Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société. Rencontre au sommet au musée d’Orsay

L’année dernière la Pinacothèque avait déjà frappé fort avec son exposition Van Gogh-Rêves de Japon qui avait réuni une trentaine peintures du peintre, mais avec ses 45 œuvres, Orsay réalise le plus grand rassemblement d’œuvres en France du peintre depuis plus de 60 ans.

Man Ray Antonin Artaud © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour © Man Ray Trust / ADAGP, Paris 2014
Man Ray
Antonin Artaud
© Centre pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour © Man Ray Trust / ADAGP, Paris 2014

D’autant plus que loin de se complaire dans la juxtaposition de deux noms d’artiste, Van Gogh et Artaud, ou de surfer sur le simple nom de Van Gogh, le commissaire Isabelle Cahn propose une vrai réflexion sur l’œuvre du maître mis en lumière par le texte d’Antonin Artaud Van Gogh ou le suicidé de la société qui sert de clef de lecture à tout le parcours.

Antonin Artaud (1896-1948) fut poète, auteur, acteur, homme de théâtre proche du mouvement surréaliste autant dans l’approche que le rejet. Souffrant de maux de tête qu’il soigne par les drogues, il devient de plus en plus instable et se fait interné pendant 9 ans où il subit de nombreuses séances d’électrochocs jusqu’à sa sortie en 1946.

Vincent van Gogh Portrait de l'artiste © Musée d'Orsay, dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Vincent van Gogh
Portrait de l’artiste
© Musée d’Orsay, dist.RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

En 1947, alors que s’ouvre au musée de l’Orangerie une grande rétrospective de Van Gogh, le galeriste Pierre Loeb le pousse à s’intéresser à cet artiste au prétexte que son expérience en hôpital psychiatrique le rapprochait du « peintre fou ». Peu enclin au début, Artaud finalement prend la défense de Van Gogh après avoir lu Du démon de Van Gogh de François-Joachim Bee qui réduit le travail du peintre à celui d’un artiste « dégénéré ».

La scénographie actuelle tend à rapprocher les deux artistes, non dans la confrontation mais dans la rencontre : la matière picturale de l’un expliqué par les mots du second. Des points communs se dégagent ainsi en plus de la folie et du séjour en asile, la reconstruction de l’individu grâce à l’art, la ligne du dessin et la maîtrise de l’autoportrait.

C’est d’ailleurs par les autoportraits de Van Gogh que commence le parcours. Artaud voit en eux non pas la représentation d’un fou mais au contraire une introspection sur le peintre lui-même à travers un regard scrutateur faisant de Van Gogh un fin psychologue de sa personne. Et c’est vrai que mis côte à côte, il s’en dégage une force paisible qu’on ne soupçonne pas quand on pense à Van Gogh.

Tableau de Vincent Van Gogh (juillet 1890). Huile sur toile, 50,5 x 100,5 cm. Rijksmuseum Vincent Van Gogh, Amsterdam.
Tableau de Vincent Van Gogh (juillet 1890). Huile sur toile, 50,5 x 100,5 cm. Rijksmuseum Vincent Van Gogh, Amsterdam.

Après même si une petite partie de la scénographie met à l’honneur Artaud, son travail d’acteur, ses dessins, sa vie, ce qui est nécessaire car ce n’est pas forcément un artiste connu de tous, l’exposition est avant tout une exposition de peintures et de dessins de Van Gogh et c’est cela qui attire un large public. Voir une œuvre du peintre néerlandais est toujours une rencontre, une invitation à la contemplation et au mystère. Chacun peut y voir ce qui lui chante, la force créatrice d’un peintre ou la fragilité d’un être psychologiquement instable. Artaud lui, a lu les œuvres comme des moyens d’expressions d’un être plus lucide que les autres mais qui dérangea ses contemporains. « Et c’est ainsi que Van Gogh est mort suicidé, parce que c’est le concert de la conscience entière qui n’a plus pu le supporter ».

«Crabe sur le dos», huile sur toile, 38.0x47.0cm, janvier-février 1889, Arles, Musée Van Gogh, (Fondation Vincent Van Gogh), Amsterdam / ⓒ 2012 Musée Van Gogh, Pays-Bas
«Crabe sur le dos», huile sur toile, 38.0×47.0cm, janvier-février 1889, Arles, Musée Van Gogh, (Fondation Vincent Van Gogh), Amsterdam / ⓒ 2012 Musée Van Gogh, Pays-Bas

Son regard apporte une vision originale sur le peintre, derrière le portrait de Paul Gachet il voit l’un des principaux responsables de la mort du peintre, dans ses natures mortes il reconnaît « le plus peintre de tous les peintres » et dans ses paysages il admire le « génie incompris ».

Une belle exposition qui pousse à s’interroger sur l’art de Van Gogh et l’artiste en tant que tel, au-delà du peintre juste fou. Profitez-en, pour une fois, l’exposition est comprise dans le billet d’entrée classique. Pas besoin de se ruiner, et on a le droit à Orsay, à Doré et à Van Gogh. Que demander de plus ?

 

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