Les soeurs de Napoléon charment le musée Marmottan

affiche-lessoeursdenapoleonLes femmes du Premier Empire ont la côte en cette saison 2013-2014. Avant l’exposition Joséphine du musée du Luxembourg prévue pour mars et en même temps que celle de La Malmaison sur Joséphine et Napoléon-l’hôtel de la Victoire, le musée Marmottan donne la part belle aux demoiselles Bonaparte, les trois sœurs de Napoléon aux caractères bien trempés et aux destins exceptionnels, destins italiens comme le souligne le titre de l’exposition.

Si c’est le musée Marmottan-Monet qui accueille cette très belle exposition, c’est que Paul Marmottan son fondateur était un grand passionné de l’Empire et plus précisément d’Elisa, l’ainée des sœurs à qui il consacra une biographie. Les collections du musée avaient donc déjà un fond important agrémenté pour l’occasion de prêts de Fontainebleau, Malmaison, Versailles, du musée Fesch d’Ajaccio ou encore parmi d’autres du Palazio Pitti.
Nous voici donc plongé au cœur de la vie de trois femmes élevées au sommet par leur frère, trois femmes différentes les unes des autres, incarnant tantôt la beauté, tantôt la force tantôt l’intelligence, mais trois femmes qui ont aussi en commun l’Italie où elles régnèrent chacune à leurs façons, Elisa en tant que princesse de Piombino et de Lucques, puis grande-duchesse de Toscane, Pauline en épouse Borghèse et Caroline en reine de Naples.

Bien qu’évoqué notamment pas cette aquatinte du sacre et le superbe portrait de Gérard, ce n’est pas la puissance militaire et politique de l’empereur Napoléon Ier qui est au cœur de ce parcours, mais l’intime, la vie de ses sœurs, leurs quotidiens, leurs familles et amis, leurs goûts et leurs environnements. Tous les arts sont ainsi représentés, la peinture, le dessin, la sculpture, le mobilier, la vaisselle, la mode et la joaillerie. Un ensemble complet de 140 œuvres qui nous immerge dans le faste du Premier Empire jusqu’à sa chute ainsi que dans ces sublimes paysages italiens, la baie de Naples, la Toscane et Rome.

Joseph Franque, Portrait d’Elisa Baciocchi, grande-duchesse de Toscane. Huile sur toile. Boulogne-Billancourt, Bibliothèque Marmottan © Brigdeman Art Library
Joseph Franque, Portrait d’Elisa, Baciocchi, grande-duchesse
de Toscane. 
Boulogne-Billancourt,Bibliothèque Marmottan © Brigdeman Art Library

L’ainée Elisa  (1777-1820) est considérée comme la moins jolie des sœurs et était plus proche de Lucien que de Napoléon, mais ce dernier va néanmoins l’utiliser judicieusement comme faire-valoir auprès des intellectuels et des artistes, notamment ceux de l’Ancien Régime. Formée à Saint-Cyr jusqu’à ce que la Révolution ferme l’école, Elisa va toute sa vie faire preuve d’une fine intelligence et d’un goût marqué pour les arts. Elle fera rayer notamment Chateaubriand de la liste des émigrés et lui accordera sa protection. Elle se voyait aussi en grande tragédienne et aimait beaucoup jouer la comédie, apparemment assez mal. Elle offrit un dessin de sa main à Pierre Lafon, grand comédien de son temps.

C’est la seule des sœurs a réellement exercer un rôle politique en tant que princesse de Piombino et de Lucques puis dans son duché de Toscane. Elle donna notamment un nouvel élan à la manufacture de marbre de Carrare encourageant les sculpteurs comme Canova, Giovanni Santarelli et surtout Lorenzo Bartolini à qui elle confia un poste d’enseignent à l’Académie de Carrare.

Une partie de la vaisselle de la duchesse est exposée, démontrant son goût raffiné notamment pour la porcelaine de Sèvres. J’ai personnellement beaucoup aimé la tasse à son effigie. C’est très chic de boire son thé dans une tasse qui a la forme de sa propre tête non ?

