JORDAENS, la gloire d’Anvers resplendit sur le Petit Palais

Jordaens trône au Petit Palais et il illumine magnifiquement les murs de cette superbe exposition où les couleurs flamboient de toute part.

Autoportrait de l’artiste avec sa femme Catharina van Noort, leur fille Elisabeth et une servante dans un jardin, 1621-1622 © Madrid, Musée national du Prado
Autoportrait de l’artiste avec sa femme Catharina van Noort, leur fille Elisabeth et une servante dans un jardin, 1621-1622
© Madrid, Musée national du Prado

Aussi surprenant que cela paraisse, il s’agit de la première rétrospective en France consacrée à ce grand peintre flamand qui avec Van Dyck et Rubens occupe le haut de l’affiche au XVIIème siècle.
Il faut dire que Jacques (et non Jacob comme on l’appellera que bien plus tard) Jordaens (1593-1678) est un petit peu moins connu chez nous que ses deux compatriotes. Peut-être parce qu’il a rapidement été réduit aux scènes triviales avec son « Le roi boit ! » ou parce qu’il n’a jamais quitté Anvers contrairement à un Rubens qui a travaillé à Paris.
Le Petit Palais met les petits plats dans les grands pour redonner une place d’honneur à cet artiste aux coloris exceptionnels et à la productions beaucoup plus diversifiée qu’on pourrait le croire. La scénographie est tout simplement parfaite, on voyage et on découvre avec un parcours thématique simple ponctués d’informations.

Sainte Famille, vers 1620 © Southampton City Art Gallery, Hampshire, UK/ The Bridgeman Art Library
Sainte Famille, vers 1620
© Southampton City Art Gallery, Hampshire, UK/ The Bridgeman Art Library

On commence par situer le contexte historique, artistique et familial du peintre. Cela semble évident mais souvent occulté. Anvers au XVIIème siècle n’est plus cette superpuissance financière et commerciale qu’elle était seulement un siècle plus tôt. La guerre est passée par là ! La ville reste cependant toujours une capitale artistique de premier plan avec de nombreux chantiers mis en route, notamment sous l’impulsion d’Isabelle d’Espagne et d’Albert d’Autriche, gouverneurs des Pays-Bas méridionaux. Leur volonté est de faire d’Anvers une cité catholique face au Protestantisme grandissant.
Jordaens grandit dans une famille bourgeoise, son père est marchant de toile, il est formé chez Adam Van Noort, son futur beau-père et est reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc en 1515 1616.
L’exposition met en scène un intérieur bourgeois au milieu duquel trône ce superbe portrait de famille où contrairement au dogme en place, l’artiste se représente en pied, en homme accompli avec une composition au caractère ostentatoire avec une domestique et un cadre architectural superbe, au lieu de la modestie imposée à ce genre.  Jordaens n’a qu’une trentaine d’années mais il a déjà une haute idée de sa réussite familiale et professionnelle.
La force de cette exposition c’est d’aborder la diversité du travail de Jordaens souvent cantonné aux scènes de genre trivial. On découvre des portraits (peu Van Dyck et Rubens ayant capté la plupart du marché), son activité de cartonnier pour tapisserie, ses dessins préparatoires, ses scènes mythologiques très appréciées par toute la société érudite,  ainsi que de superbes peintures religieuses l’adoration des mages ou encore le sacrifice d’Isaac sont justes magnifiques ou encore l’original « quatre évangélistes » qui propose une vision dépouillée de ce sujet.

Les 4 évangélistes, 1625-1630 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/René-Gabriel Ojéda
Les 4 évangélistes, 1625-1630
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/René-Gabriel Ojéda

Bien que n’ayant jamais quitté sa ville d’Anvers, Jordaens est influencé par l’Italie, notamment par le style de Caravage dont il est l’un des artistes qui rend le plus subtilement cette manière si brute de peindre la réalité des corps avec une lumière découpée qui n’occulte en rien les salissures laissées par la vie. La plupart de ces œuvres souvent également assez proche de Rubens dans ses touches vives et le modelé des corps, tout comme les commandes profanes pour décorer les grandes demeures. Il a d’ailleurs travaillé avec ce dernier à la réalisation de décors éphémères pour l’entrée solennelle à Anvers du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnol, le cardinal infant Ferdinand, en avril 1635.

Le Roi boit, vers 1638-1640 © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles/Photo J. Geleyns / www.roscan.be
Le Roi boit, vers 1638-1640
© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique,
Bruxelles/Photo J. Geleyns / http://www.roscan.be

Puis on découvre ces fameuses scènes de banquet, comparées entre-elles, très vivantes pleines de musique et de visages joviaux, illustrant la joie de vivre et le goût de la fête anversoise. Bien que n’ayant pas inventé ce genre, il va l’incarner à merveille. Jordaens excelle aussi dans la représentation des proverbes très en vogue à cette époque, une illustration de la riche culture littéraire des Pays-Bas qui parle autant aux classes lettrées qu’au peuple moins instruit mais si certains nous paraissent très mystérieux comme la Servante avec une corbeille de fruits et un couple d’amoureux

Servante avec une corbeille de fruits et un couple d’amoureux, vers 1628-1630 ©CSG CIC Glasgow Museums Collection
Servante avec une corbeille de fruits et un couple d’amoureux, vers 1628-1630
©CSG CIC Glasgow Museums Collection

Tout est absolument magnifique. Cette exposition est une vraie réussite à tout point de vue. Elle a en plus un aspect extrêmement pédagogique, comme cet atelier reconstitué qui nous permet de mieux comprendre le travail entre différents peintres pour produire une œuvre signée Jordaens. Il faut savoir que le peintre était à la tête de l’un des plus puissants et importants atelier de l’époque. Le cabinet de curiosité en fin de parcours est une trouvaille scénographique géniale : il faut ouvrir les tiroirs pour découvrir et apprendre où prennent vie les sources d’inspiration de l’artiste, le travail sur la matière, ou encore l’importance de la couleur et de la lumière.
Je ne vais pas épiloguer plus longtemps, c’est juste une belle découverte, pour le moment la plus belle exposition de ce début de saison. Un artiste aux œuvres sublimes, une explosion de couleurs et de vie associé à une scénographie intelligente, théâtrale mais pas trop et pédagogique. En un mot comme en cent : superbe !

Le Sacrifice d’Isaac, vers 1625-1630 Huile sur toile © Milan, Pinacothèque de Brera
Le Sacrifice d’Isaac, vers 1625-1630
Huile sur toile
© Milan, Pinacothèque de Brera

Jordaens 1593-1678
LA GLOIRE D’ANVERS
19 septembre 2013 – 19 janvier 2014

Commissariat
Alexis Merle du Bourg, historien d’art
Maryline Assante di Panzillo, conservateur en chef au Petit Palais

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