Henri Cartier-Bresson à Pompidou. Une ode au photoreportage et à l’humanité

Rédiger une critique d’exposition de photographies est toujours assez compliqué pour moi car par rapport à une peinture ou une sculpture j’ai souvent beaucoup de mal à déceler le côté artistique, ce petit truc qui saute aux yeux et qui définit un artiste. Mais parfois, il arrive que ce petit truc soit mis en lumière par un musée ou un livre d’art et il suffit d’un cliché pour comprendre. Et de fait une exposition consacrée à un photographe, devient celle d’un regard, d’une vision structurée du monde et le lien avec les autres arts se fait plus évident. Celle consacrée à Henri Cartier-Bresson est de celles-ci. Même si j’ai dû la faire très vite, j’ai rapidement décelé l’identité de l’artiste derrière de simples clichés et certains m’ont même beaucoup touché. Ils reflètent des instants furtifs venus du monde entier, et jamais l’humain ne s’efface totalement derrière une construction de la composition très travaillée.

Femmes musulmanes en prière, Srinagar, Cachemire, 1948 © Bertrand Prévost - Centre Pompidou, MNAM-CCI (diffusion RMN) © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Femmes musulmanes en prière, Srinagar, Cachemire, 1948
© Bertrand Prévost – Centre Pompidou, MNAM-CCI (diffusion RMN)
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

500 photographies ainsi que des dessins et des peintures retracent de manière chronologique les différentes étapes de la carrière artistique de celui qui fut l’un des plus grands photographes du XXème siècle. Une mise en lumière de son travail au-delà de « l’instant décisif » qui a souvent définie et finalement réduit son œuvre.

 L’exposition démarre par des peintures parce que Cartier-Bresson a démarré en tant qu’élève à l’Académie d’André Lhote (1926-28) et c’est là qu’il se forme aux règles de la composition et de la géométrie qu’il réutilisera dans son travail photographie tout au long de sa carrière.

Cette dernière se constitue de trois périodes principales :

Derrière la gare Saint-Lazare, Paris, France, 1932
Épreuve gélatino-argentique, tirage réalisé en 1953
49,8 x 35,1 cm
Bibliothèque nationale de France, Paris
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, Òcourtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

-1926-1935, le surréalisme et les premiers grands voyages. C’est surtout son goût pour l’instantané qui rattache le photographe au mouvement surréalisme, comme dans « derrière la gare Saint-Lazare, 1932 » où on voit une ombre sauter au-dessus de l’eau et son ombre parfaitement symétrique en dessous. Tout devient une question de seconde, trop tôt il n’aurait pas rappelé la danseuse de l’affiche d’arrière-plan, trop tard son pied posé dans l’eau aurait flétri le reflet. Pour ce qui est des voyages, Cartier-Bresson ayant grandi dans une famille aisée part très tôt découvrir le monde, l’Afrique notamment qui le touchera au plus profond.

-1936-1946, l’engagement politique et le travail pour la presse communisme ainsi que son engagement avec le cinéma au côté de Jean Renoir.

-1947-1970, la création de la coopérative Magnum Photos avec Robert Capa, George Rodger, William Vandivert et David Seymouret qui permit aux photographes de garder tous leurs droits sur leurs images. Puis l’éloignement de Magnum pour des photographies plus posées, et intimes, un retour au crayon aussi avec toute une série d’autoportraits qui clôt l’exposition.

Mais au-delà de toutes ces considérations techniques ou politiques qui jalonnent le parcours, ce qui m’a surtout frappé c’est l’importance donné aux gens. Des visages du monde entier d’une réalité poignante. Même quand il couvre le couronnement de Georges VI en 1937, on ne voit pas le cortège du souverain, on voit ces badauds attroupés qui tournent le dos à la route pour mieux regarder dans leurs petits miroirs placés en hauteur. Ils photographient ces foules compactes lors de manifestations sportives ou meetings, ces gens qui aux quatre coins du monde ont le même regard fasciné devant un produit de la société de consommation. Il porte également son objectif sur ces pauvres miséreux sans misérabilismes mais avec une grande tendresse. On assiste avec lui à la Libération, cette dure réalité d’un pays en ruine après la guerre derrière l’effervescence générale. Il capture les plus grands aussi dans son objectif. Il rencontre Gandhi peu avant sa mort et photographie ses funérailles pour Life. Il sera également le premier reporter occidental admis en URSS d’où il s’efforcera de ramener des images « banales ». Ce n’est pas l’ogre soviétique qu’il montre, mais des russes comme vous et moi dans leur quotidien.

 

Foule attendant devant une banque pour acheter de l’or pendant les derniers jours du Kuomintang, Shanghai, Chine, décembre 1948 Épreuve gélatino-argentique, tirage réalisé dans les années 1960 Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson
Foule attendant devant une banque
pour acheter de l’or pendant les derniers jours du Kuomintang, Shanghai, Chine, décembre 1948
Épreuve gélatino-argentique, tirage réalisé dans les années 1960
Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

C’est une grande exposition qu’organise là le centre Pompidou pour rendre hommage à l’un des plus grands photographes du XXème siècle, il suffit de passer chez le marchand de journaux devant la catégorie « art et culture » pour prendre conscience de l’évènement. Elle est partout. Et dans un style finalement très dépouillé qui laisse toute sa place au regard de Cartier-Bresson les conservateurs ont su mettre en avant les clichés et leurs forces, sans rien de plus pour avoir besoin de percevoir leurs essences. Un joli parcours donc, même pour ceux qui ne sont pas très photo à la base. C’est avant tout une rencontre avec des êtres humains du monde entier et avec nous-même.

Course cycliste « Les 6 jours de Paris », vélodrome d’Hiver, Paris, France, novembre 1957 Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson
Course cycliste « Les 6 jours de Paris »,
vélodrome d’Hiver, Paris, France,
novembre 1957
Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque
Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson
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