Les expos du Louvre, part I : Arles, les fouilles du Rhône-Un fleuve pour mémoire.

Commissaires : Claude Sintes, directeur du musée départemental Arles antique et Jean-Luc Martinez, directeur du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre.

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Cette saison le Louvre propose plusieurs expositions et je vous en offre un petit tour d’horizon, avec pour ouvrir le bal, la très attendue (par moi du moins) « Arles, les fouilles du Rhône ».

Une partie de cette exposition s’est tenue à Arles entre septembre 2009et janvier 2011 avec un grand succès public (400 000 visiteurs). Il s’agissait de faire découvrir les résultats des médiatiques fouilles du fleuve par le Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous- Marines (DRASSM) dirigé par Luc Long et l’Association archéologie sous-marine 2Asm.

 Le Louvre propose à son tour de revenir sur ces recherches archéologiques et d’en dévoiler les derniers résultats avec une cinquantaine d’objets venant d’Arles en y adjoignant des œuvres de ses propres collections et des musées d’Avignon, Vienne et Turin. C’est une exposition instructive, mais aussi et surtout pédagogique, elle propose aux visiteurs de découvrir comment on identifie une œuvre, par l’étude des  matériaux, des comparaisons, des analyses scientifiques poussées et comment ces recherches font avancer le savoir sur l’Antiquité. En sommes elle nous met un peu dans la peau de petit archéologue amateur.

On plonge donc avec les archéologues dans les eaux troubles du Rhône, vidéos et carnets de fouilles à l’appui à la découverte d’Arelate, l’Arles romaine.

C. CHARY/DRASSM photo libre de droits
Victoire sous-marine : Statue en bronze d’une Victoire, le jour de sa découverte

« Ouvre, double Arles, ouvre tes ports, aimable hôtesse, Arles, petite Rome des Gaules [viii], voisine de Narbonne, et de Vienne qui doit sa puissance aux colons des Alpes. Le cours rapide du Rhône te divise en deux parts si égales, que le pont de bateaux qui réunit les deux rives forme une place au milieu de ton enceinte. Par ce fleuve, tu reçois le commerce du monde romain, et tu le transmets à d’autres, et tu enrichis les peuples et les cités que la Gaule [ix], que l’Aquitaine enferme en son large sein. » Ausone, vers 390ap JC. Catalogue des Villes célèbres.

Ensemble de céramique

Arles est devenue colonie romaine grâce à Jules César pour remercier la cité de son aide dans la guerre contre le soulèvement marseillais en -49. Il charge Tiberius Claudius Nero de sa fondation en 46 avant JC qui la peuple de vétérans de la VIème légion. C’est à partir de ce moment que la ville va pouvoir profiter pleinement de sa situation géographique sur le Rhône pour devenir un important port à la fois fluvial et maritime (duplex Arelate), ainsi qu’un centre politique et commercial dont les fouilles actuelles permettent de retrouver sa splendeur antique.

Des centaines d’objets sont ainsi sortis des eaux sales et agitées du fleuve: des morceaux d’épaves, des amphores italiennes, gauloises ou ibériques, des éléments architecturaux, des objets de la vie quotidienne, de décoration, de cuisine, des éléments de statues et la plus célèbre découverte, le fameux buste dit de César.

Dès le début du parcours, on tombe nez-à-nez avec une tête d’Auguste appartenant à une monumentale sculpture de 4 m qui n’a jamais atteint sa destination et qui a attendue 2000ans sous l’eau qu’on la retrouve toute rongée.

Neptune, dieu des mers, est également là, trouvé durant la même campagne que le buste de César, en 2007, sa statue  témoigne de l’importance du fleuve et de la mer dans la vie quotidienne des habitants d’Arles et des corporations de bateliers et naviculaires.

L’importance commerciale de la cité est visible par la riche vaisselle en terre cuite  venue d’Italie ou d’ailleurs ainsi que par tous les objets en bronze.

Les fouilles ont également permis de découvrir sur la rive droite, dans le quartier de Trinquetaille, un ensemble urbain à l’importance jusque-là insoupçonnée. De grands éléments architecturaux évoquent des monuments imposants, une nécropole, des statues domestiques  venant d’habitations privées. Certaines œuvres sont là pour attester de la présence de cultes et de sanctuaires, comme le haut de la coiffure de ce qui devait être une monumentale Artémis d’Ephèse.

D’autres découvertes sont aussi merveilleuses, par leur côté fortuit, comme ce magnifique petit Hercule en bronze extrait du fleuve en 2011. N’ayant pas trouvé de photo, il vous faut imaginer cette magnifique petite œuvre au regard déterminé dont les muscles sont ciselés avec minutie.

Mais les grands morceaux de cette exposition se trouvent en fin de parcours. Ainsi en point de mire, seul dans une immense vitrine qui le met en valeur, Caius Julius Caesar vous regarde.

