Au Royaume d’Alexandre : la Macédoine Antique.

Musée du Louvre : hall Napoléon, du 13/10/11 au 16/01/12.

Commissariats : Sophie Descamps, conservateur en chef du Patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre. Lillian Acheilara, Directrice de la 16e Ephorie des Antiquités préhistoriques et classiques. Polyxeni Adam-Véleni, Directrice du musée archéologique de Thessalonique. Maria Lilimpaki-Akamati, Ephore honoraire des Antiquités


Cette saison, la grande exposition du Louvre nous raconte l’histoire du royaume d’Alexandre, la Macédoine antique. Autant dire que l’annoncé est alléchant, Alexandre le Grand étant certainement l’un des personnages les plus atypiques et passionnants de l’Histoire mondiale. Pourtant si vous vous attendez à voir une exposition sur lui, sa vie ou son expédition jusqu’à l’Indus, vous serez peut-être un peu sur vos faims. Il n’est ici qu’un aspect parmi tant d’autres. C’est sa terre natale le véritable sujet : la Macédoine. 500 objets sont présentés, beaucoup pour la première fois, grâce à une exposition exceptionnelle, à la muséographie claire, montée conjointement entre le Louvre et le ministère de la Culture et du Tourisme de la République Hellénique.

Contrairement à ses régions voisines, le Péloponnèse, l’Attique, l’Etolie ou même l’Italie et la Turquie, qui ont très tôt attirées les érudits, la Macédoine a longtemps été mise à l’écart, considérée comme peu intéressante, grossière, demi-barbare et rustre à l’image de son roi Philippe II tel qu’il est décrit dans certaines sources écrites (Démosthène). Le but de cette exposition est de revenir sur ces aprioris et de faire partager les découvertes archéologiques pour retrouver une civilisation raffinée dans tous les sens du terme.

Les premiers habitants de la Macédoine sont des bergers. Selon la légende, le fondateur mythique de la capitale Aigai est Karanos, qui poursuivait une chèvre dans les environs et qui donna à la ville le nom de cette dernière. L’économie  repose  sur l’agriculture, le pays est malgré tout très riche, il possède de l’eau, de vastes forêts (durant les guerres médiques Alexandre Ier envoya de grandes quantités de bois à Athènes pour construire sa flotte) mais surtout le pays possède un fleuve aurifère et des mines d’or et d’argent.

L’exposition commence par une évocation de différentes campagnes de fouilles et des découvertes qui ont suivies au cours des dernières décennies.
Les premières « vraies » découvertes, ne remontent qu’au XIXème siècle.   En 1861, sous l’égide de Napoléon III, le futur conservateur du Louvre, Léon Heuzey et l’architecte Honoré Daumet partent fouiller la région pour retrouver des traces de batailles des guerres civiles romaines. Et sans le savoir, il met au jour l’immense palais de Philippe II (site de 12 500m² tout de même) sur le site d’Aigai (Vergina), l’ancienne capitale macédonienne, qu’il a découvert lors d’un premier voyage en 1851.
Au début du XXème siècle, durant la Grande Guerre, le général français Maurice Sarrail, créé le Service Archéologique de l’Armée d’Orient (SAAO). Ce service, actif entre 1916 et 1919 est composé de militaires qui autrefois étaient archéologues, membres de l’Ecole Française d’Athènes, historiens, archivistes etc. Il a eu pour rôle essentiel durant cette période de troubles, la préservation et l’étude des vestiges. Il est évoqué à travers une vitrine de l’exposition.

OEnochoé d’argent V. 350-336 av. J.-C. Vergina, Tombe de Philippe II © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Mais la plus grande découverte, celle qui va ouvrir le monde aux richesses de la Macédoine antique est en 1977, la découverte par Manolis Andronikos de trois sépultures royales cachées sous un énorme tumulus de 110m de diamètre et 12m de haut. L’une d’entre elles, étant celle supposée du roi Philippe II. Comme avec la découverte de la tombe de Toutankhamon par Carter autrefois, c’est tout un univers de raffinement qui s’offre aux yeux des savants et fait tomber l’idée reçue d’un roi rustre et sans goût, longtemps dans l’ombre de son illustre fils, Alexandre. Trois objets sont exceptionnellement présentés : un oenoché, une coupelle en argent et un trépied gagné aux jeux d’Argos par l’un de ses ancêtres.

Né en 382 avant JC, fils d’Amyntas III, Philippe fait partie de la dynastie des Argéades qui a pour ancêtre légendaire, Héraclès. Il accède tôt au pouvoir, à l’âge de 23ans, à la mort de ses frères et après une enfance à Thèbes où il apprend l’art de la guerre. Il réforme l’armée en profondeur, avec un équipement plus léger, moins coûteux qui permet l’enrôlement de plus d’hommes et l’adoption de la sarisse (lance de 5m de long), fondement de la phalange macédonienne, qui permet à cette nouvelle armée d’être la plus puissante de Grèce. Philippe II est un conquérant, en 337 avt JC, toutes les cités grecques, exceptée Spartes, l’acceptent comme commandant suprême pour lancer une expédition vengeresse vers la Perse. Sans les actions de son père, Alexandre ne serait peut-être pas devenu le roi légendaire qu’il est devenu par la suite, en lui succédant en 336, après son assassinat.

