De l’Allemagne. L’art allemand se dévoile au Louvre

Cette saison, pour commémorer les 50 ans du Traité de l’Elysée, le Louvre organise une grande exposition sur l’Allemagne, dénommée « de l’Allemagne », en référence à Madame de Staël, et qui a pour ambition de dresser un panorama de l’art Allemand de 1800 à 1940. Vaste programme.

7759875547_l-affiche-de-la-nouvelle-exposition-du-louvre-a-parisLe second but de l’exposition, plus ou moins avoué est aussi de nous faire découvrir, à nous français un art qui il faut l’avouer est loin d’être très connu hormis quelques noms et qui est peu représenté dans nos musées nationaux. Et c’est vrai qu’au cours de l’exposition je me suis beaucoup plus dit « tiens je ne connais pas » que « ha mais oui bien sûre ». Donc rien que pour ça, cette exposition est une réussite, car elle présente tout un ensemble artistique méconnu et ce qui ne gâche à rien, à travers des pièces d’une grande valeur artistique.

Plus de deux cent œuvres sont exposées de manière chronologique pour essayer de comprendre l’évolution artistique de l’Allemagne, mais pour saisir ceci, il fut aussi appréhender la politique même du pays qui en 1800 n’est pas encore cet état unifié que nous connaissons. Le saint Empire Romain Germanique, démembré en 1806 sous la pression de Napoléon, se compose de quelques 400 entités politiques différentes et les lier entre elles, sera long. Il faudra attendre Bismarck et la victoire contre l’Autriche en 1866 puis celle sur la France en 1871 pour qu’une unité germanique soit enfin palpable à travers l’Empire fédéral allemand.

Ce désir d’unité existait pourtant avant, et la notion de « Kultur » mise en avant au siècle des Lumières, était une base pour définir une tradition typiquement allemande.  Goethe sera l’un des premiers à louer un art allemand et non germanique.

Femme devant le lever de soleil (Femme devant le coucher de soleil) 1818-1820, Museum Folkwang, Essen
Femme devant le lever de soleil
(Femme devant le coucher de soleil)
1818-1820, Museum Folkwang, Essen

L’exposition est coupée en trois parties plus ou moins égales. La première, placée sous l’égide d’Apollon et de Dionysos, explique comment justement dans ce début de XIXe siècle, il n’y a pas d’art allemand, mais qu’au contraire les artistes sont plus inspirés par ce qui se passe hors de leurs frontières. On découvre ainsi les nazaréens, qui vivaient à Rome et qui étaient fortement inspirés par Dürer et Raphael. L’exposition début par l’un de leurs manifestes, une exquise d’Italia et Germania d’Overbeck. Malheureusement l’œuvre peinte n’est pas là, mais c’est déjà un plaisir de voir ce dessin. Le titre en lui-même  est tout un programme, il montre cet attrait pour l’Italie puis la Grèce qui marque l’art de cette époque.

Italia et Germania, 1815-1828  Craie noire sur papier - 92,3 x 101,2 cm  Munich, Staatliche Graphische Sammlung  Photo Staatliche Graphische Sammlung
Italia et Germania, 1815-1828
Craie noire sur papier – 92,3 x 101,2 cm
Munich, Staatliche Graphische Sammlung
Photo Staatliche Graphische Sammlung

Il y a aussi tout une série de peinture néo-gothique. C’est assez amusant d’être devant ses œuvres, avoir l’impression de regarder un tableau du XVe ou du XVIe siècle mais d’être au XIXe siècle. L’originalité n’est pas encore de mise, on est dans une certaine copie, même si on sent déjà émerger un certain goût pour le romantisme et le fantastique. Une petite partie de l’exposition est consacrée à cet imaginaire si vaste des récits avec leurs personnages curieux et intriguant.

Arnold Böcklin, Jeux des Néréides, 1886. © Martin Bühler/Kunstmuseum Bâle
Arnold Böcklin, Jeux des Néréides, 1886. © Martin Bühler/Kunstmuseum Bâle

La seconde partie est celle qui reçoit le plus de suffrage parmi les critiques et pour cause, elle est consacrée au paysage, genre qui n’est plus du tout secondaire à cette époque mais qui au contraire, va devenir le genre de prédilection de tout une série de peintres, à commencer par Caspard Friedrich dont une vingtaine de toiles sont exposées, ce qui en fait une mini-monographie. C’est une occasion unique de pouvoir admirer des toiles sublimes comme l’entrée du cimetière, à bord du voilier, ou la femme devant un coucher de soleil. Il s’agit d’une exaltation de la nature et du paysage allemand autant qu’une expression profonde et intérieure « « Ferme ton œil corporel, afin de voir d’abord ton tableau avec l’œil de l’esprit. »

W. Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787. © U. Edelmann/Musée Städel/Artothek
W. Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787. © U. Edelmann/Musée Städel/Artothek

C’est Goethe qui garde un œil bienveillant sur cette partie, avec son portrait dans un paysage d’Italie, très néo-classique et ce grand buste qui surveille les visiteurs. Homme de lettre et scientifique, amateur de biologie, il théorise la couleur et une représentation de la nature la plus fidèle qui soit.

Enfin, la dernière partie cherche à mettre en lumière le traumatisme qu’a été la guerre de 14-18, comment il est retranscrit par les artistes à travers des œuvres sublimes et poignantes. Le conflit entre l’humain et ce qui ne l’est plus, comment l’industrie, la guerre, la misère, altère l’humanité : la forge de Von Menzel,  ecce homo de Lovis Corinth, les photographies d’August Sander sur un monde qui disparait ou  la série de gravure, la guerre d’Otto Dix sont autant de témoignages saisissant d’une nation blessée.

L’entre-deux-guerres est une période trouble ou le nationalisme a cette fois-ci trop pris, sur un terreau de peur et de misère et qui va mener au National-socialisme où l’art sert à exalter une idée bien précise et est mis au service d’une idéologie destructrice.

Cette dernière partie a, ces dernières semaines, alimenté un sérieux mécontentement chez certains intellectuels et journalistes allemands qui accusent le Louvre d’avoir trop simplifié son propos au point qu’il laisse à croire que tout dans l’histoire allemande menait au nazisme, notamment parce que l’expo se fini par un extrait d’Olympia de Leni Riefenstalh, cinéaste adorée d’Hitler.

Van Menzel, la forge, © BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Klaus Göken
Van Menzel, la forge, © BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais – Klaus Göken

Je ne vais pas rentrer dans ce débat dont la portée me dépasse, même si je peux comprendre la blessure portée. Mais après avoir lu différents articles, je pense qu’il s’agit surtout d’un manque de communication entre le Louvre (défendu par l’ambassadeur d’Allemagne) et le centre culturel d’histoire de l’art allemand. En visitant l’exposition, je n’ai pas ressenti cette glissade irrévocable vers le nazisme, ou alors je n’ai pas fait attention, je n’en sais trop rien.

Lovis Corinth, ecce homo, 1925
Lovis Corinth, ecce homo, 1925

Après il est vrai que la grande marge chronologique donne quelque chose d’au final très copieux à digérer, pas toujours très clair, mais je préfère m’attacher aux œuvres en elles-mêmes, à leurs qualités et à leurs beautés. Et même si cette exposition ne reflète qu’une parcelle de l’art allemand, qu’elle ne prend pas en compte par exemple des mouvements plus européens comme le Bauhauss, preuve que l’Allemagne n’était pas refermée sur elle-même elle offre tout de même à voir un ensemble superbe et surprenant. Le but de faire découvrir un art peu connu alors qu’il est si proche de nous finalement est parfaitement atteint et ça me suffit pour aujourd’hui.

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