Les Tudors règnent temporairement sur la France au musée du Luxembourg.

Le Printemps est là et avec lui une fleuraison d’expositions bien tentantes. La première à avoir attiré la petite abeille que je suis, celle sur les Tudors au musée du Luxembourg.

Elizabeth_I_in_coronation_robesLa famille des Tudors est l’une de ces grandes familles  qui ont marqué l’Histoire et les arts de leurs temps mais aussi l’imaginaire populaire à l’image des Borgia.
Régnant pendant 3 générations sur  128 années et offrant trois rois et deux reines à l’Angleterre et non des moindre, les Tudors sont certainement les souverains britanniques les plus connus, de par les nombreuses représentations qui en sont faites à travers la littérature, le théâtre, le cinéma et récemment la télévision, avec  Les Tudors où Jonathan Rhys Meyers est peut-être visuellement plus agréable que ne l’était Henri VIII.
Pour témoigner de leur magnificence, le musée du Luxembourg expose  de nombreuses œuvres (surtout des portraits) prêtées par la National Portrait Gallery, le British museum, la Royal Collection ou le Louvre. C’est une plongée dans la Renaissance anglaise ; on découvre ou redécouvre la vie de ces souverains, les liens importants avec la famille des Valois qui règne alors sur la France et aussi l’influence majeure sur les arts.

L’exposition mise en scène par Hubert Le Gall commence par cette vision romantique et théâtrale que l’on peut avoir de la famille, avec notamment deux extraits de films, l’un avec Sarah Bernhardt et l’autre Cate Blanchett avec également la robe de couronnement de cette dernière dans le film Elisabeth réalisé par Shekhar Kapur et sorti en 1998.
Mais très vite on revient aux fondamentaux historiques avec un parcours historique nous présentant les différents membres de cette famille pas comme les autres, à commencer par celui qu’on surnomme le fondateur, Henri VII Tudor.
Ce dernier conquiert le trône en 1485 en terrassant Richard III lors de la  bataille de Bosworth mettant fin à la Guerre des deux roses opposant les York aux Lancastre. Pour garantir l’unité retrouvée, il épouse Elisabeth d’York et comme symbole de cette union, il adopte un nouvel emblème, la rose Tudor mélangeant la rose rouge Lancastre et la rose blanche des York. On retrouve régulièrement cette rose rouge au cœur blanc dans les œuvres de l’époque, comme dans cette sublime chape brodée qu’Henri VIII en grand amateur d’étoffe apportât au camp du drap d’or.
Workshop_of_Hans_Holbein_the_Younger_-_Portrait_of_Henry_VIII_-_Google_Art_ProjectCe roi est presque devenu une figure de légende avec ses 6 épouses dont une répudiée, deux décapitées, une morte en couche et une renvoyée chez elle. Véritable colosse d’1m88  comme le prouve son armure, Henri VIII est l’image même du roi imposant comme pouvait l’être celui avec qui il se mesura toute sa vie, François Ier.  Au-delà de l’image un peu caricaturale de Barbe bleue, Henri VIII fut aussi un homme de la Renaissance, un homme éclairé, instruit, admirateur de musique et de sport et bien que père de l’église anglicane, son rosaire témoigne qu’il fut aussi un fervent catholique, « défenseur de la foi ».

Le portrait d’après Holbein le Jeune qui décorait Withehall aujourd’hui disparu témoigne parfaitement de la détermination d’un roi à prouver sa grandeur et son pouvoir aux yeux du monde.
De face, les jambes légèrement écartées, les poings sur les hanches, Henri VIII fixe le spectateur et sa simple présence dépourvue d’attributs royaux suffit à imposer sa majesté.
L’original du portrait était initialement entouré de son épouse Jane Seymour et de ses parents Henri VII et Elisabeth d’York et avait peut-être été commandé pour célébrer la naissance tant attendu d’un fils, le futur Edouard VI.

Holbein le jeune, le futur Edward VI
Holbein le jeune, le futur Edward VI

Peintre allemand, Holbein le Jeune arrive en Angleterre recommandé par Erasme à Thomas More. Il devient peintre officiel du roi en 1536 et gagne rapidement la confiance du souverain qui lui confie entres autres taches le portrait de son fils, mais aussi la réalisation des portraits de prétendantes dans toute l’Europe, parmi lesquels figure celui d’Anne de Clèves, l’épouse N° 4, qui plut davantage au roi en peinture qu’en vrai. Henri VIII aurait déclaré, preuve de son admiration pour le peintre : «De sept paysans, je pourrais faire sept comtes, mais de sept comtes, je ne pourrais pas faire un Holbein».
Les autres épouses sont bien sûre évoquées : Catherine d’Aragon, répudiée au profit d’Anne Boleyn dont il ne reste aucun portrait de son vivant, elle sera décapitée ; remplacée par Jane Seymour qui meurt des suites de son accouchement ;  Anne de Clèves moins jolie que sur son portrait et surtout trop allemande pour le roi sera renvoyée chez elle ; Catherine Howard sera aussi décapitée ; reste Catherine Parr qui jouera surtout le rôle d’infirmière auprès d’un roi âgé souffrant d’une blessure suppurante à la jambe.