Manufacture Ginori de Doccia, Tasse à l’effigie d’Elisa Baciocchi – Biscuit et porcelaine dorée , musée Marmottan Monet © Brigdeman Art Library
Manufacture Ginori de Doccia, Tasse à l’effigie d’Elisa Baciocchi – Biscuit et
porcelaine dorée , musée Marmottan Monet © Brigdeman Art Library
Fabre, Napoléone-Elisa, 1812
Fabre, Napoléone-Elisa, 1812

Elle épouse en 1979 Felix Baciocchi, militaire sans grande envergure d’après Napoléon, avec qui elle aura la petite Napoléone-Elisa. Petite fille plus qu’adorée par sa mère, représentée à de nombreuses reprises lors de cette exposition, comme une petite poupée de porcelaine, notamment par Fabre en 1812, mais au caractère bien trempée. Napoléone sera surnommée plus tard « madame Napoléon ».

Elisa vivra très mal la fin de l’Empire et la vie en exil à Trieste, elle y mourut en 1820, deux portraits certainement posthumes nous font partager la vie de cette femme qui avait alors perdu toute sa puissance.

Robert Lefèvre, Portrait de Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, 1809. Huile sur toile. Rueil-Malmaison, musée national du château © RMNGP
Robert Lefèvre, Portrait de
Pauline Bonaparte, princesse
Borghèse, 1809. Huile sur toile.
Rueil-Malmaison, musée
national du château © RMNGP

Pauline (1780-1825), c’est la petite chérie de l’Empire, très proche de son frère et ce jusqu’à la fin. Il lui pardonnait tout. Elle était aussi l’une des plus belles femmes de l’époque et les œuvres sont là pour témoigner de la finesse de ses traits. Grande amoureuse, Pauline épouse d’abord le général Leclerc qu’elle perd lors de l’expédition de Saint-Domingue. Elle jette ensuite son dévolue sur le prince Camillo Borghèse, l’une des plus grandes fortunes d’Italie. Mariage relativement chaotique, Pauline étant infidèle et surtout s’ennuyant ferme à Rome loin des fêtes parisiennes.
Sa beauté est magnifiée par les peintres et sculpteurs de son temps. Robert Lefèvre la représente dans un style néo-classique faussement sobre, ornée de multiples et précieux bijoux, chez René-Théodore Berton, elle est toute en légèreté dans une tunique simple de plein-air avec sa dame de compagnie, Mme de Mathis qu’on ne voit que de dos pour ne pas concurrencer sa beauté. Puis il y a bien-sûre la sculpture de Canova dont une réplique de l’Ambassade de Grande-Bretagne est exposée ici. La princesse pose à moitié nue en Venus victorieuse, tenant dans sa main la pomme de la discorde la consacrant comme la plus belle des déesses. Pauline était très fière de cette œuvre mais elle ne put la montrer à tous, son mari jaloux de voir d’autres que lui admirer le corps de sa femme aussi dénudée, garda la magnifique sculpture dans sa résidence turinoise, le palais Chiablese. Il fallut attendre que la Galerie Borghèse devienne musée pour qu’un large public puisse admirer la belle Vénus aux mains si délicates.q7218308
Pauline est souvent réduite à sa beauté et considérée comme la moins éduquée des sœurs, mais elle fut envoyée chez Mme Campan, célèbre éducatrice des XVIIIe – XIXe  siècles qui avait fondé un pensionnat de jeunes filles à Saint-Germain-en-Laye. Elle développa notamment un goût pour la correspondance comme en témoigne son pupitre-écritoire et ses lettres. Pauline fit également preuve d’une fidélité sans faille à son frère. Elle le rejoignit à l’Ile d’Elbe avec sa mère pour égayer son exil et voulut également se rendre à Sainte-Hélène mais en fut empêchée.
Pauline incarne à merveille la joie de vivre du Premier Empire, gaie, insouciante, bonne danseuse. Elle n’en demeure pas moins une femme courageuse et volontaire.

