Tous à la plage avec Boudin

L’été approche, c’est le moment d’enfiler son maillot de bain et de filer à la plage et au cas où, la météo ne serait pas conciliante, le musée Jacquemart André a tout prévu et nous propose une immersion artistique, une plage de peintures et du sable aux pinceaux grâce à sa superbe exposition consacrée à Eugène Boudin.

affiche-eugene-boudinPlus de 100 ans qu’une institution parisienne ne lui avait pas fait la part belle à travers une rétrospective. Autant dire qu’il y avait du retard a rattrapé et le musée J-A s’en est chargé en récupérant de très nombreux prêts de qualités au niveau international et surtout en Amérique, continent qui a très vite été séduit par la grâce des toiles de Boudin.

Ce peintre, figure emblématique de la scène artistique de son époque, contemporain de Nélie Jacquemart, collectionné par Degas et Baudelaire, ami de Monet, Jongking, Courbet ou Puvis de Chavannes, est bien souvent résumé à deux aspects flatteurs certes mais réducteurs : peintre des plages de Normandie et maître de Monnet.

Ici le commissaire, Laurent Manœuvre cherche à s’éloigner de ces deux carcans pour exposer toute l’ampleur de Boudin, à le mettre dans la lumière et à le présenter pour lui-même.

boudin_vaches_dans_un_pre-au-bord-de-la-merD’ailleurs l’exposition ne débute pas par une jolie plage mais par des vaches, de belles vaches colorées dans leurs campagnes normandes.

Boudin ne s’est pas formé aux Beaux-Arts ou dans l’atelier d’un maître. C’est un autodidacte qui encouragé par Millet et Couture, a eu le courage de quitter un métier solide comme il disait (il dirigeait une papeterie au Havre depuis 1844) pour se lancer dans la vie moins assurée de peintre mais qui lui vaudra un succès mérité. Il commence en copiant les grands maitres (dont les hollandais, d’où les vaches) puis se tourne vers ce qu’il aime, la mer, le sable, le ciel, son pays natal de Normandie et les plages d’Honfleur. Comme les peintres de Barbizon et notamment Corot qui compte beaucoup dans son évolution artistique, il va dans la nature. Il est au cœur de cette dernière. Il représente des instants fugaces, fragiles, des instants où le ciel bouge, où la lumière change et ce travail sur la lumière le guidera toute sa vie et ouvrira la voie à Monet. Ce dernier disait, « je dois tout à Boudin », hommage absolu d’une des plus grands peintres du XIXe siècle à celui qui l’a révélé.

Scène de plage 1869 Huile sur toile 29 x 47 cm Madrid, Collection Carmen Thyssen-Bornemisza, en dépôt au Musée Thyssen-Bornemisza © Colección Carmen Thyssen-Bornemisza en depósito en el Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Scène de plage
1869
Huile sur toile
29 x 47 cm
Madrid, Collection Carmen Thyssen-Bornemisza,
en dépôt au Musée Thyssen-Bornemisza
© Colección Carmen Thyssen-Bornemisza en depósito en el Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid

Avec la peinture de Boudin, on ne découvre pas seulement des paysages et des marines, genre auquel il se consacre d’avantage à la fin des années 1860. Il aura d’ailleurs beaucoup de succès dans ce domaine en tant que rare français spécialisé dans ce genre. Mais c’est aussi le début des vacances du XIXe siècle. Trouville et Deauville deviennent grâce à duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et aux trains, d’importantes villes touristiques de bord de mer. La plage, les champs de course, le casino attirent toutes cette bonne société bourgeoise du Second Empire que se plait à retranscrire Boudin à travers des touches légères et fluides. Pas de détails minutieux pour un peintre qui ne se voulait pas anecdotique, mais une évocation de multiple silhouettes pressées les unes contre les autres.

