque. L’exposition est un véritable succès, très complète et magnifique.

Une rencontre avec un homme, un artiste, son art et aussi une page de l’histoire de l’art.
Exposition

heracles
heracles

Georges Braquegeorges-braque-et-l-aventure-du-cubisme,M124871
18 Septembre 2013 – 06 Janvier 2014
Grand Palais, Galeries nationales
Commissaire : Brigitte Leal, conservateur général et directeur adjoint du Musée National d’Art Moderne.

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