Pour attaquer, Orsay attaque : Sade, attaquer le soleil !

Affiche-expo-Sade-Orsay_medium« Combien de fois, sacredieu, n’ai-je pas désiré qu’on pût attaquer le soleil, en river l’univers, ou s’en servir pour embraser le monde ? » Voilà d’où vient le titre de cette exposition qui fait grand bruit. Orsay attaque le soleil à travers Sade et nous plonge dans l’obscurité d’un homme adulé, détesté, un coup génie, un coup pervers, mais surtout dans l’obscurité de l’âme humaine telle que la voyait le « divin marquis » qui trouve un écho particulier dans la société contemporaine, plus violente qu’on ne le voudrait.

Dès le début le parcours nous surprend, avec une salle plongée dans le noir où sont suspendus des extraits de films noirs (L’Age d’or, de Buñuel, Le Voyeur de Michael Powell, Les Yeux sans visageDr Jekyll et Mister Hyde, etc.) ce qui nous place d’emblée dans une atmosphère glaçante et nous prépare gentiment à la suite.

La suite justement c’est un ensemble d’œuvre parfois superbes, parfois dérangeantes, parfois glaçantes. Pour sa sélection le musée sort grandement de ces limites chronologiques avec parfois quelques réserves personnelles. On remonte ainsi jusqu’au XVIème siècle avec Palma le jeune ou Valentin de Boulogne et on arrive dans le très très contemporain avec le bulldog de  Jean Benoît.

L’ambition c’est de montrer comment Sade par sa pensée libre, libertine, anticléricale, radicale aurait modifié l’art au XIXème siècle. Mais ce qu’il faut préciser, c’est que même s’il a surement marqué Baudelaire et ses Fleurs du mal ou Huysmans, c’est surtout Apollinaire au tout début du XXème siècle qui va réhabiliter et faire connaitre à un plus large public celui qui devient l’image de l’écrivain maudit et incompris, le libertin sans limites, encore aujourd’hui d’ailleurs. Sade est par essence l’artiste qui dérange, mais dans notre société qui se veut plus ouverte et peut-être en sera-t-il toujours ainsi. Personnellement je ne jugerai pas sa pensée car je ne l’ai jamais lu, je suppose que la réputation sulfureuse de l’homme ne m’a jamais poussé dans ce sens…Mais ce n’est pas le propos, revenons à l’Art.

Médée furieuse, Delacroix, BA de Lilles Crédit photographique : (C) Photo PBA - ©Hugo Maertens
Médée furieuse, Delacroix, BA de Lilles
Crédit photographique : (C) Photo PBA – ©Hugo Maertens

Sade, donc, exalte le désir en tout point. Pour lui pas de pensée sans échauffement de l’esprit, sans passion, sans exaltation des sens.  Et c’est de ce point que partent les deux commissaires d’exposition Annie Le Brun et Laurence des Cars pour leurs sélections d’œuvres. Ces photos, peintures, dessins, sculptures ou gravures ont en commun un déchainement dans la représentation du corps, une sexualisation très poussée de ce dernier également. Il faut dire que le musée d’Orsay semble tenir ce thème en haute estime car Masculin/ masculin, Crime et châtiment ou l’Ange du Bizarre avaient déjà plus ou moins intensément exploré cet aspect de l’art du XIXème siècle.
Ainsi ce corps est tantôt sublimé, tantôt torturé, tantôt purement anatomique et tantôt hors du réel. Certaines œuvres sont magnifiques et rien que pour voir La Médée de Delacroix, ou les Gustave Moreau ou encore la Guerre au Moyen Âge de Degas, le déplacement vaut le coup. Les cires anatomiques que Sade avait observées à Florence d’Honoré Fragonard ou Jacques-Fabien Gautier d’Agoty sont également très intéressantes d’un point de vue histoire de la découverte du corps humain. Après que Sade les ai trouvées plus belles que des Michel-Ange ou Raphael…bon nous n’avons clairement pas les mêmes goûts esthétiques !

05. Anonyme_ExécutionAprès, si je dois être totalement honnête, à plusieurs moments je me suis demandée si les œuvres avaient un réel rapport avec le sujet, je veux dire si les artistes en les réalisant se sentaient eux-mêmes comme des héritiers de cette pensée ou si elles servaient surtout à illustrer le sujet comme des jolies images posées dans un livre et les citations de Sade inscrites un peu partout n’aident pas dans la compréhension. Est-ce qu’elles servent à regarder l’œuvre autrement ou bien est-ce l’inverse.
L’autre chose qui m’a un peu fatiguée à force de répétition, sans vouloir faire ma prude c’est la masse d’œuvres purement sexuelles (des photos en voulez-vous en voilà de sexes féminins et masculins entassés par-ci par-là) ou même très violentes dans certains cas (scène de tortures réelles, cadavres). Un nombre moins importants d’œuvres n’aurait pas nui au propos ou à la volonté d’être sulfureux, mais la répétition tue à la force le message initial à mon goût ce qui est dommage car certaines citations sont justement très fortes et témoignent d’une âme éprise de liberté qui s’interroge devant la violence de l’homme. Citons par exemple « on évalue à plus de cinquante millions d’individus les pertes occasionnées par les guerres ou massacres de religion. en est-il une seule d’entres elles qui vaille seulement le sang d’un oiseau » (1787) ou « Je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecter celui qui a tout » (1795). A certains moments on a plus l’impression d’être dans une provocation pure et sans profondeur réelle ou du moins pas assez expliquée.

Sade à Orsay : Cezanne l'enlèvement © Musée d'Orsay - 2014
Sade à Orsay : Cezanne l’enlèvement © Musée d’Orsay – 2014

Donc à voir certes car encore une fois, certains choix sont justes et magnifiques, la Judith de  Franz von Stuck qui illustre l’affiche est très originale, il y a beaucoup de Moreau, de Rodin, un surprenant Cézanne (l’enlèvement), du Man Ray, du Picasso  un inquiétant animal fabuleux d’Alfred Kubin, mais un peu de réserve tout de même car on en sort un peu mal à l’aise, légèrement troublé, mais peut-être est-ce là le but recherché….

Sachez qu’en parallèle l’Institut des lettres et manuscrits a sa propre exposition : « Sade, marquis de l’ombre et prince des Lumières. L’éventail des libertinages du XVIe au XXe siècle »

Commissariat

Annie Le Brun
Laurence des Cars, conservateur générale, directrice du musée de l’Orangerie

14 octobre 2014 – 25 janvier 2015

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