Gloire aux portraits des Médicis, au musée Jacquemart-André

Le musée Jacquemart André, à travers cette exposition, nous emmène au cœur de la Renaissance Florentine à la cours des Médicis. Cette riche famille, objet de tous les fantasmes a déjà eu le droit à son exposition au musée Maillol sur son rôle de mécènes des arts, cette fois et avec la même tête d’affiche, le portrait d’d’Eléonore de Tolède par Bronzino, ce sont les portraits qui nous guident, et seulement une partie du clan se dévoile car nous restons principalement au XVIème siècle.

4_-_ghirlandaio_coperta_ritrattoLe choix est judicieux. À travers une quarantaine d’œuvres de Pontormo, Salviati, Bronzino ou Ghirlandaio, nous voyageons au cœur d’une des plus prestigieuses cours d’Europe, nous apprenons au travers de ces visages, un pan de l’histoire de cette famille et à travers elle, de la ville de Florence.

Tout commence avec la fuite de Pierre II, fils de Laurent de Magnifique qui marque une période d’exile allant de 1494 à 1512. C’est le temps de la République Chrétienne et religieuse de Savonarole à qui succède Pier Soderini.

Fra’ Bartolomeo, Portrait de Savonarole, 1498 – 1500, Huile sur bois, 53 x 37,5 cm, Florence, Musée de San Marco © S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze
Fra’ Bartolomeo, Portrait de Savonarole, 1498 – 1500, Huile sur bois, 53 x 37,5 cm, Florence, Musée de San Marco
© S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze

C’est une période troublée où le retour aux vertus de la république se manifeste par des portraits graves sans excès de luxe et où les modèles portent des tenues sombres. Celui de Savonarole par Fra Bartolomeo est plus que parlant. Avec son habit de dominicain noir sur fond noir, de profil à l’antique, le réformateur se présente humblement, en symbole moral de la république florentine libérée des Médicis. Bien que condamné à mort pour hérésie et schisme en 1498, il reste une figure importante aux yeux de nombreux florentins. Le joli portrait par Ghirlandaio, la monaca est aussi très doux à observer et particulièrement intéressant pour sa tirella, qui cachait le visage de la dame, aux yeux indiscrets et qu’il fallait enlever.

Giorgio Vasari, Portrait d’Alexandre de Médicis devant la ville de Florence, vers 1534, Huile sur bois, 157 x 114 cm Florence, Galleria degli Uffizi © S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze
Giorgio Vasari, Portrait d’Alexandre de Médicis devant la ville de Florence, vers 1534, Huile sur bois, 157 x 114 cm
Florence, Galleria degli Uffizi © S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze

Le Médicis reviennent en 1512, Laurent II est soutenu par le pape Jules II et l’armée de la Sainte-Ligue, mais la ville est surtout sous la coupe des deux papes Médicis, Léon X et Clément VII. En 1531, le fils de Laurent, Alexandre le Maure, considéré par certains comme le fils illégitime de Clément VII devient le premier duc de Florence. Peu apprécié des florentins, il est assassiné quelques années plus tard par son cousin Lorenzino. C’est désormais une autre branche de la famille des Médicis qui s’installe, celle des Popolani, incarné par Cosme Ier, futur grand-duc de Toscane, fils du célèbre condottiere, Jean des Bandes Noires.
C’est le temps des portraits héroïques, peint pour réhabiliter les souverains, Alexandre et Cosme se font représenter en chefs puissants et sure d’eux dans leurs armures. Ce dernier fait représenter également son père, par Salviati pour ancrer cette nouvelle branche de la famille.  Toujours pour consolider son pouvoir, Cosme Ier se rapproche de Charles Quint en épousant Eléonore de Tolède, fille du vice-roi espagnol de Naples. Toute la ville, devient le théâtre de sa puissance, il réaménage le palazzo Vecchio et fait construire la galerie des Offices, s’adjoignant les services de Vasari, Baccio Bandinelli et d’Agnolo Bronzino, le peintre du moment, véritable novateur dans ce genre du portrait. Ce dernier réalise celui  d’Éléonore de Tolède, somptueux. Elle porte une robe de satin rouge qui se détache admirablement sur le fond lapis-lazuli et les nombreuses perles du corsage et de la coiffe témoignent du raffinement qu’elle apporta à la cour.

Agnolo Bronzino, Portrait d’Eléonore de Tolède, 1522, Huile sur bois, 59 x 46 cm, Prague, NárodnÍ Galerie © National Gallery of Prague 2014
Agnolo Bronzino, Portrait d’Eléonore de Tolède, 1522, Huile sur bois, 59 x 46 cm, Prague, NárodnÍ Galerie
© National Gallery of Prague 2014
1IT-120-A1555-10 Cosimo I. de' Medici / Bronzino Cosimo I. Medici, Herzog von Florenz (ab 1537), Grossherzog von Toskana (ab 1569), Florenz 11.6.1519 - Castello bei Florenz 21.4.1574. - Portraet. - Gemaelde, 1555, von Agnolo Bronzino (1503-1572). Oel auf Holz. By courtesy of the Ministero per i Beni e le Attivita Culturali. Turin, Galleria Sabauda. E: Cosimo I de' Medici / Paint.by Bronzino Cosimo I Medici, Duke of Florence (from 1537), Grand Duke of Tuscany (fr.1569), Florence 11.6.1519 - Castello near Florence 21.4.1574. - Portrait. - Painting, 1555, by Agnolo Bronzino (1503-1572). Oil on wood. By courtesy of the Ministero per i Beni e le Attivita Culturali. Turin, Galleria Sabauda.
Cosme Ier par Bronzino Huile sur bois, 82,5 x 62 cm The Alana Collection, Newark, USA. © The Alana Collection, Newark, USA.

Bronzino réalise également une série de 29 portraits sur étain, d’une grande finesse, comme celui du successeur de Cosme Ier, François Ier. Grand amateur d’architecture et de science, il est celui qui ouvre la Tribune des Offices pour y exposer sa splendide collection. C’est l’apogée du portrait, rien n’est trop beau, les matériaux le plus somptueux sont utilisés, tout est d’un grand raffinement, y compris chez les courtisans qui font réaliser des portraits d’eux, à l’image de ceux des princes.

Preuve du fleurissement de tous les arts et de la culture humaniste de l’époque, le portrait florentin est plein de références littéraires ou musicales présentes pour attirer l’attention de l’érudit spectateur. Cette jeune fille peinte par Andrea Del Sarto tient un ouvrage de Pétrarque dont une page est lisible et l’autre non, elle pointe du doigt, avec un regard averti, cette page cachée que celui qui regarde doit connaître.

Andrea del Sarto (Andrea d’Agnolo, dit)  Vers 1528, Huile sur bois, 87 x 69 cm Florence, Istituti museali della Soprintendenza Speciale per il Polo Museale Fiorentino, Galleria degli Uffizi © S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze - Gabinetto Fotografico
Andrea del Sarto (Andrea d’Agnolo, dit)
Vers 1528, Huile sur bois, 87 x 69 cm
Florence, Istituti museali della Soprintendenza Speciale per il Polo Museale Fiorentino, Galleria degli Uffizi
© S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze – Gabinetto Fotografico

Puis pour finir avec encore plus de grandeur, l’exposition se conclut avec le portrait d’état qui apparaît avec l’arrivée d’Eléonore de Tolède qui ramène avec elle, ce genre bien défini en Espagne. Le portrait témoigne, avec ses codes bien déterminés et ses allégories, le rang du modèle. Ainsi Marie de Médicis, future reine de France, peinte par Santi di Tito  en 1600 apparaît dans tous les fastes d’une princesse italienne, ceux d’une reine et d’une future mère.

Je radote, je radote, mais les expositions de Jacquemart-André sont très souvent des belles réussites, alliant propos clairs, réflexions savantes et œuvres de choix sans assommer le visiteur. Le sujet ici est sublime, les œuvres aussi. J’aime personnellement beaucoup le genre du portrait, car c’est à chaque fois des petites rencontres avec des figures du passée, et là quelles belles rencontres !

Santi di Tito et atelier, Portrait de Marie de Médicis, 1600 env., Huile sur toile. 193,5 x 109 cm, Florence, Galleria Palatina © S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze
Santi di Tito et atelier, Portrait de Marie de Médicis, 1600 env., Huile sur toile. 193,5 x 109 cm, Florence, Galleria Palatina
© S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della Città di Firenze

Si vous aimez la Renaissance, la peinture, l’Histoire, c’est vraiment une exposition faites pour vous, toute en finesse et beauté.

Commissariat :
Carlo Falciani et Nicolas Sainte-Fare Garnot

Florence à la cour des Médicis
11 septembre-23 janvier
Musée Jacquemart-André

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