Le Printemps resiste à l’hiver au Louvre : le printemps de la Renaissance-La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460

Alors qu’ici-bas l’automne devient peu à peu hiver, le Louvre nous offre un printemps artistique, le printemps de la Renaissance.WP_000682

Après avoir honoré Raphaël, il semblait logique pour le plus grand musée de France, qui possède l’une des plus belles collections du quattrocento d’élargir son propos et de nous raconter l’histoire d’un miracle artistique, ou comment dans une ville, Florence, tous les facteurs ont convergé pour faire émerger une nouvelle forme d’expression.
C’est une très belle exposition, bien ficelée et qui a l’originalité de choisir la sculpture comme art principal, le premier qui rompt peu à peu avec le gothique ce qui donne une nouvelle vision de la Renaissance connue de tous, et ce sont des sculpteurs comme Donatello surtout mais aussi Ghiberti, Nanni di Banco, Luca della Robbia, Nanni di Bartolo, Michelozzo, Agostino di Duccio, Desiderio da Settignano ou Mino da Fiesole qui sont à l’honneur.

Le propos débute avec ceux qui ont mené à ce renouveau artistique dès les XIIIème et XIVème sicèles avant même qu’on ne parle de Renaissance avec la redécouverte de l’Antiquité et de ces œuvres qui vont profondément influencer les artistes comme les Pisano à l’image du Cratère des talents de Pise qui trône au milieu de la première salle. De nombreuses autres œuvres antiques jalonnent subtilement le parcours pour toujours renvoyer à cette influence très net et ainsi offrir à voir le rapport entre l’original et sa réappropriation par les artistes du XVème siècle et d’après. Une idée simple mais judicieuse qui nous permet de mieux appréhender le propos.

Lorenzo Ghiberti   Le Sacrifice d'Isaac, 1401,Florence, musée national du Bargello, inv. 203 Bronzi © Lorenzo Mennonna, courtesy of Italian Ministry for Cultural Heritage and Activities
Lorenzo Ghiberti
Le Sacrifice d’Isaac, 1401,Florence, musée national
du Bargello, inv. 203 Bronzi © Lorenzo
Mennonna, courtesy of Italian Ministry for
Cultural Heritage and Activities

On arrive ensuite à Florence et ses dômes qui surplombent la ville, le foyer créatif par excellence avec deux sculpteurs qui ensemble créent ce qui est considérée comme la première œuvre de la Renaissance, le sacrifice d’Abraham pour les portes de bronze du battistero di San Giovanni de Florence. Lorenzo Ghiberti et Filippo Brunelleschi, concourent en 1401 pour la décoration de la porte nord avec des influences de la statuaires greco-romaine, le fameux tireur d’épines(Spinario) et le torse du centaure. Ghiberti remporte le concours et devient avec Donatello le grand initiateur de ce nouveau langage.
Mais revenons brièvement sur Florence qui a vu émerger entre ses murs cette Renaissance. La ville vit une apogée commerciale, la république se place en héritière de Rome et les chantiers religieux et civiques fleurissent dans la capitale de Toscane, donnant aux artistes un terrain d’expérimentation sans précédents avec des appuis puissants. Les mécènes sont mis l’honneur à la toute fin de l’exposition par une série de bustes-portraits, empreint de solennité et de réalisme romain, notamment le puissant Côme de Médicis.

Donatello, Saint Louis de Toulouse, 1422-1425,Florence, musée de l’Oeuvre de S a n ta Cr o c e© Studio Antonio Quattrone, Florence, by permission of Fondo Edifici di Culto, Ministero dell’Interno – Dipartimento per le Libertà civili e l’Immigrazione – Direzione Centrale per l’Amministrazione del FEC-Ghiberti , Saint Matthieu, 1419-1422, bronze, argent et traces de dorure. Florence, église et musée d’Orsanmichele © Lorenzo Mennonna, courtesy of Italian Ministry for Cultural Heritage and Activitie
Donatello, Saint Louis de Toulouse,1422-1425,Florence,musée de l’Oeuvre de Santa Croce© Studio Antonio Quattrone, Florence, by permission of Fondo Edifici di Culto, Ministero dell’Interno– Dipartimento per le Libertà civili e l’Immigrazione –Direzione Centrale per l’Amministrazione del FEC-Ghiberti , Saint Matthieu, 1419-1422, Florence, église et musée d’Orsanmichele © Lorenzo Mennonna, courtesy of Italian Ministry for Cultural Heritage and Activitie

