Les Borgia lèvent (un peu) le voile au musée Maillol. Les Borgia et leur temps.

Après les Médicis voici une autre famille incontournable de la Renaissance et oh combien sulfureuse. Les Borgia sont les invités du musée Maillol.

Tiziano Vecellio dit Titien LE PAPE ALEXANDRE VI PRÉSENTE JACOPO PESARO À SAINT PIERRE 1502-1510 Huile sur toile - H.147,8 ; L.188,7 cm Anvers, Musée royal des Beaux-Arts © Lukas-Art in Flanders vzw, photo Hugo Maertens
Tiziano Vecellio dit Titien
LE PAPE ALEXANDRE VI PRÉSENTE JACOPO PESARO
À SAINT PIERRE
1502-1510
Huile sur toile – H.147,8 ; L.188,7 cm
Anvers, Musée royal des Beaux-Arts
© Lukas-Art in Flanders vzw, photo Hugo Maertens

La famille Borja, Borgia en version italianisée est originaire du royaume de Valence en Espagne. C’est au milieu du XVème siècle qu’elle commence sa domination sur Rome avec le premier pape de la famille Calixte III qui va fortement aider la carrière de son neveu Rodrigo devient grâce à ce soutien de haut rang archevêque titulaire de Valence, cardinal puis camerlingue et vice-chancelier de l’Église romaine. En 1492, année au combien importante dans l’histoire du monde, qu’il devient pape sous le nom d’Alexandre VI, succédant à Innocent VIII. Alexandre VI est la figure centrale de la famille Borgia et l’une des figures papales les plus sulfureuses. À une époque où l’Eglise doit notamment faire face à la Réforme qui grandit ou aux attaques du dominicain Girolamo Savonarola qui instaure à Florence une république théocratique, le pape est quant à lui non pas fédérateur mais figure controversée qui reconnaît ses enfants et entretien une liaison suivie avec la belle Giulia Farnèse dont le frère sera à son tour pape sous le nom de Paul III.
Le pape sut aussi être un mécène en commandant notamment la décoration des chambres du Vatican à Pinturicchio.

Lucrèce Borgia par Le Pinturicchio, 1492-1494.
Lucrèce Borgia par Le Pinturicchio, 1492-1494.

Les enfants du pape sont aussi à l’honneur dans l’exposition, notamment la belle Lucrèce qui fut certainement la plus érudite et la figure familiale la plus importante pour le monde des arts et des lettres. Elle serait représentée par Pinturricchio sous les traits de sainte Catherine dans l’une des chambres précitées.  Elle avait la réputation d’être d’une grande beauté mais il n’existe aucun portrait la représentant de manière irréfutable, tout n’est que supposition.

Elle sera surtout un instrument politique dans les mains de son père qui la maria et la démaria au grès des alliances de pouvoir avec Giovanni Sforza, Alfonse d’Aragon et enfin Alfonse d’Este, duc de Ferrare. C’est auprès de ce dernier qu’elle s’épanouira vraiment en devenant la protectrice des arts.

Une véritable aura de mystères va au fil des siècles se tisser autours de Lucrèce. On lui prêtera des relations incestueuses, des mœurs dissolues et mêmes des talents d’empoisonneuse. Elle inspirera ainsi la littérature puis plus tard le théâtre et le cinéma. Citons par exemple Victor Hugo, Mérimée, le film de Christian-Jaque ou encore les dernières séries tv.

Altobello Melone PORTRAIT DE GENTILHOMME (CÉSAR BORGIA?) 1513 Huile sur bois H.58,1 ; L.48,2 cm Bergame, Accademia Carrara di Bergamo © Archivio fotografi co Accademia Carrara
Altobello Melone
PORTRAIT DE GENTILHOMME
(CÉSAR BORGIA?)
1513
Huile sur bois
H.58,1 ; L.48,2 cm
Bergame, Accademia Carrara di Bergamo
© Archivio fotografi co Accademia Carrara

Son frère aussi passionna les artistes. César Borgia qui inspira à Machiavel l’image du prince tyran. Homme d’église, jeune cardinal, il abandonna dès qu’il le put l’habit de religieux pour l’armure du soldat. Militaire et stratège de génie, il sut s’entourer du meilleur pour réaliser des engins de siège et des cartes, Leonardo Da Vinci. Duc de Valentinois grâce à son alliance avec Louis XII, César va participer aux premières guerres d’Italie en étant notamment nommé gonfalonier de l’armée papale. Mais la mort de son père va vite signer son déclin. Le pape Jules II, Giuliano della Rovere est un ennemi de la famille Borgia et va tout faire pour affaiblir César. Après moult péripéties, il meurt à 31 ans dans une embuscade en 1507.