François Gérard, Portrait de Caroline Murat – Huile sur toile – Paris, Fondation Dosne-bibliothèque Thiers © Studio Christian Baraja
François Gérard, Portrait de Caroline
Murat – Huile sur toile – Paris, Fondation
Dosne-bibliothèque Thiers © Studio
Christian Baraja

Caroline (1782-1839), c’est la petite dernière. Sa beauté était également célébrée, des traits moins fins que sa sœur mais une douceur dans le visage et un regard de velours qui en charmait plus d’un disait sa fille.  Un portrait dont l’identification est incertaine la montre toute en sensualité dans un jardin avec une couronne de fleurs et on devine aisément comme cette femme a pu séduire le grand Murat dont le portrait en uniforme de hussard de Gérard est exposé juste à côté.
Elle fut éduquée chez Mme Campan où elle rencontra Hortense de Beauharnais avec qui elle liera une amitié indéfectible. Mais c’est surtout par son mariage qu’on a tendance à la réduire, car Caroline épouse à 18 ans le déjà grand et somptueux Joachim Murat avec qui elle aura 4 enfants, Achille, Letizia, Lucien et Louise. Ils souvent représentés avec leur mère qui en bonne Bonaparte avait un fort instinct maternel. L’un des tableaux est à ce titre particulièrement touchant, celui de François Gérard peint après la naissance de sa fille Letizia. Ses enfants auront une enfance de rêve à Naples comme le racontera Louise, devenue, comtesse de Rasponi. On les voit jouer et danser devant la baie où visiter les ruines d’Herculanum.

MuratCaroline suit l’ascension politique de son mari en devenant duchesse de Berg puis reine de Naples. Elle aura une situation ambiguë et compliquée vis-à-vis de sa famille, entre son frère, l’empereur et son époux qui voulait prendre ses distances et qui de fait s’attirait les soupçons de Napoléon. Elle devint la plus indépendante des sœurs, n’hésitant pas à résister au clan Bonaparte.

Caroline était réputée pour son fort caractère. La peintre Vigée-Le-Brun en fit l’amère expérience quand elle dût exécuter en lieu et place de François Gérard, le portraitiste attitré de la famille, un portrait en pied de la princesse et de sa filles, sublime au par ailleurs par sa légèreté et sa fraicheur. Elle dira à Denon « j’ai peint des véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont jamais fait attendre ». Mais tous les artistes ne se plaignirent pas, comme Gérard et Ingres à qui elle commanda la Grande Odalisque.

Caroline sera la dernière des sœurs Bonaparte à s’éteindre, après avoir perdu son royaume et son époux, elle se retirera à Florence où elle mourut en 1839.

C’est une très jolie exposition, raffinée qui plaira aux dames férues de vaisselles, de bijoux et de tenues mais aussi à ces messieurs. Elle a le mérite d’aborder un pan de l’histoire très connu et surtout l’un des plus apprécié des français, l’Empire, mais l’angle choisie, celui des femmes, en donne une vision plus large. On découvre le frère derrière l’homme de pouvoir qu’était Napoléon et cela apporte une autre facette à sa stature. On comprend mieux aussi la notion d’Empire, en dehors de nos frontières, notamment l’importance de la conquête de l’Italie par ces trois charmantes princesses.

Leurs destins sont exceptionnels, marqués par la conquête du pouvoir et une chute d’autant plus dure. On en vient à s’attacher à ces femmes au caractère à la fort et doux quand il s’agit de leurs familles et le fait de finir par leurs enfants, l’avenir du clan Bonaparte-Murat est une bonne idée à mes yeux. C’est l’humain qui est mis en avant.

Gerard, la famille Murat
Gerard, Caroline, reine de Naples et ses 4 enfants,1809-1810, chateau de Fontainebleau

Les Sœurs de Napoléon
Trois destins italiens

 Du 3 octobre 2013 au 26 janvier 2014

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