Masculin/ masculin à Orsay ces messieurs se découvrent mais jusqu’où?

Voici l’une des affiches les plus intrigantes de cette rentrée et pour cause !!90165060_o

Si le nu féminin est bien ancré dans nos consciences (d’amateur d’art mais aussi de consommateur), le nu masculin l’est moins.
Le musée d’Orsay décide donc de frapper un grand coup en la matière en proposant à la suite et en partenariat avec le Leopold museum de Vienne une exposition entièrement consacrée à l’homme. Vienne avait en effet organisé à l’automne 2012 « nackte männer » (l’homme nu) qui reprenait l’histoire et l’évolution du corps et de sa représentation mais avec un traitement provocant notamment dans sa communication avec comme choix d’affiche « Vive la France » de Pierre et Gilles.

Camille Félix Bellanger (1853-1923) - Abel, 1874-1875 photo rmn orsay patrick schnmidt
Camille Félix Bellanger (1853-1923) – Abel, 1874-1875 photo rmn orsay patrick schnmidt

À Paris seules 20 œuvres sont reprises sur les 200 que compte le parcours. Orsay se veut également moins sulfureux. Guy Cogeval, commissaire de l’exposition, l’a souhaitée « savante et amusante ». « C’est une exposition qui ne se prend pas au sérieux. Il y a beaucoup d’humour dans la présentation »(AFP).
Le musée d’Orsay se veut donc innovant et également plus ancré dans le présent, en dehors de ses limites historiques (1848-1914) avec notamment un grand ensemble de photos, anciennes mais aussi beaucoup de contemporaines (trop ?). La campagne de pub correspond à cette volonté de modernité et d’humour avec un monsieur tout nu qui se balade en reproduisant les différentes œuvres qu’on peut y croiser (égalité devant la mort de Bouguereau, mort pour la patrie de Lecompte de Noüy, Atlas de Sterrer, la mort d’Abel de Kehnide Wiley etc.) http://www.youtube.com/verify_controversy?next_url=/watch%3Fv%3DIXsInKvv2TY

Tout commence par une justification : pourquoi masculin/masculin ? Tout simplement parce que le corps de l’homme est au cœur de l’art figuré. Admiré dans l’Antiquité, il est source d’idéal physique et moral comme par exemple chez les sculpteurs grecs puis plus tard avec la Renaissance, il représente le genre humain en général. Bien que non présenté, ni même évoqué, le David de Michel Ange en est un parfait exemple.
Au XIXème siècle, les néoclassique comme J-L David travaillent d’abord d’après les corps nus qu’ils habillent ensuite. L’une de ses œuvres marque l’entrée du parcours, le sublime « Académie de l’homme », à l’origine simple étude mais chef-d’œuvre en soit à couper le souffle. La plupart des artistes apprennent à dessiner les corps d’après modèle ou encore d’après « la bosse » d’où les quelques copies d’après antique que l’on peut croiser.
Après cette introduction se succèdent plusieurs parties thématiques où s’y mélangent styles, époques et supports :

Jacques-Louis David (1748-1825) Académie d’homme dite Patrocle Huile sur toile - 122,5 x 170 cm Cherbourg-Octeville, musée d’Art Thomas-Henry © Musée d’Art Thomas-Henry
Jacques-Louis David (1748-1825)
Académie d’homme dite Patrocle
Cherbourg-Octeville, musée d’Art Thomas-Henry
© Musée d’Art Thomas-Henry

–          Le nu héroïque, héros mythologiques et modernes comme Yves Saint Laurent par Jeanloup  Sieffou Eminem par David Lachapelle
–          les dieux du stade, les athlètes avec une vision plus hygiénique du corps

Henri-Camille Danger (1857-1939) Fléau !, 1901 © Musée d'Orsay, dist. RMN Patrice Schmidt
Henri-Camille Danger (1857-1939)
Fléau !, 1901
© Musée d’Orsay, dist. RMN Patrice Schmidt

–          Dur d’être un héros, le côté dramatique des nus, où le corps au même titre que le visage exprime l’intensité et la souffrance
–          Nudas veritas, la nudité en tant qu’homme sans vêtement et non le nu artistique, donc plus brute, plus réaliste et aussi plus choquant
–          Sans complaisance, le corps tel qu’il est sans idéalisation à l’image de l’étude de Rodin pour son hommage à Balzac avec son ventre proéminent. une vision de la mort crue aussi comme le père mort de Ron Mueck (1996). En voyant cette petite sculpture de cire, cet humain miniature étendu là, si réel je regrette vraiment de ne pas avoir eu l’occasion d’avoir été voir l’exposition qui lui est consacrée à la fondation Cartier. C’est peut-être la rencontre la plus marquante de l’exposition. Froide mais touchante représentation du père de l’artiste décédé.
–          Im natur, l’homme nu dans divers paysage comme le classique jeune homme assis au bord de la mer d’Hyppolite Flandrin toujours saisissant de quiétude ou le plus étonnant pécheur à l’épervier de Frédéric Bazille, proche de Monet, Manet, Renoir ou Degas, tous ces artistes qui ont justement mis en avant le nu féminin à la fin du XIXème siècle.
–          De la douleur, consacré notamment à ces représentations de saints martyrs tout comme la partie suivante
–          Le corps glorieux
–          Tentation du mâle