Ce buste est sans contexte « la » grande découverte de ces différentes campagnes de fouilles, celle qui les a rendues célèbres et qui continue d’attirer les curieux. Ce n’est pas pour rien qu’il est la tête d’affiche de cette exposition.
C’est un portrait grandeur nature, en marbre du Dokimeion (Phrygie), découvert en 2007 et daté des années 50-30 avant J-C qui devait à l’origine orner un pilier hermaïque. Il s’agit d’un portrait de tradition hellénistique sans doute exécuté par un artiste grecque. Il faut avouer que c’est assez émouvant de se retrouver face à ce visage tranquille et serein, un peu triste même, qui rompt avec le côté sévère qu’on a l’habitude de voir. S’il s’agit bien de Jules César, ce buste est la plus ancienne représentation connue de cet homme politique qui a changé le visage de la Gaule.

L’identification à César est due à Luc Long et a été confirmée par nombre de chercheurs (le conservateur du musée D’Arles, Claude Sintès ou Christian Goudineau du Collège de France). Pourtant il existe toujours une polémique qui met en avant le manque de ressemblances avec les monnaies frappées à l’effigie de César. Les acteurs de cette critique penchent plus pour une identification à un colon de la première génération. Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, nous ne possédons pas de portrait contemporain de César, tous sont postérieurs à sa mort, souvent de dizaines d’années et datent du règne d’Auguste. Ils  sont donc idéalisés avec des traits marqués qui incarnent l’idéal aristocratique (sérieux, sagesse, sobriété).

Pour la première fois, grâce au prêt du musée de Turin, nous pouvons nous-même, confronter le portrait d’Arles avec une autre œuvre authentifiée, le César Tusculum, découvert près de Turin et datant de 44 avant JC. Alors bien évidemment, il y a plein de différences entre les deux, comme la forme du nez et du crâne, mais des études poussées ont également trouvé des ressemblances (déformations ou une fossette supra-thyroïdienne). Les deux portraits sont également fidèles aux descriptions littéraires (joues creuses et calvitie cachée par une mèche de cheveux ramenée vers l’avant). Quoi qu’il en soit, bien que la beauté de l’œuvre, son marbre et son exécution de qualité relèvent certainement d’un commanditaire important et qu’il est aisé d’y voir le fondateur de la ville, tant qu’il n’existera pas de portrait nominatif daté avec certitude, il planera toujours un doute mais c’est aussi cela la magie de l’Histoire.

Enfin derrière le grand Jules César, se cachent d’autres trésors d’Arles : le Gaulois captif et une Victoire. Tous deux en bronze, ce sont des œuvres d’une grande beauté, dont l’étude a permis de mieux comprendre les techniques de fabrication de la grande statuaire antique en bronze.

le gaulois captif. Découvert dans le Rhône en 2007
Fin du Ier siècle avant J.-C. Bronze © Jean–Luc Maby

Le Gaulois découvert en 2007 a ses mains liées dans le dos et son genou à terre. Il commémore la victoire de César sur la Gaule. Ce type iconographique se retrouve sur plusieurs pièces de l’époque. Sa chevelure fournie et sa barbe sont là pour rappeler le barbare qu’il est face aux romains, quant à sa posture toujours fière malgré la soumission, elle accentue la puissance du vainqueur face à la force du vaincu.

L’exposition est dans cette partie particulièrement pédagogique et il est toujours intéressant de mieux comprendre la conception d’un tel objet. De nous-même, je ne suis pas sûre que nous pouvons tous voir que ce beau gaulois semblant au premier regard si unifié est en fait un assemblage de 10 pièces coulées séparément, liées entre elles par de petites soudures puis incrustées d’argent.  Les études ont d’ailleurs montré que tous les grands bronzes antiques reposent sur la maîtrise de ces deux procédés ici utilisés, la cire fondue et la soudure par fusion de bronze liquide.

La Victoire. Découverte en 2007 dans le Rhône. Ier siècle après J.-C. Bronze doré. © Jean–Luc Maby

La Victoire est une œuvre d’inspiration hellénistique  dans son profil, sa tenue et sa coiffure. Elle appartient à un type de sculpture encore plus rare, les bronzes d’appliques, dont le fleuve a précieusement conservé la dorure à la feuille d’or qui décore et protège tout à la fois le bronze. Cette Victoire qui a peut-être orné un arc de triomphe a  pu être comparée à de magnifiques bas-reliefs de dauphins de Vienne, ce qui a mis en évidence de nombreuses similitudes dans la technique de fabrication ce qui laisse à penser qu’il a existé dans la région d’Arles un artisanat spécialisé dans ce type de sculpture.

Pour les parisiens qui n’ont pas pu prendre de billet de trains pour admirer les œuvres in situ, le musée du Louvre vous offre une occasion unique de vous rattraper, donc si vous passez par-là d’ici l’été, profitez-en et inspirez au passage l’air du sud et des Bouches-du-Rhône, c’est un peu un avant-goût des vacances…

Liens :

http://www.louvre.fr/expositions/arles-les-fouilles-du-rhonebr-un-fleuve-pour-memoire

http://www.cesar-rhone.fr/cesar/index.htm

 

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