Master John, portrait Edward VI
Master John, portrait Edward VI

La dernière génération de Tudors se compose des trois enfants survivants d’Henri VIII, Edouard VI, Marie Ière et Elisabeth Ière avec qui la dynastie s’achève en 1603, cédant la place aux Stuarts.
Edouard VI devient roi à 9 ans guidé par son oncle Edward Seymour. Les portraits qui le représentent témoignent d’un jeune souverain parfaitement conscient de l’héritage de son père, peint dans une position similaire. Plus amusant vous verrez aussi le portrait anamorphosé par William Scott.
Ayant pérennisé la Réforme et ne souhaitant pas que sa sœur Mary, la Catholique hérite de son trône, il désigne la jeune Jane Grey, comme successeur.  Mais elle ne restera reine que 9 jours, Mary reprenant la couronne. L’exécution de la jeune femme inspirera au XIXème à Delaroche l’une de ses plus belles toiles, non présentée ici.
Mary fille de Catherine d’Aragon, princesse de 37 ans au fort caractère qui s’opposa notamment à son père sur la Réforme ou la révocation de sa mère, surnommée Bloody Mary va régner guère plus de 5 ans. Son règne sera marqué par une tentative de retour brutal au catholicisme, avec des répressions dans le sang d’où son surnom. Elle fera également un mariage très impopulaire avec Philippe II d’Espagne, fils de Charles Quint. Le portrait d’Antonio Moro la montre comme une femme au regard dure et à l’allure sévère, finalement très proche de l’image qu’elle laissa dans les consciences populaires. Première femme à régner sur l’Angleterre, l’archevêque de Winchester lui rendit hommage en ces mots : « Elle était la fille du roi ; elle était la sœur d’un roi ; elle était l’épouse d’un roi. Elle était une reine, et par le même titre, un roi ».

Maria_Tudor1Sa demi-sœur, fille d’Anne Boleyn va au contraire s’imposer comme la souveraine de l’Âge d’or. Elisabeth devient reine en 1558 et sous sa bonne garde, l’Angleterre va prospérer et devenir la plus grande puissance maritime après sa victoire sur la grande Armada en 1588.
Malgré de nombreuses propositions de mariage (Henri d’Anjou puis François d’Alençon entres autres), la reine resta célibataire, mariée à son peuple, créant la légende de the virgin queen ce qui ne l’empêcha pas d’être proche de certains hommes ici représentés, Robert Dudley et Robert d’Essex.
De nombreux portraits de la souveraine sont exposés : celui du couronnement où elle apparaît de face en majesté et tout d’or vêtue, le portrait Phoenix du nom de son bijoux qui devient son emblème, le portrait de l’armada ou encore le Ditchley Portrait. La reine porte toujours des robes d’une grande richesse, preuves de son statue royal, le visage est quant à lui ferme, déterminé, presque austère mais presque éternellement jeune, comme pour incarner la stabilité du souverain.
La reine fascine encore plus de 450 ans plus tard. D’ailleurs cette fascination se retrouve  dans le théâtre du XIX ème siècle comme en témoigne cette petite salle où sont réunis le décor d’Henri VIII de Camille Saint Saëns ou des gravures et des dessins de costumes par Delacroix pour Amy Robsart de Victor Hugo.

Nicolas Hiliard, Elisabeth, portrait Phoenix
Nicolas Hiliard, Elisabeth, portrait Phoenix

Vous l’aurez compris cette exposition est superbe, on a la chance d’apercevoir en France des portraits magnifiques qui ornent d’habitude les musées londoniens. C’est aussi une manière de voir l’autre facette de cette famille troublante car de notre côté de la Manche, nous nous sommes davantage attardés sur la légende noire, les morts et  les intrigues oubliant l’apport politique, religieux et artistiques que les Tudors ont donnés à l’Angleterre.

bague d'Elisabeth avec le portrait de sa mère et le sien
bague d’Elisabeth avec le portrait de sa mère et le sien

Ce n’est pas une exposition sur l’art Anglais de la Renaissance, mais cela en donne un bel aperçu. C’est surtout une plongée rondement bien menée au cœur d’une famille remarquable.

Enjoy and see you soon !

Jusque 19 juillet 2015

http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/les-tudors

Commissaires: Charlotte Bolland, conservateur en charge du projet de recherche Making Art in Tudor Britain à la NPG, Tarnya Cooper, conservateur en chef à la NPG et Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la Rmn-GP
Scénographie : Hubert Le Gall

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