Couronne de feuilles de chêne en or 2° moitié du IVe s. avt J.C. Vergina , sanctuaire d’Eukleia Or © Fouilles Université Aristote, Thessalonique

La découverte archéologique la plus récente évoquée ici, est celle d’une tombe princière, d’un jeune adolescent en 2008 à Aigai. Il s’agit probablement de la sépulture d’Hérakles, le fils illégitime d’Alexandre et de la princesse Perse Barsine, assassiné par Cassandre, l’un des diadoques (généraux successeurs d’Alexandre), qui va prendre le trône de Macédoine. Trouvée dans ce tombeau, une magnifique couronne de feuilles de chêne en or est exposée. C’est un objet d’un raffinement inouï qui à l’œil semble d’une légèreté totale. Elle fait partie de la tradition funéraire des couronnes en Macédoine centrale dans la seconde moitié du IVème siècle avant JC.

A travers le résultat de ces fouilles effectuées en grande partie dans les sépultures et le palais d’Aigai, l’exposition évoque l’architecture et la ville, les objets de la vie terrestre et les objets funéraires entre la fin de l’âge du bronze et l’époque romaine impériale.

L’incantada, E. Cousinéry, Voyage dans la Macédoine , 1831

Le dernier roi macédonien, Persée, a été vaincu à Pydna en 168 avant JC, faisant de la Macédoine une province romaine reliée à Rome par la voix Egnatia. La présence romaine est manifeste par l’introduction de nouveaux cultes, comme ceux d’Isis et Sérapis très en vogues à Rome, mais aussi dans la représentation de plusieurs Empereurs romains, dont Caracalla et Constantin. Ce dernier a fait ériger les fortifications de Thessalonique fondée par Cassandre en -315, elle est la capitale de la province romaine.

Las incantadas. Léda. Louvre

La ville est évoquée à travers l’exposition d’une partie de Las Incantadas (les enchantées), une colonnade à claire voie, décorée de piliers sculptés, bâtie entre le dernier quart du IIème et le premier tiers du IIIème siècle de notre ère. Il devait s’agir d’un passage monumental reliant deux édifices de l’Agora. Une légende locale raconte que le roi de Thrace, son épouse et ses suivantes ont été pétrifiés suite à un mauvais sort destiné primitivement à Alexandre. Aujourd’hui seule une partie de la colonnade a survécu, ce qui rend l’interprétation de son iconographie incomplète. Il y a notamment le cortège bachique, avec Bacchus, Ariane et des ménades, ainsi que les amours de Zeus, avec Léda et son cygne.

Toutes les sépultures fouillées des nécropoles de Toroné, Mendé, Methoné et Akanthos, dont une partie des objets trouvés est présentée ici, permettent d’apprécier les rites funéraires macédoniens. La crémation est le modèle le plus rependu. Les cendres et les os sont ensuite déposés dans un larnax, un coffre de bois, d’or et d’argent pour les plus riches entouré d’offrandes en tout genre. Les tombeaux eux-mêmes sont des lieux somptueux, des petits temples décorés, colorés, fermés par des portes monumentales que l’on peut apercevoir dans le parcours de l’exposition. La polychromie retrouvée ici, dans les peintures murales et les sculptures a permis de voir d’un œil nouveau l’art grec, bien loin de sa blancheur immaculée.

Mais plus important, ou du moins, aussi important, ces tombes, ne nous dévoilent pas uniquement le visage de la mort, elles nous révèlent aussi le monde des vivants. Les macédoniens, comme beaucoup de peuples, emportaient avec eux des objets rappelant leurs vies terrestres, ce qui nous permet de mieux apprécier leurs vies quotidiennes, comme le rôle de la femme, ses parures et l’importance du banquet.  L’extraordinaire raffinement de la production artistique notamment du IVème siècle avant JC, l’apogée de la création dans tous les domaines,  frappe également notre regard, entre autre avec l’invention du verre transparent.
Il faut rappeler que les plus grands artistes sont passés par la Macédoine. Sous Archélos (413-399), le fameux peintre Zeuxis, décore le palais de Pella et le grand dramaturge Euripide vient y composer des pièces.

Calice chiote : 575-550 av. J.-C. Agia Paraskevi, © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Ces objets témoignent aussi des échanges commerciaux avec Athènes, Corinthe, l’Asie Mineure etc. Même si la Macédoine vivait à l’écart des autres cités grecques et n’a pas créé comme ses consœurs de nombreuses colonies, elle en a accueillie sur ses côtes, d’où des échanges manifestes par la présence de vases attiques ou d’un magnifique calice chiote du deuxième quart du IVème avant JC.

