Nikki de Saint Phalle, une femme colorée et extraordinaire au Grand Palais

Elle aurait pu se contenter d’être une belle égérie de papier glacé mais Nikki de Saint Phalle était animé d’un feu intérieur trop fort pour n’être que belle.600full-niki-de-saint-phalle

WP_20141117_001(1)Femme-artiste incontournable du XXème siècle, elle plaça la féminité au cœur de sa création et devint mondialement connue grâce à ses nanas mais aussi à ses tirs, performances artistiques représentative d’une certaine violence intérieure.

L’exposition du Grand Palais, la première, en France depuis 20 ans, consacre le talent créatif et l’engagement militantisme qui transparait dans les œuvres de Nikki de Saint Phalle, à travers un parcours chronologique et thématique, vivant, dynamique et coloré où on ne s’ennuie jamais.

WP_20141117_004Nikki de Saint Phalle se lance dans l’art dans les années 50, de manière autodidacte. Celle qui fut mannequin et déjà mère, se lance dans la peinture, les grands formats, tout en matière et relief. Elle est alors un parfait mélange entre ses deux origines, française et américaine. Elle est aussi proche de Dubuffet que de Pollock. Femme engagée, elle est féministe, défend les noirs américains et elle est l’une des premières à  sensibiliser aux ravages du sida dans le monde.

WP_20141117_010Ainsi celle qui se rêvait en héroïne va incarner la femme artiste complète. Marquée par le féminisme, elle transforme la féminité en sujet aussi vaste que complexe. Ces grandes figures constituées de différents objets qu’on ne devine que de près comme sa mariée de 1963,  faite de poupons, de jouets, de fleurs par exemple. Les œuvres ont des titres qui épousent toutes les facettes de la femme vue par les hommes : Mariées, Accouchements, Prostituées, Sorcières, Déesses. Tous ces aspects de la femme la fascinent et elle est l’une des premières à les mettre autant en avant. Ses nanas en sont la continuité. Libérées de toutes contraintes, leurs grandeurs et leurs formes généreuses symbolisent l’espoir d’une femme forte et puissante dans la société. « La femme cathédrale », la plus grande d’entre-elles (28m de long allongée), Hon (Elle), réalisée en 1966 pour le Moderna Museet de Stockohlm avec l’aide de son compagnon Jean Tinguely est évoquée par un film, une maquette et différents dessins. On pouvait rentrer dedans, en passant entre ses cuisses et on y trouvait un milkbar ou un planétarium. Elle sublime à travers ses nanas, une certaine idée de la maternité également, car tout est né d’un dessin-collage représentant l’une de ses amies enceinte.

On voit ainsi des nanas aussi différentes que colorées danser devant nos yeux et flotter dans l’air.

WP_20141117_006Puis vient l’antithèse de cette nana toute puissante. Par une série d’installations, l’artiste va au contraire pointer le côté dévorant de certaines mères. En parallèle, dans les années 70, elle réalise un film, Daddy, où le père fait figure de prédateur et où l’inceste est mis en scène. On apprendra plus tard, lorsqu’elle publiera en 1994 Mon secret, qu’elle a été violée par son père à l’âge de 11 ans.

WP_20141117_009La partie consacrée aux tirs tranche avec le reste de l’exposition plus colorée. Ici c’est la démonstration de la violence qui se met en place. L’artiste, très bonne tireuse place des cartouches remplies de peinture ou toutes autres choses sous d’épaisses couches de plâtre et elle tire dessus libérant la matière. Cela donne des œuvres visuellement très fortes dont le propos rappelle l’âme militante de Nikki de Saint Phalle, évoque le temps, la violence ou encore la mort tout simplement. « Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir »  Des représentations ont lieu partout dans le monde, certaines sont filmées. C’est une artiste en lien avec son époque et qui a parfaitement compris l’usage des médias et qui joue de sa propre image de belle femme qui s’exprime ainsi.

WP_20141117_008La dernière salle est consacrée à l’œuvre architecturale de Nikki de Saint Phalle. Concevant l’art comme un moyen de rendre heureux et de parler à tous et en s’inspirant du parc Güell de Gaudi elle réalise le jardin des Tarots. Reposant sur les 22 arcanes du jeu de carte et réalisé en 1979 et 1993, le parc est comme un monde onirique et hors du temps voulu par l’artiste. Un moment de poésie fantasque.

L’exposition a vraiment réussi son pari de dévoiler une grande partie de la personnalité artistique de Nikki de Saint Phalle et surtout d’aller au-delà du côté fun de son art pour déchiffrer les différents niveaux de lecture, notamment tout l’aspect engagé de cette femme hors du commun. On ressort de cette exposition de bonne humeur et vu le temps qu’il faisait ce jours-là, c’est très important !

WP_20141117_012Commissariat général : Camille Morineau, conservateur du patrimoine et Lucia Pesapane, assistante de conservation

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