–          Objet de désir. Ces deux dernières parties abordent l’aspect érotique des représentations d’homme. Le corps n’est plus un simple objet esthétique mais un objet d’attirance sexuelle. C’est aussi une partie où on survole brièvement l’aspect homosexuel de certaines représentations, même si ce n’est pas toujours frappant frappant. J’ai beaucoup aimé l’origine de la guerre d’Orlan, pour sa référence évidente à Courbet jusque dans le cadre, plus pour le sujet (je vous laisse par pudeur voir ce que c’est) parce qu’à ce moment de l’exposition honnêtement cela ne vous fait ni chaud ni froid, même si c’est amusant de constater que comme pour les femmes ces messiers ont souvent des petits draps, petits objets qui passent subtilement par là pour cacher l’in montrable.

 

William Bouguereau (1825-1905) La Flagellation du Christ, 1880 Huile sur toile - 390 x 210 cm La Rochelle, cathédrale Photo : Wikimedia Commons
William Bouguereau (1825-1905)
La Flagellation du Christ, 1880
Huile sur toile – 390 x 210 cm
La Rochelle, cathédrale
Photo : Wikimedia Commons

Après, moi qui partait super enthousiaste justement à l’idée de voir un sujet peu ou pas exploité comme un écho viril à Désir et Volupté de Jacquemart André,  à Orsay en plus, musée que j’adore….et bien j’ai été un petit peu déçue je dois l’admettre. La cohérence dans la scénographie est assez légère, les explications tout autant sans véritable repère historique ou artistique avec finalement l’impression de ne voir qu’une succession interminable de corps d’homme.  Même si pour certains c’est super, à force on y perd son intérêt. Alors bien sûre Ophélie Ferlier, commissaire de l’exposition explique qu’elle n’a pas souhaité tenir la main du visiteur pour lui expliquer l’histoire du nu masculin mais au contraire a voulu un ensemble de choix formels qui se répondent à travers les époques (source Evene) mais un minimum n’aurait pas été de trop. Après tout quand on veut mettre en avant un sujet aussi peu traité que le nu masculin, il faut aussi argumenter son parcours. Après c’est vrai que les œuvres en elles-mêmes sont sublimes, malgré je dois l’admettre plein d’artistes que je ne connaissais pas, Henri-Camille Danger, Paul Cadmus, le sculpteur Jean-Bernard Duseigneur, les tireurs d’arc de Desvallières, juste génial. Je découvre. On peut aussi admirer des dessins de Cocteau, le sublissime ange déchu de Cabanel, les valseurs de Matisse, la magnifique et rarement montré sur Paris, Flagellation de Bouguereau, plusieurs peintures et dessins de Gustave Moreau dont personnellement je ne me lasse jamais etc. etc.

Tireurs à l’arc, 1895, pastel, 139 x 232 cm, Musée d’Orsay, Paris
Tireurs à l’arc, 1895, pastel, 139 x 232 cm, Musée d’Orsay, Paris

Pour les photos, autant j’ai trouvé intéressante, les photos d’atelier, autant certaines m’ont complètement laissé de marbre mais c’est aussi une question de sensibilité artistique et encore une fois l’accumulation de certaines n’est pas forcément un plus. Là aussi j’ai découvert des nouveaux noms, notamment Pierre et Gilles qui ont l’honneur de l’affiche. Un peu kitch, très colorées et travaillées, facilement identifiable visuellement et des sujets dans notre cas tirés de la mythologie. Très sympa, souvent en réponse avec des peintures plus anciennes, mais là aussi, il y en avait peut-être un peu trop et partout dans toutes les sections sans toujours un lien très évident.
Enfin bref vous l’avez compris un avis assez mitigé sur cette exposition n’a pas exploité toutes ces possibilités. Elle mériterait un approfondissement certain mais malgré tout une promenade sympathique et de jolies rencontres artistiques.

 

 

Paul&Gilles, Mort d´Adonis, 1999
Paul&Gilles, Mort d´Adonis, 1999

Masculin / Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours.

24 septembre 2013 – 2 janvier 2014
http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay.html

Commissariat :
Guy Cogeval, président de l’Etablissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie
Ophélie Ferlier, conservateur sculptures au musée d’Orsay
Xavier Rey, conservateur peintures au musée d’Orsay
Ulrich Pohlmann, directeur de la collection photographique du Stadtmuseum Munich
Tobias G. Natter, directeur du Leopold Museum de Vienne

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