Ils sont fous ces gaulois….l’exposition renversante de la cité des sciences

Avant de partir en vacances, je vais vous emmener, une fois n’est pas coutume, faire un petit voyage dans le temps.  Après Pompéi  ou l’Egypte, on reste sur notre sol, nous sommes en Gaule, chez nos irréductibles « ancêtres les gaulois » comme disait la chanson.

C’est la Cité des Sciences en collaboration avec l’Inrap qui organise cette exposition plus didactique que ce qu’on a l’habitude de voir dans les grands musées. Il s’agit de promouvoir une science très à la mode depuis déjà bien longtemps, l’archéologie et d’étudier tous les apports qu’elle a offerts dans le domaine des connaissances sur le monde gaulois. Les découvertes des dernières décennies sont en effet cruciales dans la vision actuelle de ces peuples finalement encore mal connus. Vision qui touche parfois plus à la légende collective qu’à un véritable savoir historique.

Visage du Galate mourant (détail
d’une copie romaine en marbre d’un
original grec, réalisé par Épigonos vers 230-220 av. J.-C. Musée du Capitole, Rome

Et justement, cette expo est là pour nous remettre dans sur les bons pavés, pour revenir sur ces fantasmes populaires et mieux connaître ces gaulois si fascinants. Ici pas de romains, du moins pas beaucoup, car nous sommes avant la conquête de César et la date fatidique d’Alésia 52 avant JC qui marque symboliquement (et symboliquement seulement) le début de l’ère gallo-romaine.  La période choisie est celle du second âge de fer (la Tène)  située entre -250 et -52. Quant à la localisation géographique, il ne s’agit pas du tout de ce qu’on appelle aujourd’hui la France. L’exposition se concentre sur la Gallia comata, la Gaule Chevelue, grosso modo les territoires compris entre les Pyrénées et le Rhin (L’Aquitaine, la Belgique et la Lyonnaise). « Chevelue » ? Aucun rapport avec la tignasse de nos lointains « ancêtres », elle est appelée ainsi en raison des forêts abondantes et peut-être aussi du caractère non romanisé de celle-ci, en opposition avec la Gallia Cisalpina.

 

Le parcours de l’expo est assez long, 20 000m² et est divisé en 5 parties :

–       le prologue, 2000 ans d’imaginaire
–       des fouilles au laboratoire
–       des fouilles au musée
–       perturbation en centre Gaule : petit film.
–       adieu la mythologie ?

Les gaulois ! Avec le recul on constate qu’il a effectivement été beaucoup dit sur eux et que beaucoup ne renvoie absolument à rien de réel. Beaucoup de fantasmes en sommes entre les casques à ailes, les moustaches, ou le goût prononcé pour  le sanglier à la broche et la cervoise…..

Ces idées reçues ne datent pas d’hier. Déjà les récits qui nous viennent de l’Antiquité sont sources d’erreurs car très partiaux, écrits par des grecs ou des romains. Surtout que les seconds avaient une dent particulièrement affutée contre eux, en raison de la prise de Rome en -390 qui leurs était restée en travers de la gorge. Les gaulois étaient donc fiers, arrogants, se battaient nus, avaient la peau très pâle et les cheveux très blonds, sur ce point Strabon nous explique qu’ils les lavaient à la chaux pour les éclaircir. Mais surtout, les gaulois étaient des barbares au sens antique du terme.

Vercingetorix jette ses armes aux pieds de César de Lionel Royer 1899.© Musée CrozatierLe-Puy-en-Velay

Puis le gaulois est légèrement oublié jusqu’au XIXème siècle où il revient au tout devant de la scène, surtout à partir du Second Empire et de la Troisième République. Il est désormais officiellement l’ancêtre de la France, plus que les rois enfin enterrés. Il devient la base d’une communauté politique française et est enseigné dans toutes les écoles de l’Empire ce qui au siècle suivant amusera Boris Vian et Henri Salvador dans « faut rigoler ». Le gaulois est désormais perçu comme un grand guerrier, patriote, courageux, héroïque et laïc. Il est la République et les deux grandes guerres du XXeme siècle ne l’oublient pas en reprenant son image, aux côtés des poilus sur des monuments aux morts ou moins flatteur, en figure de propagande sous Vichy.