 

« Marée montante à Deauville » 1894 Huile sur toile 55 x 80 cm Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, Don de la succession Maurice Duplessis. Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec grâce à une contribution des Amis du Musée national des beaux-arts du Québec © MNBAQ, photo: Toni Hafkenscheid
« Marée montante à Deauville »
1894
Huile sur toile
55 x 80 cm
Québec, Musée national des beaux-arts du Québec,
Don de la succession Maurice Duplessis.
Restauration effectuée par le Centre de
conservation du Québec grâce à une contribution des
Amis du Musée national des beaux-arts du Québec
© MNBAQ, photo: Toni Hafkenscheid

Boudin est donc le peintre de la mer, mais il est aussi et peut-être même surtout, celui du ciel. Corot le surnommait le « roi du ciel » et Baudelaire « le peintre des beautés météorologiques ». Une partie de l’exposition est consacrée à cette variation des ciels, ces nuages épais comme en mouvement et ces éclats de soleil qui illuminent l’ensemble. Dans une grande partie de son œuvre le ciel représente une part importante des compositions, comme une obsession. Et c’est cette particularité qui fait de l’œuvre de Boudin, une œuvre à part qui connut très vite un succès qui ne s’est jamais démenti. C’est aussi ce qui attire vers son art toute cette jeune école impressionniste qui voit en lui un précurseur.

 

« Antibes. Fortifications. Effet de jour » 1893 Huile sur toile 46 x 66 cm Paris, Musée d’Orsay (dépôt au musée des Beaux-Arts Jules Chéret/Nice), donation de la Duchesse de Windsor en souvenir de son Altesse Royale le Duc de Windsor, 1973 © RMN – Grand Palais (Musée d’Orsay) / Preveral
« Antibes. Fortifications. Effet de jour »
1893
Huile sur toile
46 x 66 cm
Paris, Musée d’Orsay (dépôt au musée des Beaux-Arts Jules Chéret/Nice), donation de la Duchesse de Windsor en souvenir de son Altesse Royale le Duc de Windsor, 1973
© RMN – Grand Palais (Musée d’Orsay) / Preveral

A la fin de sa vie, se sentant malade et attristé par la mort de son épouse, il décide de voyager et de se tourner vers le sud. Ce voyage fut pour lui une découverte et un émerveillement qui illuminera son art. Les ciels du sud apportent une clarté nouvelle à sa production. La vue d’Antibes est par exemple d’une légèreté absolu. Puis continuant son périple, il descend toujours plus bas et arrive à Venise, ville où le paysage citadin est roi avec les vedute mises à l’honneur la saison dernière dans ce même musée. Boudin admire surtout Guardi et son travail de la couleur et se confrontant à ce maître du passé, il réalise lui aussi quelques vues de Venise, sublime, où les tonalités grises apportent une touche de nostalgie. Venise est en effet « son chant du cygne ». Il se sait affaiblie et compte bien profiter des instants qui lui restent. Il part alors revoir tous ces lieux qui ont enchanté son art : Berk, Honfleur….la Normandie.

 

Venise. Le quai des Esclavons le soir, la Douane et la Salute 1895 Huile sur toile 46 x 65 cm Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, Don de la succession Maurice Duplessis. Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec. © MNBAQ, photo : Patrick Altman
Venise. Le quai des Esclavons le soir, la Douane et la Salute 1895 Huile sur toile 46 x 65 cm Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, Don de la succession Maurice Duplessis. Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec. © MNBAQ, photo : Patrick Altman

Une très belle exposition. Vraiment très belle. Même si les salles d’exposition ne permettent pas une circulation facile, le musée Jacquemart sait en tiré parti et nous offre la possibilité de nous approcher tout près des œuvres. On rentre presque dedans et c’est l’une des principales impressions que j’ai eu en sortant du musée, l’impression d’avoir moi aussi foulé les plages de Boudin. De plus la scénographie légère qui évoque les petits cabanons de plage apporte une touche supplémentaire d’air marin. Un petit plaisir raffiné dans un musée qu’il est toujours agréable de visiter.

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