Petit Palais-Carnavalet, deux expositions très religieuses. Part I « dieu(x) mode d’emploi »

Dernièrement lors d’un marathon exposition, j’ai fait (peut-être un peu trop rapidement) à la suite l’exposition du musée Carnavalet et celle du Petit Palais que je ne peux m’empêcher de rapprocher pour leur thématique  religieuse à  l’une comme à l’autre mais avec bien sûre des perspectives très différentes.

Au musée Carnavalet c’est la peinture des églises parisiennes du XVIIème siècle qui est à l’honneur avec un très joli titre « les couleurs du ciel ». Au petit Palais, l’énoncé plus énigmatique « dieu(x) mode d’emploi »  cache une exposition très riche qui utilise les œuvres d’art (160 oeuvres )mais aussi beaucoup d’installations multimédia s et qui est  conçue comme un voyage dans les grandes religions mondiales et leurs perceptions. Deux approches complémentaires d’où la mise en parallèle.

Mais que tous ceux que cette question ennuie ou rebute ne s’inquiètent pas, il ne s’agit pas d’une apologie du fait religieux.Au Petit Palais notamment il s’agit surtout de mieux comprendre celui-ci, car malgré notre société laïque, les religions sont partout et diverses et on ne comprend pas toujours tel ou tel aspect de l’une ou de l’autre. De plus avec la mondialisation, les voyages et les échanges, elles sont amenées à cohabitées de plus en plus, ce qui n’est pas toujours sans poser quelques problèmes et c’est pourquoi le musée du Petit Palais présente cette exposition qui a déjà fait escale au Québec, pour nous apporter des bases de compréhension. Le catalogue illustre d’ailleurs plus un propos de réflexion sur les religions à l’heure actuelle qu’une simple revue artistique.

Stele of Hazor / Crédit : Musée d’Israël

A travers 6 séquences le visiteur est amené à plonger dans ces religions, les trois religions du livre qui sont le christianisme, les judaïsmes et l’islam ainsi que toutes les autres, les religions asiatiques (hindouisme, bouddhisme…) ou encore animistes. Avant de débuter le parcours, trois œuvres vous accueillent, la stèle d’Hazor (Musée d’Israël, XIIIème siècle avt JC), une statuette Dège (Dogon, Mali, Musée du quai Branly) et la chasse de Saint-Aignan (cathédrale de Chartes, XIIIème siècle). Ces trois objets ont pour point commun une main, main symbole du lien entre l’humanité et la divinité et le fait de la retrouver dans trois œuvres issues de trois religions différentes, montrent d’entrée de jeu, les passages qu’on peut retrouver entre les religions du monde. Qu’on appartienne à l’une ou à l’autre ou même aucune ne doit pas nous exclure de la compréhension des autres.

Buste du Christ, Salvador Mundi d’après du Bernin
© Cathédrale de Sées

On rencontre d’abord les divinités à travers une jolie mise en scène qui les place en hauteur avec les explications écrites par terre comme pour obliger le visiteur à s’incliner, du moins c’est comme ça que je l’ai ressenti. La question de la représentation est fondamentale dans l’art religieux, car elle n’est pas toujours permise, autant chez les Chrétiens, le fait que Jésus se soit fait homme permet une iconographie très humaine, dans le judaïsme et l’islam la représentation est interdite par exemple et on voit les compromis choisis, plus décoratifs. On passe ensuite à la notion de culte à travers tous ces objets qui témoignent de l’imagination humaine pour rentrer en contact avec la ou les divinités et comment on enseigne cela car pour les religions du livre les interprétations peuvent varier selon les époques, les traductions ou les traditions.

Pour la suite on glisse d’avantage vers le côté humain de la religion. Par exemple comment les sociétés font intervenir la religion dans les passages de la vie comme la naissance, le passage à l’âge adulte, le mariage puis la mort. De la même manière plus loin c’est la question des cycles qui est évoquée, car la plupart des religions connaissent ce fonctionnement cyclique, commencement et fin du monde, jours de fêtes qui jalonnent le calendrier civile et perception par ceux qui ne se reconnaissent pas dedans. L’exemple le plus marquant et le plus d’actualité est peut-être le jour de noël, fête majeure dont la date est tirée du culte païen à Mithra divinité solaire et dont le sens christique est aujourd’hui laissé de côté pour devenir presque laïque. On a aussi un aperçu des intercesseurs que sont les  prêtres, prêcheurs, sages, sorciers, moines. Comment ils sont choisis, par un dieu ou par les hommes et quelles sont leurs fonctions. Ce sont des bornes numériques qui font parler ces personnes. L’exposition aborde aussi la relation à notre corps en regard de la religion, les privations alimentaires, la question de jeûne que l’on retrouve dans beaucoup de cultures, la façon de s’habiller, de se cacher ou de se présenter aux autres à travers les tatouages par exemple.

« Tu manques même à mon ombre », installation de Rachid Koraïchi, artiste algérien né en 1947, années 2000. Bronze.
Siegfried Forster / RFI

La séquence 6 est, elle vraiment instructive et très ancrée dans notre actualité. Elle reprend notamment des caricatures de Plantu, et des extraits d’actualités de ces dernières années. Elle vise à montrer le rôle de la religion dans les conflits mondiaux, notamment au Proche Orient où elle est une des causes majeures de tueries et de guerres intestines. On revient ainsi sur toutes les idées reçues qui circulent.

Malheureusement ce sujet ne date pas d’hier et la présentation du tableau de Poussin, La destruction du temple de Jérusalem, est particulièrement marquante car il témoigne comment depuis que l’homme croit en quelque chose, il peut se déchirer avec son voisin parce qu’il a des croyances différences. Et ce constat est terrible car on se demande si un jour, la cohabitation sera possible, sans qu’un individu ne cherche à imposer coûte que coûte ses vues. Les amateurs d’architectures seront pour leurs parts peut-être intéressés par les maquettes et les photos de lieux de culte. En France et de manière plus large en Europe, les églises façonnent notre paysage architecturale, plus que les châteaux et on se pose aujourd’hui la question de nouveaux édifices, comment les adapter aux nouvelles pratiques religieuse et aux soucis de modernités.

dieux d’Afrique. Crédit : RFI

L’exposition se termine enfin par une série de vidéos où 8 personnes racontent leurs visions de l’au-delà, malheureusement j’avais 20min pour atteindre Orsay donc je n’ai pas pu entendre leurs histoires, mais il est vrai que la notion de vie après la mort varie beaucoup selon les croyances, entre ceux qui pensent que les actions de la vie conditionnent la future, qu’on ressuscite dans un au-delà, qu’on se réincarne en quelque chose d’autre pour vivre un autre cycle sur terre, ou qu’il n’y a simplement rien…mais pour le coup, cette réponse ne nous sera jamais donné et à l’heure actuelle, le questionnement sur ce qui se passe après la mort reste encore l’un des aspects de nos vies d’homme où la foi peut encore garder tout son sens et tout son mystère.

Ill. : Boudha sous la neige, Koyâ-San (Japon) (©Ferrante Ferranti).

Dieu(x) Modes d’emploi

Lieu : Paris – Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Date : du 25 octobre 2012 au 3 février 2013
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s