De superbes statues monumentales ornent les monuments de la ville, deux géants sont confrontés l’un à l’autre, le délicat et raffiné Saint Louis de Toulouse par Donatello pour la basilique Santa Croce (1422-1425) et la puissance du saint Mathieu de Ghiberti pour la chapelle Orsanmichele (1421-1422). Ce dernier dégage une intensité dans le regard vraiment émouvante. Il est tellement grand (2m70) qu’on a du mal à le regarder dans les yeux, mais quand on capte ce regard, il est difficile de s’en détacher. Une superbe rencontre qui me rappelle pourquoi j’aime tant l’art. Ghiberti a mis de la vie dans le bronze.

Donatello, “Spiritelli” (de la “cantoria” de la cathédrale),1439, Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André, inv. MJAP-S 1773-1 et 2 © musée du Louvre/Philippe Fuzeau
Donatello, “Spiritelli” (de la “cantoria” de la cathédrale),1439, Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André, inv. MJAP-S 1773-1 et 2 © musée du Louvre/Philippe Fuzeau

L’influence romaine se dévoile également à travers ces petits putti, les spiretelli venus des sarcophages antiques et qui rentrent peu à peu dans l’iconographie chrétienne en tant que petits anges et qui symbolisent visuellement ce nouveau langage de la Renaissance. Ceux de Donatello exécutés pour la “cantoria” de la cathédrale sont d’ailleurs les têtes d’affiche de l’exposition avec leurs ailes d’une ciselure si fine qu’on croirait voir de vrais plumes. L’art équestre bénéficie aussi d’un nouveau souffle. Le célèbre Marc-Aurèle du Capitole inspire à Donatello, toujours lui deux œuvres majeures le Gattamelata de Padoue (1447-50) et le Protomé Carafa (1455) pour Alphonse V d’Aragon, roi de Naples. A noter que la statuaire équestre ne fleurit pas dans Florence mais hors de la ville, car elle rappelle un art jugé trop aristocratique pour une cité fière de son organisation républicaine.
La peinture fait enfin son apparition dans l’exposition, mais une peinture fortement inspirée de la sculpture. Avec des corps très modelés et des mises en perspectives révolutionnaires. Et en parlant de perspective, on parle souvent de Massaccio ou de Pierro de la Francesca, mais c’est encore Donatello qui la fait entrer dans la sculpture d’abord avec le Prédelle du saint Georges (1415-1417).

Donatello Saint Georges et le dragon, vers 1417, marbre. Florence, musée national du Bargello, inv. 517 Sculture © Lorenzo Mennonna, courtesy of Italian Ministry for Cultural Heritage and Activities
Donatello Saint Georges et le dragon, vers 1417, marbre. Florence, musée national du
Bargello, inv. 517 Sculture © Lorenzo Mennonna, courtesy of Italian Ministry
for Cultural Heritage and Activities

La Renaissance est désormais bien installée et va pouvoir se diffuser avec succès, dépasser les frontières des commandes officielles et rentrer dans les demeures privées, comme toutes ses Vierge à l’enfant en terre cuite émaillée, mise au point par Luca della Robbia dans les années 1430 et qui forment comme une allée d’honneur.
Et c’est ainsi que naquit l’une des périodes les plus riches et inspirées de l’Histoire de l’Art, l’une des plus appréciées aussi.
Pour aller plus loin, le Louvre propose de découvrir la version française de la Renaissance, plus tardif, avec Jean Cousin, père et fils qui dominent la production française du XVIème siècle. Un magnifique ensemble de dessins ainsi qu’une peinture, Eva Prima Pandora, récemment restaurée et pleine de mystères sont exposés dans les salles Mollien. Cette dernière tient aussi son inspiration dans la sculpture, celle de Cellini cette-fois ci…c’est l’école de Fontainebleau.

ousin le Père, Eva Prima Pandora, Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado
Cousin le Père, Eva Prima Pandora, Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado


Le printemps est décidément une bien jolie saison quand il se déploie au Louvre. J’avais plus qu’adoré l’exposition sur Raphaël, celle-ci tient également de belles promesses.

Le printemps de la Renaissance
La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460
du 26 Septembre 2013 au 6 Janvier 2014
Commissaire : Marc Bormand, conservateur en chef au département des Sculptures du musée du Louvre et Beatrice Paolozzi Strozzi, directrice du musée national du Bargello.

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