On comprend que cette famille ai fasciné et fascine toujours ceux qui s’en approchent, la vie de ses membres fut riches en rebondissement dramatiques, en proie avec les luttes pour le pouvoir et la gloire, pleine de trahison, de complot et d’amour.

Pourtant je dois l’avouer avoir été un peu déçue par l’exposition. Je m’attendais à une profusion d’œuvres comme celle consacrée aux Médicis, mais à part quelques belles pièces, il y a assez peu de matière. On commence avec des portraits des différents membres de la famille, un bref historique, on peut voir un très beau Titien de début de carrière, prêté par le musée d’Angers ou le portrait présumé de César Borgia par Altobello Melone vers 1510 qui est d’une grande beauté, très moderne dans son exécution avec ce fond orageux brossé sur lequel se détache le visage déterminé au regard fuyant et au poing serré sur l’épée d’un jeune brun.

Michelangelo Buonarroti dit Michel-Ange (Attribué à) PIÉTA Dernière décennie du XVe siècle Terre cuite H.45 ; L.58 cm Collection privée © D.R.
Michelangelo Buonarroti dit Michel-Ange (Attribué à)
PIÉTA
Dernière décennie du XVe siècle
Terre cuite
H.45 ; L.58 cm
Collection privée
© D.R.

Ensuite c’est le contexte historique, religieux et militaire qui est évoqué par des armes, une esquisse de Leonardo da Vinci représentant peut-être César, ou le célèbre portrait par Cranach de Luther et de son épouse et celui d’Erasme par Quentin Metsys.
Au second étage c’est l’influence des Borgia sur les arts de leur époque et des siècles suivants qui est évoqué. Et là je dois bien l’avouer, deux œuvres attribuées à Michelangelo se démarquent très nettement : un très beau Christ en croix taillé dans du bois polychrome et une Piéta en terre cuite, étude présumée de la célèbre Piéta qui est aujourd’hui à Saint-Pierre de Rome. Le premier est très fin, tout délicat avec ses petits muscles bien saillants ; la seconde longtemps considérée comme une sculpture du XVIIème a finalement vieilli de 2 siècles et serait une première version avec un petit cupidon qui soutient le bras gauche du Christ, référence au courant néoplatonicien auquel adhérait Michelangelo.

Andrea del Verrochio SAINT JÉRÔME Vers 1465 Huile sur papier maroufl é sur bois H.40,5 ; L.27 cm Florence, Palazzo Pitti © Su concessione della SSPSAE e per il Polo Museale della città di Firenze
Andrea del Verrochio
SAINT JÉRÔME
Vers 1465
Huile sur papier maroufl é sur bois
H.40,5 ; L.27 cm
Florence, Palazzo Pitti
© Su concessione della SSPSAE e per il Polo Museale della città di Firenze

Parmi les autres œuvres on peut aussi citer L’Enfant Jésus « aux mains » de Pinturicchio dont la Vierge disparue aujourd’hui représentait la maitresse d’Alexandre VI, Giulia Farnèse ; un saint Jérôme de Verrocchio, un saint Georges de Mantegna, une transfiguration de Giovanni Bellini ou même un Reliquaire des cheveux de Lucrèce Borgia et les costumes de la série de Canal +. Il y a donc de quoi se satisfaire, mais je reste tout de même sur ma faim et j’attends désormais avec impatience une autre famille, anglaise cette fois-ci. Les Tudors se préparent à envahir le musée du Luxembourg J

Les Borgia et leur temps, jusqu’au 15 Février, musée Maillol.
SCÉNOGRAPHE HUBERT LE GALL
COMMISSARIAT
CLAUDIO STRINATI Historien de l’art

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