Je vous ai dit, qu’Alexandre n’est dans cette exposition, qu’une partie d’un tout. Mais quelle partie! On ne peut décemment pas évoquer la Macédoine sans mentionner son plus célèbre représentant. Alexandre III, dit le Grand, est né vers 356 avant JC à Pella. Il est le fils du roi Philippe II et de sa quatrième épouse, Olympias, princesse d’Epire de la tribu des Molosses.
Une légende nait dès l’Antiquité, racontant qu’Olympias, ancienne prêtresse de Zeus aurait conçu Alexandre avec le dieu en personne. Le jeune prince reçoit une éducation idéale sous la tutelle d’Aristote. Il connait l’Iliade sur le bout des doigts et lit également les historiens comme Xénophon et Hérodote.

Portrait d’Alexandre dit Hermès Azara, réplique romaine de l’Alexandre à la lance de Lysippe Tivoli, © RMN / Hervé Lewandowski

A la mort de son père, assassiné lors du mariage de sa sœur Cléopâtre en 336, Alexandre a 20ans et hérite du royaume de Macédoine forgé en grande partie par Philippe II et de son expédition prévue contre les Perses. Empire qu’il va conquérir peu à peu, à travers des batailles mémorables aux yeux de l’Histoire, Granique, Issos, ou Gaugamèles, mettant à genoux Darius III.
Lors de son expédition, Alexandre va jusqu’en Inde, contrée inconnue et semi-légendaire pour lui. Ce n’est pas qu’une simple conquête militaire qui forme le plus grand empire n’ayant jamais existé. C’est aussi une expédition scientifique, autour du roi, des tas de personnes sont là pour arpenter, observer la faune et la flore et consigner les coutumes locales.
Sur sa route, ce sont plus de 70 cités qu’il créé à son nom pour mieux contrôler les territoires soumis.

De son vivant, Alexandre est déjà divinisé, assimilé à un nouvel Achille, à Héraclès dont il descend selon la légende et également comme fils de Zeus. Seuls trois artistes ont l’autorisation de représenter officiellement le jeune souverain : Lysippe pour la sculpture, Apelle en peinture et Pyrgotélès en glyptique. L’exposition présente notamment deux œuvres dérivées du portrait fait par Lysippe : le petit Alexandre à la lance, en bronze, de la fin du IVème avt JC, où Alexandre est représenté en conquérant, sa main sur l’épée. Cette petite statuette est presque contemporaine de l’originale et reprend les canons de Lysippe, à savoir un corps élancé et une petite tête. L’autre est l’Hermès Azara du Ier –IIème siècle. C’est une œuvre romaine, mais on reconnait parfaitement le jeune roi macédonien, dans ce portrait très typique, notamment par sa coiffure léonine, avec les mèches recourbées au-dessus du front.

Alexandre à la lance Hellénistique Egypte (Basse Egypte) © RMN / Stéphane Maréchalle – 2011

Son portrait sert également de base de vénération et est diffusé par des copies dans tous l’Empire, surtout après sa disparition.
Alexandre est décédé en -323 à Babylone et à sa mort c’est un long conflit (-323,-381) qui va opposer ses successeurs, les Diadoques, pour se partager l’immense empire. La dernière descendante de ces généraux, est Cléopâtre VII, des Lagides issus de Ptolémée.

Le tombeau d’Alexandre, le Sôma, placé en Egypte a longtemps été un lieu d’adoration, notamment par Jules César ou encore les empereurs Auguste, Caligula et Caracalla qui ont pris quelques « souvenirs » sur les lieux. Mais dès le IVème siècle de notre ère, son emplacement devient un mystère et un enjeu archéologique de taille.

Il reste encore beaucoup à découvrir sur la Macédoine, les archéologues travaillent toujours dans le pays dans l’espoir de mettre au jour d’autres vestiges dissimulés sous les tumuli. C’est une civilisation antique qui par ces découvertes et cette exposition se hisse au même niveau que ses voisines grecques et qui a la particularité d’être encore un champs de surprises à venir.

Hydrie cinéraire à vernis noir avec couvercle en plomb 350 av. J.C Amphipolis, © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

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Liens :

http://alexandre-le-grand.louvre.fr/fr/ http://www.orserie.fr/culture-tentations/article/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-13765 http://www.villemagne.net/blog/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique-une-exposition-au-musee-du-louvre http://www.artactu.com/exposition-au-royaume-d-alexandre-le-grand.-la-macedoine-antique-musee-du-louvre-article001113.html http://www.clio.fr/WM_SITECLIO/nouvellesdeclio/articles/au_royaume_dalexandre_le_grand.asp http://www.telerama.fr/art/au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique,74096.php http://www.franceinter.fr/evenement-au-royaume-d-alexandre-le-grand-la-macedoine-antique

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2 commentaires sur « Au Royaume d’Alexandre : la Macédoine Antique. »

    1. Je ne me rappelle pas avoir vu Ganymède, mais en même temps ça fait longtemps que j’ai fait cette exposition. Ou précisément?

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