Guerre et Paix chez Chagall

Un peu de rêve et de fantasmagorie cette semaine à travers une magnifique exposition sur un artiste à la fois connu et méconnu : Marc Chagall. Créateur hors du commun qui a su concevoir un art personnel, inimitable, coloré et narratif, influencé par son héritage russe, juif, et son séjour parisien entre surréalisme, cubisme et néo-primitivisme.L’exposition qui se tient au Musée du Luxembourg tout en essayant de créer une rétrospective de Chagall, essaye de garder un fil conducteur plus thématique :  « entre guerre et paix », titre référence au célèbre roman de Tolstoï, russe comme le peintre.

Il faut dire que la vie de Chagall a particulièrement été marquée par les conflits du XXe siècle, qui vont guider sa vie et son art. L’artiste subit les deux guerres mondiales qui le mettent sur les chemins de l’exil.

Vue de la fenêtre à Zaolchie, près de Vitebsk 1915 gouache et huile sur carton collé sur toile, 102,5 x 120,7 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov © ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ® © The State Tretyakov Gallery, Moscou
Vue de la fenêtre à Zaolchie, près de Vitebsk
1915
gouache et huile sur carton collé sur toile, 102,5 x 120,7 cm
Moscou, Galerie nationale Tretiakov
© ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ®
© The State Tretyakov Gallery, Moscou

La première guerre, il tombe dedans par hasard si on peut dire. Installé à Paris en 1911, il se nourrit de l’avant-garde et est très proches d’artistes comme Delaunay, Apollinaire  Soutine ou Léger. En 1915, il rentre dans sa ville natale de Vitebsk pour épouser celle qui deviendra à la fois l’amour de sa vie et une muse, Belle Rosenfield. C’est là qu’il est surpris par la guerre. Cette période devient à la fois synonyme de bonheur familiale et d’horreurs dues au conflit. Il assiste aux différents mouvements de troupes, les paysans qui fuient les lignes de front. La misère et les blessés sont retranscrits dans son œuvre par le biais de la gravure qui permet un traitement brut. La Révolution bolchévique qui arrive lui inspire beaucoup d’espoir, lui qui souhaite lutter contre toutes sortes d’inégalités et il s’investit dans la vie culturelle de sa région, décore également le théâtre de Moscou. L’un de ses modèles de prédilections se trouve dans ses origines juives avec lesquelles il renoue, il s’agit notamment de la figure traditionnelle du juif errant et vagabond, « luftmensch », « l’homme de l’air » que l’on retrouve souvent dans ses toiles, image d’homme qui voyage, à son image.

Au-dessus de Vitebsk 1915-1920 huile sur toile, 67 x 92,7 cm New York, the Museum of Modern Art (MoMA), acquired throught the Lillie P. Bliss Bequest 1949 © ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ® © The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence
Au-dessus de Vitebsk
1915-1920
huile sur toile, 67 x 92,7 cm
New York, the Museum of Modern Art (MoMA), acquired throught the Lillie P. Bliss Bequest 1949
© ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ®
© The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

En effet, en 1922, il quitte la Russie et reprend les routes. Berlin d’abord, puis la France où il s’installe en 1923. C’est une époque cruciale dans l’art de Chagall, profondément sacré, qui s’inscrit dans une longue tradition iconographique. C’est l’époque où il illustre la bible à la demande d’Ambroise Vollard, personnalité incontournable de la production artistique parisienne du début du XXe siècle. Il cherche l’inspiration aux racines du monde biblique, lors d’un voyage en Palestine qui le marque profondément et qui donne naissance à une série d’illustration à forte et puissante  valeur évocatrice, 44 gouaches d’un grand synthétisme iconographique.

La Crucifixion en jaune 1942 140 x 101 cm huile sur toile de lin Paris, Centre Georges Pompidou
La Crucifixion en jaune
1942
140 x 101 cm
huile sur toile de lin
Paris, Centre Georges Pompidou

Malheureusement la tranquillité n’est que de courte durée, car très vite, le nazisme le pousse vers les routes. En 1937, certaines toiles sont présentées lors de l’exposition sur « l’art dégénéré »qui vise à dénigrer l’art moderne au profit d’un art nationaliste héroïque.  Cette fois-ci, l’exil le mène vers New York, mais l’ombre de la guerre plane sur son âme et sur son art. Le thème de la crucifixion, si marquant devient récurent, image d’une persécution et de la souffrance humaine où s’unissent aussi au cœur de son œuvre, à travers différents symboles, les deux religions que sont le christianisme et le judaïsme. Son séjour américain, d’un point de vue personnel est marqué par le deuil douloureux de son épouse Bella mais aussi par la naissance d’une nouvelle relation ce qui réanime le thème du couple. Chacune de ses relations amoureuses nourrie son art, il en sera à nouveau de même en 1952 après sa rencontre avec une jeune femme d’origine russe et juive comme lui, Valentina Brodsky.

Son retour en Europe en 1958, marque la découverte de nouvelles pratiques artistiques (mosaïque et vitrail) mais aussi de la lumière méditerranéenne qui illumine le dernier chapitre de sa production pleine de vie et de liberté.

La Danse 1950-1952 huile sur toile de lin, 238 x 176 cm Paris, Centre Georges Pompidou, Musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle, dation en 1988, en dépôt au musée national Marc Chagall à Nice © ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ® © RMN-Grand Palais / Gérard Blot
La Danse
1950-1952
huile sur toile de lin, 238 x 176 cm
Paris, Centre Georges Pompidou, Musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle, dation en 1988, en dépôt au musée national Marc Chagall à Nice
© ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ®
© RMN-Grand Palais / Gérard Blot

L’après-guerre est aussi l’époque de la reconnaissance internationale, une reconnaissance qui ne s’estompera pas et qui se traduira par de nombreuses commandes.

Mort il y a moins de 30 ans (en 1985), Chagall, incarne un art onirique et fantastique. Chaque toile est lourde de sens et de symbole et devient un véritable voyage en soit, un voyage hors du commun et inimitable.  Certaines toiles de l’exposition, comme la danse, expliquent à elles seules comment cet artiste aux confluents de nombreuses influences a su gagner le cœur des nombreux amateurs d’art que nous sommes.

Encore une belle exposition pour le musée du Luxembourg qui décidément depuis sa réouverture ne déçoit pas et enthousiasme à chaque fois d’avantage.

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