L’innocence archaïque d’un « douanier » pas comme les autres

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Henri Rousseau Moi-même, portrait paysage © bpk / Lutz Braun

Pas d’expositions tapageuse cette saison au musée d’Orsay, ni prostituée, ni nu masculin ou guillotine, mais un artiste incontournable de l’Histoire de l’art de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, celui qu’on appelle communément le Douanier Rousseau.

Je dois avouer que ce dernier ne figure pas parmi mes artistes préférés car je ne suis que très peu sensible à ceux qu’on va appeler les primitifs modernes ou naïfs (N’est pas Wilhem Udhe qui veut), mais Rousseau n’en demeure pas moins un peintre majeur dont l’art a marqué son époque et l’exposition qui est d’abord passée par Venise restitue l’essentiel de sa production si atypique entre jungles et portraits massifs.

Mais revenons sur le parcours de ce monsieur Rousseau. Henri de son prénom est né en 1844, après une formation en droit, il travaille dans l’octroi de Paris d’où son surnom de douanier donné par Alfred Jarry.

C’est en 1872 qu’il débute sa carrière de peintre en autodidacte, se formant seul en étudiant et copiant les œuvres du Louvre. Bien que souvent moqué, il finit par acquérir une certaine notoriété et la reconnaissance de Matisse, Delaunay, Apollinaire ou Picasso.

L’exposition d’Orsay commence par le fameux « moi-même, portrait paysage » qui nous permet de faire connaissance avec ce drôle de peintre et sa manière singulière de représenter sa réalité. Le peintre est au premier plan, démesurément grand, la tablette et le pinceau dans les mains et derrière lui une Tour Eiffel derrière un mat de bateau orné de drapeaux. Il se veut être l’inventeur du portrait paysage, bien que l’accrochage montre que ce genre existait bien avant avec une peinture de Vittore Carpaccio, l’homme au bonnet rouge

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La muse inspirant le poète, 1909

La partie suivante consacrée aux portraits de groupe témoigne de l’importance et de l’influence du Douanier Rousseau. Malraux louera sa sensibilité dans Les Voix du Silence, Felix Vallotton voit dans ses tableaux « l’alpha et l’oméga de la peinture » (1891). Quant à Guillaume Apollinaire, il est représenté par le peintre avec Marie Laurencin dans « La muse inspirant le poète », œuvre qui sera reprit par Carlo Carrà, cofondateur du mouvement Futurisme.

Les différents aspects de l’œuvres du Douanier Rousseau sont cités dans l’exposition avec à chaque fois des liens (plus ou moins évidents) avec d’autres artistes. On découvre les femmes monuments, imposantes mais aussi les enfants légèrement effrayants. L’enfance chez Rousseau n’est pas traitée avec légèreté, au contraire et « Maya à la poupée » de Picasso en est une digne héritière.

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La Guerre © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / DR

L’une des œuvres les plus intrigante de Rousseau est « La Guerre » peinte vers 1894 où on peut voir une figure féminine guerrière chevauchant un cheval monstrueux et sautant par-dessus un amas de corps humains. Le Peintre Louis Roy écrit dans Le Mercure de France : « cette manifestation a pu paraître étrange parce qu’elle n’évoquait aucune idée de chose déjà vue. N’est-ce point là une qualité maîtresse? [Rousseau] a le mérite, rare aujourd’hui, d’être absolument personnel. Il tend vers un art nouveau… ». Rousseau aurait trouvé son inspiration dans le « Derby d’Epsom » de Géricault pour la position de la monture, « La Nuit » d’Hodler mais aussi « L’égalité devant la mort » de Bougereau que le peintre considérait comme l’un des artistes les plus influents de son temps.

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Henri Rousseau, dit le Douanier La Charmeuse de serpents © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Puis pour finir en beauté, voici les jungles mystérieuses, exubérantes si emblématiques de l’œuvre du Douanier qui marquèrent Max Ernst ou Breton. Le peintre ne sorti jamais de France mais trouva son inspiration à la ménagerie du jardin d’Acclimations, dans les manuels de botanique, les pavillons de l’Exposition universelle de 1899 et dans les récits de voyage de ses camarades artilleurs. Cette nature luxuriante et sauvage devient le décor de combats féroces entre tigres, lions et autres fauves et leurs proies. Comment de pas s’interroger sur la signification de certaines de ces œuvres et être complétement subjugué par ces peintures monumentales dans lesquelles on se trouve immergé ?

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Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, 1898-1905.

En bref, une exposition très intéressante et complète qui nous fait découvrir un artiste majeur, un pont entre le XIXème et le XXème siècle. Le musée d’Orsay, une fois n’est pas coutume, réussi à nous faire voyager mais j’avoue attendre avec impatience une prochaine exposition au thème innovant et passionnant.

 

Musée d’Orsay 22 mars – 17 juillet 2016

Commissariat général
Guy Cogeval, président des musées d’Orsay et de l’Orangerie Gabriella Belli, directrice de la Fondazione Musei Civici di Venezia

Commissariat
Beatrice Avanzi et Claire Bernardi, conservateurs au musée d’Orsay

 

 

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