ROY LICHTENSTEIN : invasion de couleurs et de points au centre Pompidou.

vueQue ce soit pour se mettre à l’abri des orages ou se rafraîchir par fortes chaleurs toutes les occasions sont bonnes cet été pour se rendre au centre Pompidou .Profitez de cette opportunité unique d’admirer autant d’œuvres de Roy Lichtenstein, réunies pour la première fois dans une exposition parisienne.

Look Mickey [Regarde, Mickey], 1961 Huile sur toile 121,9 x 175,3 cm National Gallery of Art, Washington,
Look Mickey [Regarde, Mickey], 1961
Huile sur toile
121,9 x 175,3 cm
National Gallery of Art, Washington,

C’est une immersion dans le monde coloré du Pop art qui nous ai proposé et plus encore. Le but de l’exposition est d’aller au-delà de la pop en tant que telle, au-delà des icônes, des images vues et revues et de découvrir l’artiste derrière ces images, sa démarche et son inspiration. On découvre ainsi au fil des œuvres, une vraie recherche artistique, recherche sur la matière (toile, Plexiglas, Mylar etc.) et le sujet.

Lichtenstein réalise sa première exposition personnelle en 1962 chez Léo castelli et rapidement son style va le rendre unique et reconnaissable entre mille. Entre ces images tirées de la bande-dessinée, ces figures commerciales, ces objets et ces figures du quotidien élevés au rang de l’art. Mais c’est surtout sa technique qui lui est propre : la simplification des figurse, l’utilisation de couleurs primaires et son utilisation des petits points qui reprennent la technique de l’impression. Les ben day dots, peints au pochoir qui vont moduler et colorier  les formes.

Sunrise [Lever de soleil], 1965 Huile et Magna sur toile
Sunrise [Lever de soleil], 1965
Huile et Magna sur toile
Une centaine d’œuvres sont ainsi proposées dans un parcours à la fois thématique et chronologique qui débute en 1961 avec l’œuvre « Look Mickey » considéré comme un pont entre l’Expressionnisme abstrait  et le Pop art. À côté des peintures sont également exposées quelques gravures et sculptures. Ces dernières sont particulièrement intéressantes car elles sont au sens propre une vision en 3D de ses toiles, composées avec la même simplification des formes. Cela est particulièrement parlant dans sa série brushstroke  (coup de pinceau) réalisée entre 1965 et 66. Le coup de pinceau s’affranchit de la composition et devient sujet à part entière aussi bien en peinture qu’à travers une recherche structurale qui le pousse à matérialiser ce geste.

Yellow Apple [Pomme jaune], 1981 Bronze peint et patiné
un exemple de brustroke : Yellow Apple [Pomme jaune], 1981
Bronze peint et patiné
Lichtenstein a parfaitement intégré le fonctionnement de la publicité de son temps et l’utilisation d’images commerciales ou populaires comme la bande dessinée. Aussi, réussi-t-il à créer ses propres icones, images stéréotypées et génériques de la culture américaine, donnant naissance à de nouveaux concepts. Whaam !! en est le parfait exemple, on dirait une case qui s’est échappée de son album, autant une référence au comic-book avec ses bulles et ses onomatopées qu’à la peinture de guerre de par son sujet. Dans le même état d’esprit ses portraits de femmes issues de bandes dessinées sentimentales, en train de pleurer ou en pleine séduction, sont aussi des références à la grande peinture, où la femme est souvent représentée. « [J’ai] toujours perçu un rapport entre certaines formes d’art commercial et l’art classique : le bel homme et la jolie jeune femme forment une espèce de prototype dans le genre classique ; on tisse là l’archétype de quelque chose… »

We Rose Up Slowly [Nous nous levâmes lentement], 1964 Huile et Magna sur toile Deux panneaux : 174,5 x 62,3 cm et 174,5 x 234,5 cm MMK, Museum für Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main
We Rose Up Slowly [Nous nous levâmes lentement], 1964
Huile et Magna sur toile
Deux panneaux : 174,5 x 62,3 cm et 174,5 x 234,5 cm
MMK, Museum für Moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main
Dans les deux cas, ce sont des sujets suscitant la passion qui l’intéressent (la guerre et l’amour), mais en même temps, le traitement qu’il en fait, tout en aplat, au cadrage resserré, très formel, désacralise le sentiment en tant que tel. On retrouve un peu ce principe à la fin de sa vie quand en 1993 il se met à peindre des nus. Il reprend ces têtes blondes des années 60 qu’il peint dorénavant en pied, sur la plage jouant au beach volley, ou dans des poses plus lascives. Mais le traitement plastique est tel que l’érotisme est quasi nul. Les corps sont lisses, comme des poupées Barbie. On retrouve  ces fameux points qui les recouvrent sans pour autant en dessiner les formes, désormais ils ne sont plus inscrit dans les lignes, ils prennent leurs libertés. « Mes nus sont mi- ombre mi- lumière, et il en est de même pour l’arrière-plan, où les points évoquent l’ombre. En plus les points sont gradués, du plus grand au plus petit, ce qui implique pour la plupart des gens un modelé, mais ce n’est pourtant pas ce que l’on obtient avec ces figures. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai choisi les nus. Je n’en avais jamais fait auparavant, ce qui pourrait l’expliquer, mais j’avais aussi le sentiment que le clair-obscur se prêterait bien aux corps. Et mes nus rendent si peu les notions de chair ou de carnation – ils sont si peu réalistes – que le fait de les utiliser soulignait le fossé entre la réalité et les conventions artistiques.»

De la série Bull Profile [Profil de taureau] Gravure en taille douce sur papier Arjomari 68,6 x 88,9 cm Édition 78/100 Bibliothèque nationale de France, Paris
De la série Bull Profile [Profil de taureau]
Gravure en taille douce sur papier Arjomari
68,6 x 88,9 cm
Édition 78/100
Bibliothèque nationale de France, Paris
Vous serez peut-être surpris de découvrir tout son travail sur l’art en tant que tel. D’une part, très intéressés par des peintres comme Picasso, Mondrian, Manet ou Cézanne, il reproduit leurs travaux, leurs œuvres mais à sa manière. C’est particulièrement frappant de voir le mélange de deux identités, comme cette série sur la cathédrale de Rouen pixellisée ou encore le cubisme vu par Lichtenstein. Sa déconstruction de la vache est aussi très parlante. Il part d’une image de vache classique, « icone » si on peut dire de la peinture animalière et flamande, qu’il décompose au fur et à mesure pour n’en ressortir que quelques lignes géométriques. D’autre part, il va également transformer le tableau en objet, comme pour ses miroirs, travail sur la représentation de l’objet et la vision, ou ces entablures, fragments d’architectures devenues tableau à part entière et non plus simplement une partie d’un tout.

Rouen Cathedral, Set 5 [Cathédrale de Rouen, suite 5], 1969 Huile et Magna sur toile Trois panneaux : 160 x 106,7 cm chacun ; ensemble : 160 x 355,6 cm San Francisco Museum of Modern Art
Rouen Cathedral, Set 5 [Cathédrale de Rouen, suite 5], 1969
Huile et Magna sur toile
Trois panneaux : 160 x 106,7 cm chacun ;
ensemble : 160 x 355,6 cm
San Francisco Museum of Modern Art
Comme autre source d’inspiration, on retrouve Matisse et surtout ses vues d’ateliers. Comme lui, Lichtenstein va peindre des ateliers d’artistes, mais pas le sien. Il s’agit plutôt d’une reconstruction d’espace, un peu froid, dans lequel sont posés des références à son propre art, comme une représentation de « Look Mickey ». Une manière d’égarer le spectateur. Dans un autre style, ses paysages, notamment ceux de fin de vie, sont une invitation au zen, très inspirés de l’art asiatique. On retrouve les grandes lignes de cet art, dans le format très allongé, les couleurs pâles et certains motifs mais traités à la manière de Lichtenstein.

Landscape with Scholar’s Rock [Paysage avec rocher de lettré], 1997 Huile et Magna sur toile 200,7 x 396,2 cm Collection particulière
Landscape with Scholar’s Rock [Paysage avec rocher
de lettré], 1997
Huile et Magna sur toile
200,7 x 396,2 cm
Collection particulière
Une belle exposition, au parcours claire et parfaitement balisé. Et un vrai plus, c’est l’explication qui orne presque chaque œuvre. On n’est pas seulement dans une analyse objective d’un historien de l’art. Au contraire, chacune est accompagnée d’une citation de l’artiste sur son œuvre. Une manière supplémentaire de s’approcher de son travail et de sa vision artistique.

Je vous la conseille donc, surtout qu’au mois d’août c’est relativement calme, la majorité des touristes étrangers prenant d’assaut le Louvre et les parisiens sont en vacances !!!!

Small Explosion (Desk Explosion), 1965 Porcelaine émaillée sur acier, socle en bois
Small Explosion (Desk Explosion), 1965
Porcelaine émaillée sur acier, socle en bois

ROY LICHTENSTEIN
3 JUILLET – 4 NOVEMBRE 2013

L’exposition est organisée par l’Art Institute of Chicago
et par la Tate Modern de Londres
en association avec le Centre Pompidou

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