Rendez-vous galant au musée Jacquemart-André entre Watteau, Fragonard et les autres

affiches-exposition-de-watteau-a-fragonardPour ceux qui aiment le XVIIIème siècle, ses coloris tantôt pastels tantôt vifs, ses draperies et ses visages de femmes aux joues roses et regards piquants, l’exposition du musée Jacquemart-André est faite pour vous.

Consacrée aux fêtes galantes et à son inventeur Jean-Antoine Watteau ainsi qu’à ses successeurs dans le genre, Pater, Boucher ou Fragonard, cette exposition est un voyage dans le temps agréable et végétal, une immersion dans le rococo et la Régence libre et décomplexée.

Récréation galante, Antoine Watteau (1684 – 1721)  Vers 1717-1719, Huile sur toile, 114,5 x 167,2 cm Berlin, Gemäldegalerie, Staatliche Museen zu Berlin © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jörg P. Anders
Récréation galante, Antoine Watteau (1684 – 1721)
Vers 1717-1719, Huile sur toile, 114,5 x 167,2 cm
Berlin, Gemäldegalerie, Staatliche Museen zu Berlin
© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jörg P. Anders

Le genre des « fêtes galantes » est l’une des inventions picturales les plus charmantes et les plus représentatives de cette époque où la légèreté en tout semble de mise.
Ce dernier issu des pastorales vénitiennes et hollandaises des XVIème et XVIIème siècles trouve en Watteau son plus grand interprète et son inventeur. Il fait de ce genre non pas une sous-classe du paysage, mais un genre en soi qui perdurera tout au long du Siècle des Lumières. Son art est un subtil jeu d’équilibriste entre les attentes des marchands d’art et l’Académie royale qui le reçoit ni plus ni moins qu’en tant que peintre d’Histoire, le sommet de la hiérarchie des genres, en 1717 avec le Pèlerinage à Cythère. Son morceau de réception est la définition même de ce nouveau genre. On peut regretter qu’il ne soit

la femme au papillon Antoine Watteau Antoine Watteau (1684-1721)  Vers 1716-1717, Trois crayons, 24 x 13,8 cm New York, The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA
la femme au papillon
Antoine Watteau
Vers 1716-1717, Trois crayons, 24 x 13,8 cm New York, The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

pas présenté (il est au Louvre pour les curieux), mais il est sublimement remplacé par de multiples œuvres venues des plus grandes collections publiques et privées qui nous laissent entrevoir tout le talent de Watteau. Ce dernier se relève un coloriste hors pair mais également un très grand dessinateur qui arrive à saisir en quelques coups de crayons vifs et précis toute l’essence d’un corps et d’une robe aux plis complexes. Il réalisa de très nombreuses esquisses pour ces œuvres, maniant subtilement la technique des trois crayons, n’hésitant pas à mélanger plusieurs d’entre-elles, dont certaines exécutées plusieurs années en arrière.

Fête galante avec Persan et statue, Nicolas Lancret,  Vers 1728, Huile sur toile, 40 x 33 cm Rome, Galleria Nazionale d'Arte Antica in Palazzo Barberini Courtesy Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico, Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della città di Roma
Fête galante avec Persan et statue, Nicolas Lancret,
Vers 1728, Hst 40 x 33 cm
Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica in Palazzo Barberini
Courtesy Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico, Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della città di Roma

La particularité de ce nouveau genre qui sera particulièrement développé par les successeurs de Watteau c’est l’ancrage dans la réalité. Ce ne sont plus simplement des paysages imaginaires, mais des décors identifiables comme le parc de Saint-Cloud et le jardin des Tuileries, lieux de plaisirs emblématiques de la vie parisienne, agrémentés d’éléments de décors identifiables par le spectateur comme cette statue d’un soldat bandant son arc par Jacques Bousseau peinte par Nicolas Lancret dans sa Fête galante avec persan et statue. On y trouve aussi de vrais portraits comme celui de Marie-Anne Cuppi de Camargo, dite « la Camargo », une célèbre ballerine du XVIIIème siècle peinte également par Nicolas Lancret en 1727-1728.

Ce dernier est l’un des successeurs de Watteau, il sut développer ce nouveau genre en se l’appropriant. On peut également citer le seul élève connu du maître qui chose exceptionnelle pour l’époque, n’eut pas d’atelier, à savoir Jean-Baptiste Pater qui expérimenta à travers ce genre en développant notamment le côté érotique des scènes avec la figure de la baigneuse. Puis plus tard arrivent François Boucher et Jean-Honoré Fragonard qui portent la Fête galante à son sommet avant que la Révolution éteigne le genre. Ils développent son aspect improbable, l’exotisme avec des inspirations chinoises et orientales. Chez Boucher la bergère imaginaire remplace l’aristocrate dans un décor champêtre. Dans la Pastorale et son pendant l’Ecole de l’amitié, il développe l’idée de sentiment simple et pure qui se développe dans un environnement dénué d’artifices.

L'école de l'amitié, François Boucher (1703-1770)  1760, Huile sur toile, 64 x 80,5 cm Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe
L’école de l’amitié, François Boucher (1703-1770)
1760, Huile sur toile, 64 x 80,5 cm
Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

Chez Fragonard le paysage se développe magnifiquement comme en témoigne La Fête à Saint-Cloud de 1775-1780, pièce maitresse du parcours et de l’artiste, prêtée exceptionnellement par la Banque de France. Le décor se développe de manière magistrale dans un tableau aux dimensions exceptionnelles témoignant de la grandeur et de l’attrait de ce genre de scène où se mêle jeux de scènes et fête foraine.
La fête galante se distingue donc par sa représentation des jeux de l’amour, son humour désuet, son côté théâtral et ses personnages haut en couleurs, plein de vies.

Une très belle exposition comme sait en faire le musée Jacquemart-André. On est rarement déçu quand on passe ses portes. La mise en scène est encore une fois subtilement soignée par Hubert le Gall qui fait ressortir tout le côté poétique de ce siècle dit des Lumières qui s’apprête pourtant à vivre de terribles remous historiques.

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), la fête à saint-cloud  Vers 1775-1780, Huile sur toile, 211 x 331 cm Paris, Collection de la Banque de France © RMN-Grand Palais / Gérard Blot
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), la fête à saint-cloud
Vers 1775-1780, Huile sur toile, 211 x 331 cm
Paris, Collection de la Banque de France
© RMN-Grand Palais / Gérard Blot

Un joli bonbon sucré dont on ne se lasse pas….

 

 

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