le monde en-chanté de Jacques Demy

« Nous sommes des sœurs jumelles nées de signe des Gémeaux… » « Préparez votre, Préparez votre pâte, Dans une jatte, Dans une jatte plate » « Ils se sont séparés sur le quai d’un gare, Ils se sont éloignés dans un dernier regard, Oh je t’aim’ ne me quitte pas. »

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Au moins l’une de ces paroles vous évoque quelque chose, si ce n’est pas le cas, vite, rendez-vous à la cinémathèque pour une exposition féérique et musicale qui porte bien son nom à double sens « le monde enchanté de Jacques Demy »

Autoportrait de Jacques Demy, 1949 © Succession Demy
Autoportrait de Jacques Demy, 1949 © Succession Demy

Ce qu’il y a de bien avec les expositions de la Cinémathèque, c’est qu’on sait qu’on va aimer, même si à la base, on ne maîtrise pas du tout le sujet. Ça avait été le cas pour « les enfants du paradis » et celle-ci fut encore une fois un vrai régal, un petit bonbon sucré et acidulé comme les films de Demy, qui glisse tout seul.

17047Tout commence par le passage Pommeraye (une galerie commerciale nantaise ayant servi de décor à 3 films de Demy) qui est recrée, tout en jeux de miroirs avec les personnages de l’œuvre du réalisateur, histoire de vous mettre dans le bain directement, comme un passage vers un autre monde. Puis c’est un parcours chronologique qui vous montre les principaux films de Jacques Demy, ceux qui ont marqué sa carrière et le cinéma français, en même temps que des œuvres inédites, comme ses peintures réalisées à la fin de sa vie, quand le 7e art le boudait un peu.

Le propos débute donc avec sa jeunesse à Nantes, ville chérie de son enfance. Déjà très jeune, le petit Jacques est attiré vers le cinéma et avec son projecteur Pathé baby réalise son premier court métrage d’animation, en peignant sur la pellicule. Puis c’est la succession de ses films cultes, à commencer par Lola avec Anouk Aimé, puis la Baie des Anges avec une Jeanne Moreau blonde platine.

17046On arrive alors dans une reproduction de petites devantures de magasins et nous voilà dans les Parapluie de Cherbourg avec sa musique nostalgique. Les photos prises par Agnès Varda, compagne du réalisateur apportent une touche de modernité à ce film de 1964 récompensé par la Palme d’or à Cannes. On comprend à travers ces clichés pourquoi Demy considérait Catherine Deneuve comme une image de la femme parfaite. Le film entièrement chanté marque un peu plus la collaboration entre J. Demy et Michel Legrand, son « frère de cinéma ». C’est amusant également de voir à quel point les décors sont importants dans le rendu final. Tout comme Demy était lié à Legrand dans la musique, il l’était à Bernard Evein dans la décoration. Il est novateur au niveau des couleurs avec ces papiers peints flashis, reproduits dans l’exposition, qui renvoient à la psyché des personnages.

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les parapluies de Cherbourg. Copyright Agnès Varda
les parapluies de Cherbourg. Copyright Agnès Varda

On quitte la pluie de Cherbourg et on arrive sous le soleil de Rochefort avec ces fameuses demoiselles. Chose que je ne savais pas, une partie des façades des villes ont été repeintes pour le film. Catherine Deneuve est à nouveau au générique, avec sa sœur Françoise Dorléac et des guest-stars américaines de renoms pour cette comédie musicale à la française : Gene Kelly (chantons sous la pluie) et Georges Chakiris (West side story). La galerie d’art contemporain de Lancien, avec des reconstitutions des œuvres du film dont le fameux portait par Maxence de Delphine. Et quand vous passez la porte de sortie de cette galerie, vous arrivez en Californie avec sa parenthèse américaine, un peu baba cool et son film Model Shop, illustré par une série de photos de Demy lui-même et une interview d’Harison Ford réalisée pour l’occasion car il avait été pressenti pour jouer dedans. Et une fois les palmiers derrière vous, rentrez dans un monde encore plus magique, qui réveille la petite fille qui est en vous (ou le prince si vous êtes un garçon), vous voici au pays de peau d’âne. Il y a des femmes bleues dans des plantes, des dessins des costumes, les superbes illustrations de Gustave Doré et surtout, des reconstitutions des trois robes de la princesse : la robe de temps, bleue avec ses nuages qui passent dessus, la robe de soleil et la robe de lune et en bonus, la vrai peau d’âne, toute miteuse, mais la vrai dans son petit écrin de verdure. Magique.

WP_000548WP_000551La suite passe plus rapidement sur les différents films, Lady Oscar ou Parking, référence moderne à Orphée avec un jeu étrange de contraste entre le noir et le rouge.

Dans les années 80, Demy a de plus en plus de mal à réaliser des films, ce réalisateur de la Nouvelle Vague n’arrive plus à mobiliser comme il le souhaiterait les producteurs. Il se tourne alors vers la peinture et c’est par ces toiles que se termine l’exposition, un peu triste en regard de toutes ces couleurs acidulés qu’on a pu croiser.

Sans m’attarder plus, j’insiste à nouveaux sur le côté enchanté de cet exposition toute en musique dont la mélodie trotte pendant des jours dans la tête. On découvre un cinéaste avec un vrai univers. Un univers de musique, de couleurs, de contes. Un univers où le couple est le point d’orgue de toute chose. Jacques Demy est également un réalisateur fidèle à ses personnages qu’on retrouve simplement évoqué ou vraiment là tout au long de sa filmographie, comme Lola ou Roland Cassard. Ce qui rend sa filmographie d’autant plus attachante et malgré le côté kitch assumé, donne envie de la redécouvrir. D’ailleurs ces dernières années, l’œuvre de Demy est de nouveau apprécié par les cinéphiles et le grand public en recherche de magie. Peau d’âne est devenue un classique des films pour enfants et il suffit de compter le nombre de diffusions dans l’année à la télévision pour s’en rendre compte. Inutile donc de préciser qu’en cette période estivale où on a souvent des enfants avec soit, je vous la conseille, encore, encore et encore.

Et sur ces belles paroles qu’on imagine chantées avec un peu d’imagination, je vous souhaite d’excellentes vacances d’été. Profitez-en pour vous détendre autant que possible et on se retrouve à la rentrée ou peut-être en aout.

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