Plus proche de nous, Astérix cristallise l’imaginaire gaulois pour beaucoup. Bien que base idéale pour approcher historiquement cette période, la bande dessinée ne comprend pas moins quelques incohérences colporteuses d’idées reçues, dont le fameux casques à ailes ou à cornes. Ce dernier n’existait probablement pas. Il s’agit d’une mauvaise interprétation des objets retrouvés dans les fouilles, dont les  protèges joues ont été maladroitement été mal repositionnés.

Avant de pénétrer dans la seconde partie, l’exposition nous rappelle la multiplicité qui se cache derrière le terme gaulois. Il n’existe pas un gaulois type, pas plus qu’il n’existe un français type. La Gaule est composée de plusieurs peuples, les biturges, les parisis, les eduens, les carnutes, les bellovaques, les helvètes etc.  Mais ils étaient unis par des traits culturels communs, l’impression d’appartenir à un même ensemble, une filiation réelle ou mythique. Une conscience d’un espace politique conjoint concrétisé par des alliances économiques et militaires.

La seconde partie rentre plus directement dans le sujet et nous permet d’aborder de manière très didactique le quotidien des gaulois en nous mettant dans la peau d’archéologues en herbe.

Cette partie devrait particulièrement plaire aux enfants et leur faire découvrir à eux comme à nous, les différentes facettes de la science archéologique. C’est grâce à cette dernières que les connaissances sur le monde gaulois ont plus avancé ces 30 dernières années que durant les 2000 dernières années.  Grâce aux fouilles programmées organisées à l’initiative du CNRS, des universités ou des collectivités et de l’Inrap mais surtout grâces aux fouilles préventives développées dans les années 1970 et qui permettent d’étudier les archives du sol, en amont des projets d’aménagements du territoires, ce qui donnent lieu à 300 sites de fouilles éphémères mais capitales dans la découverte de vestiges qui auraient été perdu sans cela.

7 ateliers sont ainsi montés permettant de mieux apprécier ces différents aspects.

-On découvre comment le paysage recèle d’indices quant à la présence gauloise. Grace notamment aux vues aériennes.

-Les gaulois étaient de grands agriculteurs et ils cultivaient un territoire plus aménagé qu’on pourrait le croire, grâce à un grand réseau de ferme. L’étude des graines (carpologie) et des pollens (palynologie) permet de savoir quelles céréales ils cultivaient et avec quels outils ils travaillaient. Ils cultivaient ainsi essentiellement des céréales comme le blé, l’orge, l’avoine ou le millet mais aussi des légumes comme le chou et le navet.

-l’habitat. Non les gaulois ne vivaient pas dans des petites huttes. Même si il ne reste quasiment rien, les trous laissés dans la terre par les poteaux permettent d’imaginer le plan de leurs demeures et l’organisation autour : la maison, le grenier sur poteaux, la grange, les palissades etc.

-L’organisation des villes. L’Oppidum est un nom latin donné par César pour désigner ces places fortifiées. Une trentaine est évoquée dans la Guerre des Gaules et entre 150 et 200 sont recensées dans le monde celtique. Il s’agit de lieux de rassemblement fortifiés, placés à des points stratégiques, propre à la fin de l’âge de fer, dont on ignore le nom gaulois correspondant.  Un petit jeu propose aux enfants de replacer des oppida sur un terrain, en profitant des éléments naturels, tels les collines, les rivières où les voies de passage, favorisant le commerce. La découverte des oppida montre à quel point on est loin de l’image bucolique de gaulois vivant dans la forêt et priant dans les arbres. Le gaulois est un bâtisseur et ses constructions n’avaient sans doute pas grand-chose à envier de celles de ces voisins.

-la zooarchéologie étudie les os d’animaux  retrouvés dans les sites, ce qui nous donne une idée de l’aspect des animaux de cette époque, souvent plus petits de ce que à quoi nous sommes habitués. Mais surtout, cette science nous apprend quels animaux étaient élevés par les gaulois pour la consommation  et ce qu’ils pouvaient manger. Car le gaulois se nourrit bien plus de l’élevage que de la chasse somme toute très marginale. Et non le gaulois ne chasse pas le sanglier à mains nues comme Obélix. Il préfère le simple cochon domestique et selon les régions le bœuf, la chèvre, le mouton etc. Le gaulois élève aussi des chevaux, pour la guerre mais aussi pour le travail des champs. Mais leurs chevaux n’ont en taille rien de comparable avec les nôtres.

-La poterie est à l’honneur de cette sixième partie. Souvent des tessons d’amphore sou autres récipients sont les seuls indices retrouvés. Leur présence renseigne sur la consommation et l’importance du commerce mais aussi apporte un indicateur culturel et chronologique important. Malheureusement ceux-ci sont souvent très fragmentaires et c’est un véritable puzzle qu’il faut reconstruire comme l’illustre ce petit atelier pour enfants, ou ils doivent reconstruire à partir de fragments 3 poteries différentes.

-Enfin nous sommes dans l’Age du fer, nous abordons donc le travail de ce métal privilégié par les artisans gaulois pour l’outillage agricole ou artisanal mais aussi pour le transport ou l’armement. Le fer est partout et son travail relève d’une véritable maitrise à élever au niveau d’art pour de nombreux objets.

Nous avons donc fait le tour des différents aspects archéologiques des fouilles menées sur les sites gaulois. Parfois il arrive qu’on trouve de véritables trésors et la partie suivante nous emmène donc au musée où ils sont exposés pour notre plus grand plaisir. Le visiteur redevient un simple spectateur ici.

Cette partie est très intéressante, car elle mêle objets authentiques et fac-similés pour offrir un maximum d’objets caractéristiques de ces peuples. Témoignages militaires, sociaux ou religieux.

Carnyx de Tintignac. © CSI / Arnaud Robin

Le dépôt du sanctuaire de Tintignac(Corrèze) est tout à fait somptueux. On retrouve trois objets absolument somptueux découverts en 2004 : 1 casque oiseau et 2 carnyx, ces fameuses trompes de guerre, dont un presque complet à tête de sanglier, animal à forte valeur symbolique.

On y voit aussi une reproduction du chaudron de Gundestrup , retrouvé et conservé au Danemark  et qui est une pièce célèbre de l’art celtique de par sa richesse iconographique qui nous offre un précieux témoignage de la mythologie celtique avec la représentation des dieux Cernunnos et Taranis. On y aperçoit également des joueurs de carnyx qui répondent à celui exposé dans l’expo.

Cette partie muséale comprend également la reconstitution d’un sanctuaire avec une animation montrant différents rites et celle de 4 tombes gauloises. C’est dans ces dernières que les objets sont souvent retrouvés. Ils accompagnent les morts, soit dans l’au-delà soit tout simplement témoigner de la place du défunt et sa renommée dans la société qu’il quitte.  La découverte est donc particulièrement précieuse pour comprendre la hiérarchie sociale, le quotidien et plus simplement les rites funéraires qui ont évolué entre le Vème siècle avt JC et la conquête.  Le mort est d’abord enseveli en pleine terre, entouré d’objets rappelant sa fonction, des céramiques et des armes. A partir du IIIème siècle, l’incinération devient plus fréquente ce qui donne des sépultures plus modestes.

4 tombes sont ainsi reconstituées pour montrer les différences selon les statuts et l’époque : un esclave, un artisan incinéré, un artiste inhumé et une femme et son enfant incinérés.

Je ne m’attarderai pas sur les deux dernières parties, il s’agit d’un petit film humoristique qui fait voyager le spectateur en Gaule à la veille de la conquête et d’une mise au point sur la vision caricaturale que l’on a des gaulois. Si je ne m’y attarde pas, c’est tout simplement que le film est sympathique mais je pense que le voir vaux mieux que 1000 discours et la dernière partie, je n’ai pas eu le temps de la voir pour cause de fermeture de l’expo.  Mais pour que vous puissiez constatez où en sont vos propres idées reçues, je vous invite à faire ce quizz http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources/Quiz-archeologie/Quiz/p-2222-Les-Gaulois.htm sur le site de l’Inrap.

En tout cas une sortie sympathique pour découvrir ou redécouvrir les gaulois. J’insiste à nouveau sur le fait qu’on est loin des expositions très pointues et pleines d’objets et de textes des grands musées parisiens, mais ça n’en reste pas moins très instructifs et intéressants. C’est une mise au point scientifique, dont chaque élément a été validé, mais le côté ludique et la muséographie variée font qu’on ne se rend pas compte de cela, on apprend sans s’en apercevoir. Puis surtout ça permet d’emmener des gens pas forcement fan du concept de l’exposition en générale et qui devraient y trouver leur compte dans l’aspect didactique et très varié de la scénographie.
Donc pour ceux qui s’ennuient au mois d’aout à Paris…

Sur ce, je vous souhaite de très bonnes vacances, un peu de culture, beaucoup de soleil et de repos et on se retrouve à la rentrée…

http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/gaulois/
http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Actualites/Evenements/Prochainement/p-13438-Gaulois-une-expo-renversante.htm

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