CHEVEUX CHERIS

Un peu de coquetterie et d’originalité cette saison au musée du Quai Branly avec une exposition entièrement consacrée à la chevelure. Sujet vaste, car support de fantasmes, d’histoires avec ou sans majuscule, de cultures et de symbole forts. L’exposition se situe entre anthropologie, histoire de l’art, des modes et des mœurs, à travers trois parties : la frivolité, la perte et le pouvoir.

Puech, Aurore, 1900
Puech, Aurore, 1900

La première partie est très agréable, on découvre à quel point les cheveux sont liés à la culture d’un peuple et tous les stéréotypes qu’on peut y trouver. Ainsi, il y  a différentes sections selon les couleurs des cheveux : les blondes épurés, symbole de beauté absolu depuis des siècles, magnifiés par le cinéma ; les brunes mystérieuses et les rousses magiciennes, mauvaises, perfides (ce n’est pas moi qui le dit, j’aime beaucoup cette couleur).

Veuve malgache, 1880-1909photo Maurice Teissonnière© musée du quai Branly
Veuve malgache, 1880-1909
photo Maurice Teissonnière
© musée du quai Branly
metisse tagalo chinoisre. Photo Quai Branly
metisse tagalo chinoisre. Photo Quai Branly
nadar marie laurent de dos vers 1856
nadar marie laurent de dos vers 1856

La coupe en elle-même est aussi très porteuse de sens et la manière d’arranger ses cheveux devient parfois une science. Tout est dans la représentation et selon qui regarde et quand on regarde, le sens peut s’en trouver fortement altérer.

les soeurs Mancini coiffées à la huluberlu
les soeurs Mancini coiffées à la huluberlu

Ainsi les coiffures des femmes romaines sont une source de datation. Les cheveux longs peuvent être royaux (portraits des rois francs), de deuil ou de luxure (Marie-Madeleine), symbole de  beauté, des hippies, de rébellion  et de contestation (Angela Davis). Toutes les interprétations sont imaginables. Aujourd’hui les modes capillaires sont relativement simples, mais ce ne fut pas toujours le cas, elles peuvent être très évoluées. Sous Louis XIV le cheveu est un outil de séduction particulièrement visible à travers les perruques mais aussi ces extravagantes coiffures comme l’Hurluberlu inventée par la duchesse de Nevers en 1670 ou la Fontanges quelques années plus tard mise au point accidentellement par Mlle de Fontanges qui s’était pris les cheveux dans une branche durant une chasse et que toutes les femmes copièrent ensuite pour séduire le roi. On s’amuse aussi des « Bouffant Belles », ces championnes d’athlétisme qui avaient un casque de cheveux sur la tête pour ne pas que ça vole dans leurs yeux et qui sont pour le coup très marquées années 60.

L’équipe des Bouffant Belles, Neal Barr, 1964
L’équipe des Bouffant Belles, Neal Barr, 1964

Après la partie frivolité, vient la perte. Finis l’élégance, la coquetterie et place à d’autres formes de symboles. Les cheveux tombent, ils grisonnent et c’est le temps qui passe. Une mèche peut garder le souvenir d’un être cher comme ces cheveux blonds de Marie Antoinette et du dauphin contenus dans un petit médaillon très émouvant. L’exposition fait la différence entre la perte volontaire (rites initiatiques, deuil…) ; artistique comme dans cette photo de Man Ray avec Marcel Duchamp qui a une comète sur la tête pour témoigner que son corps lui-même devient œuvre ; et celle qu’on impose à travers ces poignantes photos de robert Capa montrant des femmes tondues à la Libération. Cette tradition de tondre les femmes  (ou les hommes) est assez ancienne, c’est une punition qui touche au plus près à l’intimité d’un être, c’est dans le cas d’une femme lui ôter une part de sa féminité, par laquelle on estime qu’elle a péchée. On retrouve ce geste dans la Bible, au Moyen Age ou chez les phalangistes espagnols.

18 août 1944 – ChartresPhoto Robert Capa, collection Magnum
18 août 1944 – Chartres
Photo Robert Capa, collection Magnum

Enfin, vient la partie qui personnellement m’a le plus dérangé et que j’ai faite en accéléré, celle consacrée au pouvoir. Pour les amoureux d’anthropologie, cette partie est à ne pas louper vu ses richesses. Vous y trouverez tout ce  qui a trait aux objets magiques, aux trophées et aux coiffes qui vous donnent de la force, récupèrent celle de l’ennemi, mettent en lien avec les ancêtres etc. Les cheveux sont alors l’essence d’un être et en même temps un matériel très résistant.  Vous verrez des éléments qu’on ne croise pas tous les jours, tels des têtes réduites, des scalps  ou une momie. C’est fascinant, mais d’un point de vue purement personnel, je ne peux pas m’empêcher de voir des humains et pas seulement des pièces de musée, ni même des artéfacts puissants représentatifs de certaines croyances. Ce qui fait que comme à chaque fois qu’on mentionne le mot « scalp », j’ai pris la fuite et je n’ai pas vraiment apprécié cette partie.WP_000207

Mais cela reste une exposition fascinante tant le sujet est universel et d’une richesse absolue et comme elle dure jusqu’en juillet, vous n’avez presque pas d’excuses pour la louper. Chacun y trouvera quelque chose qui lui parle, un objet ou un tableau, comme souvent dans les expositions du quai Branly. Elles sont enrichissantes, passionnantes et très accessibles. Alors peignez-vous et bonne visite.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s