Le roi est mort, Vive le roi

 

le-roi-est-mort-versaillesJe dois admettre que je ne vais pas beaucoup à Versailles. Déjà parce que c’est loin, et parce que j’appréhende toujours un peu l’accueil que je ne trouve pas forcément très « chaleureux » et motivant. Par contre, à chaque fois que j’y viens pour une exposition, le contenu de cette dernière, fini par balayer tous ces petits points négatifs pour  au final m’époustoufler. Et encore une fois, j’ai été bluffée par « Le roi est mort ».

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© DIDIER SAULNIER

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« représentation de l’endroit où a été déposé le corps de Louis XIV dans l’église de St Denis, Arnoul Maillot. Crédit BNF

La scénographie est théâtrale et pour cause Pier Luigi Pizzi est metteur en scène d’opéra. Quant au contenu, il est pointu et instructif. Il aborde tous les aspects religieux ou politique lié au décès d’un souverain, le cérémonial du deuil, la procession funéraire etc. En bref j’ai adoré. Et comme en plus, il n’y avait pour une fois pas grand monde, j’ai même pu me réapproprier le château dans son ensemble. Alors que demande le peuple ?

Il y a 300 ans, le 1er septembre 1715, s’éteignait celui qui est considéré comme le plus grand roi de France, le monarque absolu, Louis XIV.
On monte les marches au son d’un requiem et on arrive devant l’immense lit de mort du roi, dans une pénombre lugubre qui vous plonge d’emblée dans le vif du sujet d’un enterrement royal.
Je crois que c’est la première fois qu’une exposition aborde ce thème si particulier et pourtant si intéressant qu’est la mort d’un souverain. C’est à la fois une lecture d’une page de l’Histoire de France et un voyage dans les us et coutumes de la cour.

4800557_6_b245_d-un-realisme-remarquable-avec-de-vrais_ad69b8eb0466166f27dafd67e16a4c4aMourant en public après une agonie d’une quinzaine de jours due à la gangrène et un règne de soixante-douze années et cent jours. Louis XIV qui sait que l’Etat va lui survivre prépare sa succession en recevant le dauphin, futur Louis XV qui n’avait que 5 ans. Il conseille à l’enfant qui devait être très impressionner ne pas l’imiter dans son goût pour les bâtiments et de soulager la misère de ses peuples, afin d’être un grand roi.

Le jour suivant son décès, on place le corps dans l’antichambre de l’œil de bœuf et on procède à l’autopsie, à la triparti (on sépare le cœur et les entrailles qui seront envoyés vers des lieux choisis par le souverain, du reste du corps) et à l’embaument. Les instruments chirurgicaux, les manuscrits relatant toute la procédure et la forme d’un corps posé sous un linceul blanc vous plonge dans l’ambiance. On apprend ainsi que toute la moitié gauche du pied à la tête était gangrénée. Ne pas faire cette exposition après un bon repas 😉

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Louis XIII en costume de deuil Frans Pourbus le Jeune

 

A partir du troisième jour et ce pendant une semaine, le mort est exposé dans le salon de Mercure, l’occasion d’aborder cette coutume dans les différentes cours d’Europe en dehors de la France où de Charles VI jusqu’à Henri IV il était d’usage de présenter une effigie. Louis XIII adopte la pratique espagnole à savoir présenter le corps en habit de cour avec les insignes de la royauté. Avec Louis XIV seul le cercueil et le reliquaire du cœur trône, devant lequel les nobles se succèdent pour l’asperger d’eau bénite.

Vient ensuite la période de deuil. J’ai particulièrement apprécié cette partie, parce que j’y ai beaucoup appris sur la mise en pratique et l’aspect que revêtait le deuil à Versailles. Ainsi seul le roi peut décider d’une période de deuil et de quelle forme elle va prendre, il existe un grand deuil, un demi-deuil et un petit deuil qui se manifestent dans des tenues différentes. Longtemps les reines ont porté le deuil blanc, Marie Stuart sera la dernière à le faire, le noir venant d’Italie le supplantant. Quant au roi, il porte le pourpre à l’image du jeune Louis XV qui porte durant un an cette tenue en mémoire de son aïeul.

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Cortège de Louis XIV. BNF

C’est maintenant le départ du convoi funèbre pour Saint Denis. Haute démonstration symbolique des différentes couches du pouvoir, celui de Charles V d’Espagne est resté une référence en la matière. 2500 personnes vont marcher derrière Louis XIV pour son dernier voyage, mais sans traverser Paris, pour éviter ceux qui pourraient montrer un peu trop de soulagement à la mort de leur souverain.
Saint Denis est depuis l’époque mérovingienne une nécropole royale où se côtoient alors sous terre, la plupart des rois de France. Certains ont de magnifiques mausolées, à l’image des Valois. Par contre, les Bourbons dont Louis XIV n’est que le troisième représentant régnant, ont un simple et modeste caveau. Le roi soleil tente de réparer ce manque de magnificence en faisant appel à Mansart ou Bernin, mais rien n’aboutit et le dénuement du caveau perdurera. Par contre, ils se rattrapent par les monuments élevés pour recueillir leurs entrailles.

 

La dernière partie de l’exposition, nous rappelle que la Révolution n’a pas mis un terme à tout ce protocole et ce faste des funéraires royales. La République va récupérer le symbole pour rendre hommage à ses héros que sont Victor Hugo ou Voltaire ou ses gouvernants comme Sadi Carnot ou le Général De Gaule.

Car dans la mort d’un chef d’état, ce n’est pas seulement l’homme mortel que l’on cherche à honorer mais c’est l’image d’une partie d’Histoire qui s’inscrit définitivement dans les annales.

Je vous conseille vivement cette exposition, elle est génialissime. Et toujours pour parler de Versailles, mais rien à voir avec le sujet, Canal + a sorti une nouvelle série avec pour sujet Louis XIV. Je suis à peu près sûre que la rigueur historique n’est pas au rdv, mais c’est une très bonne série d’intrigues politiques et rien que pour les costumes, les décors et les accessoires (le carrosse en or j’adore) ; franchement vous devriez l’essayer. En plus pour une fois, on présente Monsieur comme un vrai chef de guerre et pas seulement comme excusez-moi l’expression une grande folle qui s’habille en femme. C’est un personnage plus subtil et complexe qui apparait, tout comme Louis XIV à la fois sûre de sa grandeur, sournois, ombrageux tacticien et séducteur.

http://www.leroiestmort.com/fr

Du 27 octobre 2015 au 21 février 2016.

COMMISSARIAT
Béatrix Saule, Directeur-conservateur général du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, assistée d’Hélène Delalex, Attachée de conservation au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon et Gérard Sabatier, Professeur émérite des universités.

Scénographie : Pier Luigi